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Les italiques sont de moi

TEMPS ET ESPACE

« Les méta-mathématiciens qui voudront bien étudier sérieusement les bases sur lesquelles a été édifiée ma solution du problème de l'espace, y trouveront, avec des points de départ solides, des déductions fertiles en conclusions d'une grande portée pour la géométrie ». Je comprends très bien que la démonstration de l'origine sensorielle de nos concepts d'un espace à trois dimensions porte un coup irréparable aux adeptes de la géométrie non euclidienne, à 4 ou à n dimensions. Mais la physiologie ne saurait renoncer aux faits incontestables, dont l'exactitude a été démontrée par plus d'un siècle de recherches expérimentales, et cela uniquement pour le plaisir de reconnaître l’équivalence d'une géométrie purement imaginaire avec l'indestructible géométrie euclidienne. J’aurai donc le regret de revenir encore sur certains jugements préconçus, d'ordre purement métaphysique, que, dans ses ouvrages de vulgarisation, M. Poincaré ne craint pas d’opposer souvent aux théories, aux hypothèses, et même aux données les plus positives de la physiologie et d'autres sciences exactes. Adepte du relativisme Kantien dans les sciences, et sous sa forme la plus absurde, celle de M. Le Roy, M . Poincaré s’est condamné volontairement à voir toujours faux, aussi bien en sciences qu’en philosophie.

§2. — Le sens de l'espace et les sensations de

DIRECTION, LES SOI-DISANT SENSATIONS D’iNNER-

vation. Les positions des yeux et leur dépendance DES CANAUX SEMI-CIRCULAIRES.

Les trois propositions les plus importantes de ma théorie sur les fonctions du labyrinthe de l’oreille, telles qu’elles ont été définitivement établies à la suite de mes recherches poursuivies pendant près de quarante ans, sont les suivantes : i° Les sensations produites par l'excitation des canaux

semi-circulaires sont des sensations de direction. Elles ne parviennent à la conscience que lorsqu'on concentre l'attention. sur elles. C'est sur la base des perceptions des trois directions cardinales que se forme notre représentation de l’espace à trois dimensions. Nous obtenons ainsi directement l’intuition d’un système de trois coordonnées perpendiculaires les unes aux autres, système sur lequel nous projetons les sensations qui nous parviennent du monde extérieur par l’intermédiaire de nos autres organes sensoriels. L’image rétinienne négative se transforme en même temps en une image positive. Notre conscience correspond au point O de ce système de coordonnées rectangulaire. Les animaux qui n'ont que deux paires de canaux (par exemple le pétromyzon fluviatilis) ne reçoivent que des sensations de deux directions et ne peuvent par conséquent s’orienter que dans ces deux directions (chap. iv, § i) L Les animaux n’ayant qu'une paire de canaux (certaines souris dansantes japonaises et les myxines) n’ont que des sensations d’une seule direction et ne peuvent s’orienter que dans celle-ci (chap. iv, §§ 2-3).

2° L’orientation proprement dite dans les trois plans de l’espace, c’est-à-dire le choix des directions dans lesquelles doivent s'accomplir les mouvements, ainsi que la coordination des centres nerveux nécessaires pour s’engager et se maintenir dans ces directions, reposent presque exclusivement sur le fonctionnement des canaux semi-circulaires. Chez les invertébrés, le fonctionnement seul des otocystes suffit pour l’orientation du corps dans l’espace environnant (Yves Delage, Victor Hensen).

3° La régulation et la gradation requises des innervations, selon les besoins de l'orientation, leur intensité, leur durée et leur succession, aussi bien dans les centres nerveux qui assurent l’équilibre que dans ceux qui président à d’autres mouvements rationnels, sont assurées principalement par

i. Ces citations se rapportent à mon ouvrage Dus Ohrlabynnth , et à l'Oreille organe d'orientation, etc.

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l’intermédiaire du labyrinthe de l'oreille. A défaut du labyrinthe, cette régulation peut être assurée, quoique d’une façon moins parfaite, par les autres organes des sens (l’œil les organes du tact, etc.)

Ces trois propositions ne font que reproduire les résultats concrets des nombreuses expériences et observations. Leur utilisation pour déterminer l’origine de nos représentations de l’espace sera expliquée plus bas, après que nous aurons précisé davantage les problèmes à résoudre, en exposant l’attitude actuelle des philosophes det es mathématiciens par rapport au problème de l’espace. Ici je n’examinerai de plus près que la première de ces trois propositions, celle qui concerne les sensations de direction, auxquelles revient le principal rôle dans le problème de l’espace.

De même que pour les sensations de tous nos organes sensoriels extérieurs, nous projetons au dehors les causes des sensations qui nous viennent des nerfs ampullaires. Nous reconnaissons, grâce aux sensations de direction du son, les trois directions de l’espace et les trois étendues des corps solides : la profondeur, la hauteur et la largeur. Lorsque nous décomposons en deux chaque sensation de direction, par exemple la direction verticale en haut et en bas, nous ne faisons que rapporter ainsi à notre moi conscient la désignation de la direction correspondante de l’espace extérieur. Notre conscience correspond, dans ce cas, au point O du système de coordonnées rectangulaire. C’est en ce point O que les directions fondamentales , haut-bas, avant-arrière, droite-gauche changent de signe. J’ai désigné le haut, le droit et l’avant comme les directions verticale, transversale et sagittale positive ; le bas, le gauche et l’arrière comme les négatives. Lorsqu’on parle des sens d’une direction, on a seulement en vue le signe d’une des trois sensations spécifiques de direction.

Une des lois les plus importantes, déduite de mes nombreuses recherches sur les erreurs de perception des sensa-

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tions de direction, veut que toutes les erreurs de ce genre portent seulement sur le sens de la direction, c’est-à-dire sur le signe en question. Ainsi par exemple, lorsque nous voyageons en chemin de fer, nous nous trompons uniquement sur ce point: sommes-nous emportés en avant ou en arrière ? Mais nous ne confondons jamais la direction sagittale avec la direction transversale. Dans une ascension en ballon, nous pouvons confondre la sensation de l’ascension avec celle de la descente, mais jamais avec celle du mouvement latéral. De même, lorsque nous plongeons dans l’eau en fermant lesyeux et en nous bouchant les oreilles, ce qui produit la confusion la plus complète entre les sensations de direction, nous ne nous trompons que sur le sens des directions1.

L’origine de nos sensations de direction a été attribuée jusqu’ici au sens de la vue ou aux soi-disant sensations musculares. Nous reviendrons plus bas sur le rôle du sens de la vue. Occupons-nous d’abord des sensations de mouvement, auxquelles les non physiologistes surtout attachent une si grande importance. En fait d’actions régulières des nerfs musculaires centripètes, le physiologiste ne connaît, à proprement parler, que les modifications réflexes qui surviennent dans les battements du cœur et dans la pression sanguine, par l’intermédiaire des nerfs du cœur et des nerfs vasculaires. Ces actions sont surtout destinées à régler

1. Même les enfants du plus bas âge se rendent compte des directions et ne se trompent que sur leur sens. Ils savent très bien distinguer le côté gauche du côté droit, et ne se trompent le plus souvent que lorsqu'il s’agit de désigner l’un ou l’autre sens. Les enfants intelligents choisissent souvent un point de repère quelconque à droite pour reconnaître le côté droit ; pour d’autres, on fait des marques artificielles, en leur nouant, par exemple, autour du bras droit un ruban de couleur. Mon fils fut traité, à l’âge de sept mois, parl’auriste Lœwenberg, pour une obstruction d’oreille; deux ans après, on consulta de nouveau pour son oreille le même docteur. « Je me rappelle avoir déjà soigné son oreille droite », dit-il. Et le petit de le reprendre aussitôt : « Pas la droite, l’autre; » et il montrait 1 oreille gauche. Et en effet, c’est son oreille gauche qui fut obstruée lorsqu il avait sept mois.

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la masse sanguine, dont la substance musculaire a besoin aux différentes phases de son activité et de son repos. De temps à autre, nous recevons de nos muscles une sensation de fatigue, de tension ou de contracture, surtout après leur surmenage et lorsque de grands obstacles s'opposent à leurs contractions. Quant à la douleur musculaire, en tant que phénomène pathologique, nous n’-avons pas à en tenir compte ici.

Il est maintenant établi que toutes les excitations des nerfs musculaires centripètes, qui se produisent au cours des contractions musculaires, parviennent par les racines postérieures aux centres cérébraux et médullaires pour s’y accumuler, en tant que forces d'excitation, et contribuer à maintenir le tonus musculaire (voir plus bas, chap. ni, § 2).

Quant à des sensations de contraction musculaire, proprement dite, qu’on désigne sous le nom de sensations musculaires, il est bien établi que nous n’en recevons aucune. Aussi les physiologistes compétents n’essaient-ils plus d’invoquer ces sensations problématiques pour expliquer les images rétiniennes, donnant des perceptions d'espace. Les hypothèses que des philosophes empiriques, tels que Bain, par exemple, ont édifiées à l’aide de ces sensations de mouvement, ne peuvent être considérées comme décisives par le physiologiste, ne serait-ce que pour cette raison que les phénomènes de vision, provoqués à l'aide d’étincelles électriques, prouvent que des perceptions d'espace peuvent avoir lieu lors mêms que les yeux restent immobiles. Déjà E. H. Weber avait réfuté la théorie de Bain, en citant ce fait, que nous percevons l'étendue et la figure en dehors de tout mouvement proprement dit, ayant la main au repos complet, si toutefois nous nous sommes préalablement rendu compte de leur position relative à l'aide des différents nerfs du toucher, ce que l’on peut faire promenant l’objet choisi sur la main. « Originairement , écrivait Weber, nous ne savons rien non plus des mouvements de nos mem-

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bres , que nous provoquons par un effort de notre volonté. Ce n'est pas grâce à un pouvoir de sensation inhérent à nos muscles que nous percevons les mouvements de ces derniers; nous n’avons connaissance de ces mouvements qu’à la condition qu'ils puissent être perçus par d’autres sens. Lorsqu'un muscle accomplit des mouvements, sans produire de modifications susceptibles d’être constatées par la vue, par l'ouïe, ou par le toucher, nous n’avons nullement conscience de ses mouvements, comme il a été dit plus haut, grâce à un pouvoir de sensation qui lui serait propre. On en a une preuve très nette dans les mouvements du diaphragme. Nous sentons les tensions de la peau de l’abdomen ; mais, ni dans le diaphragme même, ni dans les organes comprimés, nous ne sentons la pression que ses contractions exercent sur le foie et sur les organes voisins. » ( Sur le sens de l'espace L)

Comment la sensation isolée d’un muscle en contraction pourrait-elle d’ailleurs produire la perception d’une direction, et à plus forte raison celle d’une étendue? Ceci n’est pas moins impossible qu’une perception de rouge résultant de la sensation d'amertume. Un empiriste convaincu comme Wundt s’est vu obligé de renoncer à la possibilité d'utiliser les sensations musculaires de l’œil à titre de signes locaux. Cette question est discutée plus au long dans mon ouvrage ( Das Olirlabyrinth ), où il est prouvé, entre autres, que la connaissance de la direction doit précéder le mouvement et que, par conséquent, ce dernier ne peut fournir aucun renseignement préalable sur la direction.

Pour conserver aux contractions musculaires le rôle désiré, * on eut alors recours aux soi-disant sensations d' innervation. Ce ne serait pas la contraction elle-même, mais l’innervation des muscles qui parviendrait à notre conscience. Si séduisante que puisse paraître cette hypothèse, elle ne résiste pas à un

i. Comptes rendus de l’Acad. des Sciences de Saxe, 1832, p. 123.

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examen quelque peu attentif. En ce qui concerne d'abord les innervations des muscles de la tête, du tronc, et des extrémités, les sensations d'innervation dont il s'agit, à supposer meme qu'elles existent, ne peuvent nous être d’aucune utilité pour la détermination des directions, et cela pour la raison suivante : lors de chaque mouvement, même le plus simple, il se produit des contractions non seulement des muscles appelés à réaliser directement le mouvement désiré, mais encoied’un grand nombre d’autres muscles, dont les uns, antagonistes des premiers, sont chargés de veiller à ce que le mouvement ne dépasse pas le but, tandis que d’autres, qui sont des muscles auxiliaires, sont destinés à fixer les extrémités ou le tronc, etc. Deux mouvements poursuivant des buts différents et orientés dans des directions différentes peuvent être produits par V innervation des mêmes muscles. Dans ces conditions, comment supposer que des sensations d'innervation quelconques puissent nous renseigner sur le but et sur la direction d’un mouvement ? En ce qui concerne les muscles de l’œil, nous nous heurtons à la même difficulté d'utiliser les sensations d’innervation pour distinguer les directions; c'est que, dans les changements de position des yeux, les muscles antagonistesjouent également un rôle indispensable, soit en facilitant, soit en empêchant leurs mouvements.

Dans son discours de 1879, Helmholtz lui même ne manifeste plus grande confiance à l’égard des sensations d’innervation. « L’impulsion de mouvement qui résulte de l’innervation de nos nerfs moteurs est quelque chose d' immédiatement

perceptible. Nous sentons que nous faisons quelque chose

lorsque nous communiquons une pareille impulsion Mais nous ne savons pas d'une façon immédiate ce que nous faisons. C'est seulement la physiologie qui nous apprend que nous mettons les nerfs moteurs dans un état d’excitation ou que nous les innervons, que leur excitation se propage dans les muscles, ce qui produit la contraction

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de ceux-ci et le mouvement des membres. » Les passages que nous avons soulignés laissent facilement reconnaître les contradictions et l’incertitude des arguments. Ce que nous « ne savons pas d'une façon immédiate » ne peut être « immédiatement perceptible », et, quoique la physiologie nous apprenne que des innervations se produisent, celles-ci ne parviennent quand même pas à être perçues par nous1.

Mais il y a plus : un fait incontestable, reconnu aujourd'hui par tous les physiologistes, c’est que les canaux semicirculaires servent à régler et à mesurer la durée et l'intensité des innervations, aussi bien dans les mouvements volontaires que dans les mouvements réflexes {Ohrlabyrinth, ch. m, § 7-8). En d’autres termes : ils gouvernent complètement les innervations. Comment les soi-disant sensations d’innervation pourraient-elles servir de leur côté à la perception des sensations de direction et d’espace? Un seul et même phénomène ne peut être à la fois effet et cause de cet effet !

E. Hering est le premier physiologiste qui ait cherché à éviter la supposition d’un mécanisme aussi invraisemblable, et cela en attribuant aux terminaisons nerveuses de la rétine la propriété de percevoir directement la largeur, la hauteur et la profondeur. Hering a posé ainsi le problème de l’espace sur le seul terrain admissible par le naturaliste : sans l'existence d' appareils sensoriels spéciaux servant à reconnaître les trois directions de l'espace , aucune solution satisfaisante du problème de l'espace n'est eu effet possible.

Les différentes objections formulées par les partisans du point de vue empirique et du point de vue nativiste contre les hypothèses de Hering et de Helmholtz sont connues et n’ont pas besoin d'être discutées ici. Ces objections étaient assez sérieuses pour qu’il ne fût pas possible de se prononcer

1. Dans la dernière édition de ce discours : Die Thatsachen der Wahrnehmungen, Helmholtz renonce explicitement à son opinion première.

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entre les deux hypothèses. Celle de Hering présentait l’avantage d'une simplicité plus grande. Elle ne semblait pas avoir besoin d’hypothèses auxiliaires ultérieures, de nature purement spéculative et, tout en bornant ses expériences à l'espace visuel, elle n'en pouvait pas moins les utiliser beaucoup plus aisément pour la détermination de l'espace réel. Malgré sa vraisemblance plus grande, elle trouva peu de partisans, à cause du manque de preuves directes. Dans son étude, Zwr Tlieorie der ràumlichen Gcsichtswahrnclimungcn, Wundt soumit à une critique serrée les théories de Hering et de Helmholtz et chercha à démontrer leur insuffisance au point de vue purement psychologique. Pour pouvoir expliquer les perceptions d’espace de la rétine, l'une et l'autre de ces hypothèses sont obligées d'avoir recours à des hypothèses auxiliaires, purement philosophiques, qui, ou bien sont tout à fait invraisemblables en soi (dans le cas de Hering), ou s’appuient sur des concepts purement j priori (tel est le cas de Helmholtz qui attribue au principe de causalité une origine a priori). Autant alors conserver la théorie a priori pure et simple. C’est donc encore avec raison que Wundt n’admet pas le rôle des sensations d’innervation.

Malheureusement, l'hypothèse empirique de Wundt, qui repose sur des signes locaux complexes, ne se trouve pas dans une meilleure posture. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner de plus près les objections que Wundt formule contre sa propre théorie. Pour échappera l'alternative des deux théories adverses, c'est-à-dire de celle qui considère les perceptions visuelles de l’espace comme innées et de celle qui les fait dériver de l'expérience, Wundt recourt à une troisième possibilité, notamment à celle « d'un développement de nos perceptions qui précéderait l'expérience proprement dite ». Il qualifie sa théorie de génétique , ou plus justement de « théorie des signes locaux complexes ». Les avantages que présenterait cette hypothèse sur les hypo-

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thèses empiriques antérieures sont plus que problématiques, parce que Wundt, lui non plus, n’a pu introduire de nouveaux éléments quelconques, soit dans les perceptions , soit dans V expérience . 11 oppose lui-même à son hypothèse la plus grave des objections qui aient ruiné les hypothèses empiriques antérieures : « Y a-t-il un moyen de rendre intelligible le fait qu’une combinaison de divers éléments de sensation donne naissance à une représentation qui ne se trouve dans aucun de ces éléments, tant qu'il reste isolé ? » Wundt n'a pas réussi à réfuter cette objection.

« Il ne s’agit pas d'ailleurs, continue-t-il, de faire dériver l'espace de rien , mais uniquement de savoir si l’action combinée de sensations intérieures de tact, fournies par l’œil, et de signes locaux de la rétine renferme les causes d’un ordre extensif, causes qui n'apparaissent dans aucun de ces éléments pris à part. » Dans les précédents chapitres de son étude, Wundt lui-même a prouvé jusqu’à l’évidence que c’était impossible, lorsqu’il opposait la même objection à la théorie de Helmholtz et, en général, à toutes les théories empiriques. Lotze, dans son dernier ouvrage 1 dont nous avons cité ailleurs de nombreux passages (voir Ohrlabyrinth ), avait déjà, d’une façon beaucoup plus nette et à peu près irréfutable, formulé la même critique sur les théories empiriques, et Wundt reconnaît lui-même l'importance décisive de l’ouvrage de Lotze. Le seul reproche qu’il adresse à cet écrit publié en français, celui d'être rempli de fautes d’impression, ne peut être pris au sérieux et n'est d’ailleurs pas justifié.

Seule la perception des trois directions à l aide des sensations spécifiques fournies par les nerfs ampullaires, perception dont V existence a été prouvée par de longues recherches expérimentales , peut fournir aux théories empiriques de la vision binoculaire la source du concept de trois éten-

i. Sur la formation de la notion de l’espace. Revue philosophique , 1877, n° 10.

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dues, qui leur manque. Si, à l’époque où il écrivait l'étude dont nous venons de parler, Wundt avait été plus au courant de mes recherches, il lui aurait suffi, pour pouvoir développer sa théorie sur une base inébranlable, d’y introduire la perception des trois directions à l’aide d’un organe sensoriel spécial, le labyrinthe de l'oreille.

Ni l'hypothèse de Hering, ni celles de Helmholtz et de Wundt ne peuvent rien contre ce fait bien établi que les a veugles-ncs possèdent des représentations exactes de direction et d’espace. C'est ainsi que l'aveugle-né Saunderson a pu écrire une géométrie, étudier l’optique et les mathématiques pures. L'exemple d'Euler qui, devenu aveugle, établissait les lois de la dioptrique et enseignait le polissage des objectifs est aussi probant. C'est à peine si l'on peut prendre au sérieux la supposition que les sensations fournies par les organes du tact remplaceraient chez les aveugles-nés celles de l’organe de la vue. L’œil nous renseigne sur la position et les mou vements des objets extérieurs dans le grand espace visuel; tandis que les organes du tact ne nous renseignent que sur les objets avec lesquels nous nous trouvons en contact immédiat dans l'étroit espace tactile. Ce que E.-H. Weber désignait sous le nom de sens spatial de la peau n’était le plus souvent que le sens du lieu ( Ortssinn ).

Comme l’a montré Donders, les aveugles-nés accomplissent des mouvements oculaires tout à fait réguliers. Ceci est déjà de nature à nous faire supposer que ces mouvements n'ont pas besoin, pour se produire, de nos sensations visuelles. A quel point les concepts de direction devraientils être confus chez l'aveugle-né, si les sensations de direction étaient liées aux « innervations » de ses muscles oculaires ! L’origine de ces concepts doit donc nécessairement être cherchée ailleurs que dans les organes de la vue et du tact : ce point était déjà acquis avant mes recherches sur le labyrinthe de l’oreille (voir aussi le cas d’un aveugle-né, raconté par Delbœuf, dans Ohrlabyrinth , ch. ni, § 2).

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Pour beaucoup de raisons d'ailleurs, l'œil est moins apte que le labyrinthe à servir d’organe aux sensations de direction et d’espace.

i° La structure anatomique et la position de l’appareil des canaux semi-circulaires, ainsi que la distribution des terminaisons nerveuses dans les ampoules et les otocystes selon trois plans perpendiculaires les uns aux autres, sont tout particulièrement appropriées, comme nous l’avons déjà montré à plusieurs reprises, pour remplir le rôle d’organe du sens de l'espace.

2° Le nerf dit auditif se compose de deux branches nerveuses, entièrement distinctes quant à leur origine, à leur structure et à leurs ramifications centrales : le nerf vestibulaire, auquel j’ai donné le nom de nerf de l'espace, et le nerf cochléaire, qui est le nerf auditif proprement dit. Même au point de vue de l'embryologie comparée, il existe entre ces deux nerfs une différence frappante. Tandis que, chez les animaux inférieurs, c'est le labyrinthe de l'oreille qui apparaît généralement le premier, il en serait autrement de l’homme chez lequel, d’après Flechsig, les ramifications central du nerf purement auditif n’apparaîtraient que plus tard, et même après la naissance.

Comme l’ont montré les recherches faites par Eichler dans le laboratoire de Ludwig, et restées malheureusement inachevées, la circulation sanguine ne s’accomplit pas de la même façon dans les canaux semi-circulaires et dans le limaçon. A ces différences sont probablement liées les oscillations pulsatoires de l’endolymphe et de la périlymphe, que j'ai décrites pour la première fois en 1878. Le labyrinthe de l’oreille possède donc deux organes sensoriels indépendants et morphologiquement distincts, dont l’un est destiné cà recevoir les sensations de la hauteur des sons, et l'autre les sensations de direction des sons dans l'espace.

30 L’aptitude de la rétine à recevoir des sensations du monde extérieur est bornée, en ce qui concerne l'espace, au

De Cyon.

champ visuel situé devant elle, tandis que l'organe de l'ouïe est capable, grâce à la conductibilité osseuse du crâne, de recevoir, simultanément et sans changement de position , des excitations venant de toutes les directions de l'espace. Pour que les objets extérieurs situés dans des directions différentes puissent impressionner les points sensibles de la rétine, il est, au contraire, indispensable que les positions des yeux, et éventuellement celles de la tête et du corps entier subissent des changements. Sous ce rapport, l'avantage de l'espace auditif sur l'espace visuel est tout à fait frappant.

4° Enfin, le mode de fonctionnement de l’organe visuel, comme d’ailleurs de la plupart des autres sens connus, présente une particularité qui ne se rencontre pas dans l’organe de l'ouïe. Lors des excitations de la rétine, de la peau ou de la langue, on perçoit en même temps et la qualité de l'excitation et la position du corps excitant. Grâce à l'aptitude particulière (mentionnée au numéro 30) de l'oreille à percevoir simultanément des excitations provenant de toutes les directions de l'espace, la position du corps excitant, ou plus exactement la direction dans laquelle il est situé doit nécessairement être perçue indépendamment de la qualité de l’excitation. Nous percevons le son immédiatement; quant à l’endroit où il a été produit, nous n'en reconnaissons tout d’abord que la direction1 2. Ce n'est qu après avoir précisé plus exactement cette direction que nous pouvons déterminer la cause de V excitation et son siège précis , et cela avec V aide des autres organes des sens et du sens visuel au premier rang-.

Le processus physiologique qui s’accomplit alors est à peu

près le suivant : nous orientons notre regard dans la direction

d’où nous vient la perception, afin de reconnaître le siège

1 . L'organe de l’odorat présente sous ce rapport une analogie avec l'organe de l'ouïe; ce qui explique peut-être son aptitude à servir en même temps, chez les animaux inférieurs, de moyen d'orientation (voir Ohrlabyrinth, ch. iv, § 8) .

2. Sur les avantages du labyrinthe de Toreille par rapport à l'œil, en tant qu'appareil de mesure et de calcul voir plus bas, ch. n, § 5.

et la nature de l'excitation, c'est-à-dire de l'objet ayant produit le son ou le bruit ; V excitation des terminaisons nerveuses des ampoules provoque à cet effet des mouvements des globes oculaires, et éventuellement aussi de la tête et du tronc.

Cette nécessité où se trouve le labyrinthe de l'oreille de mettre en activité les muscles de ces organes fournit la raison génétique du fait que les centres nerveux de ces appareils moteurs sont dominés par les nerfs amp u liai res.

Depuis que ce fait a ét.é établi et décrit en 1878, il occupe la première place dans la plupart des observations sur l'appareil des canaux semi-circulaires. Mais peu d’expérimentateurs ont assumé la tâche difficile de reproduire et de compléter mes expériences, afin d'arriver à une interprétation plus exacte de cette dépendance des mouvements oculaires à l’égard des canaux semi-circulaires respectifs. On préféra accepter de confiance les résultats de mes recherches et les publier comme une découverte nouvelle, tout en taisant leur origine. Mon interprétation fut déguisée par des désignations dépourvues de sens, telles que tonus labyrinthique , ce qui ne pouvait qu’amener une confusion des concepts.

Pour aboutir à une interprétation exacte de la dépendance en question, il n’y a qu'un seul moyen, celui qui consiste à chercher le but essentiel des phénomènes. La conformité absolue de tous les phénomènes de la nature à des lois immuables est déterminée par leur finalité. La téléologie, si injustement abandonnée, sera toujours pour notre esprit un levier puissant lorsqu’il s’agit d’arriver à l’entendement des phénomènes naturels complexes.

Quel peut être le but d'une organisation, en vertu de laquelle toute excitation artificielle d’une paire de canaux semi-circulaires provoque des mouvements réguliers des globes oculaires, de la tête ou du tronc, dans le plan même où est situé ce canal? Chez différents animaux, on voit prédominer les mouvements tantôt de l’une, tantôt de l'autre de ces parties du corps. Mais, ainsi que je l'ai montré, on peut

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forcer tout animal, en rendant impossibles les mouvements de son corps et de sa tète, à n'exécuter, lors des excitations susdites, que des mouvements oculaires. Le déplacement du rayon visuel constitue donc le premier but de tous ces mouvements ayant leur origine dans les canaux semi-circulaires. Il en résulte que la direction du rayon visuel dépend régulièrement de la qualité de la sensation de direction provoquée par l'excitation des nerfs ampullaires affectés. C'est là seulement que réside l'entière signification de la dépendance de l’appareil oculo-moteur par rapport au labyrinthe de l’oreille1.

Pour les animaux, comme pour l'homme primitif, il est d’une nécessité impérieuse de reconnaître la cause d’un bruit, ainsi que la distance de l'objet produisant ce bruit, et cela en vue de la défense aussi bien que de l’attaque. Dès qu’ils en ont reconnu la direction, ils cherchent, avec l'aide de l'organe visuel, à en découvrir la cause. Ce faisant, ils apprennent progressivement à exécuter les mouvements musculaires nécessaires pour atteindre leur but. C’est ainsi qu’achevèrent de se former.au cours des âges les rapports réflexes entre les nerfs ampullaires et les nerfs moteurs, rapports qui ont trouvé leur expression la plus parfaite dans le mécanisme en vertu duquel les derniers sont gouvernés par les premiers. La distribution des intensités d'innervation dans les muscles à mettre en activité, la suppression de l'inhibition de la part des muscles antagonistes, en un mot, tout le jeu de cet admirable mécanisme s’accomplit, ainsi que nous l’avons montré (voir Ohrlabyrintli , chap. iv, § io), par l’élimination de résistances, à peu près comme dans la distribution des forces électriques entre de nombreux conducteurs. Répondant au but de la conversation personnelle, ce mécanisme finit par fonctionner automatiquement : l’excitation des nerfs ampullaires peut éventuellement produire les mou-

i. La théorie erronée de la soi-disant nature compensatrice de certains mouvements oculaires a le plus contribué à retarder l’intelligence claire de tous ces processus. (Voir Ohrlabyrintk, ch. n, § 7.)

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vements nécessaires par voie purement réflexe, sans intervention de la conscience.

L’ordre de succession de tous ces processus dans le temps montre à quel point on se trompait en voulant voir dans le labyrinthe de l'oreille un organe de sens présidant aux positions de la tète, ou assurant l’équilibre du corps. Ce serait là une fonction tout à fait singulière. Les excitations des nerfs sensitifs des muscles, de la peau, des articulations, des tendons, etc., au lieu de parvenir directement à la conscience, devraient, dans cette hypothèse, prendre la voie détournée d'un autre organe sensoriel périphérique !

Ainsi que nous Lavons montré plus haut, il ne serait pas moins absurde de considérer les mouvements musculaires, provoqués par les sensations de direction, comme la source même de nos perceptions de direction. E. H. Weber a déjà insisté sur ce fait que la motilité fine ne peut être mise en jeu que lorsque nous pouvons la diriger volontairement vers des points déterminés, ce qui suppose l’existence préalable du sens de l'espace.

Une régulation complète des intensités d’innervation des muscles de l’œil, de la tète ou du corps, par le labyrinthe de l’oreille, doit avoir lieu aussi bien pour la localisation des objets extérieurs dans l’espace visuel que pour l’orientation de notre propre corps.

La seule perception de ces intensités d’innervation, à supposer même qu’elle fût possible, serait à peine utile pour la simple mesure par l’œil. Ainsi que nous Lavons exposé ailleurs ( Ohrlabyrintli , ch. m), la graduation des innervations, d’après leur intensité et leur durée, constitue l’une des fonctions les plus importantes du labyrinthe de l’oreille et de ses appareils ganglionnaires centraux. Cette graduation doit, bien entendu, être d'une précision toute particulière, lorsqu’il s’agit de provoquer les mouvements des muscles de l'œil . Le moindre déplacement des axes oculaires par rapport aux axes des canaux semi-circulaires joue naturellement, dans les

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appréciations des mesures par l'œil, un grand rôle, bien plus grand, en tout cas, que celui qui appartiendrait à des sensations qui pourraient être provoquées par la tension des muscles, des tendons, ou par des modifications survenant dans la pression intérieure de la cavité orbitaire.

Ls trois plans principaux, que l'optique physiologique considère comme ceux de l’espace réel, ont été choisis arbitrairement. Dans l’état de nos connaissances actuelles relatives à la dépendance normale dans laquelle les mouvements de l’œil se trouvent par rapport aux canaux semi-circulaires, seuls les trois plans de ces canaux devraient être considérés comme les plans principaux de l’espace réel.

Les axes autour desquels s' accomplit la rotation des globes oculaires doivent donc être rapportes au système des trois coordonnées rectangulaire de T appareil des canaux semi-circulaires. « Si l’on pense dit Hering, que le lieu sur lequel l’attention se porte à un moment donné est déterminé par processus psycho-physique, on peut en même temps consisidérer ce processus comme le moment physique qui détermine l'innervation correspondante. » Le processus psychophysique qui requiert notre attention consiste dans la perception d’une direction déterminée, produite par l'excitation des ampoules ; c’est donc cette excitation, peut-on affirmer actuellement, qui forme le moment physique amenant un changement dans la position des yeux.

La dépendance régulière de l'appareil oculo-moteur par rapport à l’état d'excitation des nerfs ampullaires plaide contre la supposition de Helmholtz que « la connexion existant entre les mouvements des deux yeux n’est pas le produit d’un mécanisme anatomique, mais peut plutôt être modifiée par un simple effet de notre volonté » (. Physiolo gische Optik , p. 633). Le simple fait que chaque excitation d'un canal semi-circulaire provoque des mouvements réguliers des deux yeux prouve déjà, à lui seul, l’existence de connexions anatomiques entre les nerfs moteurs des deux globes

oculaires. Mais nous en avons une preuve plus décisive encore dans l'effet produit sur le nystagmus oculaire par la section du nerf auditif du côté opposé ( Olirlabyrinth , i, 9).

Le plus souvent, la volonté ne gouverne les mouvements des globes oculaires qu’en agissant sur les nerfs des canaux semi-circulaires. La contradiction qui existe entre Helmholtz et Hering sur la réalité des observations bien connues d'images doubles s’explique maintenant très facilement. C’est Hering qui, dans cette controverse, avait parfaitement raison contre Helmholtz (voir Beitriigc %ur Physiologie, etc., de Hering, Heft 4, p. 274).

Pour préciser davantage le mécanisme grâce auquel le déplacement des axes oculaires sur le système des coordonnées de l’appareil des canaux semi-circulaires nous met à même de déterminer, au moyen de la mesure par l'œil, la place de l'objet fixé et la distance entre les objets que nous voyons, il est nécessaire d’opérer au préalable une révision des lois qui règlent les mouvements des globes oculairesdans leur dépendance des canaux semi-circulaires. Pour des raisons facilesà comprendre, cette révision doit être faite à l’aide d’expériences sur des singes, telles que je les ai indiquées dans mon travail de 1900 [Arch. de Pflüger, vol. 79).

Il est évident que les mécanismes sur lesquels repose l’association des mouvements oculaires doivent être cherchés "dans les centres cérébraux où les terminaisons des nerfs vestibulaires se rencontrent avec celles des nerfs optiques et oculo-moteurs. Les rapports psychologiques entre les concepts de direction et de distance s’établissent dans les mêmes centres nerveux, attendu que ces deux concepts ont leur origine dans les sensations fournies par le sens de l'espace et par le sens de la vue.

| 3. — État du problème de l’espace AYANT MES RECHERCHES.

A. — L’espace a-t-il une existence réelle propre, indépendante de la matière qui se déplace en lui, ou s'identifie-t-il avec cette dernière ?

B. — Sur quoi repose la nécessité pour l’esprit humain d’envisager l'espace comme ayant trois dimensions? D'où vient l'impossibilité de disposer les impressions de nos sens sous une forme autre que cette forme géométrique?

C. — Quelle est l’origine des axiomes géométriques d’Euclide, et sur quoi repose leur certitude apodictique, puisque leur exactitude n’a jamais pu être démontrée ?

Dans ces trois questions tient tout le problème de l’espace, quels que soient les aspects qu’il ait revêtus au cours des siècles. Des philosophes, des mathématiciens et des physiologistes ont cherché à résoudre de préférence l'une ou l'autre de ces questions, selon le but spécial que visaient leurs recherches. Bien que le nombre des solutions soit grand, on peut les ranger sous deux catégories bien distinctes : les empiriques et les nativistes.

Locke, qui renonça à donner une définition de l’espace et de l’étendue, admettait l’existence d’un véritable espace vide où se meut la matière. Notre connaissance de cet espace nous vient des expériences de nos organes sensoriels, en particulier de la vue et du toucher. Adversaire résolu des idées innées, Locke peut être considéré comme le créateur de la théorie empirique de l’éspace L

Berkeley rejeta la notion d’un espace réel et prétendit que notre conception de l’espace provenait d'expériences fournies par le mouvement : « Est-il possible que nous ayons l’idée de l’étendue avant d’avoir accompli des mouve-

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