‹ Dieu et science; essais de psychologie des sciences. Avec deux planches hors textes et le port. de l'auteurChapitre 30 sur 125 · Voir Ohrlabyrinth, appendice au paragraphe du chapitre m · texte numérisé non relu

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2. L'esprit, par lui-même, ne connaît pas la fatigue : ce sont les cellules ganglionnaires surmenées qui refusent leur concours au travail de l'esprit, toujours en éveil.

C'est d’habitude après le retour de la conscience du moi que des rapports s’établissent graduellement entre la nouvelle idée et celles qui avaient préoccupé l’esprit préalablement au sommeil. Il se passe un intervalle sensible avant que l’enchaînement des idées qui a conduit à la solution du problème apparaisse clairement à notre conscience. Encore manque-t-il le plus souvent à cet enchaînement quelques chaînons, surtout celui qui a précédé immédiatement l'apparition de Eidée intuitive. Il est naturellement difficile de définir exactement la durée de cet intervalle. Tout ce qu’on est en droit d’affirmer, c’est que la période de demi-réveil a une durée variable, et que les processus de l’esprit dont nous parlons s’accomplissent d’une façon sensiblement plus lente que dans la fuite désordonnée des idées au cours des vrais rêves.

Ces faits, que bien des philosophes et des psychologues connaissent par observation personnelle, ont donné lieu à de nombreux essais d’explication. La philosophie de l'inconscient repose, en dernière analyse, sur l'apparition subite d'idées inattendues, déchirant, comme un éclair, les nuages qui avaient empêché la lumière de se faire dans l’esprit. On cherche à expliquer couramment ces apparitions en admettant qu'un grand nombre de manifestations de l’activité intellectuelle, psychique ou cérébrale (selon la conception particulière de tel ou tel philosophe) se produisent en dehors de l'intervention de notre conscience. La plus grande partie de ces idées resterait inconsciente, ou ne parviendrait tôt ou tard à notre conscience qu’à l’état fragmentaire. Pareille explication commande certaines réserves de la part des physiologistes. Les phénomènes qui n'atteignent pas notre conscience ne peuvent, en général, faire l'objet de recherches exactes. Quant aux pensées inédites, qui paraissent envahir notre conscience subitement, rien n'est moins aisé que d'en élucider l'origine, fût-ce d’une manière approximative. Seule une longue expérience per- De Cyon. 16

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sonnelle dansl’observation psychologique subjective permet de retrouver quelques indications valables sur l'origine première des idées spontanées ou intuitives dans notre travail intellectuel précédant le réveil. Les observations d’autrui ne doivent être accueillies qu'avec une extrême prudence, et seulement quand elles émanent d'observateurs éprouvés et qu'elles concordent, dans les lignes principales, avec nos propres données.

Ces réserves formulées, et en prenant pour point de départ la différenciation proposée des fonctions psychiques, essayons une explication de plusieurs des phénomènes en question. Les connaissances déjà acquises sur la destination physiologique de l'hypophyse et de la glande pinéale et sur leur intervention, soit dans le retour périodique de l’inconscience (sommeil), soit dans les états comateux pathologiques ou provoqués expérimentalement, nous serviront de guide dans cet essai.

L’activité de notre système nerveux central peut diminuer, mais non disparaitre complètement pendant le sommeil. En effet, le système nerveux sensible et sensoriel ne connaît pas d’intervalles libres de toute excitation. Qu elles émanent des nerfs sensibles de la périphérie ou des organes internes, les excitations sont continuellement transmises aux cellules ganglionnaires centrales, où elles contribuent à former des dépôts d'énergie psychique (énerginomes) et, en partie aussi, à maintenir notre système musculaire dans un état de contraction tonique. Des appareils d’inhibition spéciaux, dont les principaux ont leur siège dans le labyrinthe de l’oreille, dirigent et règlent la distribution et l'utilisation de ces forces d’excitation afin d'empêcher qu’elles ne se dissipent en innervations inutiles ou exagérées. Sur ces mécanismes, décrits par nous en détail dans un précédent ouvrage A, repose la véritable ééonomie de nos fonctions psychiques.

1. Voir Ohrlabyrinth , ch. ni, §§ 7-11, et plus haut, ch. ni, § 2. L'Oreille même, chap.

Pendant le sommeil, quelle qu’en soit la cause, les excitations qui parviennent du monde extérieur au système nerveux central se trouvent considérablement réduites ; cette réduction doit avoir pour conséquence un affaiblissement notable dans le fonctionnement des centres psychiques. L’hypophyse et la glande pinéale continuant d'exercer sur ces centres leur action propre, dont on a parlé plus haut, il en résulte que, avec la disparition de la conscience du moi, la vie psychique se trouve considérablement diminuée et peu à peu presque entièrement suspendue. Il ne saurait donc être question d'une activité inconsciente de l'esprit pendant le sommeil. Les associations désordonnées et épisodiques de représentations vagues et de perceptions obscures, qui peuvent se produire, proviennent d’excitations accidentelles, extérieures ou intérieures, et ne sauraient aucunement fournir matière au travail productif de l’esprit. Elles sont donc loin d'avoir l’importance décisive que leur prêtent certains philosophes de l’Inconscient. Ce n’est qu’à l’état de fragments détachés, complètement inutilisables, qu’elles parviennent à notre conscience du moi, et encore le plus souvent le fait ne se produisait-il que si quelque excitation extérieure accidentelle, plus efficace, rend le sommeil momentanément plus léger.

Quelles raisons aurions-nous d’ailleurs d’admettre une activité inconsciente de l'esprit pendant le sommeil? Comment cette activité pourrait-elle se manifester? D'après notre conception, l'esprit ne possède pas de contenu qui lui soit propre. Il ne possède que des facultés et des virtualités. Il a besoin, avant tout, pour exercer son activité, de se servir des contenus accumulés dans les cellules ganglonnaires. A supposer que l'esprit pût, même pendant le sommeil, disposer de certains contenus cellulaires pour l'association et la formation d'idées, son pouvoir ne saurait être que très limité ; il ne s’étendrait que sur le petit nombre des centres cérébraux ayant échappé accidentellement à l'action narco-

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tisante de l'hypophyse et de la glande pinéale. Parmi ces centres restés éveillés, c’est-à-dire en communication active avec l'esprit, on devrait comprendre, principalement, ceux qui, pendant la période précédant immédiatement le sommeil, ont participé d'une façon très intense à l’activité spirituelle. Les cellules ganglionnaires, utilisées pendant un temps plus ou moins long pour le travail intellectuel soutenu, ont déjà, il est vrai, dépensé, à l'état de veille, infiniment plus de forces d'excitation (qui constituent l'énergie psychique) que leurs voisines. Mais l'activité des autres centres du cerveau se trouvant suspendue pendant le sommeil, les centres en éveil, exempts de concurrents, disposeraient ainsi d’une réserve d'énergie psychique accumulée dans les centres voisins. L'esprit pourrait donc continuer à exercer son activité créatrice, et, au réveil brusque, les résultats de cette activité, pénétrant dans la conscience, formeraient des pensées intuitives. Une pareille explication du phénomène qui nous intéresse n’est pas la seule possible.

On peut encore en admettre une autre qui, à certain point de vue, apparaît même comme la plus vraisemblable. Les rapports de l’esprit avec les centres cérébraux qu'il avait mis spécialement à contribution sont effectivement rompus durant le sommeil, et l'esprit ne commence à les renouer que pendant la période, plus ou moins courte, du demi réveil. Dans cette période, la conscience du moi qui, d’après ma conception, correspond au point O du système de coordonnées sur lequel sont projetées toutes nos sensations, extérieures ou intérieures, commence à revenir peu à peu. Cet état de demi-conscience, que les philosophes désignent sous les noms de subconscience ou de conscience subliminale, doit, conformément à notre manière d’envisager les processus de l'esprit, se prêter le mieux à son activité créatrice. Les centres cérébraux qui, depuis un certain temps déjà, avaient absorbé l’attention de l’esprit, doivent aussi être les premiers dont le contenu peut communiquer avec lui, lors du réveil

de la conscience du moi. Il est permis d'admettre que les autres centres cérébraux, encore plongés dans le sommeil, restent inactifs et hors d'état de faire grand usage d'énergie psychique. En effet, la concentration de l'attention sur certains centres cérébraux exerce une action inhibitrice sur l’activité des centres voisins, et cela grâce à leur concurrence inévitable pour les sources d'énergie : les premiers peuvent donc disposer de forces psychiques bien plus puissantes.

Dans cette conception de l'origine des intuitions, il peut encore moins que dans la précédente être question de l'activité inconsciente de l'esprit pendant le sommeil. En effet, il ne s’agit là que d’une activité limitée à la courte période de demi-sommeil, où les relations interrompues entre la conscience générale et la conscience du moi commencent à peine à se rétablir.

Quant à la véritable valeur des intuitions qui apparaissent pendant cet état de demi-conscience, il est impossible d'en juger avant le réveil complet, c'est-à-dire avant que l’esprit ne soit entré en relation avec le contenu de toutes les cellules ganglionnaires qui, à la réflexion, doivent être mises en rapport avec l'idée intuitive afin que l'esprit puisse la soumettre à une analyse logique nouvelle. Ces cellules ganglionnaires doivent, par conséquent, se trouver déjà en parfait état de fonctionnement. Selon la théorie du sommeil de Pflüger, qui conserve encore toute sa valeur dans ses lignes principales, le réveil n'est complet que quand la somme des excitations internes et externes dans les ganglions est arrivée au maximum nécessaire pour leur bon fonctionnement. Cet état exige, de son côté, que les énergies psychiques affluent librement de leurs diverses sources, notamment des deux sens supérieurs : la vue et l'ouïe. Telles idées, qui nous apparaissent comme des intuitions géniales dans l’obscurité ou pendant que nos yeux sont encore fermés, se dévoilent très souvent à la lumière du jour comme de simples chimères, sans valeur aucune.

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En réalité, seul le naturaliste peut arriver à former un jugement définitif sur la valeur des idées intuitives, et cela en les soumettant à l'épreuve expérimentale. Les intuitions subites des métaphysiciens, ne pouvant être soumises à aucun contrôle, ne doivent pas, par conséquent, être comparées aux véritables intuitions créatrices du naturaliste. Leur valeur reste toujours contestable.

Tous les savants qui ont fait du sommeil l’objet de leurs observations et de leurs expériences reconnaissent le rôle tout particulièrement important qui revient à l'organe de l'ouïe dans le mécanisme de l'assoupisssement et du réveil. Ce sont les sensations auditives qui disparaissent les dernières pendant l'assoupissement ; ce sont encore elles qui peuvent le plus facilement empêcher ou interrompre le sommeil. Dans le sommeil narcotique également, ce sont elles aussi qui persistent le plus longtemps. Dans la narcose produite par la scopolamine, par exemple, l’organe de l'ouïe parait être le seul organe sensoriel dont le fonctionnement reste intact pendant toute la durée de la narcose.

Étant données nos connaissances actuelles du rôle que joue le labyrinthe de l'oreille dans la formation de la conscience du moi, comme point d'origine du système idéal des coordonnées rectangulaires de Descartes, les rapports entre l'organe de l'ouïe et l'action de nos sensations auditives sur le sommeil et le réveil acquièrent une portée toute nouvelle. Ils semblent indiquer que les terminaisons cérébrales des nerfs acoustiques doivent avoir des relations fonctionnelles, et même anatomiques, avec l'hypophyse. Nous avons exposé plus haut les résultats de l'expérimentation physiologique et de l'observation pathologique qui permettent de considérer l’hypophyse comme le centre principal des fonctions vitales (l’âme vitale). Ses communications avec le principal sens intellectuel, auquel nous devons notre conscience du moi, éclairaient d'une vive lumière la nature des rapports entre l'âme et l'esprit.

Un nouveau champ d'expériences s'ouvre ici au physiologiste. Il s'agit d'élucider davantage l'influence que les excitations des nerfs acoustiques peuvent exercer sur les systèmes nerveux cardiaque et vasculaire, dont le fonctionnement, comme je l'ai démontré, est en grande partie réglé par lhyphyse. Dans de pareilles recherches expérimentales, il faudrait soumettre les nerfs vestibulaires et les nerfs cochléaires, isolément , à l'excitation, et aussi bien à l'excitation mécanique et électrique qu’à l’excitation par des ondes sonores. Certes, l’exécution de telles expériences présenterait de grandes difficultés techniques ; mais aussi leurs résultats éventuels seraient d'une portée considérable. Les procédés opératoires exigeraient des soins tout particuliers ; mais, pour un expérimentateur qui veut s'attaquer à de pareils problèmes, il ne doit pas exister de vivisections inexécutables.

En somme, l'analvse de nos connaissances actuelles sur les fonctions de l'hypophyse et de la glande pinéale, ainsi que sur le mécanisme de notre sommeil, indique que le fonctionnement purement psychique du cerveau ne peut s’exercer, durant le sommeil, que d'une manière défectueuse, incomplète, et tout à fait incohérente. L'activité de l'esprit peut, par conséquent, être considérée comme effectivement suspendue pendant le sommeil complet. Ce n'est que dans la période du demi-sommeil, ou plutôt du demiréveil, qu'une pareille activité peut se manifester, et cela dans les conditions que nous venons d'exposer.

La possibilité d'un travail inconscient de l’esprit pendant l'état de veille constitue un problème distinct de celui qui nous a occupé dans ce paragraphe. Mais, après les éclaircissements donnés sur les processus psychiques pendant le sommeil et pendant l’état subconscient ou subliminal, une activité productrice inconsciente de notre esprit est inadmis • sible. L'esprit travaille toujours d' une manière consciente.

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| 11. — Les limites de l’entendement humain. Le mécanisme des sensations et des perceptions.

Il y aura bientôt quarante ans que le célèbre physiologiste du Bois-Reymond, dans un discours retentissant sur les limites de notre connaissance de la nature, a lancé son fameux Ignorabimus pour indiquer les bornes que la science ne saurait jamais dépasser1. Parmi les problèmes dont la solution fut déclarée inaccessible à notre entendement, figuraient la sensation, la conscience et la formation delà pensée humaine.

Alors, comme aujourd’hui, c’était là l’objet des préoccupations les plus vives pour les physiologistes et les psychologues. De toutes les bornes imposées à l’esprit humain d'après du Bois-Reymond, aucune ne leur paraissait plus humiliante et plus pénible à subir.

V oici en quels termes j'ai formulé, en 1873, mon adhésion à la thèse soutenue par mon ancien maître. « Dans l’histoire de la physiologie de ces derniers temps, disais-je alors, il y eut un moment où, éblouis par les succès sans exemple dus à l’introduction des vues mécaniques dans l’étude des phénomènes de la vie, les physiologistes s’imaginèrent qu’il leur suffirait d’introduire les mêmes vues et les méthodes de recherche exactes dans l’étude des phénomènes intellectuels pour cueillir des lauriers aussi glorieux.

« A leurs yeux, la dépendance des phénomènes psychiques du degré de développement cérébral, la grande influence que nombre de causes somatiques, comme la narcose, le délire, la folie, la microcéphalie, sont de nature à exercer sur la direction et la marche de nos idées, tous ces faits pouvaient servir de points de départ pour transporter leurs

x. E. du Bois-Reymond, Rcden, etc., ir0 série. Leipzig, 1886.

recherches dans le domaine de l'esprit. Quelques succès obtenus par la psycho-physique semblaient promettre aux physiologistes qu'ils réussiraient enfin à expliquer le mystère qui a résisté, pendant des milliers d’années, aux vigoureux efforts des plus grands penseurs de tous les pays. Ainsi l’enfant, vo}ant à l'horizon le point de jonction apparent du ciel et de la terre, croit qu’il lui suffira d’arriver à cette limite imaginaire pour escalader le ciel. L’inutilité de ses efforts éveille d’abord en lui le sentiment de la difficulté de l’entreprise. Mais sa raison n’en admet l’impossibilité que lorsqu'on lui expose les véritables relations de notre planète avec le système solaire.

« La conscience de la difficulté qu’il y aurait à expliquer ce qui est resté jusqu'à présent inexplicable s’éveilla sans doute assez tôt chez quelques physiologistes. Mais le véritable but qu’ils pourraient atteindre ne se révéla à eux qu’après qu’ils eurent obtenu les premiers résultats importants amenés par l’application de la méthode physique exacte à l’étude des fonctions psychiques. Alors ils virent clairement où se trouvaient les limites de leurs recherches, limites que l’entendement humain ne saurait dépasser.

« Comme l’étude de tous les phénomènes physiques, les recherches sur la nature des fonctions psychiques doivent avoir pour but de réduire ces fonctions aux mouvements connus des atomes, mouvements dus aux forces qui leur sont propres, en un mot de créer la mécanique des atomes du cerveau. En continuant d’étudier exactement la physique des organes sensoriels, qui servent, pour ainsi dire, d’intermédiaires entre le corps et l’âme, la physiologie réussira peut-être un jour, au prix d’efforts considérables, à ciéer la mécanique des fonctions cérébrales. Mais le moment dût-il venir où nous serions en pleine possession de cette mécanique, où les mouvements moléculaires, qui ont lieu dans nos cellules nerveuses pendant la création des plus hauts produits de l’esprit humain, nous seraient aussi clairement

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compréhensibles que le mécanisme d’une simple machine à calculer ; ou enfin, pour emprunter une phrase de du Bois- Reymond. « nous connaîtrions, jusque dans ses derniers «détails, la danse des atomes C, H, N, O, P, correspondant à « l’enivrement produit par la musique, et le tourbillon de « mouvements moléculaires qui provoque la douleur névral- « gique », alors même nous serions aussi loin qu'à présent de comprendre ce qu’est la conscience de nous-mêmes et comment nous pensons. Entre la connaissance des procédés mécaniques produisant la pensée, et la compréhension de la manière dont ils la produisent, s’ouvre un abîme, que l’entendement humain ne comblera pas.

« 11 suffit de pénétrer par la réflexion le fond même de cette question pour se convaincre de l’impossibilité absolue, pour l’intelligence, de jamais comprendre quel rapport il y a entre certains mouvements des atomes physiques du cerveau et ce fait que nous sentons la douleur, que nous pouvons entendre des sons, voir des couleurs, éprouver des plaisirs, entre ces mouvements et la conscience que nous avons de notre existence. L'impossibilité de saisir cette relation est aussi grande, qu'il s'agisse des sensations les plus élémentaires de douleur ou de plaisir, éprouvées par quelque animal inférieur, ou de la pensée d'un Descartes et la fantaisie créatrice d’un Shakespeare ou d’un Raphaël. Il nous sera également impossible de comprendre pourquoi les atomes O. C, H ou N et P éprouvent du plaisir à se réunir dans telles combinaisons, du déplaisir dans telles autres, et comment certaines combinaisons chimiques peuvent donner naissance à loi de Newton ou au Requiem de Mozart1. »

Depuis que ces paroles furent prononcées, la psychologie de l’homme, la seule qui nous intéresse ici, a fait des progrès considérables dans toutes les directions. Le problème le plus ardu, celui qui, durant des milliers d’années, constituait

i. Extrait de mon discours académique. Le cœur et le cerveau, z ité au paragraphe 3.

le point de départ indispensable à toute théorie psychologique, a reçu une solution satisfaisante. La découverte des deux sens mathématiques de l’espace et du temps a créé une base scientifique, sur laquelle peut s’édifier solidement la future science de l’esprit.

En m’inspirant de la prévision de Vierordt, que la solution de ce problème nous permettrait de « concevoir l'essence même de la psyché J », et de dévoiler la nature des rapports de notre conscience du moi avec le monde extérieur, j'ai essayé plus haut d'élucider le mécanisme des relations entre le corps et l’âme, et de celles entre l'âme et l’esprit. A cette intention, j’ai cru devoir, dans l’intérêt de futures recherches, exclure l’esprit des fonctions de l’âme et séparer entièrement la conscience du moi, — fonction psychique, de la conscience générale, pure production de l’esprit. Le mécanisme de formation de la première a pu être dessiné à grands traits, depuis son origine sensorielle dans le fonctionnement du système des canaux semi-circulaires, jusqu’à son idéalisation dans l’esprit (voir plus haut, § 5-6).

Prenant pour thème mes études sur l'hypophyse, véritable siège de l’âme vitale (voir p. 210), et ses relations très probables avec la glande pinéale, j'ai essayé d’approfondir davantage la nature des rapports entre l’âme et l’esprit, et par conséquent entre la conscience du moi et la conscience générale. Le résultat principal de cet essai pourrait se résumer dans la formule : l'hypophyse paraît remplir dans ces rapports les fonctions, sinon d’un pont, au moins d'une tête de pont ; elle présiderait ainsi à l’interruption et au rétablissement des communications entre l’âme-cerveau et l'esprit.

Nous avons vu également que nos connaissances de la nature des fonctions du cœur, comme organe principal de la vie affective, se sont considérablement élargies et approfondies depuis 1870. Les mécanismes sur lesquels reposent

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