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a longtemps envié à l'Angleterre : le principe de la division des pouvoirs. D'après cette règle fondamentale des grands États modernes, c'est à des mains différentes que sont confiés le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.
Le chef de l'État, dépositaire de la puissance publique, concourt en une certaine mesure à la confection des lois qu'il a pour tâche essentielle de promulguer et de faire cxécuter.lMais les longues délibérations d'où sortiront ces lois sont le partage d'assemblées où le pays envoie ses députés, c'est-à-dire les citoyens qui lui paraissent les plus sages, les plus dignes et les plus capables de comprendre et de résoudre les difficiles problèmes de l'organisation sociale. On entend souvent des plaintes assez vives sur les lenteurs de ces assemblées et sur le temps qu'elles emploient à préparer et à voter les lois : on devrait applaudir à ce qu'on blâme. Ces scrupules, ces hésitations et ces lenteurs consciencieuses, ces longs exposés et ces vives discussions éclairent à la longue une question, et empêchent qu'on ne la tranche avec une précipitation dangereuse. La légèreté en pareille matière est coupable, et l'on doit se défier toujours d'une loi trop vite faite ou votée sans délibération.
C'est encore le souverain, le chef d'État qui institue les magistrats chargés d'interpréter et d'appliquer la loi; mais pour que les difficultés qu'ils rencontreront soient étudiées avec calme, pour que leurs décisions soient rendues selon la justice et non selon les passions du jour, il faut que ces magistrats, que ces juges aient foute leur indépendance, et c'est pour cela qu'ils sont inamovibles.
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[ci encore nous rencontrerons un préjugé hostile : quelques-uns voudraient, et on Ta demandé en 1848, au nom du peuple et de la souveraineté nationale, que les juges pussent être aussi aisément déplacés et destitués que le premier fonctionnaire venu. Ces amis du peuple oublient cpie ce serait livrer la justice h la merci des caprices de l'opinion et l'assujettir à ceux-là mômes qu'elle doit juger. Songez que les intérêts dos plus faibles seraient les premiers sacrifiés, si le magistrat qui veut les défendre était exposé à payer de son siège Tarrét qu'ils attendent de son équité. Si les magistrats dépendaient du bon plaisir, leur serait-il possible, par exemple, de tenir toujour la balance entre deux parties dont l'une serait pauvre, inconnue, sans appui, l'autre puissante et honorée do la faveur du souverain? Que deviendraient les procès intentés à un simple particulier par une municipalité ou par Tadministration publique ? Il fimt donc au pouvoir judiciaire, comme au pouvoir législatif, une existence distincte et une indépendance sans laquelle ces deux pouvoir.^) ne représenteraient plus rien dans l'État.
C'est dans cette séparation des pouvoirs quin'est pas une hostilité, que résident les plus sures garanties des citoyens contre des prétentions injustes, contre l'introduction de mauvaises lois, enlin contre l'arbitraire, le despotisme et la tyrannie. Notre histoire nationale nous en fournit plus d'une preuve. Permettez-moi de vous en citer une seule. Si laFrance a pu un jour être réduite h trembler sousles abus et les crimes inouïs d'un pouvoir qu'elle avait elle-même institué, si elle a subi un gouvernement qui porte dans rhistoire ce nom incroyable, inacceptable : la Terreur,
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c'est en grande partie à cause de la confusion de tous les pouvoirs concentrés dans les mêmes mains et employés au profit d'un système ou d'une idée sans contrôle, sans contrepoids, sans l'ombre d'une résistance ou d'uno contradiction possible? Le bien était mêlé au mal, et plus d'un historien a pardonné le mal en faveur du bien ; mais si le peuple sur qui l'on agissait parla crainte des supplices et par la vue de l'échafaud en permanence avait perdu, avec une partie de son sang, l'habitude de sa liberté et le juste sentiment de ses droits, en vérité on peut affirmer que des services ainsi rendus coûtent beaucoup trop cher.
Grâce à Dieu, le mal n'a pas porté toutes ses conséquences et il nous est resté de notre grande Révolution plus d'une conquête précieuse, désormais inscrite dans nos codes. J'appelle ainsi cette égalité devant la loi, qui n'est nulle part mieux réalisée qu'en France. Tous les privilèges ont disparu, au moins en principe, et avec eux, toutes les injustices qui en résultaient nécessairement : l'inégale répartition des charges, les corvées et les taxes les plus lourdes pesant sur les pauvres, les hauts emplois réservés à quelques familles, inaccessibles aux roturiers, et tous les abus d'une oligarchie vaniteuse et débauchée ; tout cela a disparu depuis un demi-siècle et, par une dernière et légitime application du grand principe de l'égalité sociale, tous les citoyens sans exception sont admis aujourd'hui à exercer les droits politiques : tous sont appelés à prendre part au gouvernement de leur pays, en déposant leur vote dans l'urne électorale.
Quoique la nation française, impatiente de tout privilège, ait surtout travaillé à faire inscrire l'égalité dans
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les principes généraux de son droit public, elle n'a pas oublié la liberté. Sur les ruines de Tancien régime elle a fondé, en haine de l'arbitraire et des gènes étroites imposées à son activité, la liberté individuelle, la liberté du travail et la liberté d'user des fruits du travail, c'est-àdire de la propriété, rendue enfin accessible à tous, sui- Tant les maximes d'une saine économie politique, qui ne yeut pas qu'on dépouille les uns au profit des autres, mais que chacun puisse arriver à posséder, en proportion de ses mérites et de ses droits acquis. C'est grâce à cette liberté du travail et de la propriété que la richesse nationale a été plus que décuplée en un demi-siècle et si bien disséminée qu'aujourd'hui les grands emprunts que contracte l'État ne sont plus couverts par quelques gros banquiers, mais par le peuple, devenu le plus puissant des capitalistes, et souscrivant, à im moment donné, pour des sommes presque fabuleuses.
La liberté des cultes a fait aussi quelques progrès dans notre pays, et c'est au législateur, il faut bien l'avouer, plutôt qu'à la nation elle-même que l'honneur en est dû. Le gros de la nation française a peine à comprendre, je ne sais pourquoi, le prix que les âmes d'élite attachent à la libre profession de leurs convictions religieuses. L'incrédulité, qui se croit libérale, n'est guère moins intolérante que le fanatisme et la superstition, et c'est ce qu'avait bien senti Bcranger, ce grand poëte populaire dont je m'honore d'avoir été l'ami dans sa vieillesse, quand il disait dans une de ses meilleures chansons !
Qa'on puisse aller même à la messe :
Ainsi le yeut la liberté.
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C'est donc avec une profonde reconnaissance que les minorités religieuses, en France, se voient régies par une législation plus libérale, plus équitable, veux-je dire, h leur égard, que les luo^urs publiques *.
Jamais aucune société ne s'est plus appliquée que la France du xlv^ siècle h résoudre l<»s questions d'économie politique et sociale» dans un sens favorable aux déshérit(3S de la fortune. Je vous entretenais tout à l'Iieure de la protfîclion (|ue tout citoytni rencontre dans notre législation depuis sa naissances jusqu'à sa mort. Mais n'estil pas vrîii que ce n'(ist pas scîulenient de la protection que la loi îiccorde aux classes laborieuses, et qu'elle les suit avec une véritable sollicitude dans leur vie d'épreuves, de manière h leur faciliter 1(3 travail et l'instruction, connue les grands et universels instruments d'émancipation, d'indépendance, de bien-être et de dignité, et de manièrci aussi, quand la charge est trop lourde, à la leur rendre plus légère, en oilVant des asibîs honorables aux malades, aux infirmes, aux invalides du travail? N'est-il pas vrai (lue, dans nos lois et dans nos institutions, il est facile de lire partout le prhicipe si fécond pour l'avcinir de la eharilé civile, emprunté à la religion par la science polilicjucî ? Sans doute ce principe n'a pas encore reçu toutes ses applicaticms ; mais, tant qu'il vivra dans nos lois, en même temps (fue dans nos cœurs, on le
1. No voit-on pas nncorc aujourd'hui nolro prosso libdralo conlesler aux Eglisos réformées de Francis apnVs trois siècles de persécuticius sans exemple, le droit qu'elles réclanniit vainement depuis soixante ans do s'orjîaniser enfin et de se donner des lois religieuses appropriées à notre temps, au moyen d'un synode national librement élu par elles, suivant leurs vieilles et glorieuses traditions t
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verra produire chaque jour les plus beaux fruits pour le bonheur et l'honneur de notre pays.
Voilà quelques-uns des titres de la loi française à la ^atitude des citoyens qu'elle régit. Pour celui qui la voit ainsi et qui en a saisi Tesprit généreux, comment la confiance et Tamour ne s'ajouteraient-ils pas au respect et à la vénération? Que si nous pouvions oublier les bienfaits de notre législation, les étrangers qui viennent visiter ce beau pays nous les rappelleraient. Nulle part, en effet, ils ne reçoivent une aussi complète hospitalité ; quoique nous ayons certainement dégénéré pour la politesse, il nous en reste encore un peu pour les étrangers : nous ne les traitons pas en ennemis, mais en frères, et la loi, d'accord avec nos mœurs, ne les admet pas seulement presque sans condition à la jouissance des droits civils : elle leur a facilité l'entrée de la société politique à ce point que, pour en faire nos concitoyens, elle n'attend que le moment où ils auront exprimé l'intention de le devenir. A cette largeur d'idées, à cette conduite vraiment hospitalière, on reconnaît un grand pays et une grande nation. Grand pays, en effet, celui qui le premier a proclamé et l'un des premiers a réalisé l'abolition de l'esclavage, et qui, ne voulant plus voir un seul esclave, a posé en principe que le sol français ne pouvait être foulé que par des hommes libres; grande nation celle qui accueille avec sympathie tous les honmies et chez qui ceux-là mômes que flétrit ailleurs un injuste préjugé de race, de caste ou de couleur se voient réhabilités et estimés en raison de leur mérite réel !
On dit souvent qu'on se sent fier d'être Français,
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quand on contemple les monuments de nos victoires, la colonne Vendôme, par exemple, ou Tare de triomphe de rÉtoile. Combien un Français ne doit-il pas être plus fier encore en songeant à ces lois qui assurent à son pays Tordre, la paix la liberté, la justice, la sécurité au dedans, Thonneur et la considération au dehors! Vous devez comprendre maintenant, je Tespère, ce qfue je voulais dire, lorsqu'au début de cet entretien, je soutenais que ce n'était pas assez de respecter nos lois, que nous devions leur donner notre amour. A vos yeux, comme aux miens, il doit être évident désormais que nous ne saurions aimer véritablement notre patrie, sans être attachés de cœur aux grands principes déposés dans nos codes et qui expriment pour nous et pour le monde entier Tesprit de notre civilisation et le génie de la France.