‹ Dieu et science; essais de psychologie des sciences. Avec deux planches hors textes et le port. de l'auteurChapitre 21 sur 125 · ARITHMÉTIQUE · texte numérisé non relu

ARITHMÉTIQUE

« Si la science parvenait jamais à fournir une réponse positive à la question si discutée de l’origine des sensations de temps, le résultat n’en serait pas moindre que de nous conduire à la connaissance de la nature et de l’essence de l’âme, ainsi que des relations réciproques entre elle et l’activité nerveuse et musculaire. En effet, concevoir la genèse progressive des sensations et des perceptions de temps n’est pas autre chose que construire génétiquement notre « psyché »

1. K. E. v. Baer. Quelle est la conception la plus juste de la nature vivante ? Discours prononcé en 1860. Reden , etc., t. I. Braunsckweig, 188b.

TEMPS ET ESPACE

depuis ses premiers tressaillements. » C’est par ces paroles significatives que Vierordt commençait, il y a quarante ans, le dernier paragraphe de son ouvrage classique sur le Sens du temps1. Pour résoudre un problème d'une portée psychique aussi grande, le devoir de la physiologie, d’après Vierordt, serait de répondre péremptoirement à la question suivante : « Comment un organisme doué de certaines dispositions et de certaines propriétés psychiques rudimentaires, tout à fait inexplicables en soi, en arrive-t-il à différencier progressivement son moi du monde extérieur et à connaître les rapports d'espace et de temps qui existent entre les choses de ce monde extérieur? » (p. 182)

En ce qui concerne « les rapports d'espace », il m’a été possible, après les recherches expérimentales poursuivies pendant une trentaine d'années, de donner une solution satisfaisante de ce problème psycho-physiologique. L’exposé de mes recherches dans un précédent ouvrage (. Das Ohrlabyrinth) l’a suffisamment démontré. Mettant à profit le grand nombre des expériences et des résultats concrets dès lors acquis, j’ai cherché, au cours du présent chapitre, à déterminer l’origine physiologique et la signification des valeurs de temps parvenant à notre perception et à mettre en lumière la part qu’elles prennent à notre conscience du moi. C'est en reconnaissant les véritables rapports qui unissent d'une part les excitations sonores et d’autre part les mesures de temps relatives à la succession et à la durée des innervations musculaires ainsi que des sensations des organes sensoriels spéciaux, qu’il a été possible de ramener le sens du temps proprement dit à sa destination fonctionnelle capitale, c'est-à-dire à un mécanisme de mesure et de calcul.

Dans le sens du temps, comme dans tous les appareils servant à mesurer, les nombres jouent un rôle essentiel. Sans la connaissance ou la conscience des nombres, le sens du temps

Page 1