I. Voir Ohrlabyrtnth, ch. iv, S
3. llcnn.inn Munk. Tchcr Jic F'; \ von Hirii und Kackcain.uk.
Cài'sjntnti-.'te Mttthn'IuHijf». S'fuf F !in. loot».
l66 CORPS, AME ET ESPRIT
nées dans les centres moteur'^ nvDisinnnls, et cela souvent à undcgrc Ici qu'il en résullc un préjudice pour le maintien de la tension musculaire dans certaines régions. La lutte pour les sources d'énergie déjà accumulées dans le cerveau et pour celles ipii c(^ntinuent d'v arriver se poursuit donc également entre les divers centres psychiques du cerveau La victoire reste à ceux de ces centres qui tonctionncnt au moment donné avec le plus d'intensité
Dans l'accumulation et la distribution des forces d'excitation dans les centres psychiques, le labyrinthe de l'oreille joue-t-il le même rôle décisif que nos expériences ont permis de lui assigner en ce qui concerne la sphère motrice ? Pour les centres de la sphère auditive, la chose parait tout à fait probable. Mais on peut le supposer également quant aux autres sphères sensorielles, et plus particulièrement quant à la sphère visuelle. Nous savons en efïet que l'appareil oculo-moteur, qui joue un rôle prédominant au point de vue de la localisation des impressions visuelles, se trouve tout entier sous la dépendance des canaux semi-circulaires.
Mais il existe également des preuves directes en faveur de la possibilité d'une action réciproque. En l'absence de l'appareil semi-circulaire chez les vertébrés et des otocystes chez les invertébrés, l'organe visuel peut assurer, par suppléance, la régulation coordinatrice des mouvements volontaires et réflexes. En efïet, les animaux apprennent progressivement, quelque temps après l'ablation de ces appareils. à exécuter des mouvements avec une grande précision, mais uniquement quand ils ont les yeux ouverts Aveugles, ces animaux perdent définitivement cette faculté. Ceci indique que, même lors du fonctionnement normal du labyrinthe, l'organe visuel prend une certaine part active dans cette régulation On peut en dire autant des organes du tact, dans la mesure toutefois où ils contribuent à l'orientation dans l'espace environnant.
11 faut espérer que des recherches expérimentales ulté-
rieures nous fourniront des données plus détaillées et plus précises aussi bien en ce qui concerne la lutte pour les forces d'excitation qui se poursuit entre les centres cérébraux psychiques, sensoriels ou sensitifs, que relativement aux différentes sources des énergies psychiques en général. Ptliiger, auquel nous devons les lois fondamentales de l'excitation nerveuse, a établi les véritables rapports entre l'excitation et lesétats d'excitabilité. L'excitation consiste en une augmentation plus ou moins brusque de l'état d'excitabilité, ([uelle que soit d'ailleurs la cause de cette augmentation : changements de la température intérieure, de la tension électrique, de la composition chimique, etc. Les forces d'excitation, si minimes qu'elles soient, peuvent dégager de grandes quantités d'énergie et produire des effets mécaniques considérables, à Li ionJitioii toutefois qid- les cncrgics (•fiinijo-jsi/U'c's JiJiis Ii'S coitrcs iicrccux les nijintie/inent loiistauinirnl djiis un ctjt de tension tonique.
Href, le tonus présente une importance décisive, aussi bien au point de vue de l'aptitude fonctionnelle de notre système musculaire, que pour le fonctionnement normal des organes de la vie psvchique et intellectuelle. Dans les deux cas, il s'agit d'obtenir, avec une minime dépense d'énergie, le plus d'etïet posiïible. L'économie psychique, dont certains métaphvsiciens font si grand cas, sans pouvoir en indiquer ni le sources ni le fonctionnement, repose en réalité sur ces mécanismes d'accumulation, de distribution et de régularisation d'énergie psychique dans les centres nerveux que nous venons d'indiquer
Pareille accumulation, dans le cerveau ainsi que aaiis la moelle épinière, d'énergies provenant de la constante excitation du système nerveux sensible et sensoriel par des causes accidentelles ou voulues, et leur utilisation minutieusement réglée permettent d'assurer le maximum du fonctioniiciiunt de nos cellules ganglionnaires et de notre système musculaire - avec un minimum de dépense d'énergie.
D'autre pari, la concurrence entre les dixer?» organes pour cette utilisation exclut forcément tout gaspillage dans la dépense des forces accumulées. Le rôle du labyrinthe de l'oreille, l'organe le plus intellectuel, c(jmme nous venons de le montrer dans les deux chapitres précédents, règle l'intensité, la durée et la succession des innervation et des dégagements i Ai(slosungcti) des'forces d'excitation.
Les mécanismes complexes par lesquels le labyrinthe de l'oreille parvient à remplir ce règlement, ont déjà été exposés par nous en détail dans des précédents ouvrages (Das O/irlabvriiitJi. etc., et L Oreille, ororanc de l Orientation ihins le Temps et l'Espace. Chap. m, §§7-11), nous y renvoyons le lecteur.
Notons en passant que cette lutte pour les forces d'excitation entre les divers centres nerveux pourrait fournir au pédagogue les principes directeurs d'une éducation judicieuse du corps et de l'âme. Le maintien d'un équilibre rationnel dans la distribution des énergies entre les centres moteurs et les centres psychiques du cerveau constitue peutêtre le problème capital de l'éducation.
vj 3. — Le cœur comme organe émotionnel.
D'une manière générale, l'homme place la source de ses sensations et de sessentiments divers dans les organes mêmes, où il croit les éprouver. Aussi la connaissance vulgaire a-t-elle considéré depuis un temps immémorial que le cœur constitue la source principale de nos sentiments et de nos mouvements atïectifs. Otte conviction a trouvé son expression dans toutes les langues et chez tous les peuples. Philosophes et poètes attribuèrent également l'origine des nuances les plus délicates de leur vie affective à un organe situé dans la poitrine Par contre, les anatomistes et les physiologistes, jusque versle milieu du siècle dernier, n ont étudié le civur
qu'en sa qualité de moteur merveilleux, entretenant la circulation sanguine dans l'organisme. Ils laissaient entièrement à l'arrière-plan ses fonctions psychiques éventuelles
Ce n'est qu'après la découverte, faite parCyon et Ludwig, des nerfs dépresseurs en tant que nerfs sensibles du cœur et de leurs rapports avec les centres des nerfs vaso-moteurs, découverte bientôt suivie de celle des nerfs accélérateurs par les frères Cyon, qu'il devint possible d'aborder l'étude des admirables mécanismes autorégulateurs du système nerveux cardio-vasculaire. Le fonctionnement de ces mécanismes, soumis à l'épreuve expérimentale, démontrait les véritables rapports entre le cœur, le cerveau et les fonctions psychiques. Dès les années 1866-70 furent publiés les premiers résultats de mes recherches, qui précisèrent la nature des rapports existant entre le cceur et le cerveau lors de la production des émotions douloureuses d'origine réflexe ^ Dans un discours académique, '< Le Cœur et le Cerveau >/, prononcé en 1S73, j'ai pu, en prenant pour point de départ les nombreuses études expérimentales faites sur des animaux et les nombreuses observations recueillies sur l'homme, expliquer plus au long ces rapports et tracer à grands traits le mécanisme des actions réciproques qu'exercent les uns sur les autres les nerfs cardiaques et vaso-moteurs et les centres cérébraux dans la vie affective. L'importance du cd'ur en tant qu'organe périphérique par excellence de nos émotions, déjà pressentie par (Claude Bernard en iS6|, fut établie et développée dans ce discours d'une manière détaillée.
Il en résultait avec évidence que les nerfs vaso-moteurs ne peuvent jouer dans la formation de nos sentiments qu'un rôle secondaire et indirect. Le plus souvent, leur intervention n'est que la conséquence de l'excitation préalable des
I . (^yon. Comptes rendus Je r.Xodêmie des Sciences. Pari». 180*). He^lmun^un und hn a ini Cenlr.ilsystcni dcr Cîcfassnorvcn [RuHflin
de l'Ac. d. ,S\". dt r it-jT, 1870. 1 Hoidonhain. l'cbcr Cyoti''» nciic
Thcorio. PfÎHfrefs Ai\hiv., 1871, etc
r;<J CORPS. AMF KT ESPRIT
nerfs du C(vur OU des centres cérébraux, Va\ réalité, les parois des vaisseaux ne possèdent que des libres nerveuses susceptibles de produire des elTets moteur^^ réHexes. mais nullement aptes à fournir à notre conscience des sentiments de plaisir ou de déplaisir, de joie ou de douleur, ou de tout autre état atlectif. Sous ce rapport, leurs muscles lisses se comportent, à l'égard des mouvements affectifs, d'une façon analogue à celle de certains muscles du squelette, dont l'excitation simultanée par des émotions se manifeste sous la forme de violents mouvements respiratoires.- de cris, d'une mimique expressive, de tentatives de fuites ou de défense, etc. Tous ces mouvements réflexes, cjui accompagnent ou suivent les états afl'ectifs, ont une importance plutôt physiologique. Leur portée comme source ou origine d'émotions est nulle. La théorie de Lange et de James était en réalité réfutée d'avance dès l'année 1870.
11 n'existe, en elïet, qu'un seul organe musculaire qui doit être considéré comme organe émotionnel par fonction : c'est le cœur. Ce ne sont pasles poètes seuls qui attribuent cette signification au cœur. Dans toutes les langues, une foule d'expressions et de proverbes dépeignent le cœur comme la source de tout sentiment et comme l'organe déterminant le caractère de l'homme.
Rappelons les expressions les plus usuelles //// cœur Jjir, un cœur glace, pour désigner un égoïste; //// hou antr, un cœur clijitJ, désignent le contraire.
Le cœur se brise, le cœur se serre, avoir lecœiir i^ros, le cœur palpite lie Joie : toutes ces expressions rendent avec une netteté ad m ira bleu ne série de sentiments que chaque homme a éprouvés à un certain degré. Tous les hommes sans exception, cultivés ou non, placent le siège de nos sentiments dans un organe situé au milieu de la poitrine. Nous venons d'exprimer ces sentiments d'une diversité infinie en traits indécis, généraux : les poètes les rendent sous une forme artistique, dans leurs nuances les plus insaisissables. De très
grands génies poétiques ont même pu fixer les relations établies entre ces sentiments et la direction de nos pensées, l'influence qu'ils peuvent exercer sur la filiatipn de nos idées et les actions qui en sont le résultat fatal.
En face d'une telle unanimité, il semblerait difficile de nier la participation du cœur à la vie émtionnelle. Cependant, dès le second quart du siècle passé, grâce aux immenses progrès de la physiologie de la circulation, le rôle du cœur comme appareil hydraulique fut toujours mis en première ligne, et on relégua de plus en plus à l'arrière-plan la valeur du cœur comme organe des sentiments. Enthousiasmés par la perfection inimitable du c^eur comme pompe aspirante et foulante, anatoniistes et physiologistes n'eurent plus de doute : le cœur était une pompe, rien qu'une pompe. D'après eux, les expressions populaires n'avaient ni signification ni portée ; les paroles des poètes n'étaient que les métaphores d'une imagination surexcitée.
Claude Bernard est le premier qui ait cherché à concilier sur ce terrain les faits scientifiques avec les créations de la poésie. Dans une conférence publique faite à la Sorbonne, en iS<'n. il essaya d'expliquer physiologiquement quelques formes poétiques exprimant la dépendance du cœur des dispositions de l'esprit.
Le peu de connaissance qu'on avait alors du tracé des nerfs ijui relient le cœur au cerveau empêcha ce savant de génie de développer complètement son idée fondamentale. De nombreuses découvertes faites depuis sur faction exercée par le cœur sur le cerveau, et réciproquement, au moyen de branches de nerfs encore inconnues en iS()4. nous permettent aujourd'hui de développer celte idée et d'arriver à la conclusion indiscutable : que le c<t'ur est l'organe sur kvjuel tous les états de l'àmc se rellèlenl avec une clarté admirable.
Oui, non seulement ce petit sac musculeux est une pompe faite pour propulser le sang, non seulement il est capable
de produire et de régulariser un immense travail mécanique, il est encore l'organe où toutes les dispositions de notre esprit se réfléchissent exactement, à l'instant même, comme dans une glace !
Tous nos sentiments, dans leurs nuances même les plus délicates, se gravent sur le cœur avec une perfection et une justesse inimitables. Aussi, habitués par une loi physiologique bien connue à transporter nossentimentsdans l'organe périphérique qui les communique à notre conscience, avonsnous le droit d'attribuer au cœur les sentiments que nous éprouvons par certaines commotions de l'âme.
Avant de démontrer par quels moyens le cœur peut suffire si parfaitement à son double rôle, il est nécessaire de s'arrêter quelques instants à la valeur hydraulique de cet organe. Le cœur est une petite pompe à parois souples, composée de deux cavités distinctes, qui ne communiquent entre elles que par un système de canaux. L action mécanique en est comparable en tout à celle d'une pompe ordinaire en caoutchouc qui, en diminuant de volume, rejette par un bout de liquide qu'elle contient, et, en reprenant ses dimensions normales, aspire le liquide par l'autre bout. De même qu'une pompe en caoutchouc, le cœur est muni, à ses deux extrémités, de soupapes qui déterminent la direction intérieure du courant.
Le fonctionnement hydraulique du cœur consiste en ce que la moitié gauche pompe le sang des poumons et le chasse, à travers tous les vaisseaux du corps, vers la moitié droite : cette dernière pousse le sang, à travers les vaisseaux des poumons, jusqu'au cœur gauche. Ce travail du cœur lait mouvoir le sang contenu dans ce système de canaux et triomphe des résistances multiples que ce mouvement rencontre sur sa route.
f.e travail mécanique accompli par le cœur est énorme : il atteint jusqu'à 70.000 kilogrammètres en vingtquatre heures. Dans l'espace d'un an. le cœur pourrait donc
soulever un poids de plus de 2s.s0o.00o kilogrammes à la hauteur d'un mètre. Le travail fait parle cœur dans une vie de soixante-dix à quatre-vingts ans suffirait pour soulever un train de chemin de fer ordinaire à la hauteur du Mont- Blanc.
Tout en fonctionnant d'après les principes d'une pompe en caoutchouc ordinaire, le cœur en diffère essentiellement par la faculté qu'il a de changer de volume sans 1 intervention d'une force extérieure. La contractilité est une propropriété des matériaux de construction du cœur : du tissu musculaire.
Le cœur possède, comme tous nos muscles, des nerfs moteurs qui communiquent à ses fibres une impulsion motrice : ces derniers ne partent pas du système nerveux central, mais de petitsappareils nerveux, situés dans le cœur même et tout à fait indépendants de notre volonté. Ces centres nerveux autonomes agissent sous l'influence d excitations qu'ils puisent dans la température et dans la composition chimique du sang.
En dehors des ganglions nerveux moteurs, le cœur contient encore d'autres ganglions destinés à régulariser ou arrêter les pulsations. Ces centres régulateurs ne sont pas en contact direct avec ces fibres musculaires du cœur et n'agissent sur elles que par l'intermédiaire des ganglions moteurs. Leur rôle consiste à opposer une certaine résistance à la transmission des impulsions motrices produites par les ganglions moteurs sur les libres musculaires du cœur. Par là, ils forcent les ganglions à ne dépenser les forces vives qui sv développent pendant l'excitation qu'avec une sorte d'économie rythmique. Sans l'inlUience régularisatrice des centres modérateurs, les ganglions moteursdissiperaienl rapidement leur provision de forces vives. Le coeur, se coniractaiit d'abord avec force et très souvent, devrait bientôt cesser d'agir par épuisement complet des ganglions moteurs et peut-être aussi des fibres musculaires du cœur, qui n'au-
raient pas le temps de réparer assez proniptement leurs perles par l'absorption de nouveaux aliments puisés dans le sang.
Ainsi donc, les ganglions régulateurs du cœur ne détruisent pas la plus petite parcelle du travail utile qui doit être exécuté par le mécanisme moteur du cœur aux dépens des forces vives qui s'y développent; mais en régularisant la transformation des forces virtuelles en forces vives ou la transmission de ces dernières aux nerfs moteurs, ils répartissent le travail sur une certaine durée de temps et forcent le ccjeur à s'en acquitter dans un temps donné par des battements soit rares et forts, soit faibles et fréquents.
Les ganglions régulateurs et moteurs ne se distinguent pas seulement les uns des autres par leurs fonctions physiologiques : leur structure anatomique et la façon dont ils se relient aux fibres nerveuses qui y entrent et en sortent, doivent contenir certaines différences dont le caractère exact n'est pas encore déterminé, mais dont l'existence est incontestablement prouvée par la loi phvsiologique : que toutes les influences physiques et chimiques qui excitent un genre de ganglions paralysent leurs adversaires, et vice versa.
Sans m'attarder cà l'énumération des nombreux poisons Ju cœur, qui agissent spécifiquement sur l'une ou l'autre espèce de ces ganglions, il suffit d'insister sur deux agents importantsqui excitent ces deux centres nerveux en temps normal : l'oxygène, ainsi que la variation ascendante de la température, excitent l'action des ganglions accélérateurs et affaiblissent faction des ganglions régulateurs ; l'acide carbonique et la variation descendante de la température paralysent faction des premiers ganglions et excitent fortement les ganglions régulateurs Cq fait remarquable, comme nous le verrons, est d'une haute portée fonctionnelle.
Sous 1 influence de l'action combinée des centres nerveux, les deux moitiés du cœur se contractent simultanément et à
DIFFERENCIATION DES FONCTIONS PSYCHIQUES lyS
des intervalles réguliers. Le mécanisme de ces mouvements otïre encore bien d'autres dispositions très pratiques, qui permettent au coeur d'accomplir son immense travail mécanique avec une régularité parfaite et sans interruption.
Il serait déplacé d'entrer ici dans une description détail lée des admirables appareils moteurs et régulateurs*. Passons immédiatement à l'analyse des liens établis entre le cœur et le cerveau, qui, d'une part, donnent au fonctionnement hydraulique du cœur une perfection inimitable, et, de l'autre, déterminent son rôle d'organe de nos émotions.
Tout en recevant les impulsions motrices des ganglions qui lui sont propres (disposition qui lui permet de battre même une fois séparé du corps), le cœur est relié au cerveau par quantité de fibres nerveuses. Ces fibres, sous l'influence dexcitationscérébrales, modifientconsidérablement l'action du cœur dans le rythme et la force de ses contractions. Grâce à elles, le cœur de son côté, peut envoyer au cerveau toute une série de sensations correspondant au caractère une fois donné de ces mouvements.
Il faut distinguer ces tilets nerveux en deux espèces : les uns sont centrifuges et se rendent du cerveau au cœur, les autres sont centripètes et suivent la direction opposée. De hi première espèce nous connaissons jusqu'à présent les nerfs ralentissant les battements du cœur, qui vont au cerveau parle nerf pneumogastrique, et les nerfs accélérateurs, ijui vont au cœur par les ganglions du grand sympathique.
L'excitation du nerf pneumogastrique ralentit les batte mcnts du cœur en augmentant la force; le nerf accélérateur augmente le nombre de battements en en diminuant la puissance : de sorte c^ue les fonctions de ces deux espèces de nerfs nousollrent leur répétition de l'action desganglions uKjteurs el régulateurs situés dans le c«i'ur même Celle
I Moiudivr.igc Lt\ AV;7a ./// i, rut .1 dix Alcm ii)«'S). ir.iduii et dans les traductions allcitundc et italienne, donne une nionoj;rai plcle des prohlcme!» complexe» qui s'y rattachent.
identité daction tient à ce i|ue les nerfs venus du cerveau se terminent non pas dans les libres musculaires, mais dans les ganglions correspondants : les nerfs accélérateurs dans les ganglions moteurs, les nerfs pneumogastriques dans les ganglions régulateurs.
Aussi bien que les fibres modératrices du nerf pneumogastrique, les nerfs accélérateurs se trouvent dans un état permanent d'excitation tonique. Les pujsations qui résultent de l'harmonieuse collaboration de ces centres doivent être considérées comme les pulsations normales. Je lésai désignés comme ^^ Akiioiispiilsc j?. Nous savons que les excitants qui agissent sur les terminaisons centrales de ces nerfs sont identiques, dans leurs traits généraux, avec ceux qui agissent sur les ganglions périphériques correspondants : Toxygène et l'élévation de la température excitent surtout les nerfs accélérateurs ; l'acide carbonique et l'abaissement de température agissent sur les nerfs modérateurs K
Le cerveau peut encore intervenir dans le mécanisme de la circulation par l'intermédiaire d'autres nerfs centrifuges qui se terminent dans les muscles des petites artères. L'excitation de ces derniers nerfs, sortis du grand sympathique, diminue le volume de ces petites artères, tandis que leur paralysie l'augmente. On peut en comparer le rôle hydraulique avec l'action de robinets qui seraient placés entre les artères et les vaisseaux capillaires et qui, en s'ouvrant ou se fermant d'une manière plus ou moins complète, règlent la quantité de sang qui doit passer en un temps donné par un organe quelconque de notre corps.
Tous ces nerfs centrifuges ont un but commun : celui d'approprier l'activité du cœur et la distribution du sang dans les différents organes de notre corps à leur besoin d'activité ou à l'état donné du cctur. Les fonctions de l'orga-
1. Voir les trois lois d'excitation des ganglions et d'autres terminaisons établies par moi par de nombreuses recherches expérimentales dans Les Ner/s liuCaur, ch. IV. 5; 9.
nisme animal subissent des oscillations continuelles, tantôt normales, tantôt maladives, qui exigent des changements considérables dans la circulation du sang, changements qui doivent à la fois procurer aux organes la quantité de sang que nécessite à un moment donné leur fonctionnement, et éloigner ou contre-balancer les influences nuisibles, contraires au fonctionnement physiologique normal de ces organes. La haute perfection de ces appareils consiste en ce que, tout en provoquant des variations infinies dans le nombre et la force des contractions cardiaques, ils ne changent en rien la quantité de travail mécanique que le cœur doit opérer pour maintenir la circulation du sang.
Tantôt les nerfs centrifuges qui se rendent aux organes de la circulation sont excités directement dans leur terminaison centrale, au cerveau : tantôt toutes les excitations qui se communiquent dans la périphérie à nos nerfs sensibles se réfléchissent sur ces nerfs centrifuges. Ces excitations réflexes produisent deux sortes d'efl'ets sur tous les nerfs cardiaques et vaso-moteurs : ils augmentent leur activité ou Taflaiblissent.
A l'aide de ces etTets réflexes, lirritation d'une partie quelconque de notre cœur modifie la quantité de sang qui parcourt tous les autres organes et modifie par conséquent le degré de leur acti\itc. L'unité de notre organisme, composé de milliards de centres cellulaires distincts, tous doués :i un très haut degré d'une existence autonome, cette unité est duc surtout aux actions réflexes des nerfs sensibles sur les nerfs vaso moteurs et les nerfs cardiaques. Grâce à ces actions réflexes, toute irritation, toute alïcction d'un groupe de cellules se réfléchit ii:stantanément sur l'action des autres, (^es mécanismes réflexes ne touchent pourtant à la question qui nous occupe qu'autant qu'ils nous expliquent, ijuelle puissante influence l'excitation Je nos nerfs périphériques peut exercer sur l.i quantité de sang qui baigne nos centres nerveux à un moment donné et. par conséquent,
sur laction psychologique des centres nerveux qui en dépend.
Relevons i\articulièrement le plus admirable de ces mécanismes régulateurs, celui des nerfs dépresseurs, découvert par moi et I.udvig en 1866 \ c^ui. étant les principaux nerfs sensibles du cœur, en déterminent le rôle en tant qu'organe émotionnel.
Pompe élastique communiquant avec un système compliqué de tuvaux dilatables, le cœur contient dans ses cavités des quantités de sang plus ou moins grandes, selon que le diamètre des vaisseaux qui en sortent est plus petit ou plus grand. Un fort rétrécissement des petites artères augmente considérablement la résistance que le sang rencontre sur son passage du système artériel au système veineux et produit parfois dans le cœur une accumulation de sang tellement subite, qu'il court le même danger qu'une chaudière, lorsque la tension de la vapeur dépasse certaines limites, le danger de faire explosion. La soupape de sûreté, qui cède à une certaine pression, garantit la chaudière contre l'explosion, en ouvant à la vapeur une porte de sortie.
Le cœur possède, lui aussi, un mécanisme autorégulateur qui le garantit contre la rupture, mais incomparablement plus parfait, plus compliqué de construction que les soupapes des chaudières. Ce mécanisme est le suivant : toutes les fois que le cœur reçoit une quantité de sang excessive qui le menace de rupture, cette aftluence excite les deux nerfs sensibles ; l'excitation se transmet au cerveau et y produit une diminution du tonus des centres vaso-moteurs, par suite de laquelle toutes les petites artères de notre corps s'élargissent immédiatement et ouvrent au sang contenu
1. Les nerfs dépresseurs et les nerfs accélérateurs, découverts ces derniers par moi et mon frère, portent dans les sciences le nom de Nerfs de Cyon. Sur un lumineux rapport de Claude Bernard l'Académie des Sciences de Paris m'avait accordé le prix Monthyon de Physiologie expérimentale pour l'année iSb-:.
dans les cavités du cœur une issue facile : le cœur alors se vide rapidement et avec facilité: la pression diminue, et tout danger de rupture disparait.
Qu'on se figure un bassin central qui fournirait d'eau plusieurs localités à l'aide de canaux d'écoulement ; au bout de ces canaux sont des écluses, dont la fermeture ou l'ouverture dépendent dun mécanisme spécial, mis en mouvement par le bassin lui-même au moyen de conduits électriques. Lorsque, à la suite de la fermeture d'un grand nombre d'écluses, l'eau monte dans le bassin à une hauteur qui menace d'une inondation, l'ouverture des écluses s'impose pour permettre à l'eau de sortir librement des canaux et prévenir par cela même le danger imminent. C'est par un procédé identique que les nerfs dépresseurs garantissent le cœur de rupture, avec cette supériorité immense qu'ils remplissent ces fonctionssans l'intervention d'une force extérieure. La différence n'est pas uniquement dans la plus grande perfection du mécanisme cardiaque, qui permet au cœur de régulariser lui-même le travail qu'il accomplit et de se débarrasser de tout danger en quelques tierces de secondes, mais aussi dans le déclanchement automatique de ce merveilleux autorégulateur.
Les nerfs dépresseurs. tout en jouant un rôle si dominant dans l'action hydraulique du cœur, forment aussi, en tant que nerfs sensibles, les routes principales par lesquelles toutes les sensations du cdnir arrivent à notre conscience sous forme d'émotions. Quand le civur bat avec calme et régularité, l'homme n'éprouve pasde sentiments particuliers. Hès que le rythme et la force des contractions cardiaques se modifient par l'excitation des nerfs accélérateurs ou ralcntisseurs, nous éprouvons toute une série de sensations correspondant aux changements ctlectués. (xs sensations peu- Ncnt être de nature très variée, et les expressions citées plus haut en rendent beaucoup de nuances avec toute la justesse désirable.
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Des divers lactcurs physiques et chimiques ont la propriété de fortement exciter ou paralyser les nerfs cardiaques accélcralcuis ou modérateurs. Les excitations psychiques produisent des elTets bien plus profonds encore. Les centres des nerfs cardiaques se trouvent dans la moelle allongée, c'est-à-dire dans la partie du système nerveux central, ijui, reliée à tous les nerfs cérébraux-spinaux, peut être regardée comme le confluent, où se rencontrent et se croisent toutes les excitations propagées dan> le système nerveux. Les états psvchiques et les dispositions de lame auxquels l'homme est soumis, sont de force et de caractère variés à l'infini. La variété, la diversité dans les nuances des oscillations, qu'ils provoquent dans les battements par l'intermédiaire des nerfs cardiaques, est presque aussi grande : il en résulte une diversité considérable dans les émotions que notre conscience reçoit des nerfs dépresseurs
La faculté des nerfs centrifuges d'être excités par les mouvements de l'âme, et la faculté des nerfs centripètes de transmettre avec exactitude à notre conscience toutes les irrégularités produites par ces excitations dans les battements du cœur, — ces deux facultés des nerfs cardiaques renferment les conditions qui font de notre cœur l'organe où se reflètent toutes les variations de notre état mental, toutes les dispositions et tous les états de notre âme, joie ou douleur, amour ou haine, méchanceté ou bienveillance.
Toutes ces dispositions se reproduisent aussi dans les mouvements de la figure, dans la voix, dans la posture du corps, etc. La physiologie et la psychologie se sont intéressées depuis longtemps à ces signes extérieurs de notre état moral et (jnt pu réunir et élaborer systématiquement l'immense matériel que l'homme et les animaux otTrent à l'observateur.
Le mécanisme cardiaque dont j'ai parlé a été jusqu'à présent étudié surtout au point de vue de son fonctionnement purement physiologique. Nous ne pouvons encore donner un tableau complet des changements opérés dans les
DIFFÉRENCIATION DES FONCTIONS PSYCHIQUES iSl
battements du cœur par les différentes dispositions de l'âme. Les observations, de ce côté, sont encore trop insuffisantes'. Ces sortes d'observations sur le cœur présentent de grandes difficultés; elles exigent avant tout qu'on observe sur soimême. 11 faut, pour les réunir en nombre, un concours de circonstances particulièrement heureux, d'autant plus que les changements dans les battements du cœur et les états psychiques qui les provoquent sont absolument indépendants de notre volonté.
Ces phénomènes, bien entendu, ne peuvent pas être observés au gré de l'expérimentateur : il n'y a que très peu de sensations de l'âme qu on puisse provoquer à volonté, l'effroi subit par exemple. Malgré tant de difficultés, nous possédons dès à présent des données suffisantes pour pouvoir formuler quelques thèses fondamentales sur l'état de dépendance où les mouvements cardiaques se trouvent vis-à-vis des excitations psychiques du cerveau. Angelo Mosso a le premier essayé d'exécuter dans cette direction des expériences systématiques à l'aide du sphymographe.
Tous les mouvements agréables et joyeux de notre âme excitent les nerfs accélérateurs du cœur ; ils font donc battre le cœur très vite, en diminuant du même coup l'intensité de chaque battement. Les expressions : Ir cœur palpite !c joie, le cœur tremble de joie, caractérisent à merveille les battements provoqués par l'excitation des nerfs accélérateurs. La facilité avec laquelle le cœur se vide par ces sortes le contractions, tout en entretenant la régularité de la circulation par une pression insignitîante, provoque le sentiment de bien-être si bien rendu par les mots : le cœur léger.
Les sentiments tristes ou déprimants agissent principalement sur les fibres ralentissantes des nerfs pneumogastriques: ces sensations, selon le degré de leur intensité, ralentissent plus ou moins les battements, en prolongeant
1. Ce n'cstt que dans la première édition des Serfs du Caur que j'ai résume l'état de ce problème en 11)05 (roir les ouvrages de Mosso, Gley. etc ) .
l82 CORPS, AME r-T ESPRIT
les intervalles pendant lesquels le cœur pompe une grande ijuantité de sang, dont il ne peut plus se débarrasser qu'en se contractant par des efforts considérables. Ces efforts, accompagnés d'une certaine douleur, provoquent toute une série de sensations exprimée par ces mots : Irid'itr rouvre, torture Ju cœur, le unir oppresse, le eœiir se eoiilraete iioitloiireusenient. L'expression française jvoir le eœur (rros rend de la façon la plus exacte l'étal du cœur à la suite de l'excitation des nerfs pneumogastriques.
Une nouvelle triste subitement annoncée ou une sensation oppressive prolongée provoquent souvent des battements justement définis par ces mots : le Ciriir bat j rompre la poitrine. Ces battements tumultueux, très rapides, résultent d'une paralysie des nerfs pneumogastriques. L'accélération due à cette paralysie des nerfs ralentisseurs a un caractère tout à fait distinct de l'accélération qu'on observe pendant l'excitation des nerfs cardiaques par des sensations joyeuses.
Dans ces battements tumultueux, le sentiment de douleur, d'inquiétude et d'angoisse monte jusqu'à un degré insupportable : il faut que le cœur répète très fréquemment des efforts pénibles pour chasser une forte quantité de sang par une pression très énergique. L'effroi subit, qu'il soit produit par une nouvelle joyeuse ou triste, provoque toujours une forte excitation des nerfs pneumogastriques, qui arrive souvent jusqu'à l'arrêt complet des battements du cœur et à l'évanouissement. Cet arrêt est suivi d'une accélération de battements quand la nouvelle était joyeuse, d'un ralentissement quand elle était triste.
Les nerfs cardiaques n'ont pas le privilège exclusif de répondre aux émotions de l'âme. Beaucoup d'émotions agissent en même temps sur les centres vaso-moteurs et produisent dans les vaisseaux, par leur intermédiaire, des changements correspondants, toujours les mêmes. Ainsi la pâleur du visage pendant l'effroi résulte d'une contraction
des petites artères faciales ; la rougeur du visage, par suite de joie subite ou d'un sentiment de honte, résulte d'une paralysie des nerfs vaso-moteurs, paralysie qui, dans le casde joie subite, provient non pas d'une action directe sur ces nerfs, mais d'une action indirecte exercée sur ces vaisseaux par le cœur et les nerfs dépresseurs.
L'intensité de l'action des émotions de l'âme sur le cœur dépend avant tout du degré d'excitabilité des nerfs. Plus cette excitabilité est grande, plus les changements provoqués par les émotions dans les battements du cœur seront forts. et plus aussi la sensation que nous y éprouverons sera vive. Chez les femmes et les enfants l'excitabilité de ces nerfs est bien plus grande que chez l'homme adulte : aussi chez eux les battements du cœur expriment-ils les dispositions de l'âme avec bien plus de force et de facilité. L'opinion populaire que les femmes et les enfants ont le cœur plus doux et plus tendre, est donc parfaitement fondée en ce sens au point de vue physiologique.
Le parallélisme intéressant qui existe entre l'action sur le cœur de certainsexcitants physiques et chimiqueset l'action des excitations psychiques mérite une attention particulière. L'oxygène et la chaleur agissent sur le cœur dans le même sens que les émotions agréables et joyeuses, en excitant les nerfs accélérateurs L acide carbonique et le froid, ainsi que les émotions déprimantes et tristes excitent les libres des nerfs pneumogastriques, qui ralentissent le cœur.
En d'autres termes, les facteurs utiles et nécessaires à la \ le, qu'ils soient physiques ou psychiques, agissent d'une manière uniforme sur un groupe des nerfs cardiaques; les facteurs nuisibles sur un autre groupe.
Dans la vie ordinaire, on a l'habitude d'attribuer un cœur chaud à l'homme bon, qui s'intéresse vivement au sort de son prochain ; //// nrnr froid et dur à régoïste. Ici encore, le rapport établi entre les qualités morales et l'action du c(i'ur a été parfaitement saisi : chez l'homme qui assiste eu
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Spectateur indilTcrcnl aux joies ou aux souHrances des autres, les battements sont lents et tranquilles, comme sous 1 intluence du froid. Les contractions, au contraire, sont fréquentes, comme souslintluence de la chaleur, chezl'homme qui prend à cœur les joies de son prochain.
Si le rapport qui existe entre les dispositions de l'âme et létat du ccrur a pu être si bien compris et si justement exprimé par le peuple, à plus forte raison les poètes ont-ils pu saisir et rendre avec une exactitude encore plus grande les innombrables influences réciproques du Cd'ur et du cerveau. Rien de plus frappant (.[ue la ressemblance parfaite des descriptions des sensations cardiaques faites par les poètes des temps les plus différents et des peuples les plus divers : Amarou en sanscrit, Pétrarque en italien, Horace et Heine, rendent, dans des termes presque identiques, toutes les ivresses et les souffrances provoquées par l'amour. Les exigences du style élevé étant tout à fait différentes dans ces langues, la similitude des expressions ne peut provenir que de la similitude des sensations, ce qui prouve la justesse des fictions poétiques.
Les poètes devraient renoncer pourtant une fois pour toutes à faire mourir leurs héros de ruptures du cœur causées par une douleur subite ; grâce à l'action préventive des nerfs dépresseurs, un cœur sjin ne saurait se déchirer. Des émotions longtemps prolongées, surtout si elles sont de caractères différents et deviennent la cause de revirements brusques dans les battements du cd^ur. peuvent seules amener la mort, mais lentement, par le développement graduel de maladies de cœur accompagnées de toutes les altérations pathologiques de lorganisme qui leur sont propres. Il est tout aussi inexact de dire qu'on peut faire taire son cœur ou ne pas rougir de honte. Tous les nerfs qui vont au cœur et aux vaisseaux sont involontaires. Il ne se peut donc pas que notre volonté intervienne dans leur action.
DIFFÉREN'CIATION DES FONCTIONS PSYCHIQUES iS^
L'homme n'a jamais pu faire taire son cœur que dans deux cas : ou bien il néprouvait plus les émotions psychiques capables de faire parler son cœur, ou bien il avait éprouvé ces émotions avec tant de force et si fréquemment, que l'excitation de ces nerfs cardiaques est usée jusqu'à insensibilité complète. La volonté n'y joue aucun rôle. Grâce à ce caractère involontaire des changements effectués dans le cœur et les vaisseaux sous l'influence des émotions psychiques, ces changements sont le seul témoignage exact de la sincérité de nos sentiments. On peut arriver, à force d'exercices, à exprimer par la voix, par les muscles faciaux, par l'expression des yeux et même par des larmes hypocrites, des sentiments qu'on n'éprouve pas le moins du monde. Mais le plus grand des comédiens ne saurait pâlir à volonté, ni forcer son cœur à battre de la manière exigée par le sentiment qu'il exprime. Si même auparavant il a souvent éprouvé ce sentiment, il ne pourra provoquer dans son cœur des changements correspondants, qu'en rappelant ce sentiment à son souvenir.
La psychologie physiologique elle-même n'a pas toujours ^u éviter des erreurs de ce genre dans ses études des sentiments et des états aflectifs. On pouvait s'attendre à ce que laccessibilité de certaines méthodes objectives, employées par les physiologistes dans l'étude du cœur chez l'homme, comme par exemple la pléthysmographie de Mosso, préservât d'erreurs souvent capitales les psychologues ayant recours à l'expérimentation. S'il n'en a pas été ainsi, et si. même chez W'undt, un peut lire que la raison pour laquelle il a négligé de prendre en considération lespulsationscardiaques dans 1 étude des mouvements rythmiques, était que les mouvements du c(\nir, r de même que les oscillations d'autres processus vitaux internes, ne faisaient naître aucune donnée de la conscience et par conséquent ni sensations ni sentiments u, on est bien forcé de conclure ijue les fonctions psychiques, exercées par le système nerveux et cérébral.
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ne peuvent être expérimentalement étudiées avec profit que par le véritable physiologiste.
Contrairement à l'opinion de W'undtque le physiologiste « considérait les sentiments et les affections comme faisant à peine partie du monde des événements objectifs >/ (Plivs. PsychoL, vol. III, s"" éd., p. 766), les données de la physiologie du cœur nous apprennent que, même dans ce domaine, la recherche subjective doit forcément rester stérile, si celui qui s'y livre ne possède pas une connaissance approfondie de la physiologie du cœur et n'a pas eu l'occasion d'observer objectivement des milliers de cœurs en pleine activité et d'analyser quelques kilomètres de courbes cardiaques.
Possédant un cœur très excitable (ce que les médecins anglais appellent au irrHablc licart), j'ai eu plus d'une fois, au cours de ma vie mouvementée, l'occasion de le soumettre à l'observation rigoureuse. Pour cherchera résoudre les problèmes physiologiques traités ici, je n'ai d'ailleurs jamais hésité, à titre purement expérimental, à imposer à mon cœur des efforts physiques et psychiques pénibles et même dangereux. Quoique le volume de mon cœur fût plutôt petit en proportion avec ma constitution robuste, je Tai maintes fois soumis au surmenage pendant des ascensions, des exercices d'escrime ou d'équitation, et cela afin d'éprouver sa résistance fonctionnelle ; de même pour l'étude des réactions que mes nerfs cardiaques exerçaient sur le cerveau et des états émotionnels secondaires qui en étaient la conséquence. Les résultats des expériences faites à l'aide de la provocation artiticielle d'émotions variées furent non moins instructifs. L'interprétation des données «jbtenues au moven de ces essais et de ces observations offrait rarement de grandes difficultés, et cela grâce à l'expérience acquise durant de longues années d études sur des cœurs soit isolés du reste du corps, soit laissés /;/ 5/7// après l'ouverture de la cage thoracique, la circulation artificielle y étant maintenue pendant des heures et même des jour-
nées entières. Rarement je fus obligé de recourir, pour l'interprétation de mes observations subjectives, aux reproductions graphiques à l'aide du sphygmographe ou du pléthysmographe ; si vives étaient dans ma mémoire les images des courbes cardiaques correspondant aux formes même anormales des mouvements du co.'ur.
L'interprétation exacte des graphiques obtenus à l'aide du pléthysmographe de Mosso ou d'instruments analogues présente, pour le non initié, des difficultés souvent insurniontables. La confusion se produit dans l'interprétation des oscillations des courbes occasionnées par un grand nombre de facteurs, tels que la pression sanguine, les pulsations cardiaques, les mouvements respiratoires, les ondes artificielles de Traube, ou les ondes spontanées de Cyon, etc. Ces variations dans les contractions cardiaques présentent des nuances à peine saisissables, même quand elles ont pour origine des influences physiques naturelles ou artificielles provoquées par 1 expérimentateur. Les variations dues aux émotions psychiques sont encore infiniment plus complexes. Aussi l'expérimentation subjective et objective, simultanée, peutelle seule permettre d'en saisir la véritable portée. Mais, dans ce domaine comme dans bien d'autres, l'expérimentation ne peut être entreprise avec des chances de succès que par des savants, versés dans la physiologie du cœur.
Un autre problème, intimement lié au sujet que nous traitons et dont la solution est d'une grande importance pour la psychologie des sentiments et des émotions, peut être formulé ainsi : les terminaisons des fibres nerveuses sensibles, situées dans le cœur, et surtout les cellules ganglionnaires peuvent elles provoquer ilirt\tcmcnt des sentiments cl des émotions sous des influences provenant d'autres sources que le cerveau? Les pulsations cardiaques dépendent, en ce qui concerne leur nombre, leur durée et leur intensité, de l'état d'excitation du système intracardiaque. cl les bentiments et émotions d'origine centrale ne modifient
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ces pulsations que par la voie de ce système. On pourrait donc admettre que des modifications identiques, produites par les excitations i/i/(-rni-s du cœur, provoqueraient à leur tour dans notre conscience des sentiments et émotions correspondants. Très nombreuses sont en effet les causes d'excitation d'ordre chimique et physique ou d'origine interne \ capables de modifier les pulsations cardiaques avec ou sans l'intermédiaire des centres ganglionnaires du cerveau ou du grand sympathique. Beaucoup de ces facteurs, tels que. par exemple, les variations de la température cm de la composition des gaz du sang qui arrose le cœur, excitent les terminaisons nerveuses du cœur de la même façon que le f(jnt les mouvements psychiques d'origine centrale. Ainsi, les sentiments de joie ou de plaisir exercent, sur les terminaisons nerveuses accélératrices, la même action que lesaccroissements de la température ou de la quantité d'oxygène ; les sentiments de déplaisir ou de douleur agissent, au contraire, sur les terminaisons nerveuses inhibitrices, dans le même sens que les abaissements de la température du sang ou l'augmentation de la quantité d'acide carbonique-.
Conformément à mes lois (deuxième et troisième) de l'excitation ganglionnaire, les excitations psychiques devraient exercer sur les ganglions et sur les terminaisons périphériques du cœur la même action que sur leurs centres cérébraux. Il semblerait donc qu'à la question que nous venons de poser on pourrait répondre d'une façon affirmative. En réalité, la réponse est loin d'être aussi aisée qu'on serait tenté de le croire. La réponse affirmative ferait forcément surgir cette question nouvelle : Pourquoi les excitations internes, normales ou morbides, ne provoquent-elles pas, occasioniitllcinriit et de temps à autre, des émotions aussi compli-