‹ Dieu et la conscienceChapitre 6 sur 73 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

et puis en nier, avec les fatalistes, le résultat le plus ^yident, le péché, qui pèse si lourdement sur nous tous, ses auteurs responsables ; — proposer aux liommes la morale du devoir, et puis se renfermer «vec le Yulgaii'e dans les étroites limites de Thonnéteté jDondaine et d'une personnalité égoïste, la grâce et la charité elle-même ne pouvant trouver place dans les cadres de notre moderne paganisme; — proclamer Tine cause première intelligente et libre, et puis en contester partout l'action réelle et personnelle dans la jiature et dans Thistoire, d'accord avec les matérialistes et les panthéistes; — placer en Dieu toutes les perfections, et puis réduire sa sainteté à Tinertie et lui refuser, avec l'amour et la miséricorde pour le pécheur repentant, le pouvoir d'entendre et d'exaucer une prière ; — enfin , après avoir démontré Dieu en métaphysique contre les positivistes, le supprimer comme eux dans la morale, et retirer à l'humanité, que Ton voudrait relever, le mobile religieux sans lequel elle ne peut rien : voilà les contradictions que commettent tous les jours, sans s'en rendre compte, quelques-uns des représentants les plus distingués de la philosophie spiritualiste, non sans doute par crainte de l'impopularité, mais par un besoin exagéré de faire la part du bien dans les erreurs mêmes qu'ils repoussent en théorie et acceptent dans

Xll PRÉFACE.

la pratique, faisant cause commune avec leurs adversaires 'naturels contre utie religion dont les principes sont les leurs, et travaillant ainsi, sans le vouloir, à la ruine de leiïirs propres croyances et à la décadence morale de leur pays.

Le spiritualisme chrétien, nul n'en saurait disconvenir, a été en France et dans l'Europe occidentale le berlceàu du spiritualisme philosophique. L'un et Tautre sont solidaires; leurs destinées et celles de la civilisation moderne sont liées indissolublement. Le jour où il ne resterait rien des doctrines chrétiennes, le spirituiilisme philosophique serait lui-même aboli, et l'Europe occidentale serait retombée au niveau du Thibet, de la Chine et de l'immobile Orient. La civilisation et le progrès aui^ient donc changé de patrie : car l'Évangile en est le code, et l'Évangile est inimorteL Repoussé ici, il revivra ailleurs; on le retrouvera désorihais partout où il y aUïa des hommes de bonne volonté, des ftmes éprises d'idéal, des savants à l'esprit élevé, des philosophes conséquents avec eux-mêiSaôs, enfin des amis éclairés du progrès, de la dignité humaine et de la liberté raisonnable.

15 décembre 4869,

DIEU

ET

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