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pas quatre facultés, mais quatre groupes de facultés qu'il convient d'attribuer à l'âme humaine ; car la distinction profonde des actes a pour conséquence nécessaire la distinction des facultés.
Il règne sur ce sujet, parmi certains philosophes , un préjugé très-fâcheux en ce qu'il fait obstacle au progrès de l'analyse psychologique. On répugne en général à reconnaître un grand nombre de facultés : on n'en admettrait volontiers que trois. Il semble que l'on craigne de diviser l'âme, en la douant de beaucoup de qualités et de puissances. Cependant, ainsi que le fait remarquer M. Garnier, « une multitude de facultés ne divise pas plus l'âme que trois facultés, » et telle est d'ailleurs l'évidente diversité de nos opérations, qu'en fait et dans le détail les plus scrupuleux n'hésitent pas à la reconnaître. C'est pourquoi, sans prétendre que la liste de nos facultés soit définitivement arrêtée et consentie par tous les philosophes, on peut soutenir que la plupart des distinctions essentielles en ce genre étant accordées par tout le monde, la science de l'âme est encore ici en possession de résultats positifs. Qui s'avisera de contester, par
exemple, sur le terrain de la psychologie expérimentale, je ne dis pas seulement la distinction universellement admise entre les cinq sens extérieurs, mais Texistence de cette faculté spéciale de nous connaître nous-mêmes qu'on appelle tantôt le sens intime, et tantôt la conscience ? Où bien comment pourrait-on nier la nature intuitive de l'évidence qui s'attache à certaines vérités premières ou axiomes, et dès lors comment douter que nous possédions,, outre les sens et la conscience, la
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faculté par laquelle nous concevons ces vérités, c'est-àdire la raison ? Après ces facultés originales de connaître, viennent les opérations ou facultés ultérieures qui travaillent sur celles-là, telles que la mémoire, la comparaison, le raisonnement, l'induction, l'imagination et le langage. A côté des facultés intellectuelles et pour rendre compte de tous nos jugements, il faut faire une place à l'élément de la foi ; il faut enfin, avec M. Garnier, admettre trois sortes de pensées : des perceptions, des conceptions et des croyances. S'il en est ainsi, comment ferait-on de l'intelligence une faculté unique? Comment ne reconnaîtrait-on pas, avec notre savant maître, que ce mot d'intelligence est un terme général désignant une collection de faits et de facultés?
Il en est de même du sentiment. Je mets en fait qu'après avoir lu la description si fine et si complète que donne de nos inclinations et de nos passions l'auteur du Traité des facultés de Vâme, tout esprit sérieux distinguera encore sous ce titre une assez grande pluralité d'instincts, c'est-à-dire de facultés naturelles.
Sur tous ces points, l'ouvrage de M. Garnier expose ce qu'on peut appeler la partie vraiment scientifique de la psychologie. C'est là, et non ailleurs, que devraient puiser tous les philosophes pour donner à la logique et à la métaphysique, à la morale, à la politique, au droit de la nature et des gens des principes et un point de départ assuré.
La science de l'âme suppose l'existence de l'âme et sa distinction d'avec les organes. Son premier mot est que se connaître soi-même c'est connaître autre chose que le
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corps ; son dernier mot est et sera toujours la spiritualité de Tâme humaine. La psychologie est donc par essence le premier auxiliaire du spiritualisme, et il suffit de quelques instants de réflexion pour se convaincre que dans cette étude est contenu le seul remède scientifique à tant de fausses doctrines dont nous déplorons le retour.
En effet, tout homme qui voudra rentrer un moment en soi-même aura aussitôt la conscience claire et certaine de sa propre existence, de son activité et de son individualité ; il saura donc du même coup qu'il y a , au-dessous de l'Être suprême, un autre être, au moins un , qui n'est autre que lui-même, et dès lors comment se résignerait-il à cette audacieuse négation du moi , de la personne humaine et du monde moral, qui s'appelle le panthéisme et qui ravit à Dieu en même temps qu'à l'homme le plus noble de ses attributs, la liberté?
Quiconque aura expérimenté en soi-même l'énergie intime et libre de sa volonté, celui-là pourra élever sur ce solide fondement la science de ses droits et de ses devoirs, à l'abri de la nécessité aveugle qu'adore le fataliste, sous les noms divers de destin, de nature ou de hasard.
Si , avec notre liberté morale , nous sentons notre responsabilité, précieuse garantie de notre dignité et de notre avenir, si nous savons nous reconnaître virilement les auteurs et les pères de nos actions toujours imparfaites ou mauvaises, quelle sauvegarde contre l'orgueil et le vice I
Puis, en se connaissant soi-même comme un être intelligent et libre, on est introduit d'emblée dans le
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monde spirituel ; on s'accoutume aux réalités invisibles, et d'un esprit inférieur, borné, imparfait, soumis à des conditions qui attestent un état provisoire, on s'élève naturellement et sans effort à la contemplation de l'Esprit suprême, infini et parfait, qui se suflSt pleinement à soi-même.
Enfin, des aspirations bien comprises de notre âme, nous tirons la démonstration certaine d'une sainteté idéale dont la possession est le but de notre existence, et comme notre existence est réelle, comme nos aspirations ne sont pas moins réelles que notre existence , c'est aussi une réalité divine que nous poursuivons, non cet idéal abstrait et chimérique que l'on nous propose de substituer au Dieu vivant et personnel du christianisme et de la saine philosophie.
En résumé, la psychologie nous enseigne notre personnalité, qui exclut le panthéisme ; notre liberté, qui réfute le fatalisme ; notre responsabilité qui nous sauve d'un épicurisme dégradant; la spiritualité et les instincts immortels de l'âme humaine , qui démontrent un Dieu esprit, personnel, librement et parfaitement saint, le bien réel et vivant.
La vraie psychologie est donc essentiellement spiritualiste. Ainsi l'entendait M. Garnier, lorsqu'il plaçait à l'entrée de son Traité des facultés de Came un livre entier consacré à montrer la distinction de l'âme et du corps. Ainsi l'entendait-il encore, lorsqu'il lisait à l'Académie des sciences morales et politiques un mémoire sur le vitalisme et l'animisme *, qui est devenu l'un des plus
i . J*ai été henrenx de ponvoir, dans mon livre De Vàme humaine (Paris, Ladrange^ 1865), p. 557 et suiv., constater l'accord de mes propres yues avec celles de mon ancien maître.
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précieux ornements de la seconde édition de son grand ouvrage. Ce n'est pas le seul perfectionnement qu'il ait reçu, et Ton a lieu de regretter que l'éditeur ait négligé d'indiquer tant d'améliorations peu saillantes au- premier abord, mais de grande importance au double point de vue de la science et du style. Qu'il me soit permis de signaler entre autres les quatre premiers chapitres du ivre IV qui a pour titre : Des inclinations. Un ordre plus exact, des divisions moins nombreuses, une exposition plus nette et plus rapide , enfin çà et là de légers changements dans la doctrine elle-même attestent le soin scrupuleux avec lequel M. Garnier traitait la psychologie et le prix qu'il attachait à son principal ouvrage. Il y mettait sa gloire, et avec raison : carie Traité des facultés de rdme est sans aucun doute, ainsi que j'avais l'occasion de le dire en 1857, la meilleure histoire naturelle de l'âme qui existe. J'ajoute, après l'avoir relu dans cette nouvelle édition, que c'est un ouvrage classique et qu'il serait à souhaiter que ce savant manuel, ce riche répertoire de la science psychologique se trouvât dans les mains de quiconque se propose d'enseigner ou même d'apprendre tout ce que la philosophie ancienne et moderne a découvert de plus solide sur notre nature intellectuelle et morale.
A ce souhait dicté par le pur amour de la science se mêle un regret profond et douloureux, quand je songe que la mort est venue surprendre l'auteur au milieu d'un grand travail de révision et qu'il ne lui a pas été donné d'ajouter à son œuvre les derniers perfectionnements qu'il avait en vue et qu'on ne pouvait attendre que de lui seul.