‹ Dieu et science; essais de psychologie des sciences. Avec deux planches hors textes et le port. de l'auteurChapitre 49 sur 125 · Fur Darwin, p. 77. Leipzig · texte numérisé non relu

Fur Darwin, p. 77. Leipzig

De Cyon. 25

ÉVOLUTION ET TRANSFORMISME

Au fond, cette réserve n’a pour but que d’expliquer pourquoi il est actuellement impossible de vérifier la conjecture suivant laquelle l'ontogénie serait seulement la répétition de la phylogénie. C'est donc l’aveu que la loi biogénétique, même présentée sous forme de simple hypothèse, manque totalement de preuves.

Haeckel s’est approprié à la fois la supposition de Fritz Millier et la réserve qui l’accompagne : de la première, il a fait laloi fondamentale de la formation du monde organique, et, de la seconde, une exception très importante, qui fournit la meilleure confirmation de cette loi. Pour tout naturaliste de sens rassis, dès qu’on est forcé d'admettre que la nature falsifie constamment ses lois, c'est déjà la preuve que ces prétendues lois n’existent pas. Et les dites falsifications se rencontrent, en effet, dans le système de Haeckel, non pas une fois ou deux, mais presque à chaque page de son Anthropogénie et à propos des processus les plus importants dans le développement du germe. « Tous ces phénomènes et bien d’autres, observe l’auteur, doivent être considérés comme des contrefaçons. »Si l'on compte toutes les« contrefaçons » semblables qui se trouvent indiquées dans son livre, on verra que les trois quarts des formes de développement du germe sont des falsifications, en d'autres termes, contredisent formellement la fameuse loi biogénétique.

Citons un exemple. Après avoir décrit la segmentation de l'œuf chez certains animaux et expliqué, vaille que vaille, la prétendue similitude du phénomène dansdiverses espèces, Haeckel conclut (p. 163) que le mode de segmentation désigné est la forme palingénétique de ce processus. Mais il ajoute : « Che{ la plupart des animaux pourtant la chose ne se passe pas ainsi. Au cours de plusieurs millions d’années, la marche primitive de l'évolution s’est peu à peu modifiée et a subi des transformations par l’adaptation aux nouvelles conditions du développement. De même que la segmentation de l’œuf, la formation de la gastrula (gastrulation) a pris.

LA LUTTE DE LA SCIENCE

par suite de cela, un aspect tout autre. Ces différences , avec le temps, sont devenues si considérables que, chez la plupart des animaux, la segmentation a été inexactement interprétée, et que la gastrula n'a pas été reconnue. »

« Dès qu’un phénomène quelconque ne cadre pas avec les tracés préconçus, dit très justement Karl Vogt1, on l’accuse d'être falsifié et passe outre. C’est ainsi que le développement ontogénique de l'homme, des mammifères en général, enfin de tous les animaux qui ne veulent pas se plier à la théorie de la gastrula, ou qui s’obstinent à user de l’orifice primitif de l’invagination intestinale comme d’anus, au lieu d’en faire la bouche, ne peut être que falsifié, dévié de sa direction normale par une cause inconnue. C’est très commode, mais ce n’est pas plus clair pour cela. »

Haeckel lui-même sent très bien que sa méthode d'argumentation n’a rien de commun avec la science. Plus d'une fois, lorsqu’il expose des résultats par trop fantaisistes, il croit nécessaire de prévenir le lecteur que ses preuves n’ont pas un caractère scientifique. Il s'empresse d’ajouter, d'ailleurs, que dans l'anthropologie et l’embryologie une trop grande exactitude est non seulement impossible, mais même superflue.

Le fait est que les sciences sur lesquelles \' Anthropogénie est fondée, telles que la paléontologie, la géologie, l’embryologie et l'anatomie comparée, n'ont pas atteint, à beaucoup près, un développement identique ; elles diffèrent profondément les unes des autres, aussi bien par les méthodes de recherches que par le degré d’exactitude où elles peuvent prétendre. L’erreur capitale de Haeckel, dans la construction de son système, tient précisément à ce qu’il n’a pas compris la valeur relative des conclusions puisées dans des sciences aussi différentes.

La paléontologie, qui étudie spécialement les plantes et

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