Introduction de l'éditeur, t. I, p. gxxt
à appeler expérieiiee, cl (jui repose sur la conscience de Taction volontain? et libre ou du moi ; d*autre part la croyance, c'est-k-dire la conviction fatale et nécessaire de toutes les vérités (ju'il appelle absolues, telles que Tànie dans sa substance, l'existiînce de la substance corporelle, les notions universelles, les principes et, pardessus tout, rinfini, Féternel, Dieu enfin, dont l'idée grandissait chaque jour dans son lune et prenait place dans sa philosophie. A partir de l'année 1818, M. de Biran entra décidément dans une phase nouvelh* où la philosophie de la volonté, qu'il avait d'abord ajoutée plutôt (|ue substituée à celle de la sensation, se trouva complétée et corrigée à son tour par une philosophie plus haute. On peut juger du chtimin qu'il avait parcouru par le passage suivant, où il expose la division et le plan de ses Nouveaux essais d'anthropologie, connnencés en 1823.
a Je formerai trois divisions de la science de l'homme telle que je la conçois. Cette notion de l'homme est infiniment compliquée, puisqu'elle renferme tous les modes passifs et actifs de notre existence, tous les produits divers des forces vivantes qui la constituent. Ces Ibroos vivantes ou ces vies que l'expérience intérieure apprend à distinguer et que le sens intime ne permet pas de confondre sont trois et non pas une seule, quoiqu'il n'y ait logiquement qu'un homme et psychologiquement qu'un moi unique. Je ferai en conséquence trois divisions de cet ouvrage. —La première comprendra les phénomènes de la vie animale, que je ne distingue point de celle qu'on a distinguée de nos jours sous le titre de vie organique. Je dirai pourquoi cette distinction, futile en' elle-même, est inutile à mon but.-^La deuxième division renfermera les faits
\:]'2 <pniiTr\MSME moderxe.
n»lalifs ùl;i vi(» pro|»n* de l'homme, sujet sonlant et i)onsanl, soumis aux piis.Nions de la vie animale, et en même temps libre d'agir par sa propre force, et en vertu de cette force seule, personne morale, woi, (|ui se connaît cl connaît les autres choses, exerce diverses opérations intellectuelles qui ont leur principe commun dans la conscience du moi, ou dans la force active qui le constitue. —La troisième division, la plus importante de toutes, est celle que la philosophie a cru jusqu'il présent devoir abandonner aux spéculations du mysticisme, quoi(iu'elle vienne aussi se résoudre en faits d'observation puisés dans une nature élevée, il est vrai, audessus des sens, mais non point étrangère à Ve,<prit qui connaît Dieu et lui-même. Cette division comprendra donc les
faits ou les modes et actes de la vie spirituelle Toutes les
facultés relatives à la vie spirituelle constituent l'esprit de l'homme en état de pure réceptivité d'une influence supérieure à lui, mais non étrangère à sa nature la plus élevée. Cette influence, en se manifestant à sa vue intérieure, le manifeste en môme temps à lui-même dans ce qu'il est au fond, et dans ses rapports avec un idéal de beauté, de perfection intellectuelle et morale, etc. » (Nouveaux essais. Introduction, t. lll, p. :U)(), 357).
Les Xouvenn.r essais étaitMit destinés, dans la pensée de leur auteur, à expliquer la nature d(» e.haeune de ees trois vies, à en montrer les ditféienees, les rapports mutuels et la hiérarchie. La mort ne lui permit pas d'achever son œuvre ; nous n'en avons qu'une esquisse, mais qui suftit du moins pour en fain» connaître les traits essentiels, et pour attester la présence d'une doctrine définitive, au lieu des indications auxquelles on en était réduit jusque-là.
MAINE DE BIEUN. 133
Quelques-uns des écrits publiés en 1834 et en 1841 trahissaient déjà la titinsformation qui s'était opérée dans les idées de Maine de Biran, et un changement aussi considérable ne pouvait échapper à la sagacité d'un éditeur tel que M. Cousin. Aussi le voit-on dès 1834 signaler chez son ancien maître une velléité tardive de sortir de l'empirisme et de construire une philosophie plus haute et plus large, mais par des procédés qu'il taxe d'inconséquence et auxquels il refuse toute valeur rationnelle. Telle n'est pas l'appréciation de M. Naville, que nous avons lieu de croire mieux informé. Cependant, quoique IVI. Gousin n'eut pas sous les yeux toutes les pièces du I>rocès, son jugement en pareille matière ne saurait passer inaperçu et sera toujours utile à connaître. Si d'ailleurs i 1 a été exposé à atténuer la valeur des dernières pensées de notre philosophe, M. Naville, de son côté, a bien pu leur accorder une importance excessive, au double point oie vue de la philosophie et du christianisme. Le rappro- Oiheinent de ces opinions contraires fera connaître l'état cie la question, et permettra au lecteur de prononcer entre les deux éditeurs.
Voici d'abord de quelle maniènî M. Cousin caractérise les tentatives de M. de Biran pour s'élever au-dessus de l'expérience et de l'honmie :
« Il en est des erreurs en philosophie comme des taules dans la vie : leur punition est dans leurs conséquences iné-
"\itables M. de Biran» préoccupé dos faits volontaires qu'il
est parvenu à dégager du sein des faits sensibles qui les couvraient à tous les yeux, las ou ébloui , n'aperçoit pas les faits rationnels. Voilà une lacune. On la lui signale et, pour la ré-
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parer, il invente l'iiypothèsc d'une induction illégitime. Mais celte hypothèse, qu'il n'a jamais exposée avec beaucoup de lucidité et de précision, est trop inconsistante et trop vague pour lui suffire, et peu à peu il a recours à une bien autre invention. Contre le scplicismo que tout idéalisme traine ordinairement à sa suite, il se réfugie dans une sorte de mysticisme Il convient que toules les inductions ou déductions
quela personnalité peut tirer d'elle-même ne suffisent point à l'âme humaine, et il s'adresse à rintervenlion divine, aune révélation non accidentelle, mais universelle, par laquelle Dieu s'unit à l'homme el lui enseigne la vérité (enfin) l'auteur d'une théorie fondée sur la seule notion de la personnalité finit presque par on appelerà la grâce. — Il ya loin du sentiment de l'effort musculaire à cette conclusion, et cela sans doute est une inconséquence mais c'est une inconséquence nécessaire : car on ne se repose point dans l'exclusif et l'incomplet. L'homme éloufl'e dans la prison de luimême ; il ne respire à son aise que dans une spore plus vaste et plus haute. Cette sphère est celle de la raison.
C'est là la source commune de toules les vérités les plus
élevées comme les plus humbles; c'est là la lumière qui éclaire le moi, et que le moi n'a point faite. Faute de reconnaître et de suivre cette lumière, on la remplace par son ombre. On passe à côté de la raison sans l'apercevoir ; puis on désespère de la science ; el on se précipite dans le mysticisme, etc.*. »
M. Naville ne craint pas d'exprimer un avis tout différent. Il établit ([ue, chez M. de Biran, le principe de croyance s'appelle aussi raison ; que, suivant ce philosophe, c'est uncî faculté de Vabsolu, qui nous met en rap-