DE L* AMOUR PLATONIQUE
nous rend heureux qu'en nous rendant vertueux. Aristophane, le poëte comique, que Platon fait figurer à ce banquet, a recours à une hypothèse bizarre : à l'en croire, les hommes auraient d'abord été créés doubles ; ayant été depuis partages en deux, ils s*en vont cherchant leur moitié perdue, et l'amour est pour chacun d'eux le désir d'être réuni à cet autre soi-même.
C'est ainsi que, dans ce libre entretien, se produisent les opinions les plus divergentes, et, par exemple, après le médecin Eryximaque qui met l'amour partout, même dans les éléments de la matière, et qui n'hésite pas à soutenir qu'en un sens « la médecine est la science de l'amour, » Agathon, qui n'est pas non plus poëte impunément, fait de l'amour un poëte si habile qu'il rend poète qui il veut.
Enfin, Socrate, qui est du nombre des convives, est invité à faire aussi l'éloge de l'amour. Après s'y être quelque temps refusé, il y consent, mais à la condition qu'il lui sera permis de dire la vérité, au lieu de composer, comme on l'a fait précédemment, un de ces éloges tels quels, où l'on mêle le vrai et le faux, tout ce qui est et tout ce qui n'est pas.
On a honoré l'amour comme un dieu, que dis-je, comme le plus excellent des dieux, qu'il en soit le plus jeune ou le plus ancien. S'il faut dire la vérité, ce n'est pas un dieu du tout : ce n'est « qu'un grand démon, » c'est-à-dire une nature intermédiaire entre les dieux et les hommes, participant de la nature humaine, puisque c'est en nous qu'il s'agite, en nous qu'il produit cette inspiration, ce délire, cette folie, cet enthousiasme qui
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reçoit son nom, mais participant assez de la mitare cBvine pour savoir combien il est désirable d'être beau^ sage et bon comme le sont les dieux. Il n'est donc pas un dieu, puisqu'il ne possède pas , mais qu'il ambitionne ces attributs de la divinité; et cependant son origine est divine. Il est le fils de Poros^ le dieu de l'abondance, et de Pénia, la pauvreté, et voilà pourquoi on le voit tantôt riche et fort comme son père, tantôt misérable et faible comme sa mère, a Sa nature n'est ni d'un immortel ni d'un mortel ; mais tour à tour, dans la même journée il est florissant, plein de vie, tant que tout abonde chez lui; puis il s'en va mourant, puis il revit encore grâce à ce qu'il tient de son père. Tout ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse : de sorte que l'amour n'est jamais ni absolument opulent ni absolument misérable, de même qu'entre la sagesse et l'ignorance il tient le milieu, et voici pourquoi... » Né peu de temps après Vénus et sous ses auspices, il est resté son assidu compagnon, l'amant passionné de la beauté. < Or la sagesse et la science sont les plus belles choses du monde, d'oii il suit que l'amour est philosophe, et, à ce titre, il tient le milieu entre sage et ignorant *. » .
Voilà le démon, le génie qui nous pousse à aimer tout ce qui est beau, mais surtout la beauté éternelle et divine; voilà le démon, le génie que chacun de nous porte en soi-même durant la vie présente, comme autrefois dans les temps meilleurs qui ont précédé notre existence terrestre.
En eflet, si l'on en croit l'auteur du Phèdre^ nos âmes