‹ Dieu et science; essais de psychologie des sciences. Avec deux planches hors textes et le port. de l'auteurChapitre 14 sur 125 · ET DE KARL YIERORDT · texte numérisé non relu

ET DE KARL YIERORDT

La succession et la durée constituent, on le sait, les éléments les plus importants des représentations de temps. Aussi ces deux valeurs de temps ont-elles formé jusqu'ici les principaux objets de la plupart des recherches expérimentales faites par des psychologues et des physiologistes sur les représentations de temps et sur la conscience du temps.

La plupart de ces recherches ont consisté à mesurer, aussi exactement que possible, le temps qui s’écoule entre l'excita-

tion et la perception de la sensation, ainsi que la durée de cette sensation et de ses suites éventuelles. Les sensations dont la durée a été le plus souvent soumise à de pareilles mesures étaient les sensations tactiles, visuelles et auditives. Les difficultés inhérentes à l’exécution de ces mesures sont de deux sortes : la nécessité d’employer des méthodes de mesure parfaitement précises, et les complications inévitables qui se produisent lors de l’appréciation des résultats obtenus, puisqu’il s’agit de distinguer ceux qui doivent être imputés aux sensations proprement dites, soumises à la mesure, de ceux qui appartiennent aux perceptions de temps. De nombreux facteurs psychologiques, tels que la concentration de l’esprit, la tension produite l’attente, l’excitation provoquée par la surprise, l’état physiologique ou pathologique des sujets soumis à l’expérience, et surtout leur sensibilité personnelle spéciale pour telles ou telles impressions sensitives, font que la comparaison des résultats obtenus par les essais de mesure se heurte quelquefois à des difficultés insurmontables.

Mais bien plus grande encore, au point de vue des recherches fécondes dans ce domaine, est l’importance des deux facteurs suivants : i° la conception plus ou moins juste de la nature des perceptions de temps et de leurs rapports avec les sensations fournies par les autres sens, conception qui sert de point de départ à l’investigateur dans ses expériences de mesure ; 20 le choix plus ou moins heureux de l’organe sensoriel à utiliser pour la mesure des valeurs de temps. Ce fut donc, pour la théorie du sens du temps, une coïncidence particulièrement favorable, quand Karl Vierordt, qui introduisit le premier dans la physiologie les expériences de mesure précise du temps, fit choix, dès le début, de deux procédés extraordinairement heureux. Par sa façon de concevoir la détermination physiologique du sens du temps, il se plaça entièrement sur le terrain solide préparé par les études expérimentales classiques sur le sens de l’espace, que Weber

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TEMPS ET ESPACE

avait poursuivies pendant plus d’un quart de siècle. Cela lui permit en même temps, dans l'élaboration de ses procédés expérimentaux, d’imiter les méthodes modèles auxquelles Weber devait ses plus beaux succès. Ainsi que nous le verrons tout à l’heure, son deuxième procédé, à savoir le choix de l’organe de l'ouïe pour la mesure des valeurs de temps des sensations, n’a pas été moins fécond en résultats.

Vu l'importance tout à fait extraordinaire que présente la théorie de Weber sur le sens de l'espace relativement aux recherches de Vierordt sur le sens du temps, il nous paraît nécessaire de citer ici textuellement quelques-unes des propositions capitales de cette théorie, telles que Weber les a formulées, en 1852, devant la Société des Sciences de Saxe, dans son dernier travail. Sur le sens de l'espace, etc.

« Le sens de l'espace est un sens différencie ; il n'est toutefois pas un sens spécial , niais un sens général. » C’est par ces mots significatifs que Weber commence son mémoire qui renferme la formule la plus complète des résultats obtenus par ses études psycho-physiologiques de vingt-cinq ans sur les organes de sens périphériques. Voici comment se termine son introduction : « Les perceptions de l’espace et des rapports d’espace appartenant ainsi à la catégorie des perceptions générales, ce qui les distingue essentiellement des perceptions de couleurs, de températures, de sensations de pression, de sensations de sons et d'odeurs, lesquelles reposent sur les sensations d'une classe particulière de mouvements influençant nos nerfs, on peut avec raison qualifier le sens de l'espace de sens général, afin de le distinguer des sens spéciaux que nous venons de nommer. » ( Comptes rendus de la Société saxonne des Sciences , p. 87.)

Les méthodes expérimentales, à l'aide desquelles Weber a examiné « la finesse et l’acuité » des perceptions d'espace des sens spéciaux, consistaient en mensurations exactes et comparées qui étaient exécutées exclusivement sur les sensations de pression et de température de la peau et sur les

sensations visuelles de la rétine. Nous avons déjà exposé avec quelque détail (chap. i, § 2) certains points des conceptions de Weber concernant l’espace; nous reviendrons plus bas sur les autres points.

Karl Vierordt considérait le sens du temps comme étant lui aussi un sens général, dans l’acception que Weber avait donnée à cette désignation.

« A mesure que l’espace et le temps concrets augmentent de grandeur, écrit-il1, on a la représentation d’un espace objectif plus grand, d’un temps objectif plus long. C’est simplement l’excitation à la sensation qui a augmenté, sans que le contenu même de la sensation ait changé, ou ait besoin de changer. Nos sensations d’espace et de temps sont loin d’avoir ce cachet entièrement subjectif qui caractérise les sensations des sens spéciaux. Le concret et le senti et par conséquent le perçu sont, dans la sphère des sens généraux, réellement et immédiatement comparables, parce que, dans certaines limites tout au moins, l’un et l'autre se superposent, sinon exactement, du moins de très près... Les sensations spécifiques nous procurent, en plus du contenu qualitatif de la sensation, la représentation de différents degrés d’intensité... Mais, quelque larges que puissent être les limites entre lesquelles oscille la force de ces sensations intenses, le sujet... n’en est pas moins incapable de les mesurer d’une façon plus ou moins exacte. Cette lumière-ci nous paraît bien plus intense que celle-là, mais non pas trois fois plus intense... Les sens spéciaux ne peuvent donc pas, ainsi que l’a fait ressortir avec raison Weber, déterminer d’une façon générale les multiples des sensations, et ceci les distingue essentiellement de nos perceptions d’espace et de temps. Cette ligne-ci ne nous paraît pas seulement plus longue que celle-là, mais deux fois plus longue ; telle impression auditive nous parait avoir Je tiers

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