‹ Dieu et science: essais de psychologie des sciencesChapitre 11 sur 59 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

science doit précéder toute réconciliation avec m religion. Rappelons les récents ouvrages de .MM. Boutroux, Ludwig Stein et Rudolph Eucken, qui ont franchement pris l'initiative de cette nouvelle orientation du spiritualisme. Malheureusement ces éminents philosophes ne se reconnaissent pas, — et non sans raison — assez d'autorité dans les sciences naturelles pour combattre catégoriquement certains errements scientifiques, qui au milieu du siècle dernier avaient momentanément créé un désarroi funeste dans plusieurs branches de la Biologie Aussi se sont-ils contentés d'atténuer certaines conséquences trop audacieuses du darwinisme au lieu de le rejeter intégralement comme l'on fait, dès l'éclosion de ces errements, tant d'illutres représentants de la physiologie et de l'embryologie voir ch. IV et v^ .

Bien d'autres philosophes, en manifestant leur désir de se réconcilier avec la science, poursuivent le même but : mais, encore sous l'influence de cette erreur capitale que la science moderne est incompatible avec la religion, ils tâtonnent. On dirait qu'ils n'arborent les couleurs de la science que pour se mettre à l'abri du reproche d'entrer en conflit avec elle, quand ils évoluent vers la religion.

Le chapitre « Dieu et l'Homme » est justement destiné à démontrer que, loin d'être en contradiction avec l'idée religieuse, la science moderne, aussi bien dans son origine que dans ses fins, se trouve avec elle en parfaite harmonie. Désireux de ne pas abandonner dans cet ouvrage le terrain solide de la science exacte.

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\ll PREFACE

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créateurs des sciences physiques et biologiques des • deux derniers siècles avaient de profondes convictions

religieuses, croyaient à l'immortalité de l'âme et adoraient Dieu. Les autres étaient spiritualistes et déistes, respectueux de la religion, même quand ils ne la pratiquaient pas. La grandeur de leur œuvre scientifique leur faisait reconnaître l'existence d'un créateur de l'univ^Ts, l'origine divine de leurs intuitions, et l'immortalité de leur esprit. Convaincus de l'impossibilité de comprendre Dieu et ses fins, beaucoup, parmi les plus grands savants, s'inclinaient respectueusement devant les sublimes révélations de Jésus- Christ et admettaient la haute valeur morale et histori<|ue de rLvangile\

C'est une erreur, commune aux théologiens et aux philosophes, d'affirmer que les savants naturalistes sont conduits vers Dieu par la reconnaissance des limites de la science. L'enquête sur la psychologie des savants du siècle passé, dont les résultats authentiques sont exposés au cours du chapitre VI, démontre le contraire. Les grands créateurs des sciences exactes qui ont fait reculer le plus loin les limites du savoir humain, se trouvent justement être des croyants sincères. Ils considèrent la science comme illimitée dans SOS progrès et infinie dans sa tâche, tout en reconnaissant qu'elle est inaccessible en ses fins.

l'nfî analyse minutieuse du mécanisme des sensations et des perceptions m'a récemment permis de

PRÉFACE Xlll

montrer que ce qu'on désigne comme limite de noire entendement n'est, en réalité, que la limite de nos organes des sens et de nos centres cérébraux. L'entendement, par lui-même, est illimité comme l'esprit. Rien ne s'oppose à la croyance que le savoir de notre conscience spirituelle sera illimité, une fois qu'elle sera séparée par la mort de notre conscience psychique (Voir ch III, § lo et i i .^

Le célèbre Galien, enthousiasmé par ce qu il devinait de la destination fonctionnelle des organes, avait déclaré qu'expliquer leurs fonctions c'est chanter des hymnes à l'honneur de la divinité. J'ai souvent souhaité, en conclut Leibniz, qu'un habile médecin entreprît d'écrire un ouvrage spécial dont le titre ou du moins le but pourrait être Hynuius Galcni Quoi de surprenant qu un physiologiste, après avoir consacré quarante-cinq ans de sa vie à des recherches expérimentales, destinées à élucider les fonctions des organes les plus mystérieux du corps humain, la termine en réalisant deux siècles plus tard ce vœu? Dieu et Science est justement l'hymne souhaité par Leibniz. La découverte des deux sens mathématiques. qui a permis la solution du problème de l'origine de nos notions de l'espace, du temps, du nombre, et de l'infini, est le dernier écheli>n qui m'a conduit au problème (le Dieu.

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