Karl Vierordt. Der Zeitsinn, Tübingen, 1868, p
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de durée de telle autre , etc. Les sens généraux sont donc des sens mathématiques.. ; les valeurs quantitatives d’espace et de temps des excitations sensorielles pénètrent pour ainsi dire immédiatement dans notre conscience. »
Karl Vierordt prit ainsi pour point de départ de ses recherches expérimentales sur nos perceptions de temps la conception du sens de l'espace déterminée par E. H. Weber. Et, si je ne me trompe, c’est lui qui le premier employa le
mot sens du temps , par analogie avec le sens de l'espace et le sens du lieu.
Vierordt adopta également cette conception de son illustre prédécesseur, d'après laquelle il n’y aurait pas d 'organes de sens particuliers permettant au sens de l'espace et à celui du temps d’exercer leurs fonctions physiologiques en tant que mensurateurs des sensations des cinq organes de sens spéciaux. Cette conception, qui était encore, inévitable alors, fut pour les deux théories une cause de faiblesse. On sait qu’en ce qui concerne le sens de l’espace Weber avait adopté l'hypothèse des circuits de sensations : les dispositions anatomiques spéciales des fibres nerveuses partant des organes centraux et se distribuant dans les organes de tact périphériques seraient destinées à nous fournir des impressions relatives aux mesures d’espace des sensations tactiles ou visuelles.
Malgré les nombreuses lacunes que présente l’hypothèse de Weber et malgré les attaques qu’elle a subies, au point de vue de son substratum anatomique, delà part de Kôlliker, de Volkmann et d'autres, on n'en doit pas moins, en tenant compte de l’état des connaissances à cette époque, la considérer comme ayant frayé la voie. Et cela d’autant plus que, pendant une trentaine d'années, E. H. Weber a fourni de nombreuses preuves expérimentales à l’appui de la justesse générale de sa conception du sens de l’espace. Le mérite tout particulier de Karl Vierordt, c’est d'avoir choisi pour ses expériences le labyrinthe de l’oreille, sans se laisser
ébranler par ce fait que Weber avait presque complètement exclu de ses recherches le sens de l’ouïe et celui de l'odorat, et cela sous prétexte qu'ils seraient complètement exempts de perceptions d’espace. « Il manque aux organes de l'ouïe et de l’odorat, croyait en effet Weber, ces mécanismes que le sens de l’espace puisse utiliser, et c'est pourquoi nous ne percevons pas de formes à l’aide de sons et de bruits. » Ces « mécanismes», il les cherchait dans les circuits de sensations des différentes régions de la peau et de la rétine I La théorie des circuits de sensations ne pouvait en aucune façon s’appliquer au sens du temps et, en commençant ses recherches, Vierordt ne pouvait pas non plus songer à une autre explication physiologique de l’origine des perceptions de temps. Il se contenta donc de créer de nouvelles méthodes de mesures, et, suivant en cela l’exemple donné par Weber, de réunir de nombreux matériaux à l’appui de sa conception générale relative à la détermination physiologique du sens du temps. 11 faut reconnaître que, sous ce rapport, ses efforts personnels et ceux de ses élèves, Camerer, Horing et autres, ont vraiment ouvert la voie. Les méthodes élaborées par Vierordt, ainsi que les considérations à l’aide desquelles il a justifié le choix des valeurs de temps qui devaient être mesurées par ces méthodes, ont pu dès lors servir de modèles à tous ses successeurs dans ce domaine. Ceux-ci employèrent dans leurs essais de mesure des appareils qui se distinguaient par une précision et une finesse plus grandes. Mais c'est seulement sous ce rapport qu’ils surpassèrent les recherches expérimentales de Vierordt. La plupart d’entre eux, en s'éloignant de la conception des sens généraux, telle que l’avaient formulée Weber et Vierordt, se heurtèrent souvent à des difficultés insurmontables lorsqu'il s’agit d'utiliser les résultats, d’ailleurs très importants, de leurs mesures. Notamment ils n'ont pas toujours pu éviter la confusion entre les sensations sensorielles spéciales, dont ils cherchaient à mesurer les valeurs de temps, et les perceptions
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de temps elles mêmes. Aussi se sont-ils trouvés dans l'impossibilité absolue de présenter une hypothèse viable concernant l'origine et la détermination physiologique de ces perceptions (voir || 6 et 7 de ce chapitre).
Les considérations qui vont suivre ont un but trop précis pour que je puisse m’étendre ici sur les résultats concrets des nombreuses recherches faites dans ce domaine, depuis Vierordt, par Wundt, Exner, James et leurs disciples, ainsi que tout récemment par F. Schumann, Meumann et d'autres. Nous n'insisterons donc que sur les valeurs de temps les plus importantes qui ont fait l’objet de leurs scrupuleux essais de mesure, et nous ne le ferons qu’en tant que ces valeurs peuvent entrer en considération pour la théorie de l’origine des représentations de temps.
| 3. — La succession et la dcrée des temps.
De tous les éléments de la représentation de temps, la succession dans le temps est le plus immédiatement perceptible. Quelle est donc l’origine physiologique de sa perception? Nous avons la sensation de la succession des phénomènes extérieurs et intérieurs comme se suivant dans un ordre ou dans une direction déterminés. Plus la succession de ces phénomènes est régulière, plus il est facile pour notre perception de les isoler et de les suivre les uns après les autres dans les intervalles qui les séparent; c’est pourquoi nous percevons les sensations auditives de la façon la plus précise et la plus immédiate. Physiologistes et psychologues sont unanimes à reconnaître que la succession dans le temps ou l'arrangement dans le temps doivent être considérés comme une direction ou une étendue. « Le temps n’a qu'une dimension ; différents temps ne sont pas coexistants mais successifs, tandis que différents espaces ne sont pas successifs, mais coexistants. » Ainsi parle Kant, et les adver-