‹ Dieu et la conscienceChapitre 14 sur 73 · DE LA SCIENCE DE LAME · texte numérisé non relu

DE LA SCIENCE DE LAME

doit en effet précéder toutes les autres : je veux dire la détermination et la classification des facultés de Tâme. Voilà donc enfin un philosophe qui commence la psychologie par le conunencement, et qui, au lieu de traiter d'abord les questions les plus aventureuses et les plus difSciles à résoudre, consacre courageusement son temps et sa peine aux études préliminaires que suppose tout le reste. Qu'on ne s'y trompe pas d'ailleurs : ces études ont aussi leurs difficultés ; il s'agit d'un travail long et délicat, et cette minutieuse information qui a rebuté tant d'esprits d'élite n'exige pas moins de sagacité que de persévérance. M. Garnier.a prouvé qu'il possédait ces qualités à un rare degré ; son ouvrage traite une matière oii la plupart des philosophes auraient désespéré de dire quelque chose qui n'eût pas déjà été dit, et cependant il abonde en aperçus nouveaux et qui font assez comprendre combien il y aurait à faire pour les détails dans cette partie de la science.

Les procédés d'exposition de M. Garnier sont aussi fort remarquables et ne manquent pas de nouveauté. Ils rompent en une certaine mesure avec les habitudes de l'école. D'autres, .en traitant des questions psychologiques, y entremêlent l'histoire des opinions et des systèmes auxquels elles ont donné lieu. Ce n'est pas en historien que notre auteur aborde ces opinions et ces systèmes ; il les étudie en philosophe qui, dans une doctrine ou dans une théorie, cherche uniquement ce qui peut servir à la science, et pour cela tout lui est bon : Reid lui est autant que Platon, Hume et Plutarque autant qu'Ari^tote. Que dis-je? il consulte les moralistes, les histo-

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riens, les poètes et les romanciers, presque autant que les philosophes. Ce n'est pas ainsi d'ordinaire que Ton procède dans l'école, et plus d'un homme du métier est surpris de rencontrer, au milieu de descriptions psychologiques, cette foule de citations piquantes et variées qui pour la plupart des lecteurs prêtent un charme de plus à cette exposition toujours facile, agréable et lucide.

Les philosophes sont donc en possession d'une méthode pour étudier l'âme humaine, et l'on ne conteste plus guère la possibilité d'une science psychologique. Mais on demandera peut-être si elle existe en effet. Pour que la physique fût constituée comme science proprement dite, il ne suffisait pas que Bacon, dans son Novum Organymij en eût indiqué la méthode et prophétisé les succès : il fallait en outre les expériences de Galilée, de Descartes et de Newton. C'est ce complément d'expériences bien faites que souhaitait M. Jouffroy pour la psychologie lorsque, après en avoir tracé la méthode, il ajoutait : « Que reste-t-il à opposer à la possibilité de la science des phénomènes internes, sinon que c'est une chose inouïe, qui n'a pas encore pour elle, du moins parmi nous, la sanction de l'expérience et l'encouragement de quelques heureux effets ? Mais qui ne sent la puérilité de cette objection, et qui ne s'aperçoit qu'on aurait pu la faire, il n'y a pas longtemps, contre la plupart des sciences naturelles ? »

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