CHAPITRE Vil
Si le soin de vous adresser ici quelques paroles paternelles était réservé à ceux de vos maîtres qui ont pu, pendant de longues années, vous prouver leur dévouement, cen*estpas à moi sans doute que serait échu cet honneur. Peut être, si la mort ne nous l'eût enlevé, entendriez-vous aujourd'hui la voix d'un de ces vétérans de renseignement, du savant et regretté collègue dont le nom du moins ne périra pas dans nos annales scientifiques. Ce nom va vous être rappelé tout à l'heure ; il le sera chaque année désormais, grâce à la fondation, récemment autorisée par décret impérial, d'un prix Amiot, en faveur de rélève de mathématiques spéciales qui aura obtenu dans Tannée la note moyenne la plus élevée pour les interrogations.
Pour moi. Messieurs, à défaut de longs services, qu'il me soit permis d'invoquer auprès do vous l'ancienneté des souvenirs qui me lient à cet établissement, où je faisais, il y a vingt-cinq ans, ma première leçon, et que je
1 . Diiscoars prononcé à la disiribution des prix du Lycée Saiot-Luu.â, le luardi 7 août 1866.
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travorsais en 1848 comme professeur suppléant de philosophie. J'y compte aujourd'hui deux générations d'élèves ou plutôt d'amis, les amis d'un philosophe étant ceux avec qui il est en communion d'idées, de sentiments et de convictions.
Jeunes élèves, en qui nous mettons notre espoir et qui serez unjour nôtres justeorgutîil, mais vous surtout, jeunes gens, avec qui il m'a été donné de m'entretenir toute une année à cœur ouvert deTàme et de Dieu, de la science et du devoir, de toutes les choses enfin i^ans lesquelles il ne vaut pas la peine de vivre, laissez-moi vous arrêter quelques instants sur le seuil de cette maison d'étude, et, tandis que vous ne songez qu'aux joies du départ et au bonheur que vous promet une douce vie de famille, laissez-moi vous demander et rechercher avec vous ce qu'est en réalité le bonheur et en quelle mesure il dépend de nous de l'acquérir.
Le bonheur ! Que de choses dans ce seul mot I Tout ce que nous aimons, tout ce que nous souhaitons y est compris; il résume tous les objets de nos affections, de nos désirs, de nos ambitions et de nos efforts. C'est une sorte d'idéal au delà duquel il ne reste rien, ce semble, à désirer ni môme à concevoir. Aussi le regarde-t-on en général comme le grand mobile des actions de l'homme et le but de sa vie tout entière.
Tous les hommes en effet y aspirent; mais, chose singulière, la plupart ne se demandent pas même en (juoi il consiste. Qu'un philosophe agite, si bon lui semble, ce difficile problème. Pour eux, il est résolu ; au moins agissentils comme s'ils savaient oii est ce trésor, ot connue s'ils
étaient assurés de le rencontrer tôt ou tard. Ils vont devant eux poussés soit par l'instinct, soit par Téducation, soit par l'exemple, rarement conduits par la réflexion et la prudence, et ne s*inquiétant guère de définir le but suprême ou les moyens d'y atteindre.
Si tout le monde marchait d'un commun accord dans une môme direction, je comprendrais cette indifférence pour une question d'un intérêt tout spéculatif. Mais comment se dissimuler rimportance pratique d'une telle recherche, quand on considère l'extrême diversité des courants d'opinion et des systèmes de conduite entre lesquels se partage la multitude ? Comment ne pas voir que, chaque individu étant préoccupé du bien particulier dont il sent actuellement la privation, ses idées changent nécessairement suivant les circonstances où il est placé? Pauvre, il ne souhaite rien tant que la richesse; malade, il soupire après la santé; a-t-on passé un certain à^e^ rien n'est plus beau que le temps qui n'est plus, tandis que l'enfant et le jeune homme ne demandent qu'à prendre des années, comme s'il suffisait diî viiûllir pour devenir meilleur et plus heureux.
Ingrate jeunesse, no lui a-t-on pas démontré cent fois son bonheur ?Pour(iuoi donc refuse-t-elle d'y croire? Pourquoi, lorsqu'avec autant d'esprit que de conviction l'on vous dépeint la vie du collège comme la plus heureuse de toutes, pourquoi denieurtîz-vous sourds et incrédules? C'est que, même avant de vous en être rendu compte, vous sentez qu'un bonh(îur qui s*ignore n'est pas le vrai bonheur. C'est aussi qu'après avoir reconnu les précieux avantages de votre condition, vous persistez à croire que
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la santé, que Tabsence dt» souci, que la fraîcheur et la vivacité de vos joies, que les franches et cordiales allures de la camaraderie, (fu'un enthousiasme encore naïf pour tout ce qui est bon, que It^s trésors mêmes de Tespéranct» ne sont après tout qu'une proniessiî et comme un avantgoùt des biens véritables. Vous pouvez d'adleurs allé{j;uer vos épreîuves : chaque âge a h'S siinines, et les élèves du lycée Saint-Louis en ont fait, il y a peu de mois, une assez douloureuse expérience, lorstiu'un lléau redouté est venu les plong(»r dans le demi et aflliger, au milieu des plus heureux débuts, une administration jeune aussi et pleine d'avenir. Quand le cœur soulî're, ([uand l'esprit doute et sent son ignorance, (juand les grandes aspirations de l'àme sont et doivent être contenues et ses plus hautes ambitions indéfiniment ajournées, l'instinct puissant qui nous appelle au bonheur n'est pas satisfait.
Voilà pourquoi sans doute vous ne vous trouvez pas aussi heureux qu'on le dit. Eh bien ! ])our ces mêmes raisons, n'allez pas vous imaginer (jue d'autres conditions d'existence, des connaissances plus étendues et plus variées, l'expérience de la \w et des honnnes, une responsabilité plus complète et de plus grands moyens d'action vous mettront infailliblement on possession de cet i(l(';al dont vous caressez l'image dans vos rêves dorés. No le croyez pas, jeunes gens : car, en avançant en âge, on est initié, non-seulement à des joies [>lus profondes, mais aussi îi de plus amères douleurs ; et c'est alors que tant d'hommes, lléchissant sous le poids de chagrins auxquels ils étaient mal préparés, prennent en dégoût la condition humaine et ne savent plus même comptt»r sur l'avenir
pour réparer leurs malheurs ou leurs fautes. Ils ont tort, je le reconnais : la poursuite de Tidéal, le besoin de progrès, Tambition de niiimx laire appartiennent à Thomme mùr, à celui même (jui, parvenu au terme de sa course, entrevoit la terre promise de Timmortalité, aussi bien qu'au jeune honmie à pi^ine entré dans la carrière, et qui en mesure avec ravissemcnit les riantes perspectives et Tétendue^ présumée. Cependant, songez-y, votre âge a véritablcancnt h; privilégtî de l'espérance. Elle est pour d'autres une vertu; pour vous, elle est un don de la nature.
Re.'stez donc jeunes, mes amis : conservez, veux-je dire, C(îtte jeunesse de l'esprit et du cœur qui sieul toujours à l'houinKi (?t qui, dans les natures généreuses, défie le temps et triomphe de toutes les décadences. Au milieu de ce siècle réaliste, ne craignez pas un peu de poésie, et, vous gardant de coni'ondre le honluîur avec tant d objets divers ([ui en usurpent le nom dans les discours des hommes, ne cessez pas de vous en faire une grande idée : car, si hî bonheur n'(?stpas ce but excellent de notre existenct; qu'on uppi^lait jadis le souverain bien, il est évidemment le signe; divin ([ui doit nous en révéler la préscînce. Il ne convitînt donc pas de le réduire à la mesure des faits, aux proportions mesejuines de la vie journalier;. De même, dit Aristote, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, l(^s joies d'un jour ne femt pas le bonheur, et il esti)uéril de décorer dun si beau nom un succès isolé, une bonne chance, un accident favorable, qui nous laisse tels (juc nous étions, ou même une suite de prospérités précaires i^t l'usage dti biens contestés, sans valeur intrinsèque ou (jui ne répondent qu'à une partie de
nos vœux légitimes. Il faut placer ailleurs cette perle de grand prix. Le vrai bonheur pour Thomme ne se trouve que dans la satisfaction complète et durable des grands instincts et des grandes facultés de sa nature. Hors de là, il peut y avoir un rêve, une ombre, une image, tout au plus quelques éléments réels de bonheur : le bonheur lui-même est absent.
Bien entendu, je ne viens pas vous proposer de réaliser immédiatement et par vos seules forces un idéal de perfection et de béatitude qui n'est peut-être pas de ce monde et où certainement nul ne saurait atteindre sans le secours d'en haut. Je ne veux qu'examiner rapidement avec vous les routes diverses entre lesquelles nous avons à choisir.
Quelque idée qu'on se fasse du bonheur, il est inséparable du bien. Cela seul qui nous paraît bon est en possession de nous rendre heureux. Or il y a, de l'avœu de tous, deux sortes de biens : des biens extérieurs, tels que les richesses, la puissance ou la gloire ; et des biens intérieurs, tels que la vertu et la science. Il y a donc lieu de distinguer aussi deux sortes de bonheur : celui qu'on reçoit et qu'on subit, pour ainsi dire, et celui qu'on se fait à soi-même. En d'autres termes, le bonheur se compose de deux éléments : l'un est le succès, qui nous vient du dehors ; l'autre est cette satisfaction intime qui sort des profondeurs de notre âme et qui résulte de nos efforts, de notre conduite, de notre manière d'être et d'agir. De ces deux parties du bonheur, la dernière seule dépend de nous, la première nous est le plus souvent inaccessible. Voilà pourquoi la plupart de ceux qui, con-
fondant le bonheur avec la fortune ou avec le succès en tout genre, s*en vont le chercher au loin, risquent fort de ne le point rencontrer, quels que soient d ailleurs leur talent, leur prudiînce et leur énergie.
Supposez-vous, en effet, que le bonheur résulte de certaines circonstances, soit de l'organisation générale de la société, soit d(î la condition de chacun ou de ces dispositions inné(;s qui font, comme on dit, les natures heureuses ou n)alheureuses ; le concevez-vous renfermé dans telle ou telle carrière, attaché à tel genre d'occupations, réservé à telle classe à l'exclusion des autres : avouez alors que hî plus grand nombre des honnnes, s'ils ont quelqu(î bon sens, devront y renoncer. Leurs efforts pour y atteindre étant vains et stériles, il ne leur restera qu'à s'asseoir tristement sur les pierres du chemin, pour attendni là les moines consolations du sommeil et de la mort. Quant au petit nombre de ceux que le sort a favorisés et qui, av(ïc plus ou moins de peine, après des alternatives de confiance et de crainte, sont parvenus au comble de la fortune et des honneurs, comment jouiraient-ils avec sécurité d'avantages plus apparents que réels et qui dépendront ou de» l'opinion mobile des hommes ou du hasard d(*s circonstances?
Si, au contraire, nos destinées ont été mises entre nos mains, si du moins nos actes et nos qualités y entrent pour une part, si le bonheur est surtout une chose intime et à la portée thî chacun de nous, tout homme y peut prétendre. Jl n'a plus à s'inquiéter que du genre de vie qui y conduit le plus sûrement, et son choix, j'ose le dire, ne saurait être longtemps douteux, s'il se préoccupe
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avant tout de la dignité de cette personne morale c[u*il porte en lui-môme.
Certains philosophes, pour avoir accordé aux sens et à la vie animale une trop large place dans leur description de rhomme, sont tombés dans une erreur manifeste, en assignant comme but à la vie humaine le bien-être, ce qui, pour la foule de leurs disciples, sinon pour euxmêmes, veut dire tout à la fois le repos, la santé, Taisance et même la richesse, puis le luxe et tous les hochets de la vanité, et encore la beauté, la force, la renommée, les honneurs, le pouvoir ; en un mot, les plaisirs du monde et tout ce qui les procure. Voilà, direz-vous, une grande ambition : grande en effet, par les difficultés qu'elle se crée ; petite en réalité, si l'on regarde à Tobjet de tant de convoitises. Que le plaisir soit un aspect, une condition du bonheur, c'est ce qu'il serait difficile de nier ; mais considérez ce que valent en eux-mêmes ces plaisirs tant vantés et tant désirés ; plaisirs grossiers ou égoïstes, plaisirs incertahis, passagers, fragiles, plaisirs à peine dignes de ce nom, puisque le plus souvent ils consistent moins à jouir d'un bien proprement dit qu'à nous délivrer d'un mal apparent, en nous dispensant de travailler, de lutter et de souffrir. Appellerons-nous bonheur ce bien-être souvent factice et imaginaire, toujours médiocre, sans consistance, sans dignité, sans attrait moral, incapable enfin de satisfaire ce qu'il y a de meilleur en nous ? Tout à l'heure nous ne voulions pas d'un bonheur qui s'ignore ; que dire d'un bonheur qui se méprise ? Interrogeons les épicuriens eux-mêmes : oii conduit, suivant eux, l'usage de leurs prétendues voluptés ? A l'en-
nui, à la satiété, au dégoût et, si l'on est conséquent, au suicide, dénouement naturel d'une existence employée à fuir à tout prix la douleur.
D'autres , mieux inspirés , demandent à l'amour , à l'amitié, au dévouement de plus nobles jouissances; c'est dans la vie de famille ou dans la vie politique qu'ils les cherchent. Avec eux du moins on s'élève ; on vit par le cœur et pour les autres , et non plus seulement par les sens et pour soi-même ; on n'est plus le bœuf Apis ouuH Sardanapale, on est un homme, et de plus on puise à une source féconde autant que pure. Aimer est en effet la plus douce affaire de l'âme. Qui n'aime pas est malheureux. Mais, hélas ! oserons-nous dire que celui qui aime est heureux? N'est-ce pas à lui que sont réservées les plus dures épreuves? Avoir le cœur tepdre, c'est assurément tlonner prise à la souffrance et à tout ce que le deuil a de plus poignant; et plus une âme a de délicatesse et de profondeur dans ses affections, plus elle aura d'occasions de s'affliger et de gémir, soit que la mort lui ravisse des êtres chéris, soit que, par une séparation plus cruelle encore, elle apprenne à connaître le vide horrible que laissent après eux l'amour trahi, la confiance détruite à jamais, Ah I sans doute la puissance bienfaisante de l'amour survit à ces désastres et, jusque dans le souvenir des liens brisés, dans la contemplation de l'idéal perdu, sait trouver de secrètes et indicibles douceurs, préférables mille fois aux tristes satisfactions de ceux qui ne savent pas aimer. Cependant, quel bonheur imparfait I Quels troubles! quels tourments, que* d'agitation au milieu même des joies du cœur, et que l'homme est à plaindre si, ne pouvant s'at-
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éacber qu'àiCe cpii passa x>à à ce qui trempe, il Ini Jhiii ploixrer ftdl oh lUurd eur de beaux c^es évaùomi^l
Si le bonheur n'est tout enctier m dans i^ ibi€ii*9éteL, tii dans fios affectioiàs déduites à elles-xoèmes^ dey^iiuMums^ Avec certains aages de ce monde, faire i^ fiotne vie deuK fiarts et nous adonner tour à tour au plaisir ei aux affair tes? C'est la conduite que conseillait et pratiquait Morane 4 « Je a'ap{>artiens, disait-il, à aucun j&ystàne^ea pan&îeiitlier,et, sans me &cef Auile part, je prends ^gîte oùie reot floe pousse. Tantôt, sans bruit, je jetwoabe daas itë&SBtr' «Qiepts d'JËpiimre ; têxàùt^ komsie d'action, je «leplûiigB iisBS les orages de la politique, ^d
Nanc in Aristippi furtim prœcepta rçlabor, l^nnc agilis fio et mersor civilibas andis.
Fauvre «agesse, n'en «l^laise à notre mature flkiraoe ? «ar, je vous le demaade, mt tel partage de noùm &me a-t4 de quoi la satisfaire ? Une alternative de fdaisirs miséra*bles et dont on rougit, et d'actions ou de aentiments vkik 4^i exaltent notre orgueil en attendant l'expérienee amàre «t inévitable de notre impuissance, serait-<^ là le jxh^heurfïie poète qui traçait en sourisunt ce tableau, ne Jious y offire-t-il pas plutôt l'image de la fatigue -et du désenchantement d'un cœur qui s'éteint? Tant que nous ^rons capables de foi et d'enthousiasme, oette vie ne sera pas la nôtre.
Mais écoutons de plus nobles esprits, l^iscpie l'homme, disent-ils, est doué de la triple puissance de connaître, d'aimer et de vouloir le vrai et le bien, qui l'empéchedê rechercher uniquement ce qu'il y a demeitleur et de plus
Dû BONfiBUft. 371
M )diitdl,«»tiim<B une sdeHcê ^AcmsàténBmi Vmké^ m pobmit l6rett<lt«loiM;è lait li^ttkiMit, ^fn^^^së U^te-^^ SBK iwisseonoents mysticpiM âel^aiicMir{iiiri|«itemet^ trait en <ceiiHXiunication -directe snfiec Téteniel «lie «divin t Ah i Messieurs^ ^esitonrenfi de noire eiympaftllîe les coerain généreux qui enteepiieiMMit de feajser à i'àu«anilé oetéé foate irersie oîel. flonneur à ces gftuiies âmes â biea détachées de la terre, pourvu que leurs suUifiaes sideurs ne les iégarent ^^Àla ipicwrstttt^ d*«tie «tUnaère^et qu'en vMiknt mener te i4e ùes ing^; ^Hes «é^Vesq^ooent p9M^ Gemme 4e ^«atgaait IPescal, à imibet JiMiessMs éè Yhomtm^iy fiar sa na^une, n'«st «i «ofeaRii tète. Lk véritabte ^ooiliott de l^lMXNHike n'^stA pe» de odntempier^ mais d'agir. Cen'^estpasdaMl'extaseiiei'aseâtifinieje'esl au isân d'une adIivité.essentieUameftt «éMlière et k^bfaé (fd'Sl dok viBèr à ia perfection. U He ÉogâSà fkas<qu'y élève ses pensées vears k divin, ni même qu'il lltt^^omaere^ui temple dans son corar j 11 fiuit que wtte Suolière brillé au dehors ; il faut qu'il poite patto^tt SLYtfo lui «ces liaules aspirations etoe&émotions l^ertueuses qm ennobUssent satâdie de>ciiai|ue |dur et<qui, en imprimant à ses affections natu^ relies, ^pufées eteaaactiâées, le scea« Ae l'immoitaiité^ transfonneut la vie huimine, eu point d'en Mre une chose à part idans la création. À cette tendition sèule^menit l'homme eera ce qu'il doit être, autant qu'il dépenA de lui ; à cette conditioB ^«tement^ ilïbndera'Solidemeot son bonheur.
Chose adnnraUe, et qui atteste la Justkie tout ensemble et ta b€»té de4a ProvideMelAve^^tousembraisé legeare
37^ DO BONHBUR.
()e vie qui emprunte à la vertu son nom, sa force et son prix ; avez-vous fait le bien pour le bien^ autant que le comporte la faiblesse humaine ; vous étes-vous proposé, non d'être heureux, mais d'être bon ; enfin, n'avez-vous songé qu'au devoir : le bonheur, que vous n'avez pas cherché, vient vous trouver. Vous goûtez, dans la paix de votre âme, les satisfactions de la conscience, la joie du bien accompli, l'amour heureux de ce qui est vraiment bon et aimable.
Ce n'est pas tout. La nature et la société ne sont pas aussi injustes qu'on le prétend. Au bonheur intime de l'honnête homme s'ajoutent d'ordinaire, vous le savez, l'estime et l'affection de ses semblables, et même les biens de ce monde en une mesure toujours sufSsante, puisqu'il a dû compter sans eux. £n vain cherchera*t-on dans l'histoire d'éclatantes exceptions à cette loi générale, comme, par exemple, la légende héroïque d'un Régulus, martyr du patriotisme et de la parole donnée, ou la noble figure de Socrate buvant la cigué, pour avoir proclamé, le premier chez les Grecs, la providence d'un Dieu suprême. En vain prétendra-t-on que les jouissances mêmes de l'âme vertueuse sont mêlées d'amertume, puisque, à mesure qu'elle connaît mieux la justice parfaite, elle sent davantage sa propre insuffisance. En réalité, les saintes tristesses de l'homme de bien qui soupire après Ja perfection sont encore du bonheur, si on les compare à la folie de l'orgueil ou à l'apparente insouciance d'une âme sans idéal; et, quant aux exceptions qu'on nous signale , il faut qu'on en convienne, elles ont été assez rares , et de plus elles étaient vo-
lontaires, et, par conséquent, dignes d'admiration et d'envie.
Oui, je le déclare en terminant, si Ton poussait tout à Textrême, si d'un côté se trouvaient tous les succès du monde, de l'autre toutes les vertus, et qu'il fallût choisir entre le sort de l'homme qui, sans aucun mérite, aurait tout obtenu de la fortune, et la condition de celui qui, sans rien obtenir, aurait tout mérité; il vaudrait beaucoup mieux être malheureux comme celui-ci qu'heureux comme celui-là, le vrai bonheur étant impossible là où manquent la dignité, l'élévation morale, l'estime de soimême.
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