I. Cite d'après Leibniz, qui aJhcrc à cette méthode
Corrèze et en Dordogne. Là, ces résultats furent examinés surtout par rapport au problème de l'origine simienne de l'homme. Ici, ils nous intéresseront par les précieuses indications qu'ils nous lournissent sur le premier éveil des sentiments religieux chez l'homme primitif du type le plus inférieur, par la structure et le volume de son crâne, qui nous soit connu à l'heure actuelle. Les restes fossiles découverts à La Chapelle-aux-Saintsf Corrèze) et au Moustier (Dordogne) appartiennent à la période quaternaire moyenne; ceux du Moustier, daprès certains paléontologistes, remonteraient même à l'époque pliocène. Dans les deux cas, ces débris fossiles précèdent notre époque de dizaines de milliers d'années^ Ajoutons que, par les traits généraux de la structure anatomique de leurs ossements et par les circonstances dans lesquelles ils ont été trouvés, ces fossiles humains se rapprochent de tous ceux que l'on a recueillis dans la vallée de Neander, et plus récemment, en 1907, dans les environs de Heidelberg.
Les restes fossiles mis au jour en France avaient été ensevelis soigneusement dans des fosses appropriées; ces fosses sont situées dans des grottes rocheuses, à l'abri des bêtes féroces. La tête des cadavres était surélevée et couchée sur des pierres amoncelées. Autour de ces fosses, on a trouvé des vestiges de repas funéraire, des ossements d'animaux, immolés probablement aux esprits de la mort; plusieurs os de ces bêtes sacrifiés étaient disposés d'une manière régulière et identique, notamment à la tctc et autour du corps des défunts; CCS détails indiquent bien Kexistence de rites accompagnant, à l'époque, la cérémonie de 1 ensevelissement; rites évidemment destinés à honorer la mort. Ce qui augmente la valeur de cette documentation, c'est l'analogie, presque l'identité de toutes les dispositions constatées à des distances atteignant des centainesde kili^mètres.
i. Plusieurs p.iléontologistcs aftiriiicDt inciuc qu'ils datent Je ; ."i 400 mille ans. ^Voir eh. v, î5«).)
Hn laissant de côté les exagérations inévitables des anthropologistes. à juste titre fîers de leurs belles trouvailles, on est néanmoins autorisé à conclure des faits relatés que l'homme préhistorique possédait les rudiments d'un sentiment religieux et l'espoir d'une autre vie. Les témoignages de respect, dont ces ancêtres des Français d'aujoud'hui entouraient autrefois leurs parents défunts, rappellent par certains traits le touchant culte des morts, cjui distingue encore maintenant leurs descendants.
Non moins significatifs sont les outils et les armes soigneusement travaillés qu'on trouve dans les grottes avec les ossements, ainsi que les vestiges de l'usage du feu (au village du Moustierj. Ces découvertes indiquent, chez les hommes de cette époque, certain savoir-faire, germe de la science future. L'art de produire le feu. l'une des plus utiles inventions humaines, provient d'une certaine intuition de l'esprit; la réflexion n'était donc pas étrangère à nos ancêtres les plus éloignés. L'expérience de leur sens leur apprenait à rechercher les causes des phénomènes dont ils subissaient les influences, bonnes ou mauvaises; ilsétaientà même de trouver les moyens de les combattre, ou d'en écarter les périls. Leurs pensées étaient rudimentaires; leur langage, composé probablement de monosyllabes, suffisait pour exprimer leurs désirs, manifester leurs volontés, et provoquer une entente sur les actions et les besoins communs. La conscience du moi, étant le produit de l'ensemble de nos sensations du monde extérieur et de notre sensibilité intérieure, existait en eux sans conteste. Pour que que le sentiment d'un au-delà se manifeste chez l'homme préhistorique, l'existence d'une conscience du moi est indispensable, comme l'est également l'intuition vague d'une divinité ou d'une force supérieure, qui décide des destinées humaines.
Hntre le premier éveil des sentiments religieux chez l'homme préhistorique et les conceptions religieuses des plus illustres représentants des sciences modernes, le pas-
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sage semble trop brusque; mais, plus saisissant est le contraste entre l'intelligence des hommes que des dizaines ou des centaines de milliers d'années séparent, plus éclatante apparaîtra la démonstration de l'identité d'origine de leur foi. Aussi choisirai-je, parmi les savants, quelques-uns des plus illustres créateurs des sciences biologiques et physiques du siècle dernier.
Il est essentiel de rappeler auparavant le souvenir des hommes de génie qui, aux xvT et xvii' siècles, amenèrent la renaissance de l'astronomie et des mathématiques, établirent les lois fondamentales qui régissent le monde physique, et créèrent- les méthodes expérimentales d'investigation, devenues aujourd hui classiques dans les sciences exactes. J'entends parler ici de Copernic, de Tycho-Brahé, de Kepler, de Galilée, de Descartes, de Xewtpn et de Leibniz. Malgré la diversité de leurs cultes et de leurs conceptions philosophiques, tous ces maitresde la science furent des croyants et de fervents chrétiens; ils n'hésitèrent pas à faire montre de leur profonde piété et de leur inébranlable attachement au christianisme.
Descartes et Leibniz, tous les deux mathématiciens et philosophes de génie, s'efforçaient de rattacher les nouvelles conquêtes de notre connaissance à la philosophie traditionnelle des Grecs et des scolastiques', et aux enseignements de la religion. Nouspossédonsainsi une riche documentation sur leur foi dans l'existence de Dieu.
Descartes n admettait, comme source unique de notre savoir, que l'intuition : le raisonnement n'est pour lui iju'une série d'intuitions de l'esprit La science elle-même. Descartes la constitue sur l'évidence intellectuelle, sans aucune intervention de la connaissance sensorielle C'est un recul relativement à Kepler qui, lui, déclarait qu'il existe dans les données des sens une similitude avec le type de
t. Descartes, en apparence, faisait peu de cas des scola!ttique« ; mais, en réalité, il !tc r.nppruch.iit d'eux sur plusieurs points.
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rharinonie indubitablement vraie qui se trouve dans notre esprit, citni ccrto aliquo vcrissini<r Ihirninniœ archciypo qui in tus est /// j// /'/;/(; (Kepler. Op. v, 216). L'existence de Dieu, Descartes en trouvait la certitude dans l'intuition de l'âme ou de l'esprit : Dieu est, je pense, donc je suis. Les lumineux principes de ses méthodes sont pour lui les lois de la pensée pure
Leibniz reconnaissait avec raison toute l'importance de la confirmation par nos sens de nosintuitionsspirituelles. C'est pourquoi, dans son admirable Théodicée, il nhésite pas à recourir souvent aux preuves fournies par l'expérience pour démontrer l'existence de Dieu, ainsi que pour former son concept de Dieu. A ce point de vue, Leibniz se rapproche très étroitement de saint Thomas d'Aquin, dont il utilise d'ailleurs les méthodes d'argumentation. On sait que Leibniz a. pendant des années, travaillé avec ardeur à une réconciliation de l'église catholique avec les églises protestantes, dans l'espoir que toutes les églises chrétiennes réunies pourraient endiguer la marée montante de l'athéisme qui, selon sa prédiction vraiment prophétique de 170S, devait mener infailliblement l'Europe à une révolution.
La renaissance des sciences de la nature date de la veille du xi.x' siècle; le trait dominant de cette renaissance fut l'entrée de la biologie dans les rangs des sciences exactes. Priestley et Lavoisier décomposent l'air en ses éléments et dévoilent en même temps leurs rapports mystérieux avec la vie organique. Ils créent ainsi un lien c/iiniii/iii- d'une très haute portée entre le monde inorganique et le monde organique. Les découvertes de Cjalvani et de Volta y ajoutent un lien physique zuss'i important, surtout pour la vie animale. Cuvier, dont la vaste intelligence est comparée justement par Fluurens à celle de Leibniz '< qui menait de front toutes les sciences >/, était devenu, dès le début du xvin'' siècle, le maitre dans toutes les sciences naturelles. Le règne animal et végétal actuel n'ofTrait pas un champ assez vaste à ses
investigations: les restes fossiles qui, depuis des milliers d'années, reposaient dans les couches profondes de notre globe, il les faisait réapparaître à la lumière, afin de compléter ses larges conceptions du monde organique ; ainsi fut créée la paléontologie. Quelque temps après, son émule et continuateur, dune égale envergure intellectuelle, Karl von Baer, découvrait, dans l'ovaire d'un mammifère, l'existence de l'ovule non fécondé, pareil au jaune de l'œuf de l'oiseau : cette découverte devint la pierre angulaire sur laquelle il érigea 1 embryologie.
A la même époque où les sciences morphologiques avançaient à pas de géant, Flourens s'attaquait au siège central de nos facultés vitales et psychiques, en soumettant le cerveau à l'épreuve de l'investigation expérimentale C était un coup de maître génial que d'inaugurer l'avènement de la physiologie comme science indépendante par le choix de l'organe le plus inaccessible à nos recherches, le plus merveilleux par sa structure, et le plus mystérieux par sa destination fonctionnelle. Les belles et multiples découvertes faites par Flourens sur les fonctions des grands hémisphères, du cervelet, de la moelle allongée et du labvrinthe de l'oreille ouvrirent un vaste champ de travaux féconds vjui, par leur portée illimitée, laissaient entrevoir la s,)lu!ion des plus hauts problèmes de la pensée humaine
Tandisqu'cn France Magendie, Legallois. Longet etsurtout l'illustre Claude Bernard continuaient avec éclat les traditions de Flourens, en Allemagne Jean Muller, maitre de toutes les branches morphologiques de la biologie, comme Cuvier et \ nn Hacr. transformait la phvsiologie expérimentale en une science exacte; il était puissamment aidé dans cette tâche par les deux frères W'eber. En outre, il posa les bases de la phvsiologie des sens en établissant la \o\ de l'énergie spéci- Tuiuc Ses deux élèves et collaborateurs. Schleiden et Schwann, lircnt la découverte biologique la plus féconde du siècle passé, celle de la cellule végétale et animale, con-
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sidérée comme l'clémenl primitif de t<jut organisme vivant . C'est à la faveur de cette découverte que Rudolph Virchow créa la pathologie cellulaire et transforma la médecine. Karl Ludwig construisit, en 1848. le premier kymographe et introduisit qinsi la méthode graphique dans l'étude des phénomènes physiologiques. Il édifia ensuite sur la base des principes mécaniques toute la physiologie humaine Matteucci et surtout du Bois-Reymond complétèrent l'œuvre de Galvani et de Xobili.
Les progrès des sciences physiques et chimiques sont trop présents à la mémoire de tous pour qu'il soit utile de les rappeler ; contentons-nous de mentionner ici les plus grands noms. Depuis Gay-Lussac jusqu'à J.-B. Dumas, la chimie a compté en France toute une série de savants hors de pair. L'Allemagne avait Wùhler, Liebig, Bunsen, Pettenkofer. etc. En Suède, il suffit de nommer Berzelius. le plus grand parmi les grands; en Angleterre, Humphrey Davy. Comme physiciens les plus illustres, citons, en électricité, Ampère. L'araday et Wilhelm Weber; en physique générale, Robert Mayer, qui établit les lois de la constance et de l'équivalence mécanique de la chaleur : le grand Carnot, qui formula la seconde proposition thermodynamique et montra ainsi à Clausius le chemin pour découvrir la loi d'entropie, destinée à devenir la loi dominante du monde physique. En astronomie, rappelons seulement sir W'illiam Herschel, Arago et Le Verrier. Ne pouvant parler que des morts, notons encore les noms glorieux de Pasteur, de Hertz et de lord Kelvin.
11 n'est pas aisé d'analyser les conceptions philosophiques etreligieusesdessavantsd'élite que nous venonsd'énumérer. Les grands naturalistes, absorbés par leurs recherches scientifiques, trouvent rarement l'occasion de développer leurs conceptions philosophiques abstraites, à moins que l'objet même de leurs études ne le comporte. La décadence de la philosophie au .\i.\" siècle ne pouvait, d'ailleurs, qu'en
éloigner les naturalistes. On est donc réduit, pour connaitre leurs idées philosophiques et religieuses, à consulter leur correspondance et les souvenirs de leurs amis, ou à rechercher les rares incidents de leur vie publique.
Commençons par le plus illustre des naturalistes, par Lavoisier, ce génie sans pareil, tombé victime de la Terreur à l'âge de cinquante ans, au moment où il consacrait tous ses efforts à défense de la France contre l'invasion.
<r Elevé dans une famille'pieuse qui avait fourni plusieurs prêtres à l'Eglise, Lavoisier en avait gardé les croyances ; à un écrivain anglais, Edward King, cjui lui avait envoyé un ouvrage de controverse, il écrivait : c'est une belle cause que vous entreprenez de défendre, que celle de la révélation et de l'authenticité des Saintes Ecritures, et, ce qui est remarquable, c'est que vous employez dans ce moment pour les défendre précisément les mêmes armes qu on a emplovées bien des fois pour les attaquer Lavoisier était patron laïque de la chapelle de son château de Fréchines. et à ce titre il nommait le chapelain, auquel il donnait annuellement 290 livres. >/'
Les écrits théologiques du grand physicien et chinii>ic Priestley, le premier des savants nommés plus haut, sont aussi nombreux que ses ouvrages scientifiques. Ils nous éclairent d'une manière précise sur ses sentiments religieux. Priestley n'hésita pas à entrer en lutte, sur des questions de pure théologie chrétienne, contre les doctrines dominantes. C^est au cours de ces controverses qu'il manqua d'être écharpé par une foule fanatisée qui détruisit sa maison et ^on laboratoire avec tous ses intruments de travail, accumulés durant sa vie laborieuse. Forcé de s'expatrier en Amérique, il y finit paisiblement ses jours au milieu des siens. Voici en quels termes émouvants (^uvier décrit sa innit : 'f Si's dt-rnitTs moineul-^ furent rcmpl'*N \^y^' '<•«• épaii-
1. l.J(.'u.iit.l Uiimju.\. i..i„iioa/ , y cJit.. p. s». i*an>. Iclix Alcan.
chenicnts de cette piété qui avait animé toute sa vie. Il se faisait lire les évangiles et remerciait Dieu de lui avoir donné une vie utile et une mort paisible. Je vais m'endormir comme vous, disait-il à ses petits-enfants qu'on errimenait, mais nous nous réveillerons tous ensemble pour un bonheur éternel, témoignant ainsi dans quelle croyance il mourait. Ce furent ses dernières paroles ^ >>
Ces lignes, extraites de son éloge académique par Cuvier, nous éclairent en même tempssur la noblesse des sentiments religieux bien connus de l'illustre biologiste lui-même. Rappelons également, à cette occasion, les termes respectueux avec lesquels Lamarck désigne Dieu (voir ch. iv). L'autre adversaire des théories de Cuvier, Geoffroy-Saint-Hilaire. était aussi un croyant et avait foi en la vie future. Ses dernières paroles à sa fille en sont la preuve : '' Sois-en sûre, ma fille, nous nous reverrons -î »
Dans ses nombreux discours académiques et dans plusieurs de ses ouvrages. K. H. von Raer eut l'occasion d'exposer ses conceptions philosophiques du monde. Elles témoignent d'une foi en Dieu très élevée et de convictions religieuses profondément enracinées. Spiritualiste convaincu, ce fut lui qui, par ses études sur la finalité, rétablit dans la science moderne la véritable portée de la téléologie comme puissant levier de toute recherche des lois de la nature organique. Citons quelques lignes de son ouvrage contre ledarwlnisme (voir plus haut. p. 280). '< Si l'on proclame hautement à présent qu'il n'existe pas de finalité et que seules les nécessités aveugles dominent le monde, je crois de mon devoir de faire connaître ma conviction, qu'au contraire toutes ces nécessités conduisent à des fins supérieures. L'orage de nos temps modernes annonce plus qu'il ne pourrait tenir; ce que ie considère comme finalité dans la vie organique ne