DEYDIRS DE l'hOMME
qu'il s'est proposé, et de pouvoir se conformer ou se soustraire à cette volonté toute-puissante, sauf à rendre compte un jour de son choix. Abdiquer cette responsabilité, ce serait donc renoncer à notre principal titre de gloire.
.Voilà ce qu'on oublie, quand on prétend que l'homme étant libre et s'appartenant à lui-même, il peut faire de lui-même ce qu'il lui plaît, que l'emploi solitaire de ses facultés ne concernant que lui, il peut, si bon lui semble, se faire tort à lui-même, pourvu que jamais il ne fasse tort à d'autres. Ses semblables lui doivent de respecter sa liberté, comme il respecte la leur, et ce qu'il fait en son particulier ne regarde personne.
Il y a dans ce raisonnement bien connu, presque populaire, un mélange de vérité et d'erreur qu'il importe tie démêler. Il est vrai que dans beaucoup de circonstances la société n'a pas le droit d'intervenir, même lorsque notre conduite est digne de blâme. La loi civile, si attentive à empêcher les abus, permet à un individu d'abuser de sa fortune et de se ruiner, si bon lui semble, et l'on peut soutenir en général, avec une apparence de raison, que les autres hommes n'ont rien à voir dans^ notre vie privée et qu'il ne leur appartient pas de s'interposer entre nous et notre conscience. Supposons qu'il ea soit toujours ainsi ; il n'en résulte pas que nous n'ayons;» aucun devoir à remphr dans cette sphère intime où nous; sommes seuls en présence de nous-mêmes. Là encore il dépend de nous de faire le bien ou le mal ; il dépend de nous, on l'a accordé, de nous faire du tort à nous-mêmes; nous agissons alors contre le devoir. Ce n'est pas assez
demander à Thonnête homme que d'exiger qu'il ne fasse de mal à personne.. L'honnête homme est celui qui aime le bien et déteste le mal partout et toujours, qu'il soit seul ou en public, et par conséquent ce qu'il regarde comme un mal quand il s'agit de ses semblables, il ne se le permettra jamais pour son compte. Il respectera toujours en lui-même l'humanité, il se gardera surtout de perdre ou de souiller son âme.
D'ailleurs, est-il démontré qu'en se nuisant à soi-même on ne fasse aucun tort à d'autres? Ne devons-nous pas penser au contraire qu'on ne saurait vouloir sincèrement le bien dans la société, quand on lé déteste au fond du cœur, et que c^lui-là est le mieux préparé à être un membre utile de la famille et un bon citoyen, qui s'est d'abord appliqué à cultiver dans son âme les germes de toutes les vertus? C'est ce qui nous sera évident, je l'espère, après que nous aurons passé en revue nos principaux devoirs envers nous-mêmes.
Un premier devoir, que personne ne conteste et qui est la condition de tous les autres, consiste à nous conserver nous-mêmes. C'est une obligation générale et dont la raison est facile à comprendre. Tout être, toute force a son rôle, sa destination, son usage dans le plan de la création. Une force supprimée ou, ce qui revient au même, détournée de son but légitime et employée en j;>ure perte, c'est un mal, absolun^eqt parlapt. Il en est de