ET LA RELIGION
Le problème des rapports entre la religion et la science* est, à l'heure actuelle, le plus angoissant de ceux qui occupent les penseurs. L'avenir prochain de Ihumanité civilisée dépendra de la solution que recevra cette question : existe-t-il un antagonisme et une incompatibilité absolue entre ces deux plus hautes manifestations de l'esprit humain?
Nous avons vu. dans les derniers chapitres, avec quelle coupable légèreté plusieurs champions de l'évolution transformiste ont répondu à la question négativement. Selon eux. la création du monde organique s'étant opérée sans l'intervention d'un créateur, par le seul jeu d'une sélection produite par le hasard, le culte de Dieu n'a pas de raison d'être. La religion, qui considère l'enseignement des devoirs et des obligations envers le Oéateur comme la base essentielle de l'éducation des hommes, ne serait donc que
. ^uu« le nunrde science, nou» désignons, suivant l'usage, l'ensemble de* scicncci de 1.1 nature et de* soioncc* mathématiques
mensonge, superstition, et abus de la crédulité humaine. 11 ne nous resterait plus qu'à élever des temples en l'honneur de Haeckel, l'auteur de la nouvelle histoire de la création destinée à remplacer celle qui fut donnée jadis par Moïse.
On a vu quelle est la valeur scientifique de cette histoire haeckélienne qui, selon 1 heureuse expression de l'éminent sociologue H. ST. Chamberlain, n'est ni poésie, ni science, ni philosophie. Ce serait lui faire trop d'honneur que de vouloir lui opposer la Genèse de Moïse, l'un des plus grands génies humains. Libérateur d'une tribu esclave, créateur d'une religion dont la valeur est attestée par une e.xpérience millénaire et qui fut l'origine de la religion chrétienne, la dominatrice du monde, auteur inspiré des dix commandements que l'humanité civilisée tient pour l'expression la plus élevée des obligations morales, législateur incomparable, qui a pu établir dans le Deutéronome les immuables bases de la suprême justice, hygiéniste savant et perspicace, dont les sages prescriptions font l'admiration des médecins modernes, capitaine conquérant toujours victorieux, Mo'ise fut, en outre, un psychologue d'une lucidité merveilleuse. Sa pensée de laisser expirer dans le désert deux générations de ses tribus, démoralisées par un long esclavage, avant de fonder avec leurs descendants un peuple et un Etat libres, sa disparition après avoir accompli son œuvre et désigné son successeur, afin d'empêcher que son tombeau ne devint un lieu de culte idolâtre et n'arrêtât le peuple en route vers la terre promise, le prouvent surabondamment.
La Genèse delà Bible contient, il est vrai, des erreurs chronologiques, qui paraissent difficiles à concilier avec les données des sciences phvsiques; maiscesont là desquestions de détail, toutà fait secondairesdansun ouvrage d'une telle antiquité. D'ailleurs, Moïse n'avait nullement reçu la mission divine d'apprendre à ses tribus la géologie et la cosmogonie. Lui même était pleinement au courant des connaissances
égyptiennes et assyriennes de son temps; mais il eut lasagesse de n'en enseigner à ses tribus ignorantes et abruties par l'esclavage que les choses qui ne dépassaient pas leur entendement et qui étaient indispensables pour leur inculquer le respect et l'obéissance aux commandements de Dieu. Ces prétendues erreurs font plutôt honneur à la perspicacité de ce grand psychologue des foules.
Dans le conflit artificiel entre la religion et la science, les fantaisies haeckeliennes ne sont qu'un épisode passager, funeste, il est vrai, puisqu'il a puissamment contribué au réveil des instincts bestiaux même chez les hommes cultivés'. La-vraie science n'est pas responsable d'un système, que dès le début, elle a combattu sans relâche. Elle ne peut que déplorer la confusion qui s'est faite entre elle et les produits des vulgarisations des faux savants, qui ont abusé de son nom; confusion profondément ancrée dans l'esprit du public profane et même, hélas! dans celui de bien des philosophes. En raison de cette confusion, le devoir s'impose aux naturalistes d'intervenir avec énergie dans la discussion pendante sur les rapports entre la religion et la science.
Les grands philosophes chrétiens aflirmaient que les problèmes de la religion ne peuvent être discutés avec autorité que par des hommes ayant la foi. (^e qu'on possède déjà avec la certitude de la foi Jvit être éclairé à la lumière de la raison, disait saint Augustin, l'un des plus profonds psychologues de la chrétienté. Dans le même ordre d'idées, saint Thomasd'Aquin. ciui. micuxv[uc les autres scolastiqucs, avait appris chez Arislotc le langage précis de la pensée et les méthodes de la discussion logique, conseillait, dans la
i . I..1 sauvagerie féroce de la révolution russe pendant lc< années i9»iS-o<t est, en grande partie, l'ituvrc du haeckélisnie II y a plus de trente ans. j'ai été un témoin attristé des premiers effets de celle inthience néfaste, et j'en ai prédit les conséquences en calamant uno *. .inïpagnc contrq l.i doctrine de la descendance de l'homme. (Niktiîimc tt An,it\/iif. Calniann-Lovv, iStji.)
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controverse avec les adversaires de la révélation, de ne pas chercher à leurdémontrer Texactilude des propositions de la foi, qui n'admettent pas de preuves directes, maisde se borner à réfuter les arguments qu'on opposait à la foi. « Comme la foi repose sur la vérité infaillible et comme il est impossible de démontrer le contraire de la vérité, il s ensuit que les arguments contre la foi ne sont pas des preuves et peuvent être réfutés par des arguments opposés ^ //
Ce qui est vrai pour la discussion sur la valeur de la religion l'est encore davantage, quand il s'agit de la science. Pour défendre avec autorité la valeur et la portée de la science, il fautlavoir cultivéeavec succès pendantdelongues années. Personne ne discutera sur les couleurs ou sur la valeur d'un tableau avec un aveugle-né, ni sur l'harmonie des sons ou la beauté d'une mélodie avec un sourd-muet de naissance. Pourquoi en est-il autrement dès que la religion et la science sont en jeu?
Les faits accessibles à Hotre connaissance sensorielle peuvent seuls être utilisés par le savant naturaliste comme preuves valables dans les discussions de ce genre et décider en dernier ressort de la valeur des arguments de la raison, tirés de notre connaissance spirituelle. A l'aide de pareils faits établis, nous essaierons d'éclairer d'abord l'origine psychologique de la religion, dès ses premières manifestations les plus rudimentaires chez l'homme préhistorique, et de la mettre en parallèle avec les conceptions religieuses les plus élevées chez les hommesde notre époque, célèbres par leur vaste intelligence. Pour faire ressortir avec plus de netteté la justesse des conclusions à tirer, nous choisirons de préférence, parmi ces derniers, les savants illustres qui se sont immortalisés dans la science par leur esprit créateur.
Nous venons d'exposer, à la lin du dernier chapitre, les résultats des plus récentes découvertes paléontologiques en