I. Voir plus l).iut. <\\. 11, ^ ^ cl
zoo CORPS, AMF. FT ESPRIT
OU s'en éloigner, etc. 11 ne saurait être question de concept chez les animaux ménie supérieurs, la formation du concept d'un système idéal de trois coordonnées étant une pure opération de l'esprit. C'est grâce à ce concept que, chez l'homme, s'établissent des rapports entre le moi conscient et la conscience générale. La véritable portée du concept de ce système idéal de coordonnées fut reconnue pour la première fois par Descartes. Mes recherches n'ont fait que démontrer son origine sensorielle
Cette limite imposée aux fonctions de l'âme chez les animaux est par elle-même si évidente qu'on devait croire impossible toute confusion ou erreur à ce sujet, surtout de la part des naturalites. Malheureusement il n'en est pas ainsi, et justement dans l'étude des fonctions des organes sensorielles de telles erreurs se produisent constamment. Plusieurs naturalistes, pour la plupart élèves de Mach, attribuent même aux invertébrés certaines connaissances géométriques; en se basant sur quelques expériences faites sur des écrevisses, ils concluent que leurs otocystes leur servent à déterminer la verticale ! Certains mathématiciens n'avaient-ils pas compris que mes recherches sur le labyrinthe ^e l'oreille tendaient à démontrer que. grâce aux canaux semi-circulaires du labyrinthe, les animaux possédaient des concepts d'un espace à une, à deux ou à trois dimensions I
Au cours de mes controverses sur des erreurs de ce genre, je me suis suffisamment efforcé de rétablir la vraie portée de mes recherches. Tout un chapitre de mon dernier ouvrage est presque exclusivement consacré à l'analyse des faits expérimentaux qui établissent nettement les limites entre les fonctions du labyrinthe de l'oreille chez l'homme d'une part, et chez divers animaux vertébrés et invertébrés d'autre part. Les causes des erreurs commises par quelques-uns de mes adversaires se trouvèrent ainsi précisées voir LOrcillc, chap. iv, §|6-9).
Plusieurs organes des sens, communs aux hommes et aux animaux, comme celui de la quête par exemple pour l'orientation à distance \ peuvent être bien plus développés chez ces derniers : la portée de leur fonctionnement ne dépasse pas néanmoins les limites imposées aux pures fonctions de l'âme et ne permet pas la formation des concepts.
Je me suis étendu un peu longuement sur lorigine psychique de la conscience du moi, parce qu'au mode de formation de cette conscience sont liées quelques autres questions physiologiques et pathologiques, dun grand intérêt psychologique. Telle, par exemple, la question du dédoublement énigmatique de la personnalité. (>e phénomène morbide, l'un des plus mystérieux de la psychologie pathologique, s'était jusqu'ici dérobé à tous les essais d'interprétation. Les psychiatres n'ont pas encore réussi à en donner une explication même approchée. Grâce à la manière dont nous concevons l'origine de la conscience du moi, nous pouvons essayer de rendre compréhensible jusqu'à un certain point le mécanisme du dédoublement de la personnalité
Le système de coordonnées, sur lequel sont projetées les images rétiniennes, se forme par l.i fusion des deux systèmes de coordonnées : celui du labyrinthe droit, et celui du labyrinthe gauche. Sans une pareille fusion, les images rétiniennes de chacun des deux côtés parviendraient toujours isolément à la conscience. Nous les projetterions dans deux systèmes différents de coordonnées perpendiculaires de Descartes et nous les localiserions isolément aussi dans l'espace extérieur. Nous posséderions ainsi Jeux moi
I. Pour faire ressortir plus nettement l.i différence entre lOncntation dans les trois directions do l'espace et l'orientation à distance, comme p.ir exemple celles des pigeons voyageurs, j'ai compare le rôle des canaux stinicirculaires .1 celui du gouvernail sur un bateau, tandis que le labyimlhe du lier et des organes visuels rempliraient le rtMe de la b«)ussole pour 1 orientation ^ distance.
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conscients percevant chacun des images en partie différentes. Or. ce ne sont pas seulement les objets visibles que nous projetons dans ces systèmes de coordonnées : nousen faisons autant de toutes nos sensations, extérieures et intérieures, qui parviennent à notre perception. Nous recevons ainsi, des moitiés droite et gauche de notre corps, des sensations qui sont loin d'être toujours identiques. On peut donc admettre, dans le cas du dédoublement, quelles amènent à notre conscience des images /on/ j Jji/ ilif/l'ri'ii/t'S, d'où il résulte que le sujet se perçoit lui même comme formé de deux personnes distinctes. De ce dédoublement de la personnalité découlent, simultanément ou successivement, d'autres troubles psvchiques. Bref, ponr que le dédouhlevieii/ se produise, il snffi/ qniDie allérj/ion niorbide qnelcoiiqne niet/e ohs/acle monieiitanémen/ à la fnsiou des deux SYs/ènies de coordonnées. J'ignore si les aliénistes ont réussi à trouver dans le cerveau des foyers pathologiques quelconques, caractéristiques de ce dédoublement de la personnalité. Il n'est d'ailleurs pas impossible que des modifications morbides d'un labyrinthe ou d'un nerf acoustique suffisent à créer les conditions d'un phénomène de ce genre.
Cet essai d'interprétation plausible du mystérieux dédoublement fournit en tout cas une représentation assez claire de son mécanisme. 11 va sans dire qu'un pareil mode de production du dédoublement plaiderait forcément en faveur de l'origine sensorielle de la conscience du moi.
î^ 7 — La Di':LL\riTATiox du domaine des recherches
ENTRE LA PHYSIOLOGIE ET LA l'I I II.OSOPHIE. CONSI- DÉRATIONS TERMINOLOGIQUES.
Les exemples que nous venons de citer indiquent déjà d'une façon suffisante où il faudrait, d'après ma conception,
tracer la ligne de séparation entre les fonctions psychiques et les manifestations de l'esprit. Tous les faits psychiques dont on peut faire remonter 1 origine à l'expérience sensolielle évidente ou à des fonctions définies du système nerveux central ou périphérique appartiennent*!// domaine Je l'iimc, par conséquent à celui de la physiologie, de l'anatomie et de la psychiatrie. Les opérations de l'âme qui ont été qualifiées jusqu'ici de fonctions psychiques supérieures ne sont pas des fonctions, au sens propre du mot. Elles ont été le plus souvent désignées comme des phcnomcncs ou des associations. J'ai employé ici les termes de processus, de manifestations, d'actions, ces derniers présentant l'avantage de faire ressortir h faculté créatrice Je l'esprit. D après la différenciation que je propose, ces opérations psychiques supérieures constitueraient l'apanage exclusif de l'esprit humain.
L'étude des manifestations < Leistun^eni de l'esprit appartient à la philosophie. Les philosophes ont seuls la liberté nécessaire pour formuler des questions qu'ils savent par avance ne pas comporter des réponses décisives', pour donner des définitions d'idées abstraites et de concepts, dont l'origine n'est pas suffisamment précisée, et pour édifier des hypothèses, dont le caractère éphémère ne fait de doute pour personne. Ceci n empêche nullement ces questions. ce«» définitions, et ces hypothèses de pouvoir ultérieurement devenir fécondes au point de vue de la recherche psychologique. Les psychologues, tout comme les philosophes qui se proposent d'expliquer la nature la plus intime des cho>es, sont habitués depuis des milliers d'années à ce que leurs recherches ne fournissent pasde résultats définitifs. Le naturaliste, au contraire, qui s'impose une tâche beaucoup plus modeste, et limite ses recherches aux valeurs qu'il peut saisir, mesurer et peser, c'est à dire aux valeurs réelles,
I Les métaphysiciens considèrent trop souvent que formuler une que^- •n cquiv.iut .i y répondre.
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doit viser à obtenir des résultats qui soient également palpables et démontrables.
Four en revenir à la question de l'importance psychologique des fonctions du labyrinthe, en tant qu'organe des sens mathématiques du temps et de l'espace, je rappellerai qu'en reprenant les recherches expérimentales faites depuis plus d'un siècle et dans des buts différents par Venturi, Spallanzani, Autenrieth, Flourens, E.-H. Weber, K \'ierordt, et d'autres, j'ai réussi à en faire sortir la preuve de l'existence d'organes sensoriels déterminés, dont les sensations et perceptions permettent de conclure à l'origine sensible de nos représentations de temps et d'espace, ainsi que notre connaissance des nombres.
C^ette preuve faite, la tâche qui revenait au physiologiste dans la solution du problème du temps et de l'espace se trouvait accomplie. Si, néanmoins, j'ai abordé le domaine de la psychologie, ce fut pour les motifs suivants. De l'existence des organes de sens mathématiques il découlait nécessairement que la croyance à l'origine j priori des représentations d'espace et de temps, croyance si profondément enracinée même chez plusieurs naturalistes et mathématiciens, n'avait plus désormais ni objet ni raison d'être.
Etant donnés les rapports étroits qui existent entre la question de l'origine des axiomes géométriques et celle Je l'origine des perceptions d'espace, il nous a paru nécessaire de ne pas limiter nos recherches à l'une d'elles, lin nous basant sur les sensations fournies par les trois directions cardinales de l'espace, nous avons réussi également à démontrer l'origine sensibledes axiomes et des définitionsgéométriques et la possibilité de reconstruire synthétiquement à leur aide la géométrie euclidienne. Ainsi furent repoussés les assauts des méla-mathématiciens s'efforçant d'arracher à Euclide '" cette domination sur les hommes » qui, selon le mot connu de K. E. von Baer, '< a duré plus longtemps que celle de n importe quelle dynastie rovale ».
Je n"ai pas voulu pénétrer plus avant dans le domaine de la psychologie humaine ; je laisse aux philosophes le soin de développer et d'utiliser, au moyen des méthodes dont ils disposent, les données fournies par la physiologie. La formation des concepts abstraits Je temps et J'espace constitue une pitre opération Je Vesprit, dont l'explication relève principalement des études philosophiques. Aux mathématiciens, d'autre part, incombe la tâche délicate d'explorer le mécanisme des processus intellectuels, à laide desquels leur science a pu ériger l'édifice grandiose de l'analyse supérieure et créer de nouvelles géométries toutes transcendentales, et cela en partant de la connaissance des nombres et desquatre règles de l'arithmétique, due aux perceptions des hauteurs des sons. L'origine physiologique des axiomes et des définitions de la géométrie euclidienne peut fournir à la philosophie des sciences mathématiques de nombreux points de départ pour des recherches fécondes sur l'édification de cette géomtérie, ainsi que sur la valeur des nouvelles géométries plus ou moins imaginaires.
Plus fécond encore sera probablement l'essai de vérifier ma théorie que la géométrie analytiijue a pour origine la représentation immédiate du système idéal des trois coordonnées rectangulaires de Descartes.
La physiologie du labyrinthe de l'oreille a montré que la notion Ji- r infinité Jii teinps et Je t'espace pouvait nous être fournie par les sensations de direction. La perception de la direction produit la représentation de la ligne droite, ainsi que Gauss l'avait déjà noté et que Ueberweg a essayé de le démontrer .\les expériences sur des animaux et sur l'homme ont fourni la preuve expérimentale de cette origine. Or. nous ne pouvc^ns nous représenter la direction autrement qu'indivisible et illimitée. L'examen et l'explication des opérations de l'esprit qui conduisent de cette rcprésetitatioii iniméJiateix la formation du concept de l'infinité de l'espace constituent la tâche de l'avenir Dans la solution de ce pro-
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blèmc, on devra prêter une attention spéciale aux oppositions qui existent entre le clunip visnrl , vaste, mais limite, qui est accessible à notre aperception directe (AnscJuiiiun^), et le iliJDip jiiJUif restreint, mais inaccessible à notre aperception et par conséquent illiniiL' en apparence. Os oppositions jouent certainement un rôle considérable dans la formation de notre concept de l'infinité du temps et de l'espace.
Les philosophes et les psychologues ont été obligés jusqu'ici de former les concepts de ces grandeurs sans s'appuyer sur aucune base réelle et d une façon purement métaphysique, en les tirant pour ainsi dire d'eux-mêmes. C'est ce qui explique l'éternelle stérilité de leurs etïorts pour obtenir des notions durables, et dont la science puisse tirer parti. Les concepts sont les éléments fondamentaux de l'activité de l'esprit. C'est pourquoi le psychologue, privé de concepts clairs et immuables, n'a jamais réussi à remplir sa tâche principale, celle de dc(ra(rcr d'iinr mciiiiî'rc définitive les lois de la pensée. Les divergences inconciliables qui existent et ont toujours existé en psychologie sont dues à la stérilité que nous signalons.
11 ne sera plus désormais possible au philosophe d'aborder sérieusement le problème de la Jorfujtion des coneepts de temps et d'espace, sjiis tenir compte de l'existence, démontrée expérimentalement, dans le labyrinthe de l'oreille, d'orsraucs de sens généraux, auxquels nous devons les sensations, perceptions et représentations des trois directions cardinales de iespace, et la connaissance des nombres, dont le temps est fonction '.
Les philosophes, s'ils veulent aboutir à des résultats féconds et durables, doivent commencer par se familiariser complètement avec les données établies par la physiologie expérimentale et relatives au fonctionnement de cesorganes
I. Déj.'» Arislote avait reconnu dune façon a>«scz exacte les rapports entre le temps et le nombre.
de sens généraux. Mais, pour que le Travail parallèle, accompli dans des domaines contigus par la physiologie et la philosophie, soit efficace un accord entre cesdeux sciences est indispensable, quant à la désignation des éléments et des facteurs qu'il s'agit d'étudier. La terminologie en usage jusqu'ici ne peut être maintenue sans d'importantes modifications. Une fuis les processus de l'esprit éliminésde l'ensemble des fonctions psychiques, il devient évident que le mot psychologie ne devrait plus servir qu'à désigner strictement ces dernières. Ainsi entendu, ce mot pourrait désormais être appliqué sans inconvénient aux études sur les animaux, tandis qu'actuellement, lorsqu'on a fait des observations psychologiques sur des animaux, même invertébrés, on n'est que trop porté à en tirer des conclusions relatives aux facultés intellectuelles de l'homme, ce qui doit forcém.ent donner lieu aux plus bizarres erreurs'. Des profanes, des dilettantes et malheureusement aussi certains naturalistes ont grandement abusé, ces tempsderniers, des mots, << études psychiques //, '< psychisme >/. ou encore « instituts psvchologiques • //. Aussi la dignité même de la recherche scientifique conseillerait-elle de choisir un autre terme pour désigner les études portant sur l'esprit humain. Ce choix appartient naturellement aux philosophes. Le terme de nirninlogîc aurait paru convenir, s'il n'était déjà en usage, autant que je sache, dans un autre domaine. Peut-être pourrait-on, provisoirement au moins, employer les expressions de « psychologie créatrice », ou de -^ psychologie humaine ».
Je me suis servi souvent du mot processus pour désigner les manifestations de l'activité spirituelle, parce que ce mot ne préjuge rien, quant à la nature de cette activité. Les termes Jsstuuhons, phcuotnrncs, fonctions, servant à désigner les faits psychiques généraux, ne se prélent qu'impar-