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Introduction, t. J, p. ccym, ccix

MAINE DE BIRÀN. 46B

les conditions de cette alliance ne sont pas tellement ty ranniques. Au fond, si je ne me trompe, elles se réduisent à deux, qui me paraissent absolument indispensables. Pour être à bon droit considérée comme chrétienne, la philosophie doit, d'une part, professer les doctrines fondamentales du spiritualisme chrétien : Tâme immatérielle, libre, responsable, immortelle, un Dieu vivant et personnel, créateur tout-puissant, législ: teur et père miséricordieux, la sainteté inviolable du devoir, la réalité du péché dans Thomme et la nécessité d'une réparation ; et d'autre part, ne faut-îl pas que cette même philosophie reconnaisse explicitement la vérité du christianisme, qu'elle s'en déclare solidaire, que, comme elle en accepte les principes, elle s'associe à ses destinées et qu'elle ne cherche pas en dehors de ses divines promesses l'avenir de la science et de l'humanité ? A ce double point de vue, M. de Biran est digne d'être compté parmi les philosophes chrétiens, et désormais, grâce à M. Naville, ce titre ne saurait être contesté à l'auteur des Nouveaux Essais d'anthropologie. On peut aller plus loin que lui^ sans doute; mais^ comme l'a si bien dit M. Cousin, dans un sens différent, il est vrai : « Ceux qui pénétreront un jour plus avant dans le sanctuaire ne devront point oublier que c'est M. de Biran qui les y a introduits, et qui a donné le flambeau qui éclaire tout Téditice. »

Le flambeau, ici, c'est l'idée de la grâce; l'édifice^ c'est l'homme régénéré par l'Esprit divin et miraculeusement relevé' jusqu'à la' stature du Christ.

164 SFIBITUALISME MODERNE.

La philosophie est le libre effort de Tesprit humain vers la vérité. Elle a toujours été mise à Tindex là où la liberté était suspecte, et les âmes pieuses ont peine à se défendre d'une certaine défiance en songeant à ce qu'il y a de dangereux dans ces tentatives, trop hardies pour être toujours heureuses. Mais comme toute recherche n'aboutit pas forcément à Terreur, la philosophie n'est pas condamnée, par sa nature, à cette fâcheuse nécessité d'être à jamais inconciliable avec la vérité religieuse. N'y eût-il qu'un bon système entre mille, le bien produit mérite qu'on supporte, à cause de lui, le mal inévitable des hérésies. La vérité est pour nous à ce prix. « Il faut, dit saint Paul, qu'il y ait des hérésies parmi vous (I Corinth., XI, V. 19). Comment hésiterions-nous à dire de la science humaine ce que l'apôtre a dit de la science divine du salut? Le vrai christianisme, fondé tout ensemble sur l'Écriture et sur le libre examen, croit et aspire au progrès dans la foi comme dans la vertu ; il « éprouve toutes choses pour retenir ce qui est bon, » et comme il réclame la liberté pour lui-même, il l'accorde volontiers à tous et se montre sympathique à toutes les bonnes intentions. Il

1. Du vrai, du beau et du bien, â« édit., Palris, Didier, 1854, in-8o.

doit donc applaudir aux efforts d'une philosophie qui se présente comme « Talliée de toutes les bonnes causes^ » qui se propose de soutenir le sentiment religieux et qui enseigne à la jeunesse le respect et Tamour de FÉvangile. Tel est, en effet le langage que M. Cousin fait entendre aux jeunes gens.

a Loin de vous, leur dit-il, cette triste philosophie qui vous prêche le matérialisme et Tathéisme comme des doctrines nouvelles, destinées à régénérer le monde : elles tuent, il est vrai, mais elles ne régénèrent pas. N'écoutez pas ces esprits superficiels qui se donnent comme de profonds penseurs, parce qu'après Voltaire ils ont découvert des difficultés dans le christianisme ; vous mesurerez vos progrès en philosophie par ceux de la tendre vénération que vous ressentirez pour la religion de l'Évangile i. »

Voilà comment s'exprime le chef de la philosophie française contemporaine, dans un livre qui contient, suivant lui, « l'expression abrégée, mais exacte, de ses convictions sur les points fondamentaux de la science philosophique. )>

L'éclectisme, tel est le nom par lequel on désigne communément la philosophie de M. Cousin, et ce n'est pas sans raison, quoiqu'il semble s'en étonner un peu. Il est assez naturel, en effet, de définir ime philosophie par ce qu'elle a de plus saillant. Or, si vous comparez entre eux les plus illustres philosophes de notre siècle, en Europe, et que vous cherchiez à caractériser leurs mérites respectifs, quand vous aurez reconnu dans M. Schelling, de

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