I. Voir plus haut, ch. i, p
au service d'une nécessité quelconque ? Non ; il est ouvrier avec Dieu dans l'œuvre de son propre développement ; il en prend une part active et acquiert une responsabilité propre par son libre arbitre.
Quoique la liberté humaine passe avec raison pour une vérité première, universelle parmi les hommes, il faut avouer qu'il est certains peuples et certaines époques oîi cette vérité semble s'obscurcir, et oii le sentiment de la responsabilité j)ersonnelle tend à s'effacer. Peut-être vivons-nous à l'une de ces époques, et alors il ne nous est pas inutile de retrouver exprimé avec force, défendu avec vivacité contre ses adversaires, le dogme moral qui importe le plus à notre dignité et à notre immortel avenir. Or, je n'hésite pas à le dire, on rencontrerait difficilement un autre livre où le fatalisme serait plus énergiquement réfuté, surtout cette espèce de fatalisme qui consiste à confondre le libre arbitre avec la puissance dont il dispose ou ne dispose pas. Cette confusion disparait lorsqu'on se représente, par exemple, « un moine réduit à une impuissance absolue par sa règle et son vœu d'obéissance, et que l'on songe que ce muet, qui ne peut plus même pousser un sanglot, est encore capable de s'indigner et de frémir (p. 40). » Je pourrais encore citer un autre passage qui contient une fine critique de Malebranche en même temps qu'une démonstration de la liberté (p. 41). Je suis toujours libre de vouloir ou de ne pas vouloir, quoique je ne sois pas toujours en état de faire ce que j'ai voulu. Mais, h force d'énergie, l'acte que j'ai voulu plusieurs fois se tourne en habitude, et si c'est l'habitude du bien, je suis devenu un honnête homme,
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« car rhonnête homme par excellence est celui qui rhabitude de la vertu, et le malhonnête homme celui
qui a l'habitude du vice Avoir contracté Thabitude du
bien, c'est évidemment la plus grande gloire à laquelle ^^H nous puissions atteindre devant Dieu et devant les hommes (p. 93). » L'auteur me permettra-t-il d'ajouter-3 que l'habitude n'étant pas entièrement notre œuvre, ^ cette gloire elle-même est en partie l'effet de la grâce, et* une première récompense de nos efforts pour faire lebien?^^
Une autre récompense nous attend, si notre volonté été trouvée fidèle. La lutte a un autre prix encore plu sûr et plus désirable. L'immortalité réservée à notre âme^ telle est la digne conclusion de ce livre, et nous recueille — rons en finissant quelques-unes des paroles éloquentes par lesquelles se termine et s'achève cette belle exhorta tion au devoir et à la vertu.
« dernier mot de la science humaine! sain croyance! douce espérance! Pourrait -on sans vou^ comprendre le monde, et pourrait-on, sans vous, le sup porter? Une chaîne indissoluble unit ensemble la liberté la loi morale, l'immortalité de l'âme et la providence d
Dieu Est-ce donc notre âme qui souffre et qui meurt ^
Non, G*est Vhomme extérieur^ le personnage. Notre vie, nous, est avec Dieu. Il n'y a de pensée réelle, substan — tielle, que la pensée de l'éternel, il n'y a d'action véritable que l'accomplissement du devoir. Le devoir seul est vrai, le mal n'est rien. Homme, de quoi te plains-tu 1^ De la lutte? C'est la condition de la victoire. D'une injustice? Qu'est cela pour un immortel? De la mort? C'est la délivrance ! »