L'UNITERSITÊ ET LA LIBERTÉ
en 1831 ; mais il ne Tétait plus, ou du moins il ne Tétait plus aussi complètement. L'idée de la liberté pour tous faisait de lents, mais sérieux progrès dans le monde de la libre pensée; beaucoup de chrétiens et même de prêtres s'y ralliaient. Le gouyernement, qui, dans sa profonde sagesse, mettait tous ses soins à éviter les querelles relifieuses, et à les apaiser quand elles naissaient malgré lui, contribuait à ce résultat sans le chercher.
Il en advint que, en 1848, la révolution politique, troublée et agitée par les revendications sociales, ne fut pas compliquée de haines religieuses. On ne vit pas l'équivalent du sac de TArchevèché et de la dévastation de Saint-Germain-l'Auxerrois. Les prêtres ne furent pas traqués dans la rue ; au contraire, on les appela pour bénir les arbres de la liberté, et ils accoururent. On leur reproche d'être encore accourus trois ans plus tard, pour offrir de rencens au candidat impérial. Ils sont excusés, s^s n'ont épousé ni la république ni l'empire, et s'ils ont simplement offert à tous les partis, comme à tous les hommes, des bénédictions et des prières. Paris vit, en 1848, un spectacle nouveau. L'abbé Deguerry elle pasteur Athanase Goquerel traversé-
rent ensemble ses rues, à la tête d'une députation nombreuse, pour porter au gouvernement provisoire une pétition en faveur de la liberté des cultes. M. Goquerel se trouva avec le père Lacordaire sur les bancs de TAssemblée constituante. Lacordaire y siégeait en costume de dominicain, les évèques avec leureroix pastorale. Cette assemblée, qui n'eut pas le temps, ni peut-être Ténergie de faire de grandes choses, fut plus près que les autres assemblées révolutionnaires de la liberté religieuse et philosophique. Elle écrivit le nom de Dieu en tête de sa constitution. La cérémonie de la promulgation, qui eut lieu sur la place de la Concorde, débuta par une messe solennelle, comme autrefois la fête de la fédération. L'officiant fut Mgr Parisis, évêque de Langres, membre de l'Assemblée. Elle n'eut pas même la pensée qu'en adoptant les formes d'une religion qui est celle de l'immense majorité du pays, elle ôtait quelque chose à la liberté ou à la dignité des cultes dissidents. Les dissidents eux-mêmes comprenaient que la liberté ne consiste pas à comprimer tous les sentiments et à imposer silence à tous les partis. Dans !a constitution nouvelle, la liberté d'enseignement fut proclamée comme un droit naturel dont on
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ne pouvait sans attentat priver aucun citoyen ^ Rien qu'une indignité morale et personnelle juridiquement constatée ne pouvait suspendre Vexercice de ce droit primordial, qu'on regardait alors avec raison comme l'expansion naturelle et nécessaire de la liberté philosophique. Les républicains n'auraient pas souffert qu'on en dépouillât les monarchistes; les libres penseurs auraient été les premiers à réclamer pour les prêtres catholiques. Nul ne songea à faire revivre les lois de la Convention et de l'Empire sur les associations religieuses. On ne faisait pas de distinction entre le prêtre et le citoyen, entre les congrégations et rassocialion. 11 semblait qu'il n'y eût plus de catholiques de l'école de Joseph de Maistre, ni de libéraux de l'école de Montlosier.
En dépit de ces grandes aspirations vers la liberté, on sentît pourtant reparaître, au cours de la discussion, d'un côté les vieux ressentiments . contre la domination cléricale; de l'autre, une ardeur passionnée, qui, du monopole universi-