‹ Dieu et science: essais de psychologie des sciencesChapitre 27 sur 59 · Voir OhrlAhyrinin, ». n iv. 5 s · texte numérisé non relu

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2. Ces termes servent le plus »ouveiU à Jcgui<«er les 6tuvlc« des phênomcnes provoiiuès par des spirites professionnels.

t'aitomenl à la désignation des proct-ssns purement spirituels. Des associations de perceptions de représentations, d'impressions et de souvenirs peuvent avoir lieu en dehors de toute intervention de l'esprit; et cela, grâce aux trajets fibrillaires qui relient les cellules ganglionnaires dans lesquelles ces perceptions, représentations, etc., sont accumulées. C'est sur des associations de ce genre que reposent les manifestations psychiquescommunesàThommeetauxanimaux. Quant au mot phénomène, il peut être interprété de la façon la plus diverse. Un phciiomciu' ne montre, en général, que le côté extérieur d'un processus. Chaque observateur le voit «t l'interprèteditïéremment. Le phénomène désigne quelque chose de passager, de momentané, d'éphémère, et par conséquent ne convient pas à l'activité créatrice de l'esprit. Mach. qui se distingue toujours par des interprétations malheureuses des faits les plus simples et les plus clairs, a réussi à compromettre aux yeux des naturalistes la psychologie phénoménale, et cela surtout pour avoir malencontreusement ressuscité en physique le <f tout coule » d'Heraclite K

Cari Stumpf. l'éminent philosophe, a introduit, ces temps -derniers, l'expression, '< fonctions psychiques », destinée à remplacer le terme plu'noniciii's. Voici comment il définit la façon dont il entend cette expression et sa portée :

'< Contrairement aux définitions de D. S. Miller, Dewey, etc., le moi fonction n'est pas conçu ici dans le sens d'un résultat produit par un processus, comme lorsqu'on dit que la circulation du sang est une fonction de contractions cardiaques ; mais ce mot est conçu dans le sens de l'activité, du processus, ou de l'événement lui-même, ainsi que la contraction même du cœur est considérée comme une fonction organique. » Même dans ce sens ainsi défini, il n'est pas permis au naturaliste de parler des fonctions de l'esprit. Pour le physiologiste, il n'existe pas de fonction qui

1. Voir Ohrlahyi inth, ch. ii, §:; 2-7, et l'appendice au paragraphe 3 du •chapitre vi.

ne soit lexpression de l'activité d'un organe. Or, d'après la conception qu'on propose ici et qui ne sera certes désapprouvée que par quelques matérialistes attardés, l'activité de l'esprit ne possède aucun substratum matériel accessible à nos sens'. Il serait donc plus exact de parler de VactivitL\ des manifestations de l'esprit {orcistigc Lcisiuu^cti] que de ses fouctiofis. L'esprit dirige les fonctions cérébro-psychiques ; il détermine les lois d'après lesquelles les produits du fonctionnement des cellules ganglionnaires peuvent être utilisés par la pensée créatrice. L'esprit ne doit donc en aucune façon être considéré comme une fonction de ces cellules qu'il domine. L'esprit forme des concepts, formule des jugements, tire des conclusions, développe des hypothèses et des théories. Il le fait en employant les trésors de l'expérience des sens, des impressions sensibles provenant •du cœur ou d'autres organes intérieurs, trésors accumulés dans les archives du système nerveux central, « la plus noble création que la nature ait jamais produite,... cette merveille du monde, dont rien n'égale la mystérieuse sublimité » (Pfliiger).

Dégager les lois de la pensée, tracer les voies par lesquelles, grâce à ces lois, les perceptions et représentations sensibles sont utilisées, à l'aide de l'abstraction, en vue de former des concepts devant servir à leur tour de point de départ à l'activité ultérieure de l'intelligence, telle est la tâche fondamentale qui incombe au philosophe. Ni le temps ni l'espace n'imposent de limites à la productivité de l'esprit. Quelque merveilleuse que soit l'activité des cellules ganglionnaires, elle n'en est pas moins limitée dans le temps et l'espace; aussi devons- no us renoncer à l espoir J'expliquer la nature de l'esprit, illimité par essence à l'aide des Jonctions forcément limitées de nos ori^anes. La productivité

i. I..1 iiuostion de l.j sub>*tjntialilé ou non 5ub»tantialité de le^prit hum.un .1 «iic >.oniplt(omcnt dôpLiocc par suite Je Ij nouvelle interpréta» tioi\ scicntitiquo du mol <>iih\t.i»i:e. Nous ne pouvon> p.is I.i tr.utor \.i

Du (-YON. i ^

créatrice de l'esprit nous amène à le considérer comme une émanation des forces cosmiques primitives. Lesprit révèle des vérités éternelles au prophète, inspire le poète de génie, guide 1 imagination créatrice de l'artiste et dévoile au naturaliste qui aspire à la vérité les merveilles mystérieuses de la nature et les lois de leur production, tout cela dans la mesure, pour chacun d'eux, de la richesse et de l'ordonnance du contenu de ses cellules ganglionnaires. Il peut donc être question des productions de l'esprit, de ses facultés, de son énergie potentielle : on ne saurait parler de ses fonctions'.

^8. — Les véritables laboratoiris de psychologie humaine expérimentale.

En explorant le champ illimité de la productivité de l'esprit pour découvrir les lois de la pensée, le philosophe ne doit pas se contenter de l'étude subjective, de l'aperception intérieure, toujours décevante, ni se borner à remuer éternellement les données amassées par ses ancêtres spirituels. C'est par la recherche ohjcitivc et expérimentale dans le domaine de la psychologie humaine que le philosophe parviendra, lui aussi, à des résultats positifs et durables. Pour étudier l'activité de l'esprit, il dispose en réalité de laboratoires avec lesquels ne sauraient rivaliser les instituts psychologiques modernes, fussent-ils pourvus des instruments les plus coûteux et les plus tins. La véritable psychologie expérimentale est d'ailleurs aussi vieille que i humanité, et la plupart de ses expériences, accumulées pendant des siècles, conservent encore de nos jours toute leur valeur. Hve a institué la première expérience de psychologie animale. Pendant quarante ans, dans le désert de l'Arabie,

1. Encore moins pourrait-on employer le mot fonction dans le sens mathématique, pour désigner l'activité de l'esprit ; cela donnerait lieu, en tout cas. à des nialcndus regrettables.

Moïse n'a pas cessé de faire delà psychologie expérimentale sur une multitude d'esclaves évadés. La plus belle et la plus réussie de ses expériences fut de laisser s'éteindre dans le désert deux générations d'esclaves, avant d'amener leurs descendants, nés libres, dans la terre promise.

Le créateur inspiré de la psychologie des peuples, l'apôtre PauP, nous a laissé, dans ses épitres, les monuments les plus brillants de l'expérimentation féconde dans le domaine de l'esprit; les résultats de ses expériences gardent encore aujourd'hui leur pleine valeur. Les fondateurs de religions, les unificateurs de peuples, les capitaines victorieux ont été, avant tout, des psychologues de premier ordre et des expérimentateurs incomparables. C'est l'esprit, et non la force brutale, qui remporte les victoires sur les champs de bataille, comme dans le cabinet de l'homme d'Etat, et qui décide des destinées de l'humanité. Les deux puissances qui se partagent la domination du monde civilisé — la Papauté et l'Angleterre — sont des puissances spirituelles par excellence. La véritable lutte pour la suprématie mondiale se livre en effet entre le Vatican et le Westminster, les deux plus grandes puissances du monde chrétien, chacune dominant plusieurs centaines de millions d'âmes. La parole ei la plume sont les armes les plus puissantes dont dispose l'homme. L'histoire présente ainsi, pour l'étude de l'activité de l'esprit humain, le domaine de recherches le plus vaste qu'on puisse rêver; et le philosophe moderne, qui veut faire de la psychologie expérimentale, ne devrait pas dédaigner les laboratoires dans lesquels se fait l'histoire contemporaine. A aucune époque l'esprit n'a exercé sur les événements une inllueiice plus forte et plus évidente que de nos jtjurs

Si, dans la première moitié du xix" siècle, les philosophes. nu lieu de s'affoler, de perdre pied devant l'essor formidable

I. Saint P.ujl ot pcutélio le premier philuNoplic qui ait ».«pcrc une «ii*tinction très traticlïcc entre lactivitc spirituelle et l'activité p^vchupie. (!'• Epitrc aux Corinthiens, xv, m--«7 '

des sciences naturelles, et de se retirer peu à peu dans le domaine plutôt restreint de l'histoire de la philosophie, avaient cherché à s'emparer des véritables données de ces sciences et à les utiliser au profit de la pensée humaine, ils seraient devenus les directeurs spirituels incontestés des masses populaires parvenues à la souveraineté, de même que leurs grands prédécesseurs du xviif siècle avaient su devenir les directeurs spirituels des rois et de leurs courtisans. La philosophie n'assisterait pas aujourd'hui à la ruine de son intluence sur le mouvement intellectuel . Les charlatans ignares et les dilettantes en métaphysique n'auraient jamais réussi à fausser l'esprit scientifique et à leurrer les masses Quant à la sociologie, cette nouvelle branche greffée sur la philosophie, elle ne pourra prétendre à une valeur réelle et n'exercera une action bienfaisante sur la société humaine qu'à la condition de perdre son caractère purement livresque et de renoncer à déduire ses lois de la vaine argumentation spéculative, pour essayer, au contraire, de les baser sur l'observation des réalités de la vie et sur des études expérimentales faites dans le champ même où se poursuit la lutte sociale.

^ g. — Du ROLE DE l'ESPRIT DANS LINTUITION DES DÉCOUVERTES ET LES INVENTIONS SCIENTIFIQUES.

La valeur des productions de l'esprit ne dépend pas seulement de la capacité des cellules ganglionnaires dont il utilise le contenu, mais encore de la qualité des éléments constitutifs de ce contenu, et de la façon dont ilsont été accumulés et ordonnés. C'est pourquoi la psychologie des grands penseurs et des créateurs des sciences a formé, de tout temps, une source inépuisable de documents pouvant servir h la connaissance de l'activité intellectuelle et à la fixation de ses lois. Sous ce rapport encore, l'étude des œuvres des

créateurs de la science moderne fournirait au psychologue des matériaux infiniment plus précieux que la discussion fastidieuse et les interminables commentaires des œuvres des philosophes grecs qui, par leurs buts et leurs méthodes, sont si éloignés de nous dans le temps et l'espace.

Aucun autre produit de l'activité psychique ne fait mieux ressortir les rôles respectifs de l'esprit et du cerveau que les découvertes capitales qui ont complètement transformé les conditions de la vie sur notre planète et ouvert tant d'horizons nouveaux à notre connaissance pendant le cours du xix*^ siècle. '* Est-ce un Dieu qui a tracé ces lignes?// demande Boltzmann .dans ses considérations sur les équations de Maxwel. On pourrait poser la même question à propos des lois de l'entropie de Carnot et de Clausius, à propos des ondes hertziennes, à propos des découvertes de Curie et de Ramsay sur la radio-activité, pour ne parler que des merveilles les plus récentes de la science.

Rien ne met mieux en relief le rôle capital de lesprit que l'intuition de ces découvertes géniales.

« Mystérieuse jusque dans l'éclat du jour, la nature ne se laisse pas arracher son voile, et ce qu'elle veut cachera notre esprit, il n'est ni levier ni vis qui nous le puisse découvrir > (Faust).

Le naturaliste, qui a eu lui même l'occasion de faire de nouvelles découvertes, est le mieux à même de distinguer la part qui, dans ses découvertes personnelles, revient à Tacti' vite exploratrice de son cerveau et celle qui doit être attribuée à l'intuition subite et créatrice de son esprit. Lui seul peut se rendre exactement compte que, même dans le choix des méthodes fécondes, l'intuition de l'esprit joue fort souvent un rôle décisif.

H en est de même naturellement pour l'inspiration de l'artiste ou du poète, pour le don de pénétration de l'homme d'Etat, ou les prédictions d'un prophète. Il n'est pas toujours facile de tracer une limite entre les productions ordinaireN

2 l \ CORPS, AMR KT FSf'RlT

de Tesprit qui sont le fruit de longues méditations, qui utilisent les résultats de l'expérience accumulés daus les cellules ganglionnaires du naturaliste, et celles qui sont dues à l'intuition spontanée. L intuition se manifeste presque toujours d'une façon soudaine et inattendue, souvent même au moment où le savant commence à douter de la possibilité d'arriver à la solution du problème qui le préoccupe depuis de longs mois. Elle jaillit inopinément dans des conditions particulièrement favorables, comme pendant une promenade dans les montagnes, sur le bord d'un lac suisse merveilleusement éclairé, ou en pleine mer sous un brillant clair de lune, en général dans des circonstances ou l'attention du penseur, détournée du problème qui le préocupe, est en extase devant les beautés de la nature.

Les grandes découvertes vraiment fécondes dans les sciences naturelles expérimentales ont souvent eu pour dernière origine l'observation ou l'interprétation nouvelle d'un phénomène connu, qui se présente soudain à l'intelligence intuitive sous une forme siii ^cncris.

La fameuse découverte de l'analyse spectrale par Kirchhotï et Bunsen en est un exemple éclatant. En i8s7, à la réception d'un verre prismatique taillé par Frauenhofer lui-même, ils se proposèrent d'analyser les rapports entre les rayons jaunes de la ligne D du spectre. Tout en considérant la ligne D dans le spectre solaire, ils introduisirent une flamme saline dans le champ visuel : ils s'attendaient à voir s éclaircir la ligne noire D. Ce fut le cas en effet, à la lueur trouble des nuages ; mais à la lumière du soleil la ligne s élargit et noircit d'avantage. « Ola me paraît une chose fondamentale//, s'exclama Kirchhoff en quittant la chambre. Le lendemain, la rais(jn de ce phénomène fut expliquée et bientôt après le rapport entre la puissance d'absorption et d'émission fut reconnu : la loi du renversement des lignes spectrales était trouvée. Les merveilleuses applications de cette loi en phvsique, en chimie, en physiologie et en

astronomie, où la démonstration de la présence dans le soleil des substances terrestres a prouvé l'uniformité de la matière dans le monde accessible à nos sens, tout cela eut pour point de départ l'intuition géniale de Kirchhoff, qui sut saisir toute la portée de l'apparition de la ligne noire D à la lumière du soleil.

La découverte de la planète Neptune par Le \'errier est également une démonstration éclatante de la puissance intuitive de l'esprit. Elle se fit par un procédé tout opposé. Bouvard avait constaté sur la planète Uranus, découverte par Herschel, des écarts entre les mouvements calculés sur les tables astronomiques et les mouvements observés. Cette constatation était en contradiction apparente avec les lois d'attraction de Newton. Le Verrier, voulant expliquer ces écarts, rechercha si les mouvements d'Uranus n'étaient pas sous la dépendance de Saturne et de Jupiter. Il fut amené à conjecturer qu'il devait exister, dans le voisinage d'Uranus, une planète jusque-là inconnue. Le i8 septembre 184^, dans une communication faite à l'Académie de Paris. Le \'errier exposa le résultat définitif de ses calculs mathématiques, par lesquels il révélait l'existence d'un nouvel astre, Neptune ; il indiqua en même temps sa position exacte dans la sphère céleste et sut désigner à l'avance le point où la planète pourrait être observée le i" jan\ier 1S47. Guidés par ces indications précises. Hall et d'Abrcsi, de l'observatoire de Berlin, ne tardèrent pas en etïet à distinguer dans le télescope la planète Neptune au point désigné. *f .\l. Le Verrier a aperçu le nouvel astre sans avoir besoin de jeter un seul regard vers le ciel -w, déclarait Arago dans la séance du «) octobre iS4() ** 11 la vu Mi bout ./<• sa plume, il a déterminé par la seule puissance du calcul de la place et la grandeur d'un corps dont l.i distance au soleil surpasse i aoo millions de lieues, et qui, dans nos plus puissantes lunettes» offre à peine un disque sensible **

('c brillant triomphe de Le Verrier a démontré l'exacti-

tude de la loi d'attraction universelle, démonstration dont la valeur égale théoriquement celle que présenteraient de réelles expériences sur les corps célestes. Dix ans plus tard» KirchhotT et Bunsen introduisaient directement le soleil et les étoiles fixes dans le domaine des recherches expérimentales.

A la question, comment il était arrivé à établir la loi de l'attraction universelle. Newton fit la réponse connue : » En y pensant continuellement. >/ Et en efïet, l'attention concentrée sur un problème et les longues méditations sur sa solution probable sont la condition première essentielle pour l'éclosion des intuitions spirituelles. » L'intuition n'est donnée qu'à celui dont l'esprit a subi une longue préparation pour la recevoir », a dit également Pasteur. Mais le premier élan de la pensée sur la nature de la force d'attraction n'en fut pas moins chez Newton l'effet de l'intuition. Lors de son séjour à Whoolstorpe, pendant qu'il se reposait dans le parc, par un beau clair de lune, une pomme tomba à ses pieds. Son attention fut aussitôt attirée sur ce fait qu'un corps rapproché subissait l'attraction vers le centre de la terre, tandis que la lune, qui était éloignée, y échappait. Cette anecdote, racontée par une nièce de Newton à Voltaire, est donnée comme authentique par le grand admirateur du savant anglais. Il est certain que l'esprit de Newton était déjà absorbé par le problème de l'attraction bien avant l'incident de la pomme. L'opposition entre les effets de l'attraction sur la pomme et sur la lune vint le mettre intuitivement sur la voie de la solution poursuivie.

La spontanéité et l'imprévu de l'intuition sont les circonstances capitales qui témoignent en faveur de son origine spirituelle. Là-dessus, naturalistes, psychologues et mathématiciens sont d'accord entre eux. Il en est à peu près de même sur ce fait que certaines intuitions apparaissent subitement à la conscience au moment où Ton se réveille d'un profond sommeil. Sur l'origine et le mécanisme de ce genre

DIFFERENCIATION DES FON'CTIONS PSYCHIQUES 21J

d'intuitions, dont on exagère d'ailleurs considérablement la valeur, j'aurai l'occasion de revenir plus longuement au paragraphe suivant.

Les idées réellement intuitives sont le plus souvent en contradiction avec les opinions et les doctrines courantes; aussi sont-elles généralement considérées au début comme invraisemblables. Quand ces idées ne trouvent pas d'application pratique immédiate, elles se heurtent d'habitude à de violentes résistances. Ce n'est qu'après de longues années de vive lutte qu'elles parviennent à se faire jour, à être généralement adoptées. Leur opposition avec les idées régnantes est souvent si tranchée qu'au premier moment leur auteur même éprouve quelque difliculté à les introduire dansl'enchainementde sespropres pensées. En vertu de cette origine, les idées réellement inspirées se trouvent être le plus souvent des idées justes. On a. le droit d'affirmer que leur invraisemblance et leur contradiction avec les opinions reçues peuvent être considérées comme un critérium favorable de leur justesse ^ '< Dans plusieurs de mes recherches scientifiques, écrivais-je naguère, je suis arrivéàdessolutions inattendues qui, pour cette raison, paraissaient improbables tout d'abord. IMus tard, on était au contraire surpris que la justesse de solutions aussi simples, aussi évidentes, ait pu paraître contestable » (voir Olirîjbynuth, préface).

Quand, en iS()ï,, je commençai mes recherches relatives à V/nfJtii'HCi' des rjcincs postcrit'urcs Je la moelle i'f>i ni ère sur rcxeitabilité des racines antérieures, l'existence du tonus de Brondgecst paraissait être délinitivement écartée L'insuftisance des méthodes de Brondgeest était reconnue par les phvsiologistcs. le restai néanmoins convaincu, uràcc à mes

I. Ce critcnum n csl p.is seulement v.il.ible pv)ur U"* ^lccouvcrtc^ scientifiques : H Les conception» de l'homme d'ttjt. comme les intuitions de l'artiste et les découvertes du savant, ne sont réellement grandes et fructueuses que quand, — au début au moins, — elles rencontrent niostilitê de la multitude u, écnvaisje en i8t>s, dans la préface de \ Histoire Je fEnteMlf JrAtuoruae. Paris, Eichler.

•2 1 s CORPS, AME ET ESPRIT

études cliniques sur l'ataxie locomotrice (/j/^t'-s Jorsjlis}, que l'intégrité du fonctionnement des racines postérieures exerçait une intluence considérable sur la sphère motrice correspondante, lù en etïet, mes expériences eurent bientôt établi la nature de cette intluence tonique, à laquelle participent même certaines parties du cerveau. On a vu plus haut (| 2) la grande portée des résultats de ces recherches relativement à l'origine de nos énergies psychiques.

Vers la même époque, il paraissait tout à fait impossible de maintenir pendant plusieurs jours les fonctions vitales d'un cœur de grenouille, en le faisant lui-même entretenir sa nutrition avec du sérum de lapin et enregistrer en outre ses pulsations sur un cylindre rotatif à l'aide d'un manomètre à mercure. Plusieurs mois d'essais, poursuivis sous la direction de Ludwig, me permirent, en automne 186% de vaincre cette prétendue impossibilité. et de créer une méthode pour ressusciter les fonctions des organes séparés du corps, méthode, devenue si féconde en physiologie. Plusde trente ans après, à laide de cette méthode, je pus faire ioncùonnQV, post mortcm , les centres cérébraux des nerfs cardiaques et vaso-moteurs, ainsi que ceux des nerfs de la respiration et de certains nerfs oculo-moteurs.

Après que Ludwig et Thirv, dans leurs célèbres travaux parus en 1864, eurent démontré les erreurs des méthodes et des conclusions de Bezold, le problème de l'existence des nerfs cardiaques, en dehors des pneumotgastriques, sembla pour longtemps résolu dans le sens négatif. En 1866, j'entrepris de nouvelles recherches sur les nerfs du cœur; grâce à des intuitions heureuses et à l'emploi de méthodes appropriées, les nerfs sensibles du cœur (nerfs dépresseurs; et les nerfs moteurs ( nerfs accélérateurs) furent découverts, et leur merveilleux mécanisme se trouva élucidé avant la tin de la même année ^

I. Voir, sur la portée physiologique Je ces découvertes, le rapport Je Claude Bernard, présenté en 1807 à l'Académie des Sciences de Paris, qui,

DIFFÉRENCIATION bES FONCTIONS PSYCHIQUES 2I9

J'ai raconté ailleurs l'histoire de la découverte des fonctions des canaux semi-circulaires en tant qu'organes du sens de l'espace (1873), de la destination physiologiste des glandes thyroïdes, de l'hypophyseet de la glande pinéale (1897- 1902). Les unes étaient dues en partie à des intuitions d'ordre intellectuel, provenant de la présence simultanée dans ma conscience de contenus en apparence hétérogènes ; d'autres avaient pour origine desassociations, plus ou moins brusques ou spontanées, de perceptions ou de représentations accumulées dans mes cellules ganglionnaires, associations dues à des communications anatomiques entre les fibres nerveuses que contiennent certaines cellules ganglionnaires. Ces dernières associations peuvent se produire en dehors de la participation de notre esprit et de notre conscience générale.

On devrait peut-être désigner ces associations purement cérébrales sous le nom d'associations psychiques; elles se forment, indépendamment de la volonté, dans la conscience du moi et parviennent seulement ensuite à notre conscience générale. Les intuitions purement spirituelles, par contre, sont conscientes dès le début ; de notre conscience générale elles arrivent spontanément à la conscience du moi. Il serait utile de conserver le terme d'intuitions pour qualifier les inspirations et les divinations purement spirituelles, et d appeler sentiments ou pressentiments les intuitions psychiques reposant sur des associations ganglionnaires. Claude Bernard, dans sa célèbre [ntroJiiition, s'est souvent servi du mot sentiment en ce sens. L'origine purement cérébrale de certaines de ses intuitions, à l'aide d'associations de représentations immédiates avec des perceptions ou des images empreintes dans sa mémoire, n'a pas empêché Claude Bernard de faire des découvertes qui ont enrichi plusieurs branches de la physiologie Ln pareil cas, le sentiment ainsi entendu sert d'impulsion première à la pensée; il dirige

.1 luiKuiiniitc, in';iccord.i le prix de physiologie expérimentale ifond.ition Moutyon) .

heureusement les recherches et ouvre les voies fécondes qui mènent aux productions de l'esprit pur.

Un exemple d'intuition pnr simple association : lorsque j'appris la belle découverte de liodothyrine, faite par Haumann, une association soudaine avec mes souvenirs déjà anciens des rapports entre la maladie de Basedow. l'action curative de liode et certaines fonctions des nerfs cardiaques me suggéra spontanément l'intuition que l'étude de l'action phvsiologique de Tiodothyrine sur les nerfs du cœur me fournirait la clef du problème concernant les fonctions de la glande thyroïde.

Par contre, l'intuition qui m'a conduit à la découverte des fonctions de l'hypophyse était d'ordre purement spirituel. L'invraisemblance qu'un organe de dimension aussi mince, que beaucoup de phvsiologistes et d'anatomistes considéraient comme le vestige d'une dégénérescence embryonnaire, sans rôle déterminé, put exercer des fonctions vitales et psychiques d'une portée si haute, me décida, malgré les difficultés opératoires, à l'expérimentation directe, (^e sont des raisons du même ordre qui m'ont guidé quand j'ai entrepris d'étudier les fonctions de la glande pinéale.

Récemment, dans une conférence à la Snricfy of Chc~ micjl /fh/iis/rv '^ sur les avantages de la recherche des Invraisemblances >/, sir William Ramsay développa les mêmes idées et appuya sa démonstration par l'exposé de plusieurs expériences de sa propre vie scientifique. " 11 était absolument invraisemblable, dit-il, que notre atmosphère contînt cinq éléments qui avaient échappé jusqu'ici à nos recherches. C'était le comble de l'invraisemblance qu'un gaz se dégageant du radium et devenu libre, se transformât spontanément en hélium. **

I.a découverte d'une nouvelle méthode d'investigation» dont le choix en physiologie expérimentale est d'une importance décisive, est également un pur produit de l'esnrit. I.à

aussi l'intuition joue un rôle capital. Mais elle doit forcément être précédée de longues méditations. La méthode, une fois crée par un esprit intuitif supérieur, peut rendre encore à la science de notables services, même appliquée par des esprits de second ordre. Cette possibilité fait souvent naitre l'illusion que ni l'intuition, ni les grandes qualités intellectuelles ne sont indispensables pour qu'un travail scientifique soit fécond. Cest ainsi que naguère encore W. Ostwald s'est prononcé, dans une étude sur la technique des inventions, en faveur de la « transmissibilité des qualités des grands esprits à leurs élèves et successeurs ». Cela n'est vrai que pour les invriilions, et seulement dans les cas où les élèves travaillent avec les méthodes et sous la direction du maître qui les a créées. Pour faire de grandes découvertes, d'ordre théorique, dans les sciences naturelles, l'emploi même très habile des méthodes créées par d'autres ne suffit pas. 11 faut, en outre, des qualités spéciales de l'esprit. L'histoire des sciences naturelles abonde en preuves à ce sujet. Beaucoup d'autres considérations sur la psychologie des découvertes présenteraient encore un haut intérêt, relativement à la ditïérènciation des fonctions psvchiques et de la productivité de l'esprit. « Les psychologues modernes, écrivais-je il y a quelques années, ont l'habitude de regarder comme les méthodes de recherche les plus importantes et les plus fécondes, pou-r étudier l'activité de l'esprit humain, celles qui tiennent compte des ditlérences et des mesures quant Itjiivt's. La psychologie physiologique considérait même ces méthodes comme les seules admissibles, parce que seules elles paraissent capables d'assurer une précision scientitique. (Tétait une erreur radicale : les dilTérenccs qiuh/j- //î'('>que l'on observe dans les productions de l'esprit humain ont une importance plus grande, et cela non seulement en ce qui concerne la théorie de la connaissance ; même au point de vue méthodologique, elles se prêtent infiniment mieu.x ;i lanalyse scientifique Le psychologue qui se pro-

aaa corps, ame et esprit

poserait d'étudier à ce point de vue les erreurs de l'esprit humain, ne tùt-ce que dans un seul domaine, dans l'histoire des scienees exactes de la nature, par exemple, n(jus ferait certainement mieux connaître l'entendement humain que ne l'ont fait jusqu'ici tous les essais de mensurations psychophysiologiques' ».

J'ai formulé de la façon suivante l'un des résultats de ces études : 'r Les esprits des hommes doivent être divisés en deux catégoriesinégales : ceux qui arrivent presque toujours directement à la vérité et ceux qui versent constamment dans l'erreur. » Je considéraisalors la connaissance et l'erreur comme des particularités qualitatives, caractérisant difïérents esprits et tout à fait indépendantes de la façon plus ou moins assidue dont ils travaillaient. L'érudition la plus grande, l'examen le plus minutieux et le plus approfondi d'une question ne donneront pas la vraie connaissance à un esprit prédisposé à l'erreur. C'est bien à tort que le métaphysicien Mach chercher à démontrer le contraire dans son ouvrage, Connaissance et Erreur. 11 offre d'ailleurs lui-même un des plus éclatants exemples d'un savant très érudit et très studieux, appartenant à la catégorie de ceux qui pensent toujours de travers; chaque page de son livre en fournit d'évidents témoignages-.

Le nombre des savants et des philosophes qui pensent juste est très limité dans tous les domaines du savoir humain. Pour penser juste, il faut, avant tout, posséder la faculté de percevoir juste les sensations de nos sens, surtout celles de l'ouïe et de la vue. 11 s'agit ensuite de se réprésenter exactement les perceptions reçues, ce qui dépend en grande partie d'un groupement heureux des images perçues, accu-

I. E. de Cvon. Les erreurs mvogèncs. Conclusion. Pflu^er's Atchivy Bd. CXH. itiob.

: Djns les paragraphes a, ^ cl 7 du chapitre 11 et dans l'appendice du paragraphe ^ du chapitre vi de mon ouvrage, Da^ O/ir/ahYrinth, cci[c pi\rticularilé de l'esprit de Mach est déniontrcô par des exemples nombreux, tirés de son activité scientifique et philosophique.

mulées dans notre mémoire. On reconnaît aisément combien est faible la proportion des personnes qui voient et sentent juste en soumettant simultanément un certain nombre d'individus du même âge et d'instruction à peu près égale à l'examen des impressions reçues par suite des mêmes excitations tactiles ou visuelles. La proportion diminue encore notablement quand il sagit d'utiliser les représentations et les aperceptions pour la formation des concepts et des jugements; et cela, même quand l'épreuve se fait sur des gens de savoir égal. La faculté de penser juste se manifeste déjà dans la formation de nos concepts. L'intuition créatrice de l'esprit n'intervient qu'au moment où le savant cherche à interpréter et à juger, à l'aide de représentations ou de concepts tout formés, la nature des phénomènes qui ont provoqué les sensations premières et conduit à la perception consciente. Même sans intuition, le savant doué d'une intelligence claire et juste pourra certes, par un labeur long et pénible, accomplir des recherches utiles et faire parfois des trouvailles heureuses. Mais jamais il n'ouvrira à la science des voies vraiment nouvelles et ne fécondera notre connaissance de la vérité.

L'intuition immédiate de la vérité n'est donnée qu'aux savants qui pensent juste et qui. par leur savoir acquis, peuvent faire fructifier l'inspiration reçue Encore, pour que l'intuition devienne réellement (.rcatricc, un troisième facteur, d'ordre purement éthique, doit il intervenir. \\w etTet, comme je l'écrivais dans la préface d'un précédent ouvrage {Les Nerfs du drur, édition allemandei, «la vérité ne se ràvî^lc qu à celui qui l'aime passionnément pour elle même et sans aucun but intéressé, m

Naturellement, de longues années d'un travail assidu sont de plus indispensables pour examiner et vérifier si les idées et les solutions d'origine intuitive répondent en effet à la réalité. Le succès et la fécondité des recherches auxquelles CCS idées et ces solutions ont servi de point de départ peu-

•2 2 4 CORPS, AMF FT ISF'KIT

vent être considérés comme la preuve la plus décisive de leur vérité '^ La démonstration et non la simple découverte a élevé les créateurs de la science naturelle moderne à leur véritable hauteur et a gravé leurs noms en lettres indestructibles dans le temple de la gloire », concluait K. E. von Baer, après avoir exposé les longues luttes et les cruelles épreuves subies par Copernic, Kepler, Galilée et tant d'autres, avant que la valeur de leurs grandes découvertes n'eût été universellement reconnue.

La catégorie des savants qui voient, jugent et pensent toujours de travers est naturellement inapte à la production scientifique. Os savants peuvent accomplir, avec ou sans direction étrangère, quelques recherches mal conçues et le plus souvent médiocrement exécutées, ou même obtenir, par hasard, un résultat nouveau. Mais ils seront toujours incapables d'en saisir la vraie portée et d'en tirer des conclusions générales valables.

Chacune de ces deux catégories de savants et de penseurs comporte, on le comprend, de nombreux degrés. Ce qui est excessivement rare, ce sont des transitions entre les deux. Dans la première catégorie, en dehors dies esprits intuitifs, il faudrait encore distinguer deux subdivisions : d'une part, les intellectuels purs, chez lesquels les opérations de la pensée ne sont pas influencées par les phénomènes de la vie affective, l'entendement seul conduisant leurs recherches; d'autre part, ceux dont l'activité spirituelle, excitée par les désirs, les intérêts ou les passions, reste néanmoins dominée par la raison en dernier ressort.

On ne saurait' omettre de mentionner ici une troisième catégorie de personnes, qui n'appartiennent pas au monde des chercheurs, mais qui forment l'immense majorité de l'espèce humaine : nous voulons parler des hommes qui ne connaissent pas la pensée dans la vraie acception du mot. C'est une hypothèse plausible que ceux-là disposent seulement des fonctions de l'âme exercées par le ce.rveau, mais

ne possèdent pas d'esprit créateur. Leurs processus psychiques, de moindre valeur, reposeraient ainsi en grande partie sur le fonctionnement de mécanismes cérébraux purement automatiques ; ils seraient comparables, quoique quantitativement et qualitativement plus parfaits, à ceux des vertébrés supérieurs.

En admettant la justesse de ces différences, on doit se demander dans quelle mesure l'esprit peut être rendu responsable des erreurs chez les individus de la deuxième catégorie. On ne saurait écarter sans discussion l'hvpothèse daprès laquelle les erreurs commises seraient imputables non à- l'esprit, mais aux cellules ganglionnaires, d'une valeur moindre, et dont le contenu serait inutilisable ou mal ordonné.

Le développement rigoureusement scientifique de cette conception permettrait d'ores et déjà de démontrer, à l'aide des données expérimentales acquises, que la séparation proposée entre les fonctions psycho-cérébrales et les productions de l'esprit correspond à la réalité des fait^. L'élimination de l'esprit du domaine des fonctions psychiques nous imposerait alors une autre conclusion, d'une portée considérable : il n'existe pas de malaJies mentales, mais seulement iles maladies Je Famé, c'est-à dire des malailies cêréhrales Le terme allemand. Gemuthskrankheiten , correspond plus exactement à la réalité'. Aussi le psychiatre autorisé, qui voudrait appliquer à 1 étude de la symptomalologie des soi-disant maladies mentales la ditVércnciation i|uc nous proposons, devrait-il s attacher à résoudre la c|ucstit)n suivante : Les atVcctions cérébrales, telles que congestions, scléroses, ramollissements ou autres processus pathologiques susceptibles de supprimer ou

I I..I l.inguc russe ne coiin.iit pas l'expression tn.t/.>Jtri menLiUs. I.e>. troubles Uc l'esprit sont gcncralciucnt cnglohcH dan» l'expression mdl.uiies df l'Âmf. P.irnii le peuple, on dit dc« .ilicncs qu'ils sont « descendus de l'intelligence ».

Di: CYt)N. I ,

d altérer le fonctionnement des parties du cerveau atteintes, sut'tisent-elles pour rendre compte des troubles intellectuels, sans quon soit oblige d invoquer, pour les expliquer, une maladie de lesprit?

îs lo. — Rapports entre le corps, l'ame, et LESPRIT. Hypophyse et glande pinéale. Le sommeil et l'inconscient.

La question des rapports et des communications éventuels entre le corps, l'âme et 1 esprit a, depuis des siècles, intéressé au plus haut degré philosophes et naturalistes. i< Peu de problèmes on fait 1 objet de réflexions plus persévérantes, décrits plus nombreux, de polémiques plus acerbes, que celle des relations entre 1 âme et le corps de l'homme», a dit avec raison du Bois-Reymond. Parmi les solutions préconisées, celle de Descartes et celle de Leibniz méritent d être mentionnées brièvement. Grâce à la pensée hautement scientifique de ces philosophes, leurs hypothèses, sous certains rapports, n'ont pas été entièrement stériles.

Daprès Descartes, le corps et l'esprit ne seraient en rapport qu'un en seul point, dans la glande pinéale du cerveau : c'était un essai d'une solution anatomique du problème. Pourtant, la structure anatomique de la pinéale paraissait la rendre peu apte à jouer le rôle que Descartes lui attribuait. Mais lintuition d un homme de génie contient toujours des germes de vérité. Nous verrons bientôt que le fonctionnement de cet organe minuscule, tel qu'il semblait ressortir de mes recherches de 1903, prend une part considérable à la solution du problème qui nous occupe. Leibniz voulut le rendre accessible à notre entendement par une comparaison purement mécanique : deux pendules, réglées une fois pour toutes à mouvement

égal, représenteraient les rapports de lame et du corps. Dans cet ordre d idées, il entrevoit trois possibilités, dont seule la troisième était de nature à satisfaire le défenseur de 1 harmonie préétablie. Lartiste qui a construit les deux pendules aurait été assez habile pour les faire marcher dune façon uniforme; mais, par leurs mouvements, elles resteraient néanmoins indépendantes 1 une de lautre. Le naturaliste ne saurait se contenter de cette explication un peu trop simpliste. Notre conception de lesprit est d ailleurs difficile à concilier avec lidée d'un parallélisme indépendant entre lactivité intellectuelle et le fonctionnement du cerveau, que ce parallélisme soit interprété dans le sens de Leibniz, ou dans celui de Spinosa.

La question des rapports entre le corps et l'âme se trouve d'ailleurs radicalement transformée par ce fait que l'esprit est éliminé de l'ensemble des fonctions de l'âme. Désormais, ces dernières fonctions peuvent être considérées, même par la philosophie idéaliste, comme provenant des propriétés organiques des cellules cérébrales. Un aphorisme audacieux de Karl Vogt a soulevé, vers le milieu du siècle dernier, autant d'enthousiasme irréfléchi que ,de critiques justifiées. " Toutes les facultés que nous concevons comme résultant de l'activité de l'âme, disait il, ne sont que des fonctions du cerveau ou, pour nous servir d une expression plus grossière, la pensée est au cerveau à peu près ce que la bile est au foie, ou l'urine aux reins. ^ Laissons de côté la confusion malencontreuse des cellules ganglionnaires avec les cellules glandulaires; les premières ne sécrètent r-en et ne peuvent rien sécréter. Quant au fond de l'aphorisme, dès que la pensée humaine cesse d'être considérée par le naturaliste comme résultant de lactivité de 1 âme. mais est conçue comme un pur attribut de l'esprit, au sen> indiqué plus haut, la comparaison de Vogt, malgré sa grossièreté, ne peut plus soulever des objections de principe. Par suite de la ditïérenciation que nous avons proposée.

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