‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 22 sur 61 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

LR8 LIBÉRAUX BT L'BSPRIT LIBÉRAL ▲ VERSAILLES

Personne ne peut méconnaître que TÂssemblée nationale de 1871 reprit les traditions de rAssem* blée de 1848 en matière d'enseignemmt; mais avec cette différence, que la majorité appartenait, en 1848, aux universitaires, et, en 1871, aux catho* tiques.

En 1848, la majorité de gauche donnait la li« berté par amour de la liberté ; elle n'y était pas poussée par le souci de ses propres intérêts, puisqu'elle était en possession du pouvoir, et maîtresse du vote. Elle obéissait à sa conviction; elle avait adopté la doctrine si glorieusement défendue dans le Globe par M. Dubois et qui avait été si mal corn* prise en 1826. Les catholiques, assez nombreux dans l'Assemblée, mais en minorité cependant.

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acceptaient comme un bienfait ce qu'ils auraient exigé comme une dette, s'ils avaient eu le dessus. Dès ce temps-là, on savait bien des deux côtés qu'ils profiteraient les premiers de la liberté, et qu'ils en profiteraient peut-être seuls* M. de Montalembert, ancien champion de la liberté, n'avait pas à changer de langage. Beaucoup d'autres, qui autrefois l'avaient qualifié d'enfant terrible, se rangeaient alors derrière lui, invoquaient la liberté, parlaient de tolérance. La situation, en 1871, était complètement retournée. Les catholiques tenaient le haut du pavé, et les philosopher avaient à se défendre. Us n'étaient pas cependant vaincus et battus : ils avaient fait la révolution; ils étaient le gouvernement ; ils n'avaient été battus que dans le scrutin. Quelques-uns d'entre eux, au moment des élections, avaient prévu cette défaite, et avaient voulu la prévenir, en prononçant des exclusions et en influant sur le vote. Les autres, tout en se disant que leur loyauté tournerait contre eux, au moins pour le présent, avaient tenu à respecter la souveraineté de la nation et la sainteté des principes. Ils croyaient à une république de principes, et regardaient comme indigne et impossible la république d'expédients, qu'on a appelée

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depuis la république opportuniste. Ils savaient qu*il était urgent d'appeler toute la France à l'œuvre de salut qu'on entreprenait. Leur défaite, d'ailleurs, tenait à des circonstances qui ne se représenteraient plus; et, en effet, ils n'attendirent que deux ans leur revanche. Pendant ces deux années, on retrouve, dans l'histoire du parti républicain, la trace, moins vive, mais pourtant persistante, des dissentiments qui avaient éclaté au début de la période électorale. Ceux qui, alors, avaient voulu peser sur les élections, se montraient en toute occasion rebelles aux principes libéraux ; ils étaient absorbés et enfiévrés par une lutte d'influence. Arracher le pouvoir aux réactionnaires et aux catholiques était tout pour eux; au fond, sans oser le dire, peut-être même sans oser le penser, ils n'aimaient pas une liberté qui ne profiterait, au premier moment, qu'aux ennemis de la liberté. Sans le voisinage de la Commune, dont ils avaient peur et horreur, peut-être auraient-ils été encore plus loin dans leurs doctrines antilibérales. Ils formaient, dans la minorité, une minorité infime. Le grand nombre des républicains restait libéral ; ety avec la même bonne foi et la même intrépidité qui leur avaient fait braver un échec aux élections

de féxrier 1871, ils donnaient aux catholiques tout ce qui n'était que l'exercice dç la liberté, et n'entraient en lutte que contre les tentatives d'inégalité et de domination.

De son côté, la msyorité catholique, pu, plutôt la majorité dirigée par le$ catholiques, proposait souvent des mesures excessives; elle abusait de sa victoire, sur laquelle d'ailleurs elle se trompait quand elle la croyait durable; elle ne rendait pas justice aui( sentiments de conciliation et de vrai libéralisme des groupes les plus nombreux de la gauche; elle imputait à la gauche entière les doctrines aur toritaires et les paroles violentes qui partaieittt d'un groupe très peu nombreux et très peu écouté ; elle allait même, dans certaines circonstances, jusqu'à rendre le parti républicain solidaire des crimi» nelles folies de la Commune. Au milieu de tout cela surnageait, de part et d'autre, un désir de déc^* tralisatioB, un sentiment de libéralisme sincère. En un mot, dans les deux côtés de l'Assemblée, et par conséquent dans l'Assemblée toute entière, il y avait un progrès vers les idées libérales. Cela peut paraître extraordinaire à ceux qui ne veulent voir, dans la gauche, que laCommune, et, dans la droite, que les pèlerinages et les tentatives de révolutions

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monarchiques ; mais cela est : une histoire impartiale de cette Assemblée le démontrera un jour. Nous nous bornerons à rappeler ici quelques détails qui touchmt plus particulièrement à notre sujet.

Quand les prières publiques furent votées pour la première fois, il y eut do nombreuses abstentions. S'abstenir, c'était seulement déclarer que la mesure était inopportune. Mais combien y eut«il de votes, négatife? il y en eut trois. Aujourd'hui, les votants restant les mêmes, combien y en aurait*ilî

Une des premières préoccupations de la droite, en 1871 ,futde compléter lalibertéd'enseignement, en ajoutant à la liberté de renseignement primaire, cpe nous avions depuis la loi de 1833, et à celle de renseignement secondaire, que la loi de 1850 nous avait donnée, la liberté de renseignement supérieur, qui nous manquait absolument. Dans Fétat de la législation, il fallait Tass^timent du gouvernement pour fonder une école d'enseignement supérieur, ou pour faire une conférence publique; le ministre accordait ou refusait, suivant son appréciation ou celle de ses bureaux ; il û'était assujetti à aucune règle. La dernière école fondée en vertu d'une autorisation ministérielle est Texcellente école des sciences politiques orga-

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nisée par M. Boutmy en 1871 ^ Il élait presque impossible à un homme connu pour son opposition au gouvernement de faire une conférence, sans recourir, comme nous l'avions fait dans les dernières années de l'Empire, à toutes les formalités prescrites par la loi sur les réunions publiques. Le projet de loi qui devait affranchir enfin l'enseignement supérieur fut proposé par M. le comte Jaubert '• Le gouvernement, au moment où la proposition fut déposée, en préparait une sur le même sujet. L'Assemblée fut presque unanime pour sanctionner la destruction du dernier vestige du monopole universitaire. On n'aurait certainement pas trouvé cette unanimité quelques années auparavant. En 1850, on n'était arrivé à faire la loi sur l'instruction publique qu'après une longue, labo>* rieuse et épineuse préparation; encore cette loi avait-elle l'aspect d'un traité entre deux nations belligérantes, dans lequel l'Université jouait le rôle de la nation vaincue^ 11 faut dire, pour être iuste«

1. L*autorisation a été donnée par arrêté ministériel du t no* yembre 1S71.

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