‹ Dieu et la conscienceChapitre 32 sur 73 · Introduction, 1. 1, p. clxxii · texte numérisé non relu

Introduction, 1. 1, p. clxxii

â. Fondeuients de 11 mur. et de la rclig., 1. 111, p. 5i etauiv.

MAINE DE Bin.W. \i\

nisnie. S'il est en e(ïet une erreur inconipulible avee la pure doctrine de TÉvangile, c'est assurénKîut celle des spinozistes et de tous ces prophètes de la substance unique qui, sous le beau prétexte de nous délivrer des superstitions etde combattreranthroponïorphisme,réduisent la Divinité à l'abstraction de l'être, et, dans leur indifférence superbe pour les besoins les plus sacrés de notre nature, finissent par tomber dans le culte de la matière, ou, comme l'ont dit les plus hardis d'entre eux, la réhabilitation de la chair. Cette doctrine, ambitieuse à la fois et grossière, que ses adeptes croient appelée à remplacer la divine religion du Christ, et qui ne saurait pas même soutenir la comparaison avec le platonisme ou l'aristotélisme, est pourtant de nos jours, en l'absence d'une grande philosophie à lui opposer, le piège le plus dangereux pour les esprits qui abordent sans préparation et sans précaution les difficiles problèmes de la métaphysique. Ou le panthéisme ou le christianisme : telle est l'alternative que la logique aussi bien que l'histoire propose à notre siècle ; car à moins d'afffrmer et de nier tout ensemble la même chose, comment admettn» la liberté morale et le péché dans l'homme, le libre sacrifice d'un rédempteur et les dispensations gratuites de la miséricorde divine, sans rejeter du même coup le fatalis.ne et le règne de la nécessité, la divinisation de la nature, l'unité de la substance, l'identité universelle, en un mot le panthéisme ? L'accouplement de ces deux doctrines serait une monstruosité logique, et l'on ne peut se détourner de l'erreur des panthéistes sans se rapprocher de la foi des chrétiens. Or, nous venons de le voir, M. de Biran n'était

Uil SPIRITUALISME MODERNE.

pas panthéiste ; il mî le serait devenu (jii'en renonçant à toutes ses opinions connues; il pouvait donc être chrétien? L'a-t-il éte^ en effet? Telle est la dernière question que soulève l'examen de ses Nouveaux essais d'anthropologie.

A considérer dans son ensend)le Touvrage où M. de Biran entreprit, (mi IS:i3 et I8i4, (h» donner Texpression déthiitive et eoinuie le testament de sa pensée, on n*y voit au premier abord qu'une oeuvre exclusivement philosophicpuî. Ce qui s'y montnî de plus saillant, ce qui frappe tout lecteur non prévenu, c'est l'aftirmation claire et catégorique d'une vie de l'esprit, au-dessus de la vie animale et de la vi(^ humaine ou morale. Mais cette vie est-ell(^ une vie religieuse et décidément chrétienne, et si cela est, l'auteur l'envisage-t-il en chrétien, ou en philosophe, ou en hoinuK» (jui est à la fois l'un et l'autre ? Dans leur état actuel de mutilation, les Nouveaux essais, qui d'ailleurs n'ont jamais été achevés, ne jettent que peu de lumièn^ sur cet intéressant problème. Peut-être même sont-ils moins instructifs à cet égard, (juc les extraits du journal intime de M. de Biran, qui ont paru dans le volume intitulé : Sa Vie et ses Pensées ; si du moins on eu retranche tout ce ([ui avait été imprimé jusque-là, on est tenté de dt»mander ce que la présenttî publication nous a appris de nouveau sur ce point délicat. Dans une grande partie de son introduction, l'éditeur s'est efforcé de

MAINE Dt MMS, U3

mettre en lumière le christianisme de iM. de Biraii. On va 3 uger s'il y a réussi.

Un premier fait impossible à nier, c'est que M. de Biran,

lorsque la lecture des Recherches philosophiques de M. de

IBonald Teut engagé à aborder le problème religieux sous

sa face historique, n'éprouva que de l'éloignement pour

le point de vue tout extérieur du philosophe catholique,

^t que le résultat apparent de cette première rencontre

^vec le christianisme, fut de le rejeter d'une manière dé-

<5isîve du côté de la religion naturelle. Cependant « son

xespect avait été fortement fixé sur la révélation, » et peu

à peu il revint de lui-même à la doctrine à laquelle il

avait résisté, quand on voulait la lui imposer du dehors,

pour ainsi dire, au nom d'une autorité visible. Il était

dans sa nature de n'arriver à la religion que par des voies

subjectives et par le développement intime de ses propres

aspirations.

La philosophie antérieure de M. de Biran offrait, comme on l'a vu, des lacunes considérables : elle laissait de côté, ou du moins elle n'admettait pas explicitement des connaissances supérieures à l'expérience ; elle ne disait rien d'une loi morale, d'une règle divine de notre volonté ; elle était surtout incapable de procurer à l'àme la paix et le bonheur où elle vise. C'est im constatant ces lacunes et en cherchant à les combler, que M. de Biran se rapprocha du christianisme. Une double expérience lé conduisit à comprendre que l'honnne, réduit à lui-môme, lie saurait accomplir sa destinée, qui est de trouver a le repos dans son union avec Dieu, et le bonheur dans l'accomplissement de la loi éternelle du devoir. » D'un côté,

il rer.onnul spoiitaiiéiiient (iiie l'iioinme est impuissant, par ses seules t'orcc^s, à triompher toujours de la nature animale et à ne transgresser jamais les ordres de la raison. D*un autre côté, il lui sembla que, dans les cas même où la volonté dompte les penchants inférieurs et les passions, elle n'atteint qu'une sagesse moyenne, relative, mondaine, et qu'une distance infinie la sépare encore du divin idéal dont l'àme humaine a le besoin et le pressentiment. Il sentit que tout n'est pas fini pour nous lorsque 1a volonté a fait son œuvre, en réalisant un ordre relatif aux choses visibles et passagères seulement, et qu'il reste encore au fond de l'àme des aspirations qui ne sont pas satisfaites. Il y a donc en nous, se dit-il, une nature supérieure ; il y a, au-delà du plus grand bonheur humain et de notre plus grande sagesse, « un autre bonheur, une autre sagesse, une autre perfection. Au-dessus de la vie de la volonté qui se possède, est la vie de l'âme qui s'abandonne à Dieu. Cette vie supérieure, cette vie en Dieu, l'homme n'y peut atteindre par son effort. » Où poser le pied pour faire un pas hors de nous-mêmes, si Dieu ne nous soutient ou si nous ne nous appuyons sur lui *. Il nous faut le secours de sa grâce; il faut que l'esprit de Dieu lui-même agisse dans notre âme pour Tunir à cette suprême sagesse, dont elle a besoin et dont elle est incapable par elle-même "2. Désirer, prier, voilà tout ce qui est en son pouvoir ; désirer, sentir ses besoins, sa misère, sa dépendance, et faire effort pour s'élever plus haut ; prier , tenir l'œil tourné vers la source d'où

i . Nouveaux essais^ t. III, p. 547.

Page 1