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sion, Lamarck avait raison d’attribuer dans l’évolution une large part aux forces psycho-nerveuses. Ces forces jouent nécessairement un rôle considérable dans le développement des individus, et par conséquent dans celui de l’espèce. « La cellule germinative de Shakespeare, écrivais-je dans les Nerfs du Cœur, contenait déjà les éléments nerveux qui déterminèrent les prédispositions de son puissant cerveau de psychologue. » Les biologistes concentrent actuellement toute leur attention sur l'influence que la vie et le développement des cellules et surtout de leurs noyaux exercent sur la naissance et la vie de l’organisme entier. L’influence réciproque, celle que l’organisme entier exerce sur la vie et la croissance des cellules, est à peine prise en considération. Pourtant, celle-ci est décisive ; elle opère en grande partie directement par l’action du système nerveux, ou indirectement par la voie des organes de circulation et de sécrétion, et des échanges organiques. Lamark a eu l’intuition de pareilles influences, et c’est lui rendre justice que d’en relever la portée.
De la théorie de Darwin, ne survivrontque les nombreuses et admirables observations sur la vie des plantes et des animaux, qu’il avait si laborieusement accumulées. Son idée générale, l’évolution par la sélection naturelle, fut une grave erreur. La suppression même du mot 'évolution et son remplacement par le mot développement s’imposera tôt ou tard à tous les esprits non prévenus. 11 ressort en effet de toutes les recherches récentes, inspirées par les expériences de G. Mendel, qu'il ne peut plus être question d'une transformation continue des formes organiques. C'est par brusques sauts que les nouvelles variétés paraissent se former.
Le mot mutation, que les continuateurs de l’œuvre de Mendel, comme M. de Vries, cherchentà introduire dans la biologie à la place d’évolution, est trèsancien. SaintThomas d’Aquin l'a déjà fréquemment employé dans le sens qu’on lui attribue actuellement. K. E. von Baer recommandait les
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termes métamorphose ou transmutation . Pour les productionsexpérimentales, obtenues à l'aide de l’hybridation, le mot mutation convient parfaitement, mais il vaudrait mieux, en l’employant, éviter les généralisations métaphysiques, qui ont été si funestes aux sciences naturelles.
Des siècles d’innombrables expériences et d'observationssur les conditions de la vie des cellules et sur leur croissance, ainsi que sur les transmissions héréditaires et sur la nature des variations possibles à produire, passeront avant- qu’une histoire du développement des espèces puisse être entreprise dans une direction strictement scientifique.
| 7. — Les causes morphologiques
De tous les mystères de la nature, le développement de l'embryon est, sans contredit, le plus obscur, celui qui s’est le plus obstinément dérobé aux recherches des naturalistes. Dans le courant du xixe siècle, depuis les premiers travaux classiques de K. E. von Baer, un grand nombre de savants se sont consacrés aux études embryologiques. En étendant le champ d'investigation à presque tout le règne animal et en observant, surtout, la marche de la croissance chez les animaux inférieurs, ils nous ont, en même temps, donné de nombreuses indications sur les diverses phases du développement des organismes supérieurs. Actuellement, lalittérature embryologique est si vaste quelesspécialistes euxmêmes arrivent difficilement à se rendre maîtres de tous lesdocuments mis à leur disposition.
Mais ces documents sont surtout d’ordre purement descriptif, et c’est tout au plus s’ils peuvent fournir un point de départ à la tentative d’expliquer des phénomènes si scrupuleusement observés.
L’embryologiste prend la cellule germinative au moment: où elle se détache de l'organisme des parents, et la suit dans.
toutes les phases du développement qu’elle traverse, depuis la fécondation jusqu'àla reproduction complète de l’individu. A partir de la segmentation, toutes les modifications ultérieures de forme que subit l’œuf pendant son évolution sont étudiées, observées et décrites avec autant d’ampleur que de précision. Deux questions essentielles, concernant la reproduction de l'individu, intéressent le penseur : i° Quelles sont les forces, inhérentes à la cellule germinative, qui dirigent son développement et lui font parcourir fatalement tout le cycle des modifications régulières? 2° Comment cette cellule parvient-elle à transmettre, à travers des centaines de générations du règne végétal ou animal, les particularités caractéristiques de structure et de forme ?
Le premier problème concerne les lois du développement et de la croissance : le second se rapporte à cellesde la transmission héréditaire. Lorsqu'il étudie lesphénomènesembryologiques, le naturaliste est souvent forcé de confondre, de combiner ces deux problèmes, puisque, pendant ses recherches, la même observation peut également contribuer à la solution de l'un ou de l’autre. Mais le philosophe doit les distinguer rigoureusement. La solution du premier problème nous donnera vraisemblablement la clé du second. Lorsque nous connaîtrons les forces qui président au développement du fœtus et les lois en vertu desquelles s’opère sacroissance, nous serons, sans doute, en mesure d’expliquer aussi les causes de la transmission héréditaire. Mais, par contre, ces causes mêmes pourraient nous être connues jusque dans leurs moindresdétails, sans que la réponse à la première question en devînt plus facile.
Ayons le courage de l’avouer, nous n’avons pas, jusqu'à présent, avancé d’un seul pas vers la solution du premier problème, ni même fait une tentative sérieuse pour le résoudre. Quelques hypothèses qui, pour la plupart, ne méritent pas une analyse approfondie, voilà à quoi se
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réduisent tous les efforts scientifiques tentés dans cette voie, depuis Hippocrate et Aristote jusqu'à nos jours. Il y a bien des années que Haeckel, qui supporte avec peine tout aveu d'impuissance des sciences naturelles et qui nourrit la modeste ambition de résoudre, à lui seul, toutes les questions dont l’humanité s’est occupée pendant des milliers d’années, afin que la postérité puisse rester les bras croisés dans l’admiration contemplative de ses œuvres, Haeckel, disons-nous, avait enrichi sinon la science, du moins la littérature zoologique, de quelques théories du développement ondulatoire des particules vitales par la transmission de la force reproductive, etc., etc. Une seule théorie suffirait pour satisfaire notre curiosité, à condition qu’elle fût sérieuse ; mais ce luxe de mots ne sert, en réalité, qu’à masquer la pauvreté des doctrines darwiniennes.
Nous sommes plus heureux par rapport au problème de la transmission héréditaire. Essayons tout d’abord de le formuler avec netteté. Comment toutes les particularités d’un organisme supérieur, y compris les moindres détails de structure, comment toutes les capacités physiques et intellectuelles se transmettent-elles de génération en génération, parfois sans subir aucune modification durant toute une période géologique ? Cette question devient encore plus énigmatique lorsque nous voyons que, parmi des milliers de cellules organiques diverses, une seule sert à la transmission héréditaire, une seule possède la propriété de reproduire, dans un nouvel individu, toutes les particularités de structure de l’organisme dont elle s’est détachée. De quelle manière cette cellule unique reconstruit-elle, par sa division et sa multiplication perpétuelles, l’image exacte de cet organisme ?
Plusieurs solutions du problème ont été proposées ; nous n’en signalerons que celle qui, grâce au nom de son auteur bien plus qu’à sa valeur intrinsèque, a joui d’une certaine faveur : nous voulons parler de la pangenèse de Darwin.
D'après cette hypothèse, chaque cellule détache « de petits germes » qui sont toujours présents dans l’organisme, et qui peuvent s’accumuler dans la cellule destinée à la reproduction de l’espèce ; ces germes ont, en outre, la capacité permanente de nouvellescellules, destinées à reproduire de nouveaux organismes semblables à celui du générateur dans les points essentiels.
N’était le nom justement estimé de Darwin, la naïveté de cette hypothèse eût frappé dès le début. Elle est surtout inacceptable au point de vue morphologique. Lesingénieux efforts de Broocks pour la défendre sont également basés sur des hypothèses inadmissibles. Il y a plus; M. Galton, parent et admirateur ardent de Darwin, a prouvé, par des expériences irréfutables, que les « petits germes » darwiniens n’existent pas dans la réalité.
M. Weismann fut le premier à donner de la transmission héréditaire une explication, qui, dans ses traits généraux, peut encore être considérée comme assez vraisemblable. Malgré son audace apparente, cette théorie des plus simples ne repose que sur des observations et des données incontestables ; aussi a-t-elle d’abord facilement triomphé de la plupart des objections qu’elle avait soulevées. Pour l'adopter, nul besoin de recourir à de nouvelles hypothèses; enfin, elle éclaire d’un jour nouveau plusieurs problèmes fondamentaux des sciences naturelles. C’est la théorie de M. Weismann qui porta le coup le plus sensible aux doctrines évolutionnistes, en pleine vogue.
Voici le fond de cette théorie, que son auteur appelle «la théorie de la perpétuité du plasme germinatif ( Continiiitat des Keimplasmas) ». Étant donné que l’hypothèse de Darwin, considérant la cellule germinative comme un extrait de toutes les cellules de notre corps , est devenue insoutenable, il ne reste plus que deux manières d’expliquer physiologi-
1. Die Continuitat des Keimplasmas als Grundlage einer Theone der Vererbung . Professor A. Weismann. Iena. 1885.
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quement la transmission héréditaire : ou bien la substance de la cellule germinative possède la propriété de traverser tout le cycle des modifications qui aboutissent à la reproduction de V organisme individuel et ensuite à la reproduction de cellules germinatives identiques ; ou bien la cellule germinative fie provient nullement du eorps de V individu^ mais directement de la cellule oermi native ancestrale.
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Le professeur Weismann s’est prononcé en faveur de cette dernière supposition, qui constitue ainsi la base de sa théorie. Il admet que la substance germinative, douée de certaines propriétés chimiques et physiques, ayant une structure moléculaire déterminée, se transmet directement de génération en génération. La cellule germinative qui forme notre postérité contient donc des molécules de cette substance, lesquelles proviennent directement de la substance des cellules germinatives de nos ancêtres les plus reculés. Le professeur Weismann appelle cette substance le « plasme germinatif (das Keim plasma) ».
Conséquemment, ce plasme spécifique, contenu dans la cellule germinative, ne participe pas en totalité à la production du nouvel organisme : une partie de ce plasme constitue une sorte de réserve dans cet organisme même, et sert à former la cellule germinative de la génération subséquente.
Cette théorie a paru d’abord très audacieuse, et en même temps très simple. En réalité, l’idée qui en est la base ne parait hardie que parce qu’elle est neuve et que. notre esprit n’y est pas habitué. Mais elle présente un tel caractère de probalité que nous pourrions l'adopter sans faire la moindre violence à aucune vérité établie. Elle explique aussi la transmission héréditaire de la façon la plus simple, parce qu’elle la réduit à un phénomène de développement continu, qui est le phénomène le plus constant de la vie. Si le plasme générateur n’est, en réalité, qu’une partie du plasme qui se trouvait dans toutes les cellules germinatives des géné-
rations précédentes, il doit posséder les mêmes propriétés de reproduction, et, après avoir parcouru tous les degrés du développement, aboutir fatalement au même résultat final. Le plasme germinatif constituerait ainsi la partie im mortelle de notre organisme .
Où se trouve ce plasme?
Les brillantes recherches embryologiques, faites depuis par MM. Hertwig, Strassburger et Van Beneden, ne permettent pas de douter que la cellule germinative ne joue qu’un rôle secondaire dans la fécondation, celle-ci s’opérant, en réalité, par la copulation des deux noyaux contenus dans les cellules germinatives mâle et femelle. Cet accouplement a lieu, ainsi que M. Van Beneden Lavait observé chez L Ascaris megaloccphala , par la réunion du noyau du spermatozoïde avec le noyau de l’œuf, lesquels se confondent en un noyau unique, — le noyau segmentaire, celui qui se développe pour former un organisme entier. Ce fut ensuite Th. Boveri qui approfondit particulièrement le rôle du noyau. La cellule germinative qui le contient lui transmet simplement les substances nécessaires à sa nutrition. Est plasme germinatif uniquement celui qui est enfermé dans le noyau même ; le plasme cellulaire qui l’entoure ne sert que de substance nutritive. Cette conception de l’odioplasme (Nægeli) du noyau domine actuellement toute l’embryologie.
Etant donnés l’état actuel de la question et la grande importance de la transmission héréditaire, par rapport à la conception de l’origine du monde organique, on comprend aisément qu’à l’aide de la « perpétuité du plasme germinatif », nous expliquons sans peine la transmission héréditaire de toutes les particularités innées des parents. Mais cette théorie est difficilement conciliable avec la transmission des particularités acquises , hypothèse qui, précisément, est la base de toutes les doctrines évolutionnistes. En d’autres termes, la théorie de Weismann exclut cette possibilité de transmission sur laquelle repose le transformisme. Le fait
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est autant plus significatif que M. Weismann a été lui-même un des plus ardents propagateurs du darwinisme en Allemagne.
D’ailleurs, il ne s'est nullement dissimulé que sa thèse portait un rude coup à celle de Darwin sur l’origine des espèces. Dans un travail consacré spécialement à Y Hérédité, il cherche de son mieux à guérir la blessure qu’il a faite. « S’il n’existe aucune preuve sérieuse, dit-il, de la transmission héréditaire des particularités acquises, il n’est pas prouvé non plus que la théorie des transformations ne puisse être défendue qu’à l'aide de ce mode de transmission. » Et il tente l’impossible pour sauver cette théorie, mais, hélas ! force lui est de se borner à quelques suppositions vagues. Il n’est pas difficile de voir que l’auteur est très porté à défendre sa propre doctrine, mais qu'il désespère lui-même de sauver la théorie de l’évolution, une fois écarté le principe de la transmission des qualités acquises ; il est vrai que la première tâche est plus facile que la seconde. M. Weismann n’a pas de peine à prouver que, jusqu’à présent, « il n’existe pas une seule observation, pas un seul fait prouvant l’hérédité des particularités acquises ». Le célèbre physiologique Pflüger était du même avis : « J’ai étudié de près, dit-il, tous les faits cités en faveur de la transmission héréditaire des qualités acquises, c’est-à-dire des qualités qui ne dérivent pas de l’organisation primitive de l’œuf et du spermatozoïde, mais que l’organisme s’est appropriées plus tard sous l’influence des causes extérieures. Aucun de ces phénomènes ne prouve l'hérédité des qualités et des particularités acquises. » Du Bois-Reymond n’est pas moins catégorique à ce sujet : « Si nous voulions être sincères, nous devrions avouer que l’hérédité des particularités acquises a été uniquement inventée pour des faits qu'il s agissait d' expliquer , et qu’elle est elle-même une hypothèse obscure. »
En produisant les divers arguments qui infirment ce
mode d’hérédité, M. Weismann cite également les expériences de Nægeli sur les plantes, qui démontrent la non transmissibilité des particularités acquises. Il aurait pu signaler aussi un fait bien probant contre leur transmission héréditaire chez les hommes. Tout le monde sait, en effet, que, pour des motifs religieux, les peuples de l’Orient pratiquent, depuis un temps immémorial, la circoncision, et pourtant il n’y a pas eu jusqu’à présent, parmi eux, un seul nouveau-né dont la particularité innée ait rendu inutile cette opération. Il en est de même avec l'hymen : on n'a jamais encore constaté son absence congénitale . Pour défendre autant que possible la théorie darwinienne de 1’ « Origine des espèces », M. Weismann commence par sacrifier l'idée fondamentale de Lamarck, à savoir que l'organe se développe ou s’affaiblit selon qu’on l'exerce ou non ; la somme de toutes ces modifications graduelles, transmises par l’hérédité, devant provoquer la transformation des espèces. Il est, en effet, évident que l’idée de Lamarck est inconciliable avec la théorie de la perpétuité du plasme germinatif.
Le professeur Weismann, par contre, recourt à un autre argument, bien forcé il est vrai, afin de parer le coup que sa théorie porte au darwinisme : pendant la vie, les influences extérieures pourraient avoir une action de nature à modifier directement le plasme germinatif qui sert à la transmission des particularités héréditaires de l’individu, et ce sont ces modifications qui se transmettraient de génération en génération. Cela n'est pas impossible et nous expliquerait parfaitement la transmission de certaines maladies constitutionnelles. Mais les modifications des organes, provoquées par des causes qui n’agissent pas sur le plasme germinatif (et le transformisme se fonde justement sur la possibilité de semblables modifications), comment les expliquer à l’aide de cette théorie, sans faire intervenir la transmission héréditaire des qualités acquises?
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Tout transformiste sincère reconnaîtra que la difficulté est insurmontable.
De ces deux questions capitales : quelles sont les forces qui transforment le germe en un organisme humain, et comment les particularités individuelles se transmettent-elles de génération en génération, — seule la seconde vient de recevoir un commencement de réponse scientifique satisfaisante.
Nous trouvons inutile de suivre M. Weismann dans ses nombreuses tentatives de modifier ou de compléter sa théorie, qui n’ont fait que l’obscurcir. Ce qui importe ici, c'est de constater que l'ancienne croyance dans la transmission héréditaire des propriétés acquises est définitivement détruite. La simple proclamation de la toute-puissance de la sélection naturelle, à laquelle M. Weismann a recours, ne suffit pas pour ressusciter le darwinisme. 11 a été montré plus haut qu’admettre la sélection naturelle sans le principe de finalité, c’est-à-dire sans la préexistence dans l’organisme primitif des éléments qui déterminent toutes ses transformations successives en formes organiques supérieures, équivaut à déclarer que l’évolution transformiste ne repose que sur le hasard.
L’éminent biologiste Oscar Hertwig qui, dans ses recherches d’embryologie et d’anatomie, se rattache aux belles conceptions de la nature de K. E. von Baer, caractérise justement l’ultradarwinisme de M. Weismann en ces termes : « La variabilité des cellules germinatives qui s’accomplit au hasard et sans direction, grâce à des causes inconnues et qui échappent à l’investigation directe, devient pour Weismann la source qu’offre la sélection naturelle pour la formation des espèces1. » En effet, M. Weismann fait lui-même cet aveu : « La survivance des plus aptes est certaine, mais nous ignorons dans chaque
i. Oscar Hertwig. Die Entwickelung der Biologie im i r/en J ahr h undert, p. 38, 2° édition. Iéna, 1908.
cas spécial ce qui est plus apte, et combien de fois dans chaque génération cela survit ou doit survivre pour aboutir à la victoire. Nous ne pouvons donc pas fournir la preuve qu'une adaptation donnée soit provoquée par la sélection naturelle. »
Les affirmations en l'air, même publiées sous un titre retentissant1, ne sauraient remplacer l’absence complète de preuves. Le hasard, élevé au rang d'unique facteur de l'évolution transformiste du monde organique, exclut de l'univers non seulement le principe de la finalité, si évident dans toutes les transformations de l’embryon, mais aussi celui de la causalité, uniquement saisissable dans ses effets. C'est bien la conception la plus absurdement surnaturelle qui ait été émise depuis Empédocle.
« Pour pouvoir acquérir une valeur scientifique, écrivait von Baer en 1866, dans une de ses admirables études sur la finalité, l’hypothèse de Darwin devra se soumettre aux principes de la finalité ; si elle n’y parvient pas, elle sera certainement abandonnée. Cette prédiction s'est réalisée entièrement plutôt qu'on ne pouvait l’attendre. Ernest Haeckel, lui, prévoyait bién aussi ce danger capital qui menaçait la théorie de Darwin ; il chercha à l'écarter en essayant de remplacer la finalité parles inéluctables nécessités mécaniques. « Bien d’autres finalistes avaient déÿà relevé cette objection capitale contre le darwinisme, écrivait-il dans sa Morphologie générale ; selon nous, cette objection tombe d’elle-même et toute la téléologie avec elle. Il n’existe dans la nature ni hasard, ni fin ou but, et encore moins un soi-disant libre arbitre. Bien au contraire, tout effet est provoqué nécessairement par les causes précédentes et toute cause doit forcément être suivie par certains effets. Nous mettons donc à la place du hasard, de la fin et de la volonté libre, la nécessité absolue et forcée. >>