‹ Dieu et la conscienceChapitre 30 sur 73 · bid., t. 1, p. cxci · texte numérisé non relu

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termes et de certaines manières de parler qui impliquent la négation de la raison, comme faculté humaine de connaître les vérités absolues. En appelant croyance notre adhésion à ces vérités, et en Topposant à la connaissance, il semble mettre le sentiment au-dessus de la raison, contrairement à l'esprit de la philosophie. D'un autre côté, il dit on propnîs termes et à plusieurs reprises que toutes les facultés relatives à la vie spirituelle se réduisent à une pure réceptivité ; que la vie de Tesprit n'est que « l'absorption du moi en Dieu, » la vie mystique de l'enthousiasme, où l'àme humaine « s'identifie autant qu'il est en elle avec son objet suprême ; » que t Dieu se fait entendre ou sentir à l'àme, dont les facultés propres n'agissent plus : » car ce qui agit alors, dit-il, c'est « un principe infiniment supérieur à l'honmie : ce principe qui est en nous, qui luit au dedans de l'homme, n'est pas rhomme concret, mais la partie divine qui est en lui et qui tend à se rejoindre à sa fin, à la sourc(» dont il émane. » De là « ces intuitions intellectuelles, ces inspirations, ces mouvements surnaturels oii l'àme désappropriée d'ellemême est tout entière sous l'action de Dieu, et comme absorbée en lui *. »

On le voit donc, le reproche de mysticisme adressé à M. de Biran par un philosophe n'est pas sans fondement, quoique, à vrai dire, il ne fasse guère que répéter, en des termes un peu différents, ce qu'Arîstote avait si explicitement enseigné dans sa Morale sur les trois genres de vie entre lesquels l'homme est appelé à choisir : la vie de

l . ï. III, p. 337, olo, 519, o21, o2o, o28, o30, 549.

i3S SPIRITUALISME MODERNE.

plaisir qu'il convient de laisser aux animaux, la vie morale et politique où s'exercent les facultés actives de Thomme, et la vie surnaturelle de la pensée dont rhomme n'est capable qu'autant ([u'il participe de la nature divine ^ Aristote ne passe pourtant pas pour mystique; il est môme assez maltraité de nos jours, et fort injustement, à cause de son prétendu sensualisme"^. M. de Biran qui ne le lisait guère et qui n'en parlait que par ouïdire, l'a plus d'une fois pris à partie, se le donnant à plaisir pour adversaire et ne se doutant pas que c'était précisément la plus grande autorité philosophique qu'il put alléguer en faveur de sa doctrine. Ainsi se fait l'histoire, et l'on ne songe pas d'ordinaire à compter parmi les âmes contemplatives l'innnortel disciple de Platon. Mais si la doctrine d'une vie divine pour l'honmie n'est pas du mysticisme chez Aristote, pourquoi l'appeler de ce nom chez M. de Biran ? 11 convient d'ailleurs de remarquer, à côté des passages que nous avons cités, ceux où il établit par des moyens philosophiques les caractères essentiels des vérités de raison, et singulièrement de la première de toutes, qui est l'existence de Dieu. Voici l'endroit qui nous a paru le plus saillant à cet égard :

a La cause des existences , objet propre delà raison, ne peut être conçue par elle que comme nécessaire, une, absolue, éternelle et immuable : car c'est cela môme qui est l'objet de

1. Morale à Nicomaqtie, 1. l, c. 3; 1. x, c. 7; Morale à Eud., I, 4, 5, etc.

2. Voir notre essai De la psychologie d' Aristote, où se trouvent rassemblés les textes les plus décisifs d'Aristole en faveur de la spiritualité de l'âme, du libre arbitre, etc., etc.

MALNE DE BIRAN. 139

la raison. Toutes les vérités nécessaires, que notre esprit trouve telles et qu'il ne fait pas, ont le caractère essentiel d'éternité et d'immutabilité ; elles étaient avant que l'esprit les conçût, elles sont les mêmes alors qu'il cesse de les apercevoir; elles seraient donc encore, quand aucune intelligence finie comme la nôtre ne les comprendrait. Comment et où pourraient-elles subsister , s'il n'y avait pas un être infini, immuable, en qui seul elles subsistent comme des attributs dans leur sujet, en qui seul elles peuvent toujours et parfaitement être entendues t. »

Ces lignes sont décisives. Ne cherchons pas trop curieusement si, dans son système, M. d(» Biran a pu les écrire sans inconséquence ; j)nmons-les en elles-mêmes, nous y découvrirons sans peine une intention vraiment philosophique. C'est hum en philosophe et au nom de la raison que M. de Biran, dans c(î passage qui rappelle une page célèbre d(; Bossuet, l'econnait des vérités supérieures au sens et au moi lui-même. Si ensuite il parle de notre absorption dans cette lumière divine, s'il invite l'homme à s'identitier avec « cet esprit qui n'est pas notre esprit, » il ne renie nulhî part sa doctrine antérieure de la volonté ; il soutient au contraire que « la vie de l'esprit commence avec le premier eltbrt voulu 2, » que « la force active peut porter Tànui hors d'elle-même, vers un idéal, un intini, qui lui est donné ou qu'elle se donne pour but de ses efforts 3, » que, « l'acte de soumission

i. Fragtnenls relatifs aux fondements de la morale et de la religion, p. 60, 61 ; cf. Introd. générale, p. cxxvii, cxxviii.

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