‹ Dieu et la conscienceChapitre 33 sur 73 · iDtroduciion, 1. 1, p. clxyiii et suiv · texte numérisé non relu

iDtroduciion, 1. 1, p. clxyiii et suiv

émane la lumière, afin que Tcsprit de sagesse vienne et que le royaume de Dieu arrive. A cette double condition, rhomme est mis en possession d'un trésor infini, inépuisable. La même disposition qui fait que l'âme s'élève vers Dieu et s'abandonne au sentiment religieux qui la remplit, fait aussi que l'esprit s'ouvre à la lumière des plus hautes vérités intellectuelles, les saisit avec plus de pénétration, et y adhère avec plus d'intimité *.

Une fois entré dans cette voie, M. de Biran admet pleinement la réalité de l'ordre surnaturel ; il y a recours pour achever dans l'homme la connaissance, mais surtout pour secourir sa volonté défaillante et pour le faire vivre de cette vie supérieure, qu'il appelle divine, religieuse et même chrétienne. C'est en efl'et dans l'Évangile qu'il puise désormais les inspirations et le texte de ses éleva- ' tiens. Il ne se lasse point d'admirer et de louer le christianisme ; il saisit toutes les occasions d'en faire éclater la supériorité sur le stoïcisme, dont la morale pratique lui paraît au-dessus des forces de l'humanité. « Le christianisme seul embrasse tout l'homme. Il ne dissimule aucun des côtés de sa nature et tire parti de ses misères et dt; sa faiblesse pour le conduire à sa fin, en lui montrant tout le besoin qu'il a d'un secours plus élevé 2. » Seul encore il nous enseigne la puissance de cet amour par lequel l'àme est ravie jusqu'à Dieu et jouit du repos après la lutte. Le stoïcisme attribuait à tort à la volonté le pouvoir de nous donner la paix; il méconnaissait « cette troisième vie qui est au-dessus de l'humanité et que le chris-

1. Nouveaux Essais, HI* partie^ p. 532 et soir., p. 545, etc.

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tianisme seul connaît si bien i. » Cette vie est celle de Tamour, elle est communiquée à Tâme ; c'est « comme une addition à sa vie propre qui lui vient du dehors et de plus haut qu'elle, savoir de V esprit-amour qui souffle où

il veut Tout remploi de notre liberté consiste à nous

disposer de manière à recevoir des idées ou des sentiments, et en général Tinfluence de Tesprit qui peut seul modifier notre âme d'une manière appropriée à sa destînation et à sa nature. Les bons mouvements, le triomphe de l'esprit sur la matière, de la raison sur les passions, ne sont point en notre pouvoir immédiat comme agents libres ; ils ne dépendent pas de nous-mêmes, mais de la grâce qui nous est donnée, suggérée à certaines conditions 2. »

Voici encore un passage qui fera voir combien M. de Biran avait pénétré dans la doctrine de l'amour, telle qu'il la comprenait, et combien il s'en était nourri.

« Le yérilable amour consiste dans le sacrifice entier de soi-même à l'objet aimé. Quel que soit cet objet, dès que nous Taimons pour lui, en raison de sa perfection idéale ou imaginaire, dès que nous sommes disposés invariablement à sacrifier pour lui notre existence, notre volonté propre, si bien que nous ne voulons plus rien qu'en lui et pour lui, en faisant abnégation de nous-mêmes, dès lors notre âme est en repos, et l'amour est le bien de la vie. Les agitations et tont le malheur des passions ne viennent que de ce que nous nous aimons nous-mêmes par-dessus tout, mettant notre bonheur, notre plaisir avant tout .... Si Tamour divin est celui quirem-

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