‹ Dieu et la conscienceChapitre 29 sur 73 · Œuvres de M. de JUraa (i841), préface du tome iv · texte numérisé non relu

Œuvres de M. de JUraa (i841), préface du tome iv

MAINE DE BIRÀN. 135

port avec Tuniversel et le nécessaire et qui, de même ^que la puissance de connaître, se justifie « par la nécessité absolue d*y croire ; qu'elle est intimement unie à la ^connaissance des phénomènes, sans pouvoir y être réduite, ^t que, si Thomme peut, jusqu'à un ceilain point, s'identifier avec Dieu, c'est par l'exercice de cette faculté ^supérieure... » Ainsi s'exprime M. de Biran, dit-il. « Il est ^onc arrivé à reconnaître formellement l'existence, la jplsLce et les droits de l'ordre rationnel dans l'ensemble des manifestations de l'esprit humain... Par conséquent, il n'est plus permis de reproduire l'affirmation de M. Cousni, « qu'il a passé à cote de la raison, et de chercher dans ce fait la cause de son mysticisme. Son mysticisme, si on veut user ici de ce terme, a des racines tout autrement profondes, etc. ^ »

Quelque opposées que paraissent ces deux appréciations, il nest peut-être pas très-difficile de les mettre d'accord, et de faire voir que le dernier éditeur n'est pas si loin qu'il le pense de partager l'opinion de son illustre devancier. En effet, quand M. Naville défend M. de Biran d'avoir été mysti(}ue, il semble s(; placer surtout au point de vue religieux, et, ne pouvant souffrir que l'on confonde la foi au christianisme avec une forme décriée de la piété, il insiste avec raison sur ce qu'il y avait de sérieux et de profond dans les convictions religieuses de l'auteur des Nouveaux essais. Il reconnaît d'ailleurs avec une parfaite loyauté que « 1' besoin p(^rs(mnel de religion avait devancé chez lui toute reelierche scientifiquQ sur le

i. Introduction générale, 1. 1, p. cxxii-cxxYiu, p. cuxxxi, etc.

principe de Tunivers ; » que souvent « ses paroles sont l'expression des besoins de Thomme plutôt que le résultat des pensées du métaphysicien ; » qu'une partie même des doctrines qu'il expose ne sont pas « les affirmations explicites de M. de Biran, mais les conséquences légitimes de ses vues ; » que ce philosophe ne fit guère qu'entrevoir les problèmes de la philosophie religieuse, et que « déjà sur le seuil de la religion natunîlle, il passa outre et finît par aborder le domaine propre de la foi des chrétiens *, » Au fond, M. Cousin dit-il autre chose ? M. de Biran, suivant lui, passe à côté de la raison : si je ne me trompe cela ressemble fort à ce qu'on vient de lire. Le point de vue de M. Cousin est purement philosophique , et, lorsqu'il accuse M. de Biran de mysticisme, cela veut dire qu'il lui reproche de n'avoir su expliquer les connaissances rationnelles par aucune de nos facultés naturelles de connaître, et d'avoir cru que nous n'y saurions atteindre sans sortir de l'humanité. Le mysticisme, dans l'acception aujourd'hui usitée, quoique peut-être abusive de ce mot, consistée laisser là les sens, le raisonnnement et même la raison, pour recourir à une sorttî d'extase ou d'illumination par laquelle nous sonmies mis en rapport avec Tordre surnaturel. Or, s'il en est ainsi, il faut convenir que M. de Biran prétti à la criticjue dont il est l'objet, soit par ses fréquentes apologies du quiétisme et même, comme l'avoue M. Naville, par « des tendances quiétistes, auxquelles il ne résiste pas toujours assez nettement 2, » soit par l'emploi fâcheux de certains

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