‹ Dieu et la conscienceChapitre 61 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE LA PROPRIÉTÂ ^

Qu*est-ce que la propriété ?

La propriété n*est pas la possession, c'est-à-dire lailomination plus ou moins arbitraire exercée par un homme sur le premier objet venu dont il s'est rendu maître, par quelque moyen que ce. soit. Pour qu'on lui reconnaisse la propriété de cet objet, il faut non-seulement qu'il le possède et qu'il en use, mais encore qu'il en ait le droit ; et ce droit se distingue si bien du fait où il se réalise, qu'il peut exister à nos yeux sans la possession actuelle. La propriété, dont nous recherchons ici l'origine et le fondement, est donc le droit de posséder.

C'est dans le respect dû à la liberté de la personne morale que je place le premier fondement de ce droit. Mais avant d'établir directement cette doctrine, je crois devoir écarter par une réfutation préalable les opinions différentes ou contraires.

Je rencontre d'abord une théorie bien connue , celle

1. Leçon faite à la Sorbonne, le 1*' décembre 4848, dans le concours pour l'agrégation des Facultés.

qui fait reposer la propriété sur le désir que Thomme a naturellement de posséder et d'acquérir. Sans contredit, ce penchant existe dans chacun de nous ; il est commun à tous les hommes et , par conséquent, il peut être cîonsidéré comme leur étant naturel et inné. De plus, c'est un de nos plus puissants mobiles : « L'homme, dit Aristote, a deux mobiles de sollicitude et d'amour, la propriété et les affections *, » et tous ceux qui se soflt mêlés <!' observer la nature humaine y ont rencontré et constaté l'existence de ce désir de posséder, oii s'exprime essentiellement l'égoïsme et ce qu'on appelle l'intérêt. Si donc nous n'avions qu'à rendre compte'd'un fait, nous dirions : l'homme possède, iï s'est approprié certains objets, parce qu'il y aété porté par un instinct de sa nature. Mais la propriété n'a-t-elle à nos yeux d'autre valeur que celle qu'on attribue à un fait concret et éphémère? Ceux qui n'y veulent voir que cela se contentent (et on le comprend sans peine) de lui donner cet unique fondement. Mais d'où vient une pareille doctrine? Elle est aisée à définir,: qui ne reconnaît là une application de ce déplorable système qui fait tout venir des sens; qui, étant incapable de fonder un seul droit, n'admet que des besoins ; qui, pour satisfaire ce qu'il appelle les exigences de notre nature, ou plutôt pour flatter nos passions, déclare ne pas nier la propriété, mais la vouloir pour tous; qui, enfin, delà justice qu'il ne connaît pas, en appelle à une égalité qu'il suppose, sans pouvoir l'établir ?

Il s'agit ici d'un droit, non d'un fait. Or, tant qu'on se borne à constater l'existence du désir de posséder, on

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