‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 21 sur 61 · L'UNIVERSITÉ ET LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

L'UNIVERSITÉ ET LA LIBERTÉ

l'avantage d'fttre gouvernés parleurs pairs, Tespoir des grands avancements, et l'éclat que la dignité du chef fait rejaillir sur le corps entier. Ils ne pou* vaient se dissimuler qu'on avait voulu, par cette institution, détruire leurs traditions, anéantir che:^ eux l'esprit de corps. Ils regardèrent, non sans rai* son, le rétablissement des grandes académies, comme une sorte de restauration de l'Université.

Le gouvernement augmenta le nombre des ebaires, le traitement des maîtres; il créa l'École pratique des hautes études, l'enseignement secon* daîre spécial; il donna une impulsion nouvelle i rittstruction primaire. Il ne supprima ni la liberté de l'enseignement primaire, qui existait depuis 1833, ni la liberté de l'enseignement secondaire, consacrée en i850; mais il accrut les attributions des magistrats universitaires, et fit respecter leur autorité. Il se disposait à donner la liberté de renseignement supérieur. Une redoutait pas les écoles libres, parce qu'il se croyait sûr du clergé.

En revanche, s'il souffrait assez patiemment la li* liberté d'enseignement, en dehors de lui, il ne don* nait aucune liberté chez lui A ses propres maîtres, Il les traitait, comme tous ses fonctionnaires, qu'il voulait avoir entièrement sous la main» Son pro-

140 DIEU, PàTRIS, LIBERTE.

cédé fut très simple. La loi de 1850 avait rempli les conseils de rinstruction publique de membres électifs. Les règlements universitaires faisaient élire par différents corps les membres du haut enseignement, et assuraient aux professeurs de facultés une inamovibilité complète, et, à défaut d'inamovibilité proprement dite, des garanties sérieuses aux professeurs des lycées. Le retour du régime impérial supprima tout cela. Les membres du conseil et les professeurs cessèrent d'être élus. Ils furent nommés et révoqués, suivant Timportance de leurs fonctions, par décret^ par arrêté ministériel, ou par décision rectorale* Il ne fut plus question, après cela, d'inamovibilité pour personne. C'était faire payer bien cher aux membres de l'Université la nouvelle importance de la corporation, et les avantages matériels qu'on leur accordait.

On peut s'étonner que le second Empire, qui soumit la presse au régime le plus despotique, se montrât assez favorable à la liberté d'enseigne ment. Écrire, parler, c'est même chose. Ces deux manifestations de la pensée sont gouvernées par le même principe. Mais le gouvernement impérial se préoccupait moins des principes que des faits, et les faits étaient parfaitement clairs. En deux

L'UNIVERSITÂ £T LA LIBERTÉ. 141

niotS) les voici. Qui devait profiter de \a liberté d'enseignement? Les prêtres. Et de la liberté de la presse, si on l'avait donnée? Les républicains. Tout était là. L'Empire avait peur des républicains et n'avait pas peur des prêtres.

Chaque régime a sa peur. Le premier empereur avait peur des idéologues ; la Restauration avait peur des libéraux; le second Empire avait peur des républicains.

Il faut, à tout gouvernement, un spectre et une fanfare. Le spectre lui est d'ailleurs utile. Il lui est aussi utile pour ramener les hésitants, que la fanfare pour exalter les fidèles. En général, le :<>pectre des monarchies est le spectre rouge. Ce spectre est aussi celui de toutes les réactions. Il a rendu notamment de bons services à la réaction de 1849. De leur côté, les libéraux et les républicains sont hantés par le spectre noir. Ils ne verraient guère que lui, quand même la Commune serait à leurs portes.

Les libéraux de la Restauration avaient toutes raisons d'avoir peur du spectre noir, puisqu'alors la Congrégation, comme on l'appelait, avait contracté une étroite alliance avec le gouvernement. Mais aujourd'hui qu'elle est réduite à ses propres

142 DIEU, PÂTRIB, LIBERTÉ.

forces, que le gouvernement est appuyé sur la souve' raineté nationale, par conséquent sûr de luUtnème, s'il s'avise de trembler encore devant quelques centaines de professeurs parce qu'ils portent une soutane ou un capuce, ce ne peut être que par habitude. N'ayant plus â lutter contre la domination des moines, comme ce serait son devoir ù cette domination faisait mine de reparaître, il combat leur existence et leur interdit le droit commun, contre toute justice.

Page 1