Je me s^rs partout de la belle tradaction de M. Coniiii
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n*ont pas commencé de vivre avec le corps qu'elles animent maintenant. Formées de toute éternité par l'Ordonnateur suprême de toutes choses, et mêlées au cortège de quelqu'un des die^ux secondaires qui se meuvent dans le ciel, elles voyageaient, elles volaient à leur suite : car alors, dans leur perfection native, elles avaient des ailes, et tant qu'elles furent parfaites, elles les conservèrent dans toute leur force. Expliquons comment elles en ont été privées.
Chaque àme, en sortant des mains du fabricateur souverain, a été mise sous la conduite de Tune des divinités célestes, Jupiter, Mars ou quelque autre dieu de l'Olympe. A la suite de ce guide immortel, elle parcourt les régions éthérées et mène la vie des dieux, admise comme eux, mais après eux, à contempler les réalités divines, les essences éternelles qui vivent au sein de l'Être par excellence. Elle suit les évolutions périodiques et harmonieuses par lesquelles les habitants des cieux tendent sans cesse à se rapprocher du bien suprême, afin d'y puiser les éléments de leur vie sainte et bienheureuse. A chacun de ces voyages dans l'empyrée, il lui faut faire effort pour se tenir dans la sphère d'attractioa du dieu qu'elle accompagne, et pour s'élever avec lui sur les hauteurs supra-mondaines où se déploie le spectacle des grandes et indicibles réalités dont la vue est la nourriture de l'àme et donne à ses ailes une force nouvelle. C'est alors que nos âmes ont connu tout ce qui est digne d'amour et ce qui seul peut les rendre bienheureuses. Alors brillait à leurs yeux la beauté, s'avançant chastement parmi toutes les autres essences.
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a La beauté, dit Platon, était toute brillante alors que, mêlées aux chœurs des bienheureux, nos âmes, à la suite de Jupiter, comme les autres à la suite des autres dieux, contemplaient le plus beau spectacle, initiées à des mystères (ju'il est permis d'appeler les plus saints de tous, et que nous célébrions véritablement quand, jouissant encore de toutes nos perfections et ignorant les maux de l'avenir, nous admirions ces beaux objets, parfaits, simples, pleins de béatitude et de calme qui se déroulaient à nos yeux au sein de la plus pure lumière, non moins purs nous-mêmes... »
Mais Tàme est déchue de cette lumière et de cette pureté, parce qu'un jour, cédant à la fatigue, elle n'a plus suivi qu'avec peine son divin conducteur. Ayant négligé de se nourrir et de se fortifier dans le commerce des essences et de l'idéal suprême et s'étant par malheur remplie de l'aliment impur du vice et de l'oubli, elle s'appesantit, perd ses ailes et est emportée çàet là, jusqu'à ce qu'enfin elle tombe sur la terre dans « ce tombeau qu'on appelle le corps et que nous traînons avec nous comme riiuitre traîne la prison (jui l'enveloppe. » Or nulle âme ne peut revenir au lieu d'oii elle est ainsi tombée qu'après de longues épreuves qui, pendant un cycle de dix mille ans, la purifient et la régénèrent.
Une longue stupeur succède à ce grand désastre. Longtemps l'âme demeure étourdie et meurtrie de cette chute épouvantable. Enfermée dans un corps grossier, réduite à n'apercevoir que les tristes objets de ce monde terrestre à travers les sens, comme à travers les lucarnes de sa prison, elle voit et entend d'abord sans y rien corn-
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prendre cette succession incohérente d'apparences, ce mélange confus de phénomènes qui changent sans cesse pour passer enfin sans retour et qui, à la place des grandes réalités d'autrefois, ne lui offrent plus que des images bien affaiblies et souvent bien peu ressemblantes. Voilà rétat où nous vivons tous et où restent plongés la plupart des hommes. Mais si, parmi ces âmes dégénérées et tombées, il en est une qui là-haut ait vu plus que les autres les divines essences, celle-là a le privilège icibas d'animer a un homme dont la vie doit être consacrée à la sagesse, à la beauté, aux muses et à Tamour. » C'est celle-là qui sort la première de ce lourd sommeil et qui, en promenant ses regards sur ces apparences de toutes sortes que le vulgaire appelle des êtres, y saisit au passage un reflet de la lumière divine et se sent du même coup éclairée, fortifiée, réjouie : car, en contemplant les choses de la terre, cette âme philosophique a retrouvé un souvenir de ce qu'elle a connu et de ce qu'elle a tant aimé, alors qu'elle était pure. Grâce à cette réminiscence, à ce ressouvenir qui représente ici-bas le plus solide de notre science, les ailes dont l'âme a toujours le germe peuvent se reformer, et le triomphe de la philosophie et de l'amour véritable est de les faire peu à peu repousser, jusqu'à ce qu'elles aient de nouveau la force de nous transporter dans les régions supérieures. Tâche longue et difficile et qui exige des efforts soutenus et répétés. Tout ce que peut obtenir l'homme le plus favorisé des dieux, c'est qu'après trois existences consécutives consacrées à la vertu et à la sagesse dans un corps humain et suivies chacune d'une juste rémunération pendant un
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millier d'années, à la dernière des trois mille années son âme, dégagée des liens de l'ignorance, de l'erreur et du vice, remonte enfin avec légèreté vers le céleste séjour. Ce but est si élevé et si beau que celui qui l'a entrevu ne se laisse plus décourager, mais le poursuit infatigablement à l'aide des traces que la beauté éternelle a laissées dans sa mémoire.
« L'homme qui fait un bon usage de ces précieux ressouvenirs participe perpétuellement aux vrais et parfaits mystères, et devient seul véritablement parfait. Détaché des soins et des inquiétudes des hommes, uniquement attaché aux choses divines, la multitude l'invite à être plus sage ou le traite d'insensé ; elle ne voit pas qu'il est Inspiré. »
L'amour, suivant Platon, ne sauve pas seulement le philosophe, il a encore pour effet de le porter à sauver les autres.
Platon, comme son maître Socrate, est plein d'une douloureuse compassion pour le commun des hommes. U lui arrive sans doute de s'indigner contre les jugements iniques de la multitude et de professer à scm égard un assez grand mépris ; mais ce qui domine en lui, c'est la pitié : car il ne lui est pas possible d'imaginer une pire situation que celle de la plupart des hommes.
Figurez-vous, dit-il au septième livre de la République^ figurez-vous un souterrain qui reçoit sa lumière par un soupirail et dans lequel vivent des malheureux prisonniers, endiainés le long de la muraille, tournant le dos à la lumière et ne pouvant bouger ni tourner la tète à droite ou à gauche. Us ne voient que le reflet de la lu-
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mière extérieure sur le mur placé devant eux et les ombres qu'y projettent, en passant devant le soupirail, les hommes, les animaux et les objets de toutes soites qui s'agitent au dehors.
Voilà notre condition à nous tous qui, dans Tignorance ou dans Toubli des choses qui seules sont vraiment intelligibles, bonnes et aimables, appliquons ces noms et ceux de la réalité à des ombres, à des images que nous prenons, insensés que nous sommes, pour le bien, le beau et la vérité.
Cependant, parmi ces prisonniers, en voici un qui, ne pouvant se résigner à vivre et à mourir là, tente un vigoureux effort et malgré ses fers et en dépit de la douleur qu'ils lui causent, pai*vient à se retourner et à contempler les objets eux-mêmes. Ce spectacle lui donne de nouvelles forces ; il brise ses chaînes et s*élevant jusqu'à l'ouverture, il voit, ô surprise, non-seulement le jour, mais l'astre même qui le répand sur l'univers visible. Plus il connaît, plus il désire connaître ; plus il sait, plus il est fort ; Tamour de la vérité et de la beauté véritable grandissant en lui, il remonte de degré en degré jusqu'aux essences premières et jusqu'à l'être véritable, dont le nom est au-dessus de tout discours comme de toute pensée, et qui est le soleil du monde intelligible.
Porté par l'amour sur ces hauteurs de la pensée, le philosophe n'oublie pas ses compagnons d'infortune, et, pour leur porter secours, il consent à se replonger dans la région souterraine où ces infortunés ont pris la funeste habitude de vivre. Il entreprend de les en tirer, mais il n'en obtient le plus souvent que des injures et des mo-
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queries grossières. Ces pauvres ignorants, accoutumés à leurs fantômes, traitent de rêveur celui qui seul connaît la réalité ; ils s'indignent contre lui, ils le maltraiteraient s'ils le pouvaient : car ils l'accusent de vouloir les repaître de chimères et de chercher à troubler leur repos et leur bonheur. Quel repos, hélas, et quel bonheur I mais que faire contre tant d'aveuglement et comment espérer de rendre un homme sage et vertueux malgré lui? Le philosophe, se détournant alors quoiqu'à regret de cette multitude insensée, s'adresse aux meilleurs, à ceux en qui il a deviné des âmes sœurs de la sienne, d'anciens suivants de Jupiter, et c'est sur ces àmes-là seulement que se reporte tout son amour. Il les exhorte, il converse avec elles, il s'efforce de les initier aux mystères de l'amour.
D'abord vient la purification, c'est-à-dire la délivrance de l'âme qui, avec l'aide d'un ami philosophe, rompt les liens de l'ignorance, de l'erreur, de l'injustice et des désirs grossiers de la terre.
En second lieu les petits mystères^ c'est-à-dire l'entrée de l'âme purifiée dans la sphère spirituelle et morale, alors que, regardant la beauté physique comme peu de chose, elle comprend la beauté de l'àme et se sent capable de former pour son compte ce vœu de Socrate par lequel se termine le Phèdre : « Pan, et vous divinités « qu'on honore en ce lieu, donnez-moi la beauté intéa rieure de l'àme ! quant à l'extérieur, je me conten- « terai de celui que j'ai, pourvu qu'il ne soit pas en con- « tradiction avec l'intérieur. »
Enfin les grands mystères sont révélés à l'àme, lorsqu'à
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force (le se purilicr,('ll<^ ouest venue à considérer toute affection exclusive connue une pelitesse, et à ne voir dans les choses individuelles, même; spirituelles, (fue des degrés pour atteindre à la beauté véritable et divine.
Mais sur ce but dernier de l'amour c'est Platon luiniénie ([u'il faut entendre. Voici connnent il s'exprime vers la lin du Banquet :
« Celui qui, dans les niystt'res de Taniour, s'est avance jusqu'au point oîi nous en sonnnes par une contemplation progressive et bi(in conduite, parvenu au dernier degré de Tinitiation, verra tout à coup apparaître à ses regards un(; beauté merveilleuse, celle ({ui est la fin de tous ses travaux prc^cédents : beauté éternelle, non engendrée et non périssabhi , tîxempte de décadence comme d'accroiî.semcnt, (|Lîi n'est jjoint belle dans telle partie, et laide dans telle autre,..., belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là; b/aulé (|ui n'a point de forme sensijjle, un visage, deis niains, rien de corporel ; qui n'est pas non plus ti.'Uc pcii-iée, ni ti'lle science particulière; qui ne réside daîis aiîcîun être diil\'?rent (Vavec lui-même, comme un animd, oukitcîrre, ou le ciel, ou toute autre chose ; qui est îJ^solument identi(|ue, invariable par eile-méme ; de la([U(llë toutes les autres beautés participent, de manière cepenilaut ([ue leur naissance ou leur destruction ne lui ai)porte ni diminution, ni accroissement, ni le moindre cluin:,'ement... Ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle... Je le demande, quelle ne serait pas la destinée (l'un mortel à (jui serait donné de ccmtempler le beau sans mélange, dans sa pureté et sa simplicité, non plus
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revêtu de chair et de couleurs humaines et de tous ces vains agréments destinés à périr, h qui il serait donné de voir face à face, sous sa forme unique, la beauté divine? Penses-tu qu'il eût à se plaindre de son partage celui qui, dirigeant ses regards sur un tel objet, s'attacherait à sa contemplation et à son commerce ? Et n'est-ce pas
seulement en contemplant la beauté éternelle qu'i.
pourra enfanter et produire non des images de vertus..., mais des vertus réelles et vraies, parce que c'est la vérité seule qu'il aime? Or c'est à celui qui enfante la véritable vertu.... qu'il appartient d'être chéri de Dieu ; c'est à lui plus qu'à tout autre homme qu'il appartient d'être immortel. »
Voilà le dernier mot de l'amour platonique. Vous pouvez juger maintenant combien il différait chez Socrate et Platon de tout ce qu'on appelle aujourd'hui de ce nom. L'amour pur et céleste, tel que l'enseignait Platon, n'avait de commun que le nom avec la passion qui chez nous défraye le théâtre et le roman ; ce n'était pas môme, comme il arrive dans nos sociétés modernes, une sorte de préparation au mariage, on une consolation pour les célibataires. C'était proprement l'amour des âmes, amour dérivé de la philosopliie qui est l'amour du vrai, et dont le but était moins de plaire et de conquérir l'affection exclusive d'une personne aimée que do s'assurer un ou plusieurs auxiliaires dans la recherche de I4 sagesse, afin de s'élever ensemble par des efforts combinés jusqu'au bonheur pur et céleste auquel nous sommes appelés par notre nature môme, quelque déchue qu'elle soit de sa pureté première.
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Voilà, (lis-je, l'auiour platoniquiî, clans sa plus grande purotô ; mais tout tableau a ses oinI)r(^s, et h cette exposition troi) succincte à ni«)n ^ré. mais (jui, telle qu'elle est, peut pass(U' pour un élo^c pres(pie sans restriction, la vérité me lait un devoir d'ajouter (iuelcîues réilexions qui en seront le correctif.
l)'al;ord, au rlscjue de paraître bien sévère, je dois avouer que, tout en admirant l^^uueoup, îiu point de vue littérairL', les cbarmanlcs iictions par lesquelles Platon a si fort (MubelU ses analyses de l'amour, tout eu confessant que la passion s.' repait volontiers d'illusions, de rêves et de poésie, la rictiiesse même de C(?s descriptions fantastiques uu) [tarait nuire un |)eu à la précision et à rexacliti:de de la doctrine?. !/liy]:oLiièse brillante d'une vie anlérieuri, par ( x :iij>i(*. ii'«>rire j.as seulement le dan. ;;er souvent si'-iial:' ircl-scurcir l idée ch^ la vie future; elle» a (.'n'..'.)re l'IiiconvéirK^iit, en ce rjui concerne l'analyse de nos >en[i.!i< nls, de Cv>nl:edire l'expérience intime, (|ui nmu -ijoiiire l'amour ])uia;it ses forces, non dans le souvenir et le re;,ret d'un temps qui n'est plus, mais plutôt, mais S'Ulout dans l'espérance, j'tni atteste rà;;e lieureux de l'i.niv.ur, la ji'unesse, qui vit beaucoup plus d'e-^péraiice {|U(; de r;';.;rets, et ([ui , sans contredit, regarde beaucoup m^ins vers le passé que vers l'avenir.
• Ce n'est pas le seul défaut que kîs modernes rt^prochent à cei lK»aux dial. )i'ues (ijnt je vous ai présenté ([Uelques traits. Tout n'y est [)as é^aleiUv.nt puî', et quehiuc élevées que fusscînt lus ialî.'îitions de leur auteur, on y regrette de tro]> fréquentes concessions au langa^^e et aux
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mœurs de son temps, des passages que personne ne nie. blâmera d'avoir omis, et qui mallieureus(îment rendent quelques-uns de ces dialojjjiios inabordables pour un grand nombre de lecteurs. Ce sont ces endroits regrettables, et qu'il fimt oublier si on les a lus, qui ont donné lieu à certains préjuges, d'ailleurs excessifs et mal fondés en principe, auxquels je faisais allusion au début de cet entretien.
Une chose qui ne saurait être passée sous silence et qui a peut-être déjà frappé quelques-uns de mes auditeurs, c'est que IMalun, en parlant de l'amour et de la beauté, ne parle» jamais des f»MamiîS. A ce trait on reconnaît un ancien, un philosophe, un célibataire, un (ïrec préoccupé à l'excès chï la supt'jriorité du sexe masculin, au point de refuser aux fcmin. 'S, sinon la beauté physique, du moins la beauté de Vimh\ c'est-à-dire la capacité de connaître et la f-iculté de s'attacher aux choses de l'esprit. Quand il pr.rle de l'amour (hi piiilosophe pour les belles âmes, quoique le sexe n'y fasye rien, c'est parmi les hommes (*xelusivem(.*nt qu'il cluîrclie ces âmes douées plus que h.-s autr^'s di' la c!')ubl(; faculL'i de connaître et d'aimer le vrai, le b:^au el h h'w.n. Il semble que, dans sa pensée, lésâmes des ieinmes fR^uraicnt autrefois dans le cortège de (juehiue divinité infériî'ure; elles ne volaient pas comme», nous à la suite de Jupiter. Aussi notre philosophe n(î hur témoi.une-t-il jamais la sympathie ([ui leur est due : nulle j)art il ne les considère comme des objets di(4;nes d'un véritable amour. Ce n'est pas ainsi que l'entendcîut les modernes, et nous comprenons tout autrement les droits du sexe, sinon le meilleur,
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du moins le mieux fait pour ressentir et inspirer rameur. Dans nos sociétés modernes et chrétiennes, la femme, appelée à étudier sa reli^non, cVst- à-dire ce qu'il y a de plus élevé connue conception et de plus noble comme sentiment, n*ost inférieure à aucune étude, à aucune connaissance, à aucun dévouement, à aucune affection, quoique grande, quelque pure et sublime qu'on la suppose : rien d'humain ne lui est étranger ou inaccessible. Dès lors l'amour, au sens de Platon, lui étant applicable, il est arrivé que c'est à elle surtout qu'il s'est appliqué en France, en Italie, en Espagne, sur les terres classiques de la galanterie, et, comme par une revanche tardive de la nature humaine sur les préjugés antiques, on a appelé amour platonique, contrairement à la pensée de Platon, une affection, d'ailleurs très-pure, entre personnes de sexes différents. .
Il est un autre reproche que l'on adresse souvent à l'amour platonique : c'est de méconnaître les forces du cœur humain en lui proposant un but trop élevé, trop idéal et par conséquent chimérique. Ce reproche ne me paraît pas entièrement fondé. Si l'on veut dire que la recherche spéculative de la vérité et de la beauté en général laisse notre âme un peu froide et ne donne pas satisfaction à la puissance d'aimer qui est en nous, à la bonne heure, cela est vrai. Mais si l'on veut dire que nous sonmies incapables d'aimer une àme avec autant d'ardeur que de pureté, on calonmie la nature humaine, à moins que la charité, l'amour chrétien ne soient des mots vides de sens. Le vrai défaut de la doctrine platonicienne do l'amour n'est pas de nous proposer l'amour des anies,
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maïs de lui donner pour préparation le culte de toute espèce de beauté, et pour support une aiFection purement intellectuel le. dràce au christianisme, notre science de Tamour va plus loin et s'élovo plus haut que celle de Socrate et de Platon. Elle va plus loin dans l'analyse de Tamour, en le lai:îaut naître de l'amour et non de la pensée; et elle s'élève plus haut eu lui offrant pour objet, au lieu d*un idéal abstrait, au lieu do l'être, de l'unité, de la vérité ou de la beauté en soi. Dieu lui-même, un Dieu personnel et vivant, en qui sont acluellement réalisées toutes les perfections qu'il nous est possible de concevoir. Tandis que le divin Platon nous enseigne un Dieu qui est au-dessus de tout être et nous invite à une contemplation impossible ici-bas, et qui cependant, à l'en croire, est la seule nourritun; di' nos âmes, une doctrine à la fois plus divine» et plus humaine nous dit que Dieu est tout ensemble au-dessus de tuut être, près de chacun de nous, et en nous montrant qu'il nous a aimés le premier, nous met en demeure de l'aimer h notre tour. C'est l'amour prévenant do c(î {^viind Dieu qui, en se communiquant à nous et en p('inétrant jusqu'au fond de nos cœurs, y allume le f(?u de l'amour divin et, du même coup, y cngendr(î la charité, c'<'st-à-(lire ce v(';ritable et saint amour tics àmcs, que Platon lui-même n'a pas connu, quoiqu'il en îîiteu desubhmes pressentiments.
Il est temps de conclunî. Aussi bien ai-j(î abusé peutêtre de rinduh^cntc attention que l'on m'accorde. Qu'il me soit permis, en terminant, de rei>rendre le ton de l'entretien famili(îr, socratique lit platonique qui paraît être de niisti en pareille matière.
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Dans le Phèdre, Socrate, ayant entendu un assez pauvre discours de Lysias sur l'amour, dit à son interlocuteur : a Après avoir entendu cette lecture, je me sens encore le cœur plein de mille choses qui ne demandent qu'à s'échapper et qui vaudraient, je gage, ce discours. »
Si Texposé que vous venez d'entendre, et dont je sens toute Finsuffisance, pouvait produire un effet du môme genre et provoquer de la part de quelqu'un de ceux qui m'écoutent un discours plus agréable et meilleur, je m'estimerais heureux : car alors je croirais n'avoir perdu ni mon temps ni le vôtre.