Voir ch. m, § 6 de mes Nerfs du Cœur. Paris. 1Q
TEMPS ET ESPACE
portent principalement à l'influence qu'exercent sur le rythme cardiaque les sensations de sons harmoniques, c'est-à-dire à des réactions purement émotionnelles. 11 serait assurément intéressant de rechercher si les excitations rythmiques des terminaisons nerveuses du labyrinthe de l'oreille sont capables de régler aussi la durée et la succession en ce qui concerne les muscles à contractions involontaires , ceux du cœur par exemple, lorsque ces excitations ne sont pas accompagnées de sentiments musicaux esthétiques.
Quelques observations qu’un hasard m'a permis de faire sur moi-même semblent plaider en faveur de cette possibilité, du moins lorsqu'il s'agit d’un cœur à réactions hypersensibles. On avait installé, en 1893-1894, dans un établissement pneumatique, à proximité de mon habitation d'alors (rue Copernic), une nouvelle machine à vapeur qui travaillait avec un bruit extraordinaire. Pendant le silence de la nuit, le bruit produit par cette machine influençait à tel point le rythme de mes pulsations cardiaques, qu elles suivaient presque la cadence du moteur. De 80 à la minute, mes pulsations tombaient au-dessous de 60, tandis que leur intensité augmentait d’une façon douloureuse. Mon affection cardiaque ayant subi une aggravation notable, j’ai dû changer de logis. Depuis lors, j'ai eu l'occasion de faire plusieurs fois des observations du même genre dans des hôtels qui employaient des moteurs particuliers pour la production de la lumière électrique.
Ces observations personnelles doivent nous rendre très circonspects en ce qui concerne les conclusions à formuler au sujet de l’influence des émotions musicales sur le cœur. Certains observateurs, par exemple, ont tiré de leurs expériences des conclusions un peu hâtives en faveur de la théorie des émotions de Lange et James, et cela parce que le cœur changerait de rythme avant que les sentiments fussent éprouvés. Même abstraction faite de cette considération que la théorie mentionnée repose sur une mécon-
naissance complète du vrai mode de fonctionnement des nerfs du cœur et des nerfs vasculaires (voir plus bas,
ch. in, § 3), il est évident que ces observateurs ont confondu
les actions directes du rythme comme tel , avec celles des sentiments. Beaucoup de personnes, absolument insensibles à la musique, voient les battements de leur cœur s accélérer à la suite de la seule accélération du rythme et de la cadence des excitations sonores.
K. E. von Baer qui, comme nous l'avons dit plus haut, attribue au rythme des pulsations cardiaques l'origine de la seconde prise pour unité de temps, attire également l'attention sur l'influence que la fréquence de ces pulsations exerce incontestablement sur la durée de nos perceptions sensorielles. « D'une manière générale, le pouls semble présenter certains rapports avec la rapidité des sensations et des mouvements. L'homme ayant des pulsations cardiaques plus fréquentes vit davantage au cours de la mesure générale du temps, par exemple au cours d’une heure. » Pour rendre sensible son idée très juste, von Baer a développé plusieurs exemples qui témoignent d’une conception très fine de la nature des perceptions de temps1.
| 7. — Les sensations des sons et le sens