CHAPITRE III
;:; I. — Introduction.
Aristote considérait l'ouïe comme le plus intellectuel Je tous les sens, et cela à cause de son rôle dans la formation du langage et de la voix. Plus de deux mille ans après lui, la physiologie expérimentale a prouvé l'existence, dans le labyrinthe de loreille, d'organes sensoriels destinés à la perception de l'espace et du temps et à la connaissance du nombre : clic a démontré ainsi, d'une façon éclatante, la justesse de l'intuition géniale du fondateur de la psychologie.
Le labyrinthe de l'oreille doit èirc considéré désormais, sans contestation possible, comme le principal organe des sens. Les phénomènes les plus essentiels de la vie psychique et intellectuelle seraient impossibles sans le concours des fonctions de cet organe ; l'homme ne posséderait pas la faculté du langage, il serait incapable de s'orienter dans lespacc. il percevrait les images rétiniennes en double, et tous les objets extérieurs renversés ; sa conscience du moi n'atteindrait jamais son développement complet, et le dédoublement de la personnalité serait chez l'homme la
l^() CORPS, AMF rr ESPRIT
règle. Nous n'aurions aucune notion du temps, de l'espace, ni du nombre ; la géométrie, l'arithmétique et les jouissances esthétiques supérieures qne nous procure la musique nous seraient totalement inconnues. Cette énumération est loin de comprendre toutes les conquêtes dues aux recherches sur le labyrinthe de l'oreille, depuis Venturi et Spallanzani, vers la tin du .wni*" siècle. Autenrieth et Flourens. ai; commencement du xix% jusqu'à l'aboutissement de mes travaux personnels.
La solution scientifique du problème du temps et de l'espace constitue un témoignage si décisif en faveur de la fécondité des méthodes expérimentales, que le physiologiste peut se croire en drt)it de recommander l'emploi de ses procédés d'investigation dans tous les domaines de ia psychologite. L'affranchissement de l'esprit des liens où Kant avait enserré son activité en lui imposant la contrainte des formes d'intuition a priori et le fardeau du contenu des concepts innés a supprimé les entraves artificielles à l'introduction de ces méthodes exactes dans l'édude des fonctions psychiques. Mais la prmière condition d'une application efficace des méthodes nouvelles est une nouvelle différenciation de ces fonctions.
Le présent essai de différenciation des fonctions ps}'chiques poursuit, avant tout, un but méthodologique. Loin de vouloir proposer de nouvelles hypothèses ou de nouvelles théories relativement à la nature de ces fonctions, ou de se mettre en opposition avec les classifications existantes, il vise plutôt à réaliser un certain accord, sinon en ce qui concerne la conception de.s processus psychiques et leurs rapports avec les fonctions cérébrales, du moins dans l'appréciation et le choix des voies et moyens les plus propres à en assurer l'étude féconde. Les oppositions, les contradictions inextricables des théories psychologiques courantes ne résulte pas seulement des difficultés inhérent-es aux problèmes qu'elles soulèvent. La variété et la multiplicité des
branches scientifiques qui ont concouru à l'édification delà psychologie devaient fatalement aboutir à cette conséquence qu'au fur et à mesure de l'accumulation des faits, leur utilisation devenait de plus en plus difficile, et cela à cause de l'impossibilité d'apprécier, à leur juste valeur et d'un point de vue unique, des résultats obtenus à l'aide de méthodes radicalement différentes.
En possession des trésors de la pensée spéculative accumulés pendant des siècles, philosophes et psychologues hésitent a les sacrifier, C(jmme dépourvus de valeur, au profit des fruits souvent peu mûrs de l'observation et de 1 expérimentation scientifiques, et à les reléguer comme des armes hors d'usage, dans quelque musée d'antiquités. Anatomistes et physiologistes, de leur côté, fiers des conquêtes positives de leurs méthodes exactes, se refusent à reconnaître aux énoncés vagues de la psychologie spéculative la même valeur qu'ils attachent avec raison à leurs données positives. La fusion de méthodes d'investigation si opposées en une psycJioloirii' f)liysi()lo(riqiii.' n'a malheureusement pas réalisé les espoirs cjuon avait conçus à son début ; elle a plutôt ébranlé la confiance des philosophes dans la possibilité d'appliquer à la psychologie les méthodes phvsiologiques ou physiques exactes. I/échec partiel subi par la loi de l'echner, tandis que la loi physiologique de W'eber garde toute sa valeur, est instructif sous ce rapport.
Aussi commence-t-on généralement à reconnaiire la nécessité d'une division du travail entre la psvchologie et la physi<dogie. (^est ce qui ressort des conclusions de l'ouvrage l^rincipal de Wundt', le fondateur de cette nouvelle psychologie, qui lui même commencée à considérer l'éventualité d'une division du travail comm inévitable, .^lais. pour que celle ci soit féconde, elle doit avant tout être précédée d'une séparation entre les domaines respectifs des recherches.
1 W Wiiiult Die phviiologiuktf Psychologif, s* ià\X\ox\, vol. III. i«>o^.
séparation dont le premier résultat sera de mettre en évidence lesditTérences des méthodes. Le principal elïort de la séparation ainsi projetée doit porter sur ce point : Scparcr iitissi cotuplrtcnicni que possible /es fo)ii'iin)is psvrhiqiws de tout processus et de {oui produit de l'esprit, ce qui suppose^ bien entendu, une trjns/orniiition eonsiderjble du eoneept de l'âme.
Les différences entre les méthodes à employer se dégageront alors d'elles-mêmes. A vrai dire une transformation de ce genre s'accompit déjà de fjcto depuis le milieu du siècle dernier. La doctrine traditionnelle, édifiée par la méthaphysique et parla théodicée, qui proclame l'unité delâme conçue comme le réceptacle de toures les fonctions vitales et spirituelles, ne mène plus qu'une existence précaire. Encore cette existence même, ne la doit-elle qu'à la crainte qu'on éprouve généralement de voir se propager certaines conclusions hâtives sur la nature de l'âme, conclusions dans le genre de celles que quelques chercheurs, surtout parmi les psychiatres, ont tirées des découvertes capitales aboutissant à la localisation des centres du langage dans la circonvolution frontale gauche (Broca), des sphères sensorielles ( Hermann Muncky et des centres moteurs ' Fritsch et Hitzig) dans la substance corticale, etc. Et pourtant, la simple réflexion montre que, plus on constate d'analogie et même d'identité, en ce qui concerne la structure et l'organisation, entre le cerveau de l'homme et celui des vertébrés supérieurs, plus inéluctable apparaît aussi la conclusion opposée : Lesprit ne peut plus être considéré comme une simple fonction cérébrale.
Lessinges anthropoïdes ne possèdent pas la faculté du langage ; ils sont, par suite, incapables de penser ou de former des idées générales : ils ne connaissent ni religion, ni science, ni philosophie. Mais, en revanche,, les vertébrés supérieurs possèdent toutes les fonctions vitales, sensorielles et psychiques, c'est à-dire les fonctions de rdnie proprement dite,
qui, rl/rs. communes â Uiommc et aux animaux, peuvent d'ores et déjà être considérées comme des fonctions du système }ierveux périphérique et central. C'est en raison de ces faits incontestables que le naturaliste se voit obligé de considérer que la croyance en l'immortalité de Vâme ne peut se rapporter qu'à l'âme intellectuelle de Yhomme dans le sens qu'Aristote, saint Thomas d'Aquin et tant d'autres grands philosophes spiritualistes croyants avaient toujours affirmé. L'esprit ou \ anima rationalis seu intellectiva, comme depuis le concile de Vienne s'expriment les théologiens, est seul doué d'intelligence ; il est l'attribut inhérent de l'âme humaine et son essence même ; il n'est pas matériel ou corporel ; cecj, le physiologiste moderne qui sait différencier les diverses fonctions psychiques peut non seulement affirmer avec certitude, mais démontrer d'une manière indiscutable, (^e chapitre tout entier est consacré à une pareille démonstration. Par intuition géniale les plus grands psychologues le reconnaissaient et précisaient une pareille différenciation. 11 suffit de citer saint Paul; le véritable créateur de la psycholofric des peuples, dans ses admirables lettres sur ce point {trécis dépasse considérablement Aristote et tous les l^hilosophes grecs. 11 suffit de consulter entre autres, la première lettre aux Corinthiens, chapitre ii et surtout cha- |iitrc' XV ' Dans le chapitre iv de la lettre aux Hébreux nous lisons que la parole divine est plus aiguë qu'une épée à deux tranchants/)i7r( <• qu\'lle pénètre /usqu'à la séparation de Tanit- (■l de l'esprit, des articulations et des cerveaux, etc Chez un autre psychologue chrétien, saint Augustin, après saint Paul le plus hautement inspiré, nous trouvons dans sa polémique contre les Manichaens une préférence manifeste pour la division en trois : Corps, àfne et esprit Ma différenciation est donc loin d'être inédite. Je n'ai fait ipie démontrer h
I. I).in> v.i Iciiic .tux Hphcsuiis, N.iiiil r.iul Ucv.l.irc ^\, iS» cuiiuno une perfection psyclioluguiuc de riioiunic spirituel le s.ivoir de distinguer \a VI. ne portée de trois étendues de l'cspavrc.
\t)0 CORPS. AME KT FSl'RIT
laide de rexpérimentiilion rigoureusement scientifique que les intuitions des plus grands penseurs anciens et modernes, parmi lesquels Leibniz et Descartes, ces philosophes et savants, qui furent les épigones de la Renaissance des sciences exactes aux xvi" et xvif siècles, avaient justement prévu (voir § i«) et 1 1 de ce chapitre).
I/iinuiortalité de l\'sprii humain, ou de son jdic spiriiiiclU\ nous est prouvée par les témoignages tangibles des trésors accumulés dans les musées et les bibliothèques au cours de toute Ihistoire des peuples civilisés.
Ce n'est qu'en éliminant l'esprit des fonctions psychocérébrales qu'on arrivera à établir, jusqu'à un certain point du moins, un accord entre les nombreuses théories psychologiques modernes, si radicalement opposées les unes aux autres. Tant que durera le chaos actuel, aucun progrès sérieux dans l'étude des fonctions psychiques supérieures ne pourra être réalisé. La }iJiCssHJ de cette élimination s'est imposée à mon esprit au cours de travaux poursuivis pendant de longues années dans le domaine de la physiologie expérimentale. Ce sont les résultats de mes recherches sur la structure et le fonctionnement du labyrinthe de l'oreille qui m'en ont démontré, en même temps, \a possihiîitc En prenant pour point de départ les plus importants de ces résultats, je vais essaver ici de faire partager ma conviction aux philosophes.
Les ditïérents domaines de la psychologie sont généralement divisés en trois groupes principaux :
1° Les mouvements volontaires et réflexes dans leurs rapports avec la volonté; 2" les sentiments, affections et instincts; T,'^ les perceptions et représentations sensorielles, la conscience du moi et toute la vie intellectuelle. La solution du problème </// ft'/nps et Je Vcspjci' jvait loustitité pendant lies siècles le point Je départ indispensable de tonte doctrine psychologique : l'explication des rapports entre le 4 ,n hs rt l'dnh' ,-st s/»;/ (on rni/ nenh'n t Par une rencontre heu-
reuse, mais nullement accidentelle, les domaines les plus importants sur lesquels s'était portée, pendant quarantecinq ans environ, mon activité scientifique, coïncidaient presque exactement avec les principaux domaines de la psychologie que je viens d'énumérer. Aussi les résultats de mes travaux m'ont-ils presque toujours inévitablement conduit à l'étude des fonctions psychiques et des problèmes psychologiques qu'elles soulèvent.
Les domaines de mes recherches expérimentales étaient les suivants : le tonus musculaire et son importance au point de vue du mécanisme des mouvements volontaires et réflexes; les nerfs sensibles, accélérateurs et inhibiteurs du cœur, les nerfs vaso-moteurs et les admirables appareils ganglionnaires d'autorégulation qui président à toute la vie affective; le fonctionnement du labyrinthe de l'oreille, considéré comme organe sensoriel auquel nous devons l'origine de nos perceptions de temps et d'espace, ainsi que la formation de la conscience de notre moi ; enfin, les fonctions mystérieuses des glandes vasculaires (corps thyroïde, hypophyse, glande pinéale, etc.), dont les affections entrainent infailliblement des troubles psychiques d'un genre tout particulier. Les résultats de mes recherches faites sur ces glandes ont permis, entre autres, de découvrir de nouveaux points de vue sur le mécanisme des rapports entre l'ànic et le corps.
Les données obtenue-i à la suite de ces recherches expérimentales sur les fonctions cérébrales et sensorielles m'ont ainsi depuis longtemps fortifié dans celte conviction qu'on peut d'ores et déjà, sjns quitter It- trrrjin •/<•> r<\7/<v-t //<•> cXiHti'S. cntrcprcniîre une différetuialion et une ilassificj" tiiUi f^ltis précises Jes proeessus psvehiques. Nous allons résumer ici quelques résultats de ces expériences, aussi brièvciucnt que possible. D.in^ la mesure où elles ont déj.i fourni ou préparé des solutions satisfaisantes à plusieurs problèmes psychologiques importants, elles seront utilisées De Cyon. 1 1
l6a CORPS, AMH l.T HSPRIT
pour motiver cl justifier la ditTérenciation que nous proposons, et fourniront des points de départ pour des recherches expérimentales nouvelles de physiologie et de psychologie humaines.
^ 2. -- Lktonls Miscn. aire. Les fonctions inhi-
BITRICES DU LABYRINTHE ET LES SOURCES DE l'É- NERGIE PSYCHIQUE.
Dans mon premier travail de physiologie : De V influence lies racines postérieures de la moelle épinière sur l'excitabilité Jes racines antérieures \ j'ai réussi à prouver définitivement l'existence d'un tonus musculaire réflexe, et à démontrer en même temps que la transmission des excitations des nerfs sensibles aux muscles s'accomplit non seulement dans la moelle, mais encore dans les hémisphères cérébraux, dans les thalami optici, les tubercules quadrijumeaux, la moelle allongée et dans la moitié supérieure de la moelle. Depuis i86=i, de nombreux expérimentateurs n'ont fait que confirmer et développer ces résultats dans un grand nombre de recherches ultérieures. La théorie du tonus musculaire occupe actuellement une place prépondérante dans la physiologie générale du système nerveux, après avoir été longtemps avant utilisée avec succès par les neuro-pathologistes à cause de son importance pour la symptomatologie d'un grand nombre de maladies nerveuses.
Four qu'un mouvement approprié des extrémités ou du corps entier, mouvement auquel participent plusieurs muscles ou groupes musculaires, puisse s'efTectuer, une graduation précise de leur innervation est indispensable. C'est ce que j'ai montré en détail, il y a déjà plus de quarante
I. Comptes rendus Je l'AcaJémia Jes Sciences Je Saxe. Leipzig. 1863. Voir aussi mes Qesammcltc f^hysiolog. Arhciteu. p. iq;. Berlin. r888.
ans, dans ma monographie sur le Tabcs Jorsj/is, à l'occasion d'un exposé des recherches relatives à Tinfluence exercée par les racines postérieures sur l'excitabilité des racines antérieures de la moelle épinière. Nous n'insistâmes que bien plus lard, au c(jurs des années iSy-^-iSyS. sur la griinde portée des résultats de ces recherches pour l'étude du fonctionnement de l'appareil semi-circulaire. C^ette portée considérable a été reconnue depuis par tout le monde. Dans ces dernières années, nos notions de l'influence des racines postérieures sur l'activité musculaire, particulièrement sur le tonus musculaire, se sont encore élargies par les constatations expérimentales nombreuses d autres auteurs, par les recherches de Mott et Sherrington, et surtout par les études expérimentales décisives de Hermann Munk. Nous ne tiendrons compte ici que des résultats des recherches récentes qui se rapportent directement à l'étude des fonctions du labyrinthe de l'oreille comme régulateur des forces psychiques.
Pour faciliter l'intelligence des processus qui entrent en jeu dans la distribution de ces forces, nous avons préféré donner des désignations particulières aux facteurs y participant. Nous avons désigné sous le nom d\'nrr<riirrm-s les organes périphériques (peau, muscles, tendons, arliculations, etc.j, dont les appareils nerveux terminaux forment les sources des excitations, et sous le nom de voies cncrgiilronii-s les racines postérieures, ainsi que toutes les fibres spinales et cérébrales qui transmettent ces excitations au cerveau Les rui-ririfiDffirs sont les régions centrales de la moelle, du cerveau cl du cervelet, où s'emmagasinent ces excitatitjns. Enfin, lappareil semi-circulaire tout entier, charge de régler et de mesurer l'intensité et la durée des innerv.itions, sert d'('//(V/r//;/«7r<' '.
lis foiiOs d'oxcitalion ;U"cMimiiU'L'N d.iii>> les centres
i. Voir Ohrtahvrinth et L'Orai/t, <h. m, !i§ 7-8.
l(>4 CORI'S, AMI- F.T FSFRIT
ffiofi'iirs n'cpuisent pas toutes leurs sources d'origine périphérique. Grâce aux fonctions inhibitrices du labyrinthe de l'oreille, une partie de ces forces sont emmagasinées dans les centres psYi II iqncs du cerveau t-t du cervelet. Ces forces d'excitation, emmagasinées dans les ganglions des centres cérébraux purement psychiques, sont susceptibles de jouer, par rapport à la vie psychique, un rôle analogue à celui des forces d'excitation accumulées dans les centres moteurs. Celles-ci augmentent 1 aptitude fonctionnelle des muscles, en les entretenant constamment dans un certain degré de tension et en servant en outre au dégagement des innervations. 11 en est de même des forces emmagasinées dans les centres psychiques. Elles aussi entretiennent ces centres dans un certain degré d'excitation ou de tension tonique, particulièrement favorable à leur fonctionnement.
Ces sources génératrices d'énergie peuvent en effet être considérées comme inépuisables. Tout notre système nerveux sensitif se trouve exposé constamment, pendant toute la durée de notre vie, à des excitations d'origine externe ou interne. Un petit nombre seulement d'entre elles sert à produire des sensations conscientes. Les autres s'emmagasinent, en tant que forces d'excitation, dans les centres cérébraux et médullaires. Ni nos organes sensoriels, ni nos organes sensitifs ne connaissent d'intervalles vides de toute excitation. Il existe certainement, entre les différents organes cérébraux, une lutte pour absorber ces forces d'excitation : les organes qui se trouvent dans un état d'activité ininterrompue épuisent une plus grande quantité de ces forces que les organes à l'état de repos. On peut concevoir cette lutte comme analogue à la concurrence qui existe entre les différents organes du corps, dont chacun cherche, pendant son activité fonctionnelle, à s'assurer la plus grande quantité possible du sang et des autres liquides nutritifs La distribution rationnlele de ceux-ci se trouve sous la dépendance du système merveilleux des nerfs autorégulateurs du cœur,
ainsi que des vaisseaux et des cellules ganglionnaires qui s'y rattachent Les organes des sens supérieurs, et tout particulièrement le labyrinthe de l'oreille assurent une régulation analogue des forces d'excitation emmagasinéss dans les sphères sensorielles et autres centres cérébraux.
Comme je lai déjà rappelé ailleurs \ le célèbre Chevreul, d:\v\s s,on Rapport sur les recherches Je Flourens, fut l'un des premiers à soupçonner ce rôle inhibiteur des canaux semi-circulaires, dont j'ai reconnu et démontré l'importance fonctionnelle en 187S-1876 L'accord au sujet de cette destination du labyrinthe de 1 oreille est aujourd'hui complet parmi les physiologistes qui ont étudié sérieusement les fonctions de l'organe auditif
Il a été établi par plusieurs expérimentateurs, et tout particulièrement par Hermann Munk, que les excitations parties de certaines régions du corps sont destinées, avant tout, à pourvoir de forces d'excitation les centres cérébraux sous la dépendance desquels se trouvent les muscles de ces régions. L'analyse plus précise de l'influence *de la perte de sensibilité sur la motricité, faite par Hermann Munk. fournit des preuves éclatantes que, dans les cas de suppression de ces sources d'excitation, les centres cérébraux intéressés sont susceptil>les d'emprunter leurs forces d'excitation aux centres corticaux voisins II existe également de nombreuses données psycho-pathologiques tendant à prouver que des processus analogues s'accomplissent dans les centres cérébraux des fonctions psychiques -. C'est ainsi que les excitations fournies par les organes des sens sont destinées en premier lieu à alimenter les sphères sensorielles correspondantes, situées dans la substance corticale Mais ces centres sensoriels peuvent également utiliser, surtout dans les cas • 1'' surmenage psychique, les forces d'excitation emmagasi-