LES ABERRATIONS PSYCHIQUES
A. — Lt' spiritisme devant la science'.
A la fin d'une étude consacrée à la différenciation des fonctions psychiques, et notamment à la délimitation plus précise du domaine de l'esprit, il me parait nécessaire d ajouter ici quelques mots au sujet de certaines aberrations psychiques, telles que le spiritisme, l'hvpnotisme et autres phénomènes attribués à l'esprit, — ou aux esprits. Ces phénomènes, autrefois exploités exclusivement par les charlatans, les aventuriers et les prestidigitateurs, ont commencé, dès la seconde moitié du siècle dernier, à préoccuper certains milieux scientifiques et même à leur servir d'objets d'étude.
Sous prétexte de combattre des superstitions séculaires on a cnir'ouvert à ces recherches quelques laboratoires et salles de clinique, où Ion n'a pas hésité à exposer de malheureux malades atteints de folie à la curiosité malsaine de la foule.
Q(>6 corps, a m F ET ESPRIT
l'ne promiscuité fâcheuse s'est établie entre savants et cliniciens, dune part, professionnels hypnotiseurs, spirites et médium, d'autre part, promiscuité cjui eut pour résultat d'élargir considérablement le cercle d'action de cesderniers. d'accorder h leurs pratiques charlatanesques une estampille de science reconnue, et de donner ainsi un essor inattendu à la propagation des superstitions les plus ineptes, sous des dénominations soi-disant scientifiques.
L'hypnotisme s'étant séparé en apparence du spiritisme, celui-ci, pour conserver des dehors respectables, a pris le nom de psvchisme. 11 n'en est devenu que plus compromettant pour la psychologie sérieuse et menace de créer une confusion déplorable à tous les points de vue.
Loin de moi l'intention de discuter ici à fond les phénomènes de psychisme ou d'hvpnotime, et d'en dévoiler les illusions et les dangers. Ce n'est pas que les matériaux nécessaires me fassent défaut pour une pareille démonstration ; ce serait plutôt l'abondance des documents dont je dispose qui pourrait me gêner. En etfet, plusieurs fois, dans l'intérêt de la vérité scientifique, je fus amené à démasquer en public, ou devant des commissions réunies ad hoc, les manœuvres de spirites, fameux par leurs exploits miraculeux dans le monde entier Ayant, d'autre part, assisté, non sans tristesse, à léclosion de la superstition hypnotique dans plusieurs cliniques parisiennes, j'ai pu également étudier de près ces phénomènes et reconnaitre les erreurs et les supercheries, souvent enfantines, sur lesquelles la plupart d'entre eux reposaient.
, Je me bornerai à citer ici deux exemples suffisamment démonstratifs. Le premier cas concerne le fameux Douglas Home, l'inventeur des tables tournantes et l'évocateur des esprits frappeurs, qui. au début de la seconde moitié du siècle passé, atlola, par son habileté et par le caractère étrange des phénomènes qu'il savait produire, les principales capitale.s de l'Lurope. Home fut en réalité le créateur
et l'initiateur du spiritisme actuel, sous ses formes les plus diverses.
A Compiègne, comme à Windsor et au Palais d'Hiver, il dominait en maitre l'esprit des souverains, des courtisans et de la haute société. En i^'-)}, l'affolement suscité par Home en Angleterre était arrivé à un tel degré que celui-ci osa mettre au défi les savants anglais d'assister à ses séances, d'examiner les phénomènes qu'il provoquait, et de prouver qu'ils étaient explicables par l'intervention des forces physiques connues. L'émotion devint si vive que la presse anglaise, presque unanimement, engagea Faraday, le plus illustre physicien de l'époque, à relever le défi. 11 s'y refusa : mais, après avoir exécuté dans son laboratoire quelques expériences, il déclara dans le Tinics que Home n'était t|u'un habile prestidigitateur et que les miracles des tables tournantes étaient simplement provoqués par les mouvements, volontaires ou inconscients, des mains placées dessus.
La déclaration de Faraday souleva une vive indignation dans la presse. De violentes attaques, des accusations calomnieuses furent dirigées contre le savant qui, à juste titre, jouissait de la plus haute autorité en physique.
Dans l'hiver de 187 1, Home, après une trèslongue absence, reparu^ a Saint-Pétersbourg. 11 v retrouva ses anciennes relations et, grâce au souvenir encore vivace de ses exploits passés, il ne tarda pas à redevenir l'oracle du grand monde Ses mvstéricuscs séances au Palais dHivcr, en tcte à tète
!. Voici l'cxlriiit dune lettre privée que l'.»r.»J.iy indigné adrcss.ul alor* c sujet au professeur Schonhcin. son ami ; « Quelle chose superstitieuse, incrédule, dénuée de foi, aud.icicuse. l.Uhe et ridicule est notre monde, quand il - agit de l'esprit de Ihounnc 1 (.^.^lel ramassis de contradictions et de hètisc liumaine 1 Je reconnais qu en prenant la valeur moyenne de beaucoup de personnes que je rencontre et que je tiens pour normales, je préfère le chien en tout ce qui concerne robéissancc, l'attachement et l instinct... Mais ne traliissez ceci .'» personne » Cite d'après K " ^ psychographiques sur l'araday de Ostwad dans les A»hj!(s Je / >nf mjIurfllf, vol. VIII, ti)0<>.
avec Alexandre II, taisaient l'objet de toutes les conversations et préoccupaient sérieusement les rares patriotes russes initiés aux secrets de la haute politique
le 24 février 1871, Douglas Home, au cours d'une conférence privée, renouvela, devant un public nombreux, le déti lancé vingt ans auparavant en Angleterre Un professeur de chimie à la Faculté des sciences, Boutlerof, qui assistait à la séance, appuya ce défi, en se portant garant de la réalité des phénomènes inexplicables que Home affirmait avoir provoqués. Ce témoignage lit scandale et souleva une vive émotion dans le monde académique. A l'occasion d'une réunion de la Faculté, Boutlerof fut vivement interpellé à ce sujet. Dans l'espoir de clore cet incident pénible et aussi de dessiller les yeux de notre collègue, je proposai d'accepter le défi de Home, me déclarant prêt à en assumer toute la responsabililé, si quelques savants voulaient bien se joindre à moi pour constituer une commission d'examen. Tchebyschef, professeur de mathématiques, menbre associé de l'Académie des sciences de Paris, le professeur de physique Petrouschewkv et le professeur Owsianikof m'offrirent leur concours. Je décidai en outre le D' Pelikan, directeur du département médical au ministère de l'intérieur, à faire partie de notre commission.
Une réunion préalable fut décidée chez ce dernier pour discuter avec les représentants de Home, le baron Nicolas Meyendorf et Alexandre Aksakof, les conditions dans lesquelles on procéderait a l'examen des phénomènes spirites. Home insistait pour que la commission se composât seulementde huit membres, y compris sesdeux témoins Boutlerof pouvant être déjà considéré comme un adepte du spiritisme, la commission aurait compté quatre spirites. Les jutres conditions réclamées n'étaient pas moins scabreuses : « toutes les personnes présentes devaient rester assises autour d'une table et y poser les mains ; les portes seraient fermées, et la séance ne serait troublée par aucun appel du dehors ; l'air de la
chambre devait être frais, la température ne dépassant pas 14'' Réaumur, etc. >y. Petrouschewsky se retira en protestant contre la présence des témoins de Home et contre sa prétention d'imposer ses exigences, Ce n'est qu'après une longue discussion que je parvins enfin à établir un accord, et cela pour avoir obtenu le droit de ligoter Home, dans le cas où la nature des phénomènes l'exigerait.
\'oici le procès- verbal de la première séance: Présents : MM. Pelikan, directeur du département médical : Tchebvschef, Owsianikof et Boutlerof. membrcsde l'Académie impériale des sciences, Cvon, professeur à la Faculté des sciences de Saint-Pétersbourg, Home et ses témoins, Aksakof et le baron de Meyendorf. La séance a été ouverte le lo mars 1871, à 9 h. 30 du soir, dans une salle du laboratoire de physique de l'Université de Saint-Pétersbourg ; la température de la pièce était de ^-i^'* Kéaumur. Au milieu de la chambre se trouvait une table recouverte d'un drap vert.
Cyon ayant demandé si la matière dont la table était faite pouvait avoir de l'influence sur la production des phénomènes à examiner. Home a répondu que la matière de l'objet lui était parfaitement inditïérente. Toutes les per- '^onnes présentes ont alors pris place autour de la table d'expériences, dont le tapis vert a été enlevé. Klle était constituée par une devanture de glace, posée librement sur les quatre pieds d'une table en bois; elle avait plus de deux mètres de long et environ un mètre de large ; un drap blanc était étendu dessous ; la lumière de deux bougies placées sur cette table en verre éclairait vivement lespace inférieur, de favon que les pieds des personnes présentes étaient vus de tous. La disposition des assistants autour de la table était la suivante : Home, assis entre Tchebyschef et C^on. avait en face de lui Owsianikc^f ; à droite de ce dernier était assis Pclikan et à sa gauche Boutlerof ; Aksakof et de Meyendorf occupaient les deux extrémités.
.\ la requête de Home, les personnes présentes ont placé
leurs niciinssur la table. Pendant la durée entière de la séance elles ont obtempéré à toutes les observations de Home sur la position de leurs mains, sur la nécessité de distraire leur attention par des conversations étrangères à l'objet de la réunion, etc., etc.
Quinze ou vingt minutes après l'ouverture de la séance. Home a appelé l'attention des assistants sur une oscillation visible de la table, qui se communiquait à la flamme des bougies placées dessus. Cyon a expliqué cette oscillation par le tremblement des mains appuyées sur la table ; et il a déclaré qu'il sentait lui-même de légères contractions dans les muscles du doigt médium et du petit doigt. Home n'a pas accepté l'explication ; il a considéré au contraire cette oscillation comme le symptôme précurseur des phénomènes qui allaient se produire.
L'oscillation de la table a cessé au bout de quelque temps, comme l'a reconnu Home. Peu après, il a appelé l'attention sur l'accélération de son pouls. D'après le calcul de Pelikan, le pouls de Home battait en elïet loo pulsations à la minute. Mais au même moment, chez plusieurs des personnes présentes, pour une raison facile à comprendre (la température sétaitélevée), le poulsaugmentaitde fréquence, Pelikan constata que celui de Cyon donnait aussi jusqu'à ICO etcelui de Owsianikof jusqu'à 9^ battements par minute.
Trente ou quarante minutes après, Home a déclaré qu'il sentait un courant d'air qu\. selon lui, avait la même signification que l'oscillation de la table. Attribuant ce courant d'air à un tuvau de cheminée qui était ouvert, (>von l'a simplement fermé
H(jme a ensuite altirmé entendre de faibles coups dans la table ; les autres personnes présentes n'ont rien entendu.
Une heure après l'ouverture de la séance, aucun phénomène ne s'était manifesté, ni dans la table, ni dans la chambre. Home a conseillé alors d'essayer de changer le poids delà table par l'effet de la volonté des assistants. Cyon
a suspendu la table au moyen duo dynamomètre emprunté au cabinet de physique ; ce mode de pesage offrait une grande précision. Le poids du meuble, avec les mains posées dessus, était d'environ soixante-quinze livres ; malgré la volonté de Homeetdes personnesprésentes, ce poids n'a pas augmenté. Un autre pesage semblable, exécuté par B<mtlerof, est demeuré également sans succès. Les commissaires sont encore restés assis autour de la table jusqu'à II heures 20, mais aucun des phénomènes qui, dit-on, se produisent d'ordinaire dans les séances de ce genre, ne s'est manifesté. En conséquence, les persones présentes se sont retirées, après être convenues que la réunion suivante aurait lieu le 1 1 mars, -à 8 heures du soir.
Tous les préparatifs de la séance du lo avaient été, à la demande de la commission, exécutés par Cyon. Le choix du local, l'aménagement de la table et des appareils de pesage, etc., avaient été réglés par lui, de sorte que ni Home, ni ses témoins ne savaient rien des conditions de détail. Toutes les chambres attenant à celle où devait avoir lieu la séance avaient été, dès le matin du lo. fermées et mises sous scellés par (>yon, qui en gardait les clefs Ce protocole fut signé jKir Pelikan, Owsianikof. Tchebyschef, C.yon, l^outlciof.
L'émotion i|ue produisit cette pièce, publiée par Aksakof et Meyendorf sans l'autorisation de la commission, fui très vive et provt)qua dans la presse une polémique rendue pénible par l'intervention d'un /rrs /un/ personnage. V.n ma qualité de membre de la commission, je jugeai pourtant nécessaire d ajouter à ce procès-verbal quelques explications, tjui parurent dans la (ij^r/tr i/tSjin/-/\'trrs/unirîr Len rcprinhiirai ici de courts extraits.
'" 11 était viésirable pour beaucoup de raisons que les phénomènes produits par ILune fussent soumis à rexameii d hoiuines compétents, ayant l'habitude des observations scientiliques et capables d'analyser et de comprendre des faits
nouveaux. lOut phcnomènc qui s(jrt du cadre habituel et qui semble inème en contradictic^n avec les lois physiques doit attirer l'attention du naturaliste. Le seul soupçon que le phénomène en question soit le produit de 1 habileté d un jongleur ne suffit pas à dispenser le savant du devoir de l'examiner (]elui-ci, en dévoilant la supercherie et en détruiî^ant des erreurs répandues, ne sort pas de son rôle qui consiste à rechercher les vraies causes des phénomènes naturels (ju artificiellement provoqués.
'^ L'examen des phénomènes du spiritisme présentait en <.)utre cet intérêt qu'il rendait possible l'étude des facteurs psychiques, à l'aide desquels les charlatans ont pu, de tout temps, éblouir le public et inspirer confiance en leur puissance miraculeuse même aux personnes intelligentes.
^< La commission de savants que Home réclamait tant s'est donc réunie à Saint-Pétersbourg et lui a offert le moyen de soumettre les phénomènes qu'il affirme provoquer à un contrôle sévère... >/
« Après l'insuccès de la première séance, la commision a décidé, sur le désir exprimé par Home, de se réunir de nouveau le I I mars. Le soir du même jour. Home fit savoir qu'étant malade il ne pouvait se présenter ; le lendemain, il nous pria de fixer la séance au 14 mars ; mais cette fois «ncore il s'excusa, étant tombé subitement malade. Le i s au soir, je rencontrai Home au théâtre : il avait l'air de se porter à merveille, mais il me dit ne plus pouvoir donner de séance, car il sentait ses facultés spirites faiblir sous l'influence du temps. Le 16 mars, il partit subitement pour Londres. On le voit, l'échec était complet.
'^ Au cours de la polémique qui s'engagea après la publication du protocole, les témoins de Home s'efforcèrent de mettre son échec sur le compte de la table en verre, qui n'était pas propice à la manifestation des forces psychiques. Cela est vrai en ce sens qu une table en verre, permettant de voir tout ce qui se passe dessous, est en effet très peu
propice aux tours d'adresse qui doivent être produits principalement avec l'aide des piedîS. D'ailleurs, Home lui-même avaitcommencé à déclarer que peu lui importait la substance dont était faite la table... La commission décida néanmoins d'employer, pour la séance suivante, une table en bois; mais Home préféra ne plus se présenter.
« Quant à l'échec de lexpérience relative à l'augmentation du poids de la table, Home prétendait que sa suspension au dynamomètre était trop compliquée ; c'était pourtant la seule façon d'éviter les erreurs qui se seraient certainement produites si l'on avait tenu le dynamomètre à la main. Bref, toutes les mesures suseptibles d'entraver la production des tours de force ordinaires se sont montrées de nature à empêcher la manifestation des phénomènes dont Home se targuait. Cela suffit à démontrer que les phénomènes en question n'étaient en effet que des tours de force.
« Devant cet échec lamentable, on se demande comment Home a pu, pendant trente ans, tromper impunément tout le monde, alors qu'il a suffi d'une simple précaution, telle que l'usage dune table en verre, pour lui ôter toute possibilité de répéter ses jongleries.
ff Les phénomènes produits par les spirites et constates par des témoins dignes de foi se réduisent à ceci : dans la table, presc|ue toujours recouverte d un long tapis et autour de laquelle tout le monde est assis, on entend de temps à autre de faibles coups : les assistants éprouvent des contacts subits au niveau des genoux, les dames sentent tirailler leurs robes, la table se penche, se soulève un peu, ou commence à tourner La jonglerie la plus compliquée de Home consiste en ceci que le poids de la table, sur laquelle sont posées les mains des assistants, peut augmenter ou diminuer à sa volonté Avec un peu d'habileté, le premier venu pourra reproduire ces tours de passe-passe. Les coups s'obtiennent avec les pieds ou, ce qui est plus simple, par la pression d'un mécanisme quolconijuc cnclic y\:{n<> la poche Quant à
Tcndroit d'où proviennent les sons, rilliision est très facile à expliquer : chacun connaît les elTets réalisés sur une scène de théâtre, lorsqu'on veut rendre un écho ou des voix lointaines. Les attouchements au milieu des genoux, les tiraillements des robes et les mouvements de la table peuvent être facilement produits par des mouvements imperceptibles des pieds et des mains, sans qu'il soit nécessaire d'employer un outil quelconque. Les changements de poids de la table sont dus à l'augmentation ou à la diminution de la pression exercée par les mains posées dessus, ou à ce t'ait que le meuble est maintenu avec les genoux. On peut facilement en augmenter le poids dune façon notable par une pression plus intense des doigts, et cela sans même que les assistants aient conscience que la tension de leurs doigts soit plus forte...
« Mais, pour que ces phénomènes réussissent, il est nécessaire de distraire l'attention des assistants par des conversations quelconques, par des précautions inutiles, destinées à donner le change, et surtout il faut savoir, à l'aide de récits ayant pour sujet les miracles du spiritisme, frapper l'imagination des personnes présentes, de façon à ce que les phénomènes les plus simples les fassent frissonner. Toutes ces qualités. Home les possède au plus haut degré, et c'est là sa puissance. Jongleur médiocre, il se montre psychologue très sagace. 11 parle avec une telle assurance des choses les plus impossibles; en racontant les soi-disant miracles accomplis par lui, il a si peu l'air de vouloir convaincre ses auditeurs, que les plus méfiants pensent tout d'abord avoir atïaire à un maniaque plutôt qu'à un charlatan. Quant à la faculté évocatrice qu'il prétend posséder. Home en parle à regret, comme s'il avait honte d'une pareille infirmité.
« Jusqu'où peuvent aller les manœuvres des spirites pour provoquer parmi leur public un état d'âme tout particulier, de nature à lui faire prendre pour des miracles les tours d'adresse les plus faciles et les plus vulgaires, c'est ce qu'ont
montré les frères Davenport, émules de Home en spiritisme. Tout l'art des Davenport reposait sur ce calcul bien simple qu'un homme, se trouvant pour la première fois en scène devant une foule nombreuse, se sent naturellement très troublé. On l'ahurit tellement en lui faisant inspecter l'armoire mystérieuse, le plancher, la solidité de la corde, etc., que pour mettre fin à sa gène, il estamené. en liant les prestidigitateurs, à faire les nœuds que ceux-ci lui indiquent comme au hasard et sans avoir l'air d'y tenir. Me trouvant à Leipzig, en 1867, j'ai eu l'occasion de lier lun des Davenport ; sans tenir compte de ses indications, je lui passai un nœud coulant autour du cou et je fixai ensuite la corde en attachant ses mains et ses pieds au banc de telle façon qu'il se fût étrenglé au moindre geste. Pâle comme la mort, Davenport resta pendant une demi-heure immobile dans l'armoire jusqu'à ce que son frère vînt le délivrer.
« Ni l'échec de Home, ni l'explication de ses tours de force ne feront sans doute changer d'avis ses partisans convaincus. Mais j'espère que ceux qui auront l'occasion de frayer dans des cercles spirites trouveront dans mon exposé des indications suffisantes pour leur permettre de démasquer les jongleurs. S'il n'est pas facile de guérir quelqu'un du spiritisme, on peut au moins empêcher cette contagion de se répandre en faisant connaître au public les mesures préventives à prendre lorsqu'on est en contact avec des spirites. Aussi me paraît-il opportun de dire encore quelques mots des préparatifs qui furent faitsen vue d'une deuxième séance de Home. J'avais choisi cette fois mon amphithéâtre d'anatomie. La table de dissection, qui devait servir p<»ur les expériences, était en bois, mais tellement élevée qu'on pouvait très bien surveiller les pieds des assistants, tout en restant assis sur une chaise Home avant dit que peu lui importait que les mains, au lieu de toucher la table directement, fussent posées sur des coussins élastiques, j'avais préparé, pour les mains, des vessies en caoutchouc avec dessiltlets cachés à l'intérieur :