‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 51 sur 61 · II. — LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

II. — LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT

Si, à rheure présente, l'État fait mal ce qu'il fait, à force d'en vouloir trop faire, n'est-il pas naturel <[ue la mère de famille, soxtcieuse de lu santé de son ^ifant, et le père, dédaigneux des connaissances apprises par cœur, demandent à des écoles libres un enseignement moins uniforme, moins préten-

€ieux, mains compte t, et plus réel? On comprendrait le goût des familles pour r^seignement libi e^ <juand elles n'auraieat pas d'autres raisons, pour le préférer,, que le désir de faire élever leurs enfants d'après leurs propres idées, selon la situation <]u'i]s doiveal occuper dans le monde, et pour la i^arrière à laquelle elles les destinent. Mais, le plus «ouiient, elles songent à quelque chose qui importe mitant, pour le moins, ^e la santé du corps et la rectitude de l'esprit; elles songent à leur Ame immortelle, à cette âme dont elles ont la charge; elles prétendent la façonner et la préparer ellesmêmes, pour les combats de la vie,, et pour ce qui est au delà. Elles ont tort, direz-vous,. de. s'ima* giner que les écoles de l'État ne conduiraient pas aussi bien, ou même mieux que les écoles libres, le €(Mrps, l'esprit et l'âme de leurs enfants. C'est votre avis; c'est aussi le nôtre, & condition toutefois qu'on cesse de nous apporter chaqjue matin une réforme nouvelle. Allons-nous leur imposer notre façon de voir? Imposer aux autres un avis qui n'est pas le leur, ei uite conduite qu'ils désapprouvent, ce n'est mi une nouveauté, ni une rareté. C'est une pratique fort connue de tous temps et en tous lieux, et qui s'appelle, de son propre nom> la tyrannie.

Les anciens partisans de la liberté d'enseignement et de toutes les libertés, qui à présent ont entrepris de sauver l'âme de la Fk nce en élevant tous les enfants dans les mêmes idées et avec les mêmes méthodes, prétendent qu'il faut renoncer à la liberté, de peur d'avoir deux France. Mais cela aussi a un nom fort ancien : c'est le fanatisme. Le fanatisme de nos gens diffère de l'autre, en ce que l'autre sacrifie la liberté à une idée, et que celui-ci la sacriGe à une négation ; mais, au point de vue du droit et du procédé, l'aûaiogle est complète.

Tous les protecteurs de l'unité morale de la France ne conviennent pas qu'ils ont abandonné la liberté ; mais ceux qui s'en défendent sincèrement se trompent. La théorie qu'ils soutiennent, poussée avec un peu de rigueur, ne laisse pas à la liberté la plus petite place. M. Challemel-Lacour le sait ; M. Jules Ferry ne veut pas le voir. Il laisse une place à la liberté, mais une petite place. Il fait ce tort à Tunité, et cette concession aux libéraux. Les catholiques prétendent que la liberté qu'il leur donne est une liberté pour rire , et que M. Jules Ferry ressemble à un président des assises qui, ayant donné quatre-vingt-quinze places aux porteurs de

Mûte^BSBES

Hisg

billets, et n'ayant réservé que cinq places au public, prononce solennellement la formule consacrée : c L'audience est reprise, et les portes sont ouvertes. > Cette plainte des catholiques est une autre sorte d'exagération, et nous aurons à la combattre. Nous sommes loin d'épouser tous les griefs des catholiques; nous dirons seulement, et nous n'aurons pas de peine à prouver, que, parmi les griefs qu'ils articulent, s'il y en a de faux et d'insignifiants, il y en a, en grand nombre, d'accablants.

Nous ne mettons pas au nombre des griefs fondés en raison, les réformes de la loi sur l'enseignement supérieur qu'avait proposées, dans une juste mesure, M. Waddington, et qui se sont retrouvées, avec une addition déplorable, dans la loi proposée par M, Jules Ferry.

Que les facultés libres fassent des examens et distribuent des diplômes tant qu'elles voudront, nous n'y trouvons rien à redire; mais si ces diplômes ouvrent la porte des carrières publiques, ou s'ils confèrent certains droits universitaires ou civils, nous pensons qu'ils doivent émaner d'une source unique pour avoir tous une valeur égale, et d'une source autorisée et connue pour avoir une valeur quelconque. En un mot, nous réclamons.

SiO BIE9. PATBIE. UBSRTË.

pour les bcalléB libres, la liberté^ el m)us leur refusons rautorité.

Gela ne fait pas le compte des caiboUques. Us s& sont minés en aooscriptions; ils ont rêvé des facultés maies de l'État ; ils ont cru que, par le moyen de la collation des grades, ils acquerraient une influence politique qui leur échappe et qu^ils regrettent amèrement II est dans leurs habitudes de n'accepter jamais une concession (pie eonuue la reconnaissance d'un droit, et de s'en aenôr inunédittement pour en réclamer une autre. Peu de temps après la promulgation de k loi sur Venseignement supérieur, ils s'efforçaient d'obtenir qpyà les membres des jurys mixtes fussent pria par égalité dans l'uniTcrsité de l'État et dans les universités libres. Ils n'auraient pas tardé à demander, comme en 1850» que leurs professeurs pussent devenir recteurs d'académie, concurremment avec les professeurs de l'État. Ils trouvaient dur de perdre de si belles eq[>érances, et d'être réduits à enseigner, tout simplement. Nous ne saurions qu'y faire; et nous ne voyons dans la liberté d'enrsoigner, qui nous est très chère, que la liberté d'enseigner, et non pas celle de faire des licenciéa et des docteurs.

l'CCALE JVEtJTRE, ait

M atB si la soppreiusion des jurys mixtes nous parait juste et politique, Tarticle 7« introduit daas^ la loi par M. Jules Ferry, n'est certainement ni Fun ni l'autre. Nous croyons Tavoir démontré ici «t ailleurs ; nous ne reviendrons pas sur nos arguments. Nous nous contentions de remarquer que cet arlide 7 a eu une existence brillante, main^ éphémère. Il a fallu quelque courage pour le combattre; il en faudrait aujourd'hui pour le défendre. Il avait pour but principal de faire échec aux jé^ suites, et pour but secondaire, mais très sérieux cependant,* de protéger les écoles secondaires de l'Université contre leurs rivales.

Tout en vismt, dans la généralité de ses termes^ les trds ordres d'enseignement, il était évidem^ ment imaginé pour défendre les écoles secondaires. C'est surtout là que les jésuites font une concurrence sérieuse i TUniversité. Les lycées et collèges^ forment les jeunes gens, pour toutes les carrières^ libérales, à l'époque de la vie où on reçoit le phfô^ facilement des impressions, et oi ces impressions sont le plus durables. Ce sont d'ailleurs les seules écoles, ou presque les seules, qui reçoivent des pensionnaires. Or, il y a une différence profonde «ntre l'influence exercée par un maître qui a de-

312 DIEO, PATRIE, LIBERTÉ.

vant lui trente auditeurs, qui ne les réunit que deux ou trois heures par jour (et même un peu moins en tenant compte des vacances, des jours de congé et delà pluralité desmattres), qui, d^ailleurs, n*a pour mission que d'enseigner une langue, une science; et l'autorité qui appartient à des directeurs remplaçant dans toutes ses fonctions le père de famille, ne quittant leurs élèves ni le jour ni la nuit, chargés de les avertir, de les récompenser, de les punir; obligés, par état et par devoir, de gagner leur confiance, et plus préoccupés de former leur caractère que de les guider dai& leurs travaux. Quoique les grands cris que nous avons entendus retentir il y a deux ans sur l'unité compromise de l'âme de la France, fussent poussés à l'occasion des universités [catholiques, il est hors de doute que l'alarme avait moins pour cause les universités que les collèges. Les îësuites remplissaient les collèges libres, ils ne remplissaient pas les universités; et de qui avait-on peur, si ce n*est des jésuites? On n'a pas fai tout ce remuement d'hommes et d'idées en vue des capucins; et ce mémorable article 7, introduit dans une loi sur la liberté de l'enseignement supérieur, n'était qu'une sorte de

L'fiCOLB NEUTRE. 313

catapulte pour ébranler et forcer les jésuitières. Un député, M. Marcou, avait entrepris d'arriver au même but que M. Ferry par un procédé plus décisif. M. Marcou, qui ne se payait pas de mots, savait très bien que l'enseignement des jésuites

n'est pas le seul qui soit réglé par le Syllabus. Il

voulait en finir d'un seul coup avec tous les cléricaux, et proposait pour cela le rétablissement du certificat d'études. C'est un mot un peu oublié des générations actuelles, puisque le certiGcat d'études a disparu en 1850. Voici en quoi il consiste.

Selon la doctrine de M. Marcou, tous les citoyens pourvus des grades nécessaires peuvent, sans autorisation quelconque, ouvrir des écoles secondaires, ou y exercer les fonctions de professeurs. On ne leur impose ni méthodes, ni livres, ni programmes, ni règlement; ils jouissent de la liberté la plus ab- ^ solue. De même les familles peuvent préférer cet enseignement à celui des établissements de l'État, sans que Tautorité publique ait le droit de s'en mêler. Seulement, les enfants qui ont fait toutes leurs études dans ces conditions ne peuvent pas être admis à passer l'examen de bachelier; il n'y a que cette petite restriction. Ceux qui voudront être bacheliers seront obligés de suivre, dans un lycée

314 DIEV, ?ATIIIK. UB£RTE.

OU dans un collée communal, les cons de seconde, de rhétori<iue et de philosophie. L'Université, ayant 1850, ae demandai^ que deux ans; nais M. Marcou en Tent trois, pour être plus sûr de i'ih nité morale de la France, c Ce n'est pas, dit^l, le rétablissement du monopole universitaire. La M' berté de l'enseignement existera certainement en dehors de TÉtat. Pourra qu'on remplisse les (otmalités de la loi de 1850, on aura le droit de fonder des établissements d'instruction. Os serviront aux élèves qui ne se destinent pas aux carrières libérales, aux écoles de l'État; t cpn veuleni seulement s'adonner au commerce, à l'agriculture, et aux mille autres professions ou occupations qui constituent le fond de la vie sociale. » Hais M. Marcou a beau se contenter, pour son compte personnel, de cette liberté laissée aux jeunes gens qui se destinent à l'agriculture, au commerce et aux mille autres professions et occupations qui ne sont ni l'armée, ni la marine, ni le génie, ni l'enseignement, ni la médecine, ni la pharmacie, ni le barreau, ni la magistrature, ni l'École des chartes, ni les conseils de préfecture, ni le conseil d'État, ni les administrations centrales : il sent bien que c les républicains de l'école idéaliste de la liberté » vou-

L*£COi£ NETTTRE. 3iS

dront une liberté d'enseignement qui ne soit pas seulement i Tnsage des commerçants ^ des geatilskommes* c Aux plaintes: des déricaux se joindrcml» sans donte, les incantaiions des r^ablicains de f école idéaliste de la liberté. La liberté est pour eux une idée pare, une entité, un fétiche. Plutôt que d'y toucher pour la défendre contre ses ennemis, ils la laisseraient désarmée. Périssent les â>loniesplutAtqu^un principe ealnne théorie qui ne conduit trop souvent qu'à une immense duperie. Les dopés jettent alors feu et flammes. Après quoi, ils recommencent leur travail de Sisyphes. Mais les dupeurs se moquent d'eux, et rient de leurs anathèmes posthumes. >

Nous avoncMS bien franchement que nous n'approuvons pas et que nous ne pratiquerons jamais la doctrine qui consiste à restreindre la liberté pour la défendre. Nous croyons que, dans sa proposition, M. Marcou va jusqu'à la supprimer, ce qui €st peut-être la défendre un peu trop. Nous cher* chons dans son exposé des moti% eA dans le rapport qu'il a été diargé de faire lui-même sur sa proposition, les motifs qui Font déterminé. Il y en a de deux sortes, les uns pédagogiques, les antres politiques. M. Marcou, pour bien établir que

Texamen ne prouve rien ou ne prouve pas grand'ehose, et que les trois années d'études dûment certifiées sont une meilleure garantie, cite des opinions très respectables. M. Thiers et M. Ferry, dont il invoque le témoignage, ne sont pas des pédagogues, mais M. Villemain et H. Duruy sont des hommes d'une expérience consommée en matière d'enseignement. Il faut regretter que M. Harcou ne les ait pas bien tus. Ils ont dit que le certificat d'études était une meilleure garantie que réxamen ; qu'il était bon et même urgent d'ajouter, à la garantie de l'examen, la garantie du certificat. Ils n'ont pas dit que les études constatées par le certificat devaient avoir été faites dans un lycée, ou dans un collège communal, ou c dans un établissement qui, par sa direction libérale, aura mérité la confiance de l'Université >. C'est M. Marcou tout seul qui dit cela, et c'est lui qui rétablit le monopole universitaire. Il nous assure que les bacheliers et les lettrés sont en décadence, depuis la suppression du certificat, et qu'en le rétablissant, il va rendre à la science et à la littérature française leur puissance et leur éclat. Nous craignons bien qu'il ne s'exagère la vertu de son spécifique. Nous aurons des écoles obligatoires de philosophie, et

L'ÉCOLE NEUTRE. 8t1

pour conséquence une philosophie obligatoire et orficielle, ce qui sera une étrange liberté , ufe étrange philosophie, et une étrange situation pour les professeurs. M. Marcou prétend que cette restauration de l'antique monopole, qui doit nous rendre le talent et le génie, nous rendra encore, par surcroît, la paix publique. Il faut être sincère; c'est surtout la paix publique qui le préoccupe. D n'a pas tant de dédain pour les examens ; il est trop de son temps pour cela; il ne croit pas non plus, autant qu'il le dit, à l'infériorité de nos jeunes sa* vants et de nos jeunes lettrés, ni à la toute-puis* sance de nos professeurs de seconde pour faire re* vivre nos grands siècles littéraires. Ce qu'il a dans l'esprit, lui et ses amis politiques, c'est la politique ; c'est leur politique de combat contre l'Église^ et en même temps contre la liberté. Nous le disons, s'il plaît à Dieu, sans incantation, et avec un respect sincère pour le talent et le courage de* M. Marcou ; il sufGt de lire son rapport et soi» exposé des motifs pour se convaincre que son but principal, sinon unique, est d'en finir avec c la caste sacerdotale ». — € L'enseignement de la jeu* nesse est dominé, dirigé par l'esprit clérical dans les petits séminaires qui sont sortis depuis long*

818 DIEU, PATRIE, LIBIRTË.

tenps d«s cadres imposés par les ordonnance? de i8K, et dans tontes les jésuitièrts qui se dissimnleol sons des dénominations trompenses.

» La snppressioo de qnelqnes couvents, Finierdiftlîeii tf aascfl(|[aenent signifiée à la corporation de Layola Ml été des mesures bruyantes, mais incMiqplètes,. et insuffisantes pour extirper le mal daoïa sa racine. Qn a gratté Técoree de l'arbre, mais ooi ne l'a ni ahaÉtu,.]ii complétaient éehenillé^ a

ft ÙMk que oenx qui seraient tentés de sakvre les coMiSfi de M. Marcen sachent bien où la restauratiottducertifieatd'ëtuâesuniTersitairesles conduit. Si Fon entre arec lui dans celte TOte, TUniTersité deviendra la seule et woique êcek dé philosophie, da morale,, d*biatoi]:e.IL} aura de petiles écoles oâ Ton préparera les enliamts à tecefoir sea e&se^inemeaoLt; « mais à partir de la seeonde^ à ee moment de VéclMÊcA et de Tagi^aadîssement de l'esprit et du cœur, i ee momeal oA le cerveau de TadolescenL reçoit des direetions et. des Sonnes défîttîli^s^ les. futurs candide aux baceafauréals stfoot obligés de suivre les. eears^ des. |ff ofesaeurs de rUnivcrsité* » ijimlez ensuite, à ces treie^ années dllniversité oiâîyaioire, tarofe amiées de seruee mililane ^lig;ateire,» et c notre unité nationaley

L'ÉCOLE HKUTEE* 319

comine dit M. Marcoa, sera définitivement fondée. » Lorsque Fourerey, conseiller d'État chargé As ia direction de renseignement, présenta pour la première fois à Temperecir l'idée de M. Marcou (car M. Marcou n'est pas^ un inTenfeur, H se contente deprendre une arme de despotisme dansFar* senal deFEmpire), Portails combattit cette innovatian par les raisons les plus probantes, dans uk rapport dont nous citerons seulement un passage, qm nous dispensera de fëfuter M. Marcou. c D'»bordy il est à remarquer que, sous aucun régime, on n'a prohibé rétablissement des pensionnats et des écoles particulières ; dans tous les temps, on a vu ces pensionnats et ces écoles se former à cftté des collèges pidb^lîcs ; aucmie loi n'a jamais ordoimé que Foo serait forcé d*aller en classe et d'étudieir dans ces collèges. Les mêmes principes qui auto* risent les pères de faffiriDe à faire élever lears enfaoCs dans leurs propres nmisoss par des institn-^ tews domestiques, garantissent i toos les pères le droit naturel de ccNsiier leurs eafants à tels ÎBstitittcvrs qiœ bon leur semble, et de les piaccr dans tel pensionnat ou dans telle école qu'il leur plaît <îe choisir. On vouhit vainement gSner cette Kberté dans le temps dela.]^utf grande terraur; les.éa>le&

9i0 DIEU, PATRIE, LIBERTÉ.

publiques conlinuèrent à être désertes, et les pères de famille demeurèrent arbitres de Téducation de leurs enfants. »

Nous ne pensons pas que le gouvernement entre dans les vues de M. Marcou. Mais nous regrettons qu'il ait proposé le rétablissement du certificat d'aptitude pédagogique. La loi de 1850 avait imaginé ce certificat pour échapper à la nécessité des grades universitaires. Le projet actuel maintient cette nécessité, et y ajoute la nécessité du certificat d'aptitude. Nul ne pourra être chef d'établissement d'enseignement secondaire privé, s'il n'est gradué de l'Université, et pourvu, en outre, d'un certificat d'aptitude pédagogique conféré par une commission où les universitaires sont en majorité, et dont le recteur d'académie est président ^ Nous croyons fermement qu'un examen devant un tel jurj équivaut à une autorisation préalable. Ce n*est plus le grand maître qui donne cette autorisation, c'est un jury nommé par le grand^maitre; la différence est réelle, elle n'est pas énorme. Ce jury examine les candidats sur l'histoire des doctrines pédagogiques

1. Projet de loi déposé par le gouvernement le il décembre ISSU (M. Ferry), présenté de nonveau le 9 décembre 1881 (M. Paul Ber^ adopté par la Chambre des députés le 13 juillet 1881

ttaa

et la législation de renseignement. II lui est enjoint de tenir compte de leur moralité, de leur honorabilité. Cela suffît : le jury refusera qui il voudra. Il se souviendra que le rapport, après avoir expliqué que le grade de bachelier est une garantie insuffisante, ajoute ces paroles remarquables : < Ce grade (de bachelier) imposé aux maîtres dans les écoles privées est un minimum de capacité, et n*implique pas la présomption d'un enseignement égal à celui qui est donné dans les lycées et les collèges communaux. De plus, il ne répond nullement à la nécessité d'un enseignement laïque et libéral. En effet, on devient bachelier sans cesser d'être clérical. » C'est révidence même.

L'enseignement primaire a été libre longtemps avant les autres ordres d'enseignement, puisqu'il a été émancipé, en 1833, par une loi dont l'honneur, et il est très grand , revient à M. Guizot» Le grand mérite de cette loi est d'avoir multiplié et organisé les écoles communales. Quant à la liberté, elle fut accordée sans crainte et sans regret. On ne pensait pas, à cette date, que l'influence du clergé dans l'enseignement primaire pût devenir un danger pour le pouvoir civil et pour Tunké morale du pays. On introduisait les curés

Sn DIEU, PATRIE, LIBERTÉ.

daBS le comité local de surveillance et dans le comité d'arrondissement ^ ; le desservant^ à défaut de curé, faisait partie du comité local ou communal^; les membres des congrégations vouées à renseignement pouvaient être appelés à la direction des écoles communales ; loin de redouter le coucours des religieux et religieuses, on l'appelait, on le désirait, les écoles normales ne fournissant pas de sujets en nombre suffisant. L'école normale de Rouen était dirigée par les frères des Écoles chrétiennes. On se croyait suffisamment garanti par le droit conféré aux inspecteurs de V\]nWQTsilé de s'assurer qu'il ne se passait rien, dans les écoles libres, de contraire à la morale et aux lois. Il semble bien que la société laïque n'est pas plus menacée aujourd'hui qu'en 1833, au lendemain de b Restauration, et que les garanties qui suffisaient à H. Guizot pourraient suffire i MM. Marcou, Ferry et Paul Bert. En effet, on nous assure qu'ils ne toucheront pas à la liberté de l'enseignement primaire. L'article 7^ s'il ai»it vécu, les aurait dé-

i. Loi du 28 juin 1833, art. 17 et Id. La curé cantonal faisait aussi partie du eomité cantonal établi par rordonnance royale da 16 octobre 1830.

9l Ayîs da Conseil royal, 11 mais iSSi.

L'£GOLE NEUTRE. 923

barrasses de quelques congréganistes, en trôs petit nombre, car les congrégations vouées à renseignement primaire sont autorisées. Les nouvelles exigences de stage et de grades, à l'exception du diplôme d'aptitude pédagogique, ne sont pas des entreprises contre la liberté. Nul doute que, si les écoles primaires libres devenaient gênantes, on leur appliquerait la théorie de M. Marcou, dont le caractère, comme on sait, est de restreindre la liberté pour la défendre. M. Marcou et les disciples de H* Marcou, ne sont pas des dupes et n'entendent pas le devenir. Us comprennent qu'on se soit défié de l'État € sous l'Empire, quand l'État était un homme ou une famille. Mais quand la Société se gouverne elle-même, quand le gouvernement dépend toujours d'un vote populaire, pourquoi ne rendrait-on pas à l'État ses armes pour protéger et défendre la société moderne contre ses plus perfides ennemis ? > Jusqu'à présent on n'a pas senti le besoin de lui rendre c ses armes > contre l'enseignement primaire, ou, pour parler plus exactement, on ne lui a pas donné d'autre arme que ce malheureux certificat d'aptitude pédagogique. Tout le travail des défenseurs de l'unité morale a consisté à réformer les écoles de l'État.

914 DIKU, PATRIE. LIBERTE.

▼• — l'ihsteugtion obligatoirb

Il faut s*enteadre, cependant. M. Jouin a fait un très habile discours contre l'obligation de l'instruction primaire où il prétend démontrer que, Finstruction étant obligatoire et les écoles communales étant gratuites, elles deviendront forcément obligatoires, parce que les écoles privées seront hors d'état de leur faire concurrence. M. Paul Bert, qui a l'immense mérite de ne pas déguiser sa pensée, et qui ne fait pas, comme certains autres, l'éloge de \a liberté d'enseignement au moment où il l'attaque, est du même avis que M. Jouin. c L'obligation de l'instruction, dit-il dans son rapport de 1879, quoique théoriquement fort distincte de l'obligation de la scolarité, entraînera, pour l'immense inajorité des pères de famille, la nécessité d'envoyer leurs enfants dans une école publique. >

Pour nous, qui admettons la nécessité de l'enseignement primaire obligatoire, et qui croyons pouvoir la concilier avec la liberté de conscience , nous ne pensons pas que les démonstrations de M. Jouin soient exemptes de toute exagération. Voici quelques faits qui semblent le prouver.

A Paris, 135 écoles ont été laïcisées depuis 1879, 128 écoles catholiques ont été aussitôt constituées (73 écoles de garçons, 62 écoles de filles). Leur installation a coûté plus de 7 millions ; en comprenant les écoles congréganistes qui existaient à Paris avant la laïcisation, et qui étaient toutes des écoles de filles, le nombre des écoles catholiques est de 178, savoir 73 écoles de garçons et 105 écoles de filles. D y a en outre 68 salles d*asile, ce qui porte à 246 le nombre des établissements congréganistes dans le département de la Seine.

Les écoles congréganistes ont, à l'heure qu'il est S une population scolaire de plus de 50 000 élèves. Chacune d'elles en a autant qu'elle en peut recevoir. Si les locaux étaient plus nombreux ou plus vastes, on a lieu de croire que le nombre des élèves augmenterait. Au contraire, il y a beaucoup de places vides dans les écoles laïcisées. Il est vrai que l'application de la loi sur l'enseignement obligatoire les remplira. On nous cke l'école congréganiste Sœur Rosalie, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 32, qui a 7^^ élèves, tandis que l'école laïcisée de la rue

Page 1