‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 28 sur 61 · L'ARTICLE · texte numérisé non relu

L'ARTICLE

le ministère était culbuté, ce n'était rien ; mais le gouvernement, dont un ministère n'est que Forgane, avait outrepassé ses droits, et succombé dans ane lutte extralégale. C'était pour lui un affaiblissement, et un affaiblissement aussi pour le principe d'autorité; affaiblissement dont les conséquences devaient peser sur tout le monde, et même sur les vainqueurs.

La Chambre nouvelle était maltresse du pays ; mais elle n'était pas maltresse d'elle-même. Elle appartenait à un homme, qui s'en empara à la face du soleil, sans hésitation et sans subterfuges. Il était sans contredit le premier orateur, peut-être le premier homme politique de cette assemblée inexpérimentée; peut-être le seul. 11 avait fait sa popularité, d'abord avec le cri de revanche contre l'Allemagne, et ensuite avec le cri de guerre au cléricalisme. Le pays, qui s'était remis à travailler, s'éloignait de plus en plus de toute idée de guerre extérieure ; et, sur ce point, les républicains, un moment enflammés et dévoyés, étaient maintenant d'accord avec les monarchistes ; mais la guerre au cléricalisme leur allait; ils la croyaient sans péril, ils la trouvaient juste ; elle était, aux yeux des plus ardents, la continuation et l'achèvement de

la Révolulion. Les questions sociales, qui afaient tant agité la République de 4848, ne sui^ssaient pas encore. Un homme politique, qui ne se trompe pas souvent d'une façon aussi étrange, avait dit, croyant dire un mot profond : c II n'y a pas de question sociale, il n'y a que des questions politiques. » n ne restait donc aux gens qui ont toujours besoin de partir en guerre contre quelqu'un ou quelque chose, d'autre objectif pour leurs injures et leurs sévices, que les cléricaux. Discours et motions affluèrent; les commissions d'initiative en furent débordées dans un clin d'œiL Le plus violent était le plus populaire. Les menacés, et même les simples spectateurs dirent aussitôt : c On ira du cléricalisme au clergé, du clergé au christianisme, et du christianisme à Dieu. > Cependant le chef du gouvernement qui avait fait le 16 mai, ne pouvant ni contenir le mouvement, ni s'y associer, s^'était retiré; le gouvernement nouveau, dirigé par un esprit aussi modéré que résolu, observait fidèlement les lois qui protègent les religions, et faisait respecter celles qui sont destinées à les contenir dans de justes bornes. Il ne s'associait pas aux propositions insensées; on regrettait seulement que, poussant jusqu'au scrupule le respect

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