I. His. Op. lit , pi
l'amphioxus, dont la prétendue parenté avec les vertébrés constitue la pierre angulaire du système haeckélien. D'après notre auteur, en effet, c'est entre l'amphioxus, du côté des vertébrés, et l'ascidie, du côté des invertébrés, qu'existerait la seule transition possible entre les deux grandes divisions zoologiques, ff le seul pont capable de les relier m. Le débat sur cette question fut poursuivi de part et d'autre avec un acharnement dont il n'y avait pas eu encore d'exemple dans une science aussi paisible que la zoologie. Particularité caractéristique à noter : Haeckel n'avait jamais fait lui-même aucune observation sur le développement de l'amphioxus et s'appuyait uniquement, dans sa polémique, sur les remarquables travaux de Kowalewsky, dont il reproduisait les dessins tout en les modifiant avec son sans-gène accoutumé Par contre, le professeur Semper, son principal antagoniste, avait fait à ce sujet les recherches personnelles les plus minutieuses. Dans de pareilles conditions, la victoire ne pouvait être douteuse. Aujourd'hui, l'impossibilité de rattacher l'amphioxus à l'ascidie demeure hors de tout conteste. L'amphioxus, que riaeckel voudrait à toutes forces avoir pour ancêtre, afin de remonter ainsi à l'illustre famille des ascidies, reste donc jusqu'à nouvel ordre un orphelin sans postérité.
Pour quiconque, d'ailleurs, désire se faire une idée de la solidité du « seul pont capable de relier les deux grandes divisions zoologiques m, il est instructif de comparer entre elles les diverses colonnes du dixième tableau de Haeckel.
Dans la seconde colonne sont dénombrés tous les caractères anatomiques de l'amphiuxus; la troisième et la quatrième renferment ceux du poisson et de l'homme. Or. sur les vingt organes cités comme appartenant à ces derniers, quatorze font totalement défaut à l'amphioxus, et, parmi eux : le crâne, le cerveau, le cœur, les reins, la colonne vertébrale, les mâchoires, les extrémités, la rate, etc Les six attributs restant ditTèrent entièrement chez l'amphioxus et
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ses prétendus descendants Ainsi, par exemple. le poisson et 1 homme ont le sang rouge, l'amphioxus Ta incolore ; chez ce dernier, l'épithélium du canal intestinal est cilié, chez les premiers il ne l'est pas, etc Haeckel attribue à son favori des yeux '' rudimentaires >/. quoique, en mettant les choses au mieux, on ne puisse parler ici que dUn seul (v'\\, Mais, en réalité, l'amphioxus n'a pas d'yeux du tout, et ce à quoi notre auteur donne ce nom n'ejt autre chose quune accumulation de pigment noir, sans aucun rapport avec l'organe de la vue. Kn somme, la ressemblance n'existe que dans la disposition de l'organe respiratoire ; pour tout le reste, ces animaux présentent des différences essentielles.
Vouloir nous faire accepter un système aussi incohérent comme le dernier motde la science historico-naturelle, c'est vraiment pousser l'audace du paradoxe un peu loin.
Karl \'ogt a dit quelque part qu'après avoir lu Haeckel pendant un certain temps il éprouvait le besoin irrésistible de prendre, sur un rayon poudreux de sa bibliothèque, la Logique de Stuart Mill et d'en lire un chapitre. Le fait est qu'il n'y a pas de meilleur antidote contre VAnihropogcuie qu'un manuel de logique.
§ 6. — L'iiTAT ACTUEL DU PROBLÈME DE LA DES- CEXDANXE DE L'HOMME. CONCLUSION GÉNÉRALE.
'' L'idée que le genre humain descend d'une espèce simienne quelconque est certainement la plus folle qui fut émise par un homme sur l'histoire des hommes. Llle mérite de passer à la postérité dans une nouvelle édition du Mémorial des bêtises humaines. Jamais aucune preuve de cette idée baroque ne pourra être donnée à l'aide des découvertes fossiles ^ >/ Un siècle s'est écoulé depuis que la paléon^
1. Ffrias. dont nous citons les paroles, a consacré sa longue vie .'» l'étude des animaux fossiles. La cit.ition est empruntée à K. H von Kacr,. « Ueber Darwin's Lehre », dans RcJcn, etc., iK?(i, 2" édition, p. 1 1 ', .
tologie a été créée par le génie de Cuvier, et ces paroles de Fraas sont tous les jours justifiées par les observations des savants et par les découvertes fossiles.
Dans son grand discours de 1878, que nous avons eu l'occasion de citer précédemment, le plus haut représentant, de l'anthropologie en Allemagne, l'illustre \'ircho\v, soumettait à une critique impitoyable la doctrine qui assigne à notre espèce une origijie simienne. 11 affirmait sur ce point l'entière conformité de ses vues avec celles du célèbre anthropologiste de Quatrefages, exposées dans Y Espèce humaine, en 1877.
'< Je dois diiclarer, ajoutait-il, que tous les progrès positifs, accomplis dans le domaine de l'anthropologie préhistorique rendent de plus en plus improbable la prétendue parenté de l'homme avec le singe... En étudiant l'homme fossile de l'époque quaternaire, qui devrait le plus nous rapprocher de notre ancêtre, nous trouvons un homme absolument pareil à nous. Le crâne de tous les hommes fossiles démontre incontestablement qu'ils formaient une société très respectable. La grandeur de la tète est telle que beaucoup de nos contemporains s'estimeraient heureux d\ni avoir une semblable... Et même si nouscomparons l'ensemble des hommes fossiles que nous connaissons jusqu'ici avec ce que nous voyons de nos jours, nous pouvons affirmer hardiment que les individus peu développés sont beaucoup plus nombreux relativement parmi les hommesactuels que parmi ces fossiles. Je n'ose supposer que, dans nos découvertes, nous ayons rencontré exclusivement les génies de l'époque quaternaire, (ordinairement, de l'organisation d'un fossile on infère celle de la majorité de ses congénères vivant à la même épt)i|ue . Quoi qu'il en soit, je dois dire qu'on n'a pas trouve un seul crâne de singe qui se rapprochât réellement du crâne humain . Entre les hommes et les singes, il existe encore une ligne de démarcation tranchée \on seulement nous ne pouvons pas enseigner^ tuais nous ne pouvons même pas
considcrcr ionnnc un fjit scic}itifujUi' ijuc lliomnn- dcscoîd du sififrc ou de quelque autre auiiiul. »
Les découvertes récentes de la Chapelle-aux-Saints, en Corrèze, et du Moustiers. en Dordogne, viennent d'apporter une confirmation nouvelle à ce témoignage. Il n'est pas douteux que les restes fossiles trouvés par trois paléontologistes, les abbés I. et A. Bouyssonié et L. Bardon, dans les fouilles d'une grotte en Corrèze, appartenaient bien à un homme de l'époque quaternaire moyenne. L'étude de ces restes, faite par M. Boule, montre que le crâne présente tous les caractères des boîtes crâniennes de Neanderthal et de Spy, qui datent de la même époque. N'oublions pas à ce propos que les anthropologistes compétents étaient d'accord pour affirmer que le crâne de Neanderthal, malgré quelques traits rappelant l'espèce simienne, provient certainement d'une tête humaine. Mais, tandis que de Quatrefages le rapportait à un type de race d'hommes inférieurs, "Virchow et Karl Vogt étaient plutôt d'avis qu'il s'agissait de la tète d'un monstre ou d'un idiot.
Dans sa communication à 1 Académie des sciences, M. Boule écrit, il est vrai : « Le crâne de la Chapelle-aux-Saints, ainsi que celui de Neanderthal et de Spy, représente un type inférieur, se rapprochant morphologiquement plus des singes anthropo'ides qu'aucun autre groupe humain ; il pourrait se placer entre le Pithécanthrope de Java et les races actuelles les plus inférieures, ce qui. je me hâte de le dire, n'implique pas dansmonesprit l'existence de liens génétiques directs '. >/ Mais, des renseignements complémentaires communiqués ensuite à l'Académie par MM. I. et A. Bouyssonié et L Bardon-, il résulte clairement que ce sont bien les restes d'un homme, qui ne pouvait avoir aucun lien génétique, ni direct, ni indirect, avec les singes.
Plus caractéristique encore à ce point de vue est l'homme
I ( omf)tifs reiidui, Je l' Académie des sciences, du 14 décembre 1408. 1. Ihtd.. du 21 décembre 1008.
lossile, découvert par Hauser (de Bâlej, le lo août 1908, dans une grotte du village du Moustiers, en Dordogne, à plus de dix mètres de profondeur. Plusieurs notables anthropoiogistes allemands, siégeaent alors au Congrès de Heidelberg, entre autres les professeurs Klaatsch (Breslau), Baelz (Stuttgart) et Hans Virchov^', se rendirent sur la place, recueillirent et examinèrent très minutieusement le crâne et les autres restes de ce fossile, bien mieux conservés que ceux de la Chapelle-aux-Saints Les conclusions tirées de cet examen établissent que ces restes proviennent d'un homme ayant vécu dans la période quaternaire moyenne, peut-être même à la limite de la période tertiaire.
En étudiant les ossements fossiles qu'on soupçonne appartenirà des hommes, les paléontologistes prêtent d'abord une attention toute particulière aux dimensions du crâne, à sa forme et à sa capacité, à l'examen et à la structure de ses maxillaires, inférieur et supérieur, des alvéoles et des dents, etc. Les résultats de cette étude ne peuvent êtres décisifs par eux-mêmes, pour l'attribution de ces ossements à l'homme, que dans les cas où la capacité du crâne adulte, de forme humaine, indique un volume de cerveau d'environ i ^oo à I 400 centimètres cubes. Le volume moyen du cerveau des plus grands singes est d'environ Soo centimètres cubes. L()rsc[ue les ossements fossiles recueillis présentent de nt^nibreuses lacunes et que les données sur la forme et les dimensionsducrânesont insuffisantes, unedécision surlattribution des restes fossiles peut encore se baser sur les circonstances et le milieu où ils ont été découverts.
Ainsi, quand les ossements mis à jour dans une grotte se trouvent coucliés dans une excavation creusée ./«/ Iioi \ et ijuc les restes du crâne reposent sur une pierre, ou un autre objet surélevé, en un mot, quand il y a des indices que le corps j ('/(' enseveli, ses restes appartiennent à un homme Us ne sauraient provenir ni d'un singe, ni d un être intermédiaire entre le singe et l'espèce humaine. Ln effet, l'ensevelissement
des ossements révèle, clicz l'ctre préhistorique auquel ils appartenaient, ainsi que chez ses contemporains, l'existence d un culte des morts et d'une volonté réfléchie, les rudiments d'un sentiment religieux et l'espoir d'un au delà : tous les traits caractéristiques qui distinguent l'homme des animaux. La présence, dans la grotte, de peintures murales, d'armes, d'objets sculptés, dénote en outre un certain goût esthétique, par conséquent un esprit inventeur.
D'après la communication de MM. Bouyssonié et Bardon \ paléontologistes d'une compétence éprouvée, le squelettede la Chapelle-aux-Saints se trouvait dans une fosse rectangulaire, qui ressemblait à un cercueil et avait i m. 40 de longueur sur o m. 85 de largeur. La fosse était creusée dans un couloir de la grotte. Le squelette était orienté à L.-O., la tète à l'ouest, relevée contre le bord du fossé et calée par quelques pierres, le bras droit replié de manière à ramener la main vers la figure, le bras gauche à peu près étendu, les jambes repliées. « Au-dessus de la tête, il y avait plusieurs grands fragments d'os posés à plat et, l'extrémité d'une patte postérieure d'un grand Bovidé. . L'outillage est du beau et pur Moustérien, les ràcloirs abondants, des pointes en nombre moindre et d'autres outils variés. >/ Il s'agissait donc d'un homme de l'époque moustérienne, enseveli dans une tombe Jt/ h()c\ après un repas funéraire de ses amis ou parents.
Non moins décisives sont les conclusions sur les restes fossiles trouvés par M Hauser au Moustier. Le crâne, mieux conservé, a pu être rétabli en entier : il avait encore toutes ses dents. Le dessin de ce crâne reconstitué ressemble parfaitement à celui d'un homme-'.
Ces restes doivent avoir appartenu à un jeune adulte de
1. Comptes rendus de l' Académie des seienees. du 21 décciubrc U)u8.
2. Voir Munihenrr Medi^inisehe Wochenschri/t, du 20 avril 1909, n» U». La communication est du D'^ Rht-iiiliardt .
seize ans environ, un chasseur Alchéen, selon M. Rheinhardt. Les dents sontdune parfaite blancheur, quoique la mâchoire inférieure rappelle celle que Ton attribue à l'anthropoïde. D après la structure du palais et du maxillaire inférieur, M. Rheinhardt suppose que l'homme en question usait déjà de la parole. Le fossile humain, découvert en 1907 près de Heidelberg, avait une mâchoire inférieure ressemblant davantage à celle d'un singe. Aussi croyaitHDn devoir refuser la parole à cet homme primitif d'une époque plus ancienne.
L'homme fossile du Moustier connaissait l'usage du feu 11 fut enterré par ses amis après un repas funéraire plantureux, auquel furent servis des animaux sacrifiés, dont les débris étaient déposés soigneusement sur le corps du défunt, afin « que l'esprit de la mort lui fit un accueil favorable //. Nous omettons les autres exagérations habituelles aux paléontologistes à l'imagination vive, comme l'affirmation quelechasseuralchéen était ^ unanimiste prononcé //. M. Rheinhardt accorde sans hésiter à ce fossile l'âge de 400 000 ans 1?) et le place dans la période pliocène. Très probablement il ippartenait, comme tous les Xeanderthaliens, au quaternaire moyen
Ce qui est incontestable, c'est que cet homme fossile avait été enseveli de la même manière que celui de la Chapelleaux-Saints, presque dans la même attitude des bras. A la placede la main gauche, en poussière, se trouvait une magnifique hache amygdaloide (coup de poing); la tête reposait sur un amas de pierres à feu. Les contemporains avaientdonc la foi dans une vie future et un culte des morts, comme l'inliquent le repas funéraire et la disposition, sur le corps, des ossements des nombreux animaux sacrifiés, qui étaient destinés à bien disposer l'esprit de la mort.
Le fameux Pithccanthropus erectus de Java, décrit par le \y Dubois comme étant la forme transitoire entre le singe et l'homme, n'a jamais élé pris au sérieux par le monde savant. Les fouilles faites depuis par M \'ol7, et surtout les
1 I I HVOLI'TION ET TRANSFORMISMK
recherches qui ont été effectuées à Java, sous la direction de Mme Selenka, sur les ossements recueillis dans les premières couches volcaniques où le pithécanthrope a été trouvé, recherches publiées par M. Branca, démontrent avant tout qu'il n'appartenait pas à l'âge pliocène, mais au quaternaire moyen. Il ne pouvait donc pas être l'ancêtre de l'homme, étant son contemporain.
Les fouilles, d'aprèsla description de M. Branca, ont amené la découverte de nombreuses traces d'industrie humaine, sous forme de charbon de bois brûlé et de débris de cuisine. Elles ont également mis à jour une petite faune de mollusques d'eau douce, dont toutes les espèces sont encore vivantes. Rappelons, à cette occasion, que Virchow, qui avait examiné les ossements du fameux pithécanthrope, a déclaré que le fémur appartenait sûrement à un homme atteint de syphilis, — et personne n'était plus compétent que le créateur de la pathologie cellulaire pour se prononcera ce sujet; — quant à la boite crânienne, elle provenait, selon lui, d'un grand singe. Dès le début, tout le groupement de Java était donc plus que suspect ; aujourd'hui, la légende du D' Dubois doit être considérée comme définitivement écartée
La question de l'origine simienne de l'homme peut maintenant se résumer ainsi : les morphologistessont à peu près tous d'accord sur l'impossibilité de jamais pouvoir démontrer cette origine. Ceux d'entre eux. qui, pendant toute leur vie, ont défendu la thèsed'une pareille descendance, se consolent par l'affirmation qu'on ne saurait non plus jamais prouver que l'homme ne descend pas du singe. Mais, si tel ctait réclleniott le cas, cela suffirait pour enlever à la ijuestion posée toute portée scientifique. Un problème, insoluble par sa nature même, ne peut servir d'objet à des recherches scientifiques. Le résultat négatif des recherches équivaut, en pareille matière, à la réfutation directe dune hypothèse qui n'est basée sur rien.
Mais, si les découvertes paléontologiques n'ont fourni
aucune preuve en faveur de l'origine simienne, elles ont mis en lumière, comme nous venons de le voir, des indications nombreuses, qui parlenttrèsclairementcontre cette origine. Les vestiges d'un culte, la manifestation d'un espoir dans l'au-delà chez un homme préhistorique d'il y a quarante mille ans, témoignent nettement que le mur qui sépare l'homme du reste des animaux était déjà aussi infranchissable dans les âges lointains qu'il l'est de notre temps Les recherches les plus récentes des an thropologistes et des archéologues sur les outils primitifs en pierre, appelés les Éolithesdont se sont occupés Rutot. Klaatsch, X'ervvorn, Hohne, etc . qui les ont découverts dans les dernières époques quaternaires et mieux dans le commencement des époques tertiaires, la pliocène (en Kent) et au commencement de la miocène (Klaatsch) permettent de parler actuellement de l'existence de l'homme dans la période tertiaire. Telle est la conclusion tirée par Klaatsch de son voyage en Australie et en Tasmanie entrepris pourl'étude des Eolithes. Ilconclut que ces études faites chez l'Australien permettent de remplir les lacunes laissées par les études préhistoriques en Europe. Le niveau de l'homme de la période tertiaire en Europe parait se rapprocher de celui du Tasmanien ou de l'Australien modernes. La conclusion générale de Klaatsch est qu'on est autorisé de biffer détinitivement » le singe anthropoïde de la liste des ancêtres de l'homme, de même que le f.inieuv Pithecanthropus >/.
Non moins concluante dans le mémesens est la nouvelle orientation des études embryologiques vers les conceptions développées, au début du siècle dernier, par von Haer Ainsi, la loi causale ontogénétique [ontofrcnctischcs KjuSij/j^eset{)y formulée par .\l Oscar Hertwig à la suite de remarquables études biologiques, est en opposition absolue avec les théories de l'évolution transformiste
1. Klajlsch. Die Stfltung iier Mens^hfn tn dtr Vrim,%lrnt tih<, etc. Korre>pi>ndcnzhl.itt Jcr dcutchcn Gcscllschuftt «Jcr Ant^hopo|{»^u^ iH*)«>
41^ KVOI.rTION F.T TRASSIORMISMH
( lettc lt)i est basée ^r sur les étroits rapports de cause entre la cellule germinative et l'organisme qu'elle développe, ou entre ses dispositions naturelles et son produit //. D'après cette loi, la cellule germinative d'un animal quelconque, cette première phase de l'ontogénie, ne peut représenter ni le début d'une phylogénie, ni la répétition d'une phase hypothétique d'ancêtres monocellulaires. La cellule germinative d'une espèce vivante ne saurait, par conséquent, engendrer cju'un organisme de la même espèce. La loi de M. Hertwig parlerait donc plutôt en faveur de la constance des espèces Et, si l'on est partisan d'un développement successif et progressif des organismes, on est obligé d'admettre que la cellule d'un oiseau ou d'un mammifère a dû subir clli'-niénn\ pendant la longue histoire de son développement oninorcnctiqnc, des modifications lentes et successives, qui ont multiplié et enrichi ses dispositions premières. Cette cellule serait donc, dans ce cas, plutôt /j phase fiiulc phylocrcnctiquc, comme l'organisme qu'elle produit représenterait le point culminant, auquel son espèce est arrivée actuellement.
La conclusion générale de cette loi causale ontogénétique est donc que les animaux diffèrent entre eux autant dans leurs cellules germinatives que dans leurs organismes formés.
Cela rend improbable, sinon impossible, la descendance commune des animaux divers d'une même cellule, quelle que soil la dénomination ciu'on lui donne. Il est à peine nécessaire de rappeler que M. Oscar Hertwig a toujours vivement combattu la loi biogénétique de Haeckel. De plus en plu"> s'impose aux anthropologistes et aux biologistes la nécessité d adopter une origine polyplivlatiquc du monde des animaux, c'est-à-dire un dcvclnppcnicut indcpciidjut des différentes espècesd'animaux, et nullement unedescendance d'une seule espèce fondamentale. En opposition à l'origine monophyLitiqui' des darwiniens, la con-
ception polyphylatique fut énergiquement défendue par l'excellent zoologiste Otto Hamann', adversaire acharné de Haeckel depuis plus de vingt années; elle gagne de plus en plus de partisans. '' Si nous voulons absolument former une hypothèse sur l'origine du monde organique vivant des simples cellules primitives, l'hypothèse polyphylatique est certainement préférable à la monophylatique-. //
Ajoutons que Fechner avait déjà soutenu en 1873 une hypothèse analogue.
On ne saurait entrer ici dans le détail des remarquables études de M. Hertwig; contentons-nous de citer une de ses conclusions.: '< Le lamarckisme, le darwinisme, et toutes les autres théories évolutionnistes, désignées par le nom de leurs principaux représentants, ne font qu'indiquer des phases passagères de l'histoire de la science ; elles n'offrent que des fragments de la vérité à rechercher. Présentées comme des théories dogmatiques, elles ne peuvent que faire obstacle à tout progrès ultérieur'. //
I. Otto Hamann. Entutcketuugsgeschischte und Daruinismus, i8m2.
2. Oscar Hertwig. Die Entwickelung der Biologie im neun;eknten lahrhitnUert. léna, U)o8.
V Fechner. l'.inige Ideen ;tir S.lii>tfnti;'s-:,)ii Fnlniikf/un"\"i-\^/iisL/itf der Organismen . Leipzig. iS-,
De Cton. 97