‹ Dieu et science; essais de psychologie des sciences. Avec deux planches hors textes et le port. de l'auteurChapitre 40 sur 125 · ÉTUDIANT · texte numérisé non relu

ÉTUDIANT

Le lecteur vient de voir que le grand-père de Darwin, Erasme, aimait passionnément les observations et les déductions d'histoire naturelle. La tournure poétique de son imagination prêtait à ses idées une apparence fantastique qui nuisit grandement à son crédit comme savant. Néanmoins, il est incontestable que la plupart de ses dons se rencontrèrent chez son petit-fils, lequel y joignait, heureusement, une faculté d’observation beaucoup plus fine et plus exacte Cette dernière qualité, il la tenait évidemment des parents de sa mère, les Wedgwood. L’aïeul maternel de Darwin était un potier renommé, passé maître dans sa profession, doué d’une grande énergie, d’une rare persévérance et d’un flair artistique peu commun, notamment en ce qui concernait le mélange des tons et les diverses nuances des couleurs. Nous retrouvons toutes ces aptitudes chez

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Charles Darwin, et elles déterminèrent certainement, pour

une large part, le caractère de son activité scientifique.

Son père, Robert Darwin, était le second fils d'Erasme. Il exerçait aussi la médecine, jouissait d’une réputation brillante, et avait une clientèle énorme. Le plus clair héritage qu’il laissa à Darwin fut une grande fortune ; elle permit au jeune naturaliste de consacrer sa vie entière à la science, en l’affranchissant de toute préoccupation matérielle et lui assurant, en outre, des ressurces considérables pour ses voyages, ses recherches et ses collections.

Charles Darwin naquit, le 12 février 1809, à Shrewsbury. Il reçut les premiers éléments d’instruction dans sa ville natale, à l’école du docteur Butler, qui fut plus tard évêque de Leagfield. Comme écolier, Darwin ne se distinguait pas par une extrême application ; il préférait faire de longues et fatigantes excursions, durant lesquelles il recueillait divers minéraux et végétaux. A seize ans, il alla suivre les cours de la Faculté de médecine à Edimbourg. Mais un insurmontable dégoût pour les dissections anatomiques, l’impossibilité même d'assister aux autopsies le convainquirent bientôt qu'il n'avait pas la vocation médicale. Il continua donc à réunir des collections d’histoire naturelle et à s'occuper de zoologie sous la direction du professeur Grant, mais plutôt en dilettante, et sans se sentir un entrainement particulier vers ces études.

En 1828, il se rendit à l'Université de Cambridge et entra au Christ College, dans l’intention de s’adonner à la théologie. Là, il devint l'ami du professeur Harlow, qui enseignait la minéralogie et la botanique. Leur liaison se forma à la faveur d'excursions scientifiques. Darwin avait conservé sa passion pour les promenades et il aimait à recueillir tout ce qui lui tombait sous la main. Le professeur Harlow sut l’intéresser plus assidûment aux choses de la nature. Ayant remarqué que l’étudiant joignait à un esprit réfléchi une rare faculté d’observation, il s’attacha à lui et peu à peu

il lui inspira le goût profond de l’histoire naturelle.

L'influence de Harlow sur son élève ne se borna pas à la direction scientifique; son action morale sur le caractère du jeune savant paraît avoir été plus grande encore. Quelques extraits d’une lettre de Darwin au révérend Janyns sont très significatifs à cet égard. En même temps qu’il décrit les principaux traits du caractère de son maître, Darwin semble se peindre lui-même : « Avant que je ne l’eusse vu, j’entendis un jeune homme résumer les qualités morales du professeur Harlow en disant simplement qu’il savait tout. Lorsque je réfléchis à la facilité avec laquelle nous nous sommes sentis à l’aise avec lui, bien qu’il fût plus âgé et que sa supériorité fût très haute, je crois que la transparente sincérité de ses sentiments et de sa bonté en furent la cause, et plus encore peut-être la remarquable abstraction qu’il faisait de lui-même. On s’apercevait qu’il ne pensait jamais à son savoir étendu, à la clarté de son intelligence, mais que le sujet en question l’occupait seul. Ce qui doit encore avoir frappé chacun et ce qui ajoutait un grand charme à sa société, c’était son égale courtoisie avec tous, avec les personnes âgées et distinguées comme avec les plus jeunes étudiants. Son esprit n’était atteint d'aucun sentiment de vanité, d’envie ou de jalousie. Cette égalité d’humeur, cette remarquable bienveillance ne faisaient pourtant pas de lui un caractère insipide. » Au cours de ce chapitre, un lecteur aura plus d’une occasion de se convaincre que ce jugement peut tout aussi bien s’appliquer à l’élève qu’au maître.

Darwin pendant ce temps lisait les voyages de Humboldt et rêvait lui aussi de faire le tour du monde, on du moins d’explorer les contrées tropicales. Il essayait même de former parmi ses camarades une société pour visiter les îles Canaries. Telles étaient les dispositions dans lesquelles il se trouvait lorsque le professeur Harlow l’informa que le capitaine Fitz-Roy, revenu depuis peu d’un voyage autour

Dr Cyon.

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du monde, organisait une nouvelle expédition dans le but de prendre des mesures géographiques et désirait emmener avec lui un jeune homme s’occupant de sciences naturelles. Darwin saisit l’occasion aux cheveux, et, en dépit de tousles obstacles, obtint l'autorisation d'accompagner l’expédition en qualité de naturaliste. 11 dut se passer de tout traitement et se contenter d’un hamac dans la cabine du capitaine. En revanche, il se réserva la propriété exclusivede toutes les collections qu'il réunirait. Son père s’était opposé longtemps à ce voyage aventureux, craignant qu’au retour il ne renonçât à la carrière écclésiastique, comme il avait déjà renoncé à la médecine. L événement justifia ces craintes; mais, quoique le père de Darwin soit mort en 1849, dix ans avant l’apparition du fameux livre qui plaça d’emblée son fils au rang des grands naturalistes du siècler néanmoins il put se convaincre que le voyage n’avait pas nui à Charles et que ce dernier ne parcourait pas sanséclat la carrière choisie par lui. En fait, outre que cette navigation de cinq ans, commencée à bord du Bcagle , le 27 décembre 1831, donna une orientation définitive à l’activité du jeune savant, elle lui fournit encore une grande partie des riches matériaux d’histoire naturelle, mis en œuvre dans la plupart de ses livres.

Il est intéressant de noter avec quel léger bagage scientifique Darwin entreprit le voyage qui lui permit de faire un si grand nombre d’observations et de découvertes dansplusieurs régions des sciences naturelles descriptives.

Voici comment, dans la correspondance avec le professeur Preyer, lui-même dresse le bilan des connaissancesqu'il possédait alors. Le ton de la lettre est caractéristique > elle est datée de 1870. « Je n’ai rien d’intéressant à raconter sur moi; mais, puisque vous le désirez, je vais jeter sur le papier ce qui me viendra à l’esprit. Je n’ai tiré aucun profit des leçons d'Edimbourg ; elles étaient d’une pauvreté extraordinaire et, durant trois ans, elles m'ont ôté toute espèce

de goût pour la géologie. Le docteur Grant n’était pas professeur, il travaillait pour lui, mais sa société a été un grand stimulant pour moi... L’anatomie me répugnait, et je n’ai pu assister qu’à trois leçons; plus tard, cela m’a fait beaucoup de tort. Lorsque j’arrivais à Cambridge, j’étais un passionné collectionneur de scarabées, mais uniquement pour mon plaisir. Lorsqu’on m'avait dit le nom d’un scarabée quelconque, je croyais tout savoir, et l’idée ne me venait pas d’examiner de plus près sa structure... De tous les livres, ce sont les voyages de Humboldt qui ont exercé sur moi le plus d'influence... Je suppose que jamais personne n'a entrepris une pareille expédition avec moins d'instruction préparatoire, car j’étais un simple collectionneur. Je n’avais aucune idée de l’anatomie et n’avais jamais encore lu un manuel systématique de zoologie. Je n'avais jamais encore touché un microscope, et c’est seulement quelques mois avant mon départ que je me mis à étudier la géologie. J'emportai une énorme quantité d’ouvrages et je travaillai beaucoup à bord; je dessinai notamment bon nombre d’animaux marins d’ordre inférieur. Mais le défaut complet de connaissances me gêna fort. Je ne commençai réellement à m’instruire que sur le Bcagle... La passion de collectionner différents objets développa probablement en moi le don de l'observation... Je n'ai jamais autant écrit sur ma propre vie, mais j'espère que cela vous intéressera. »

Dans un autre passage, Darwin dit que jeune il avait la passion de la chasse, ce qui le rendait très paresseux...

| 5. — La psychologie de darwin pendant

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