‹ DieuChapitre 4 sur 14 · LE SCEPTICISME · texte numérisé non relu

LE SCEPTICISME

Quid?

Et je vis au-dessus de ma tête un point noir.

Et ce point noir semblait une mouclie dans Tombrc.

Et rien n'avait de borne et rien n'avait de nombre ;

Et tout se confondait avec tout; l'aquilon

Et la nuit ne faisaient qu'un même tourbillon.

Quelques formes sans nom, larves exténuées

Ou souffles noirs, passaient dans les sourdes nuées;

Et tout le reste était immobile et voilé.

Alors, monlant, montant, montant, je m'envolai

Vers ce point qui semblait reculer dans la brume; Car c'est la loi de l'être en qui Tesprit s'allume D'aller vers ce qui fuit et vers ce qui se tait.

Or ce que j'avais pris pour une mouche était Un hibou, triste, froid, morne, et de sa prunelle Il tombait moins de jour que de nuit de son aile.

Et ce hibou parlait devant lui, sans rien voir, Comme s'il se savait écouté dans le noir. Inquiet, palpitant, il regardait, avide, Le fond muet de l'ombre inexprimable et vide, Et, l'œil fixe, attentif, sans louer, sans huer, Disait :

— Qdelqu'on est là. J'ai senti remuer.

Puis il reprit, parlant à la nuée épaisse :

— Quelqu'un est là. Mais qui?

Doute? angoisse? énigme? Est-ce Le Juste ou l'Inégal, le Bon ou le Méchant? Son nom est-il un cri? son nom est-il un chant? £st-ce un père qui doit plus tard, chassant la crainte.

Resplendir, éclaireur du profond labyrinthe?

Est-ce un hermaphrodite, homme et femme, ange et nuit,

Vers qui tout monte et vole, et devant qui tout fuit?

Est-ce un capricieux qui réprouve ou préfère?

Est-ce un contemplateur calme qui laisse faire?

Est-ce un hideux semeur de vrai, de faux, subtil

Et fort, puissant et traître? Il est là; mais qu'est- il? —

Alors je m'approchai de cette silhouette,

Et je lui demandai : — Que fais-tu là, chouette?

Et le noir chat-huant me dit :

— Je guette Dieu!

Je suis la larve affreuse aspirant au ciel bleu; Je suis rœil flamboyant des ténèbres ; j'épie La grande forme obscure en l'abîme accroupie. Moi, je ne la vois pas; mais je crois qu'elle est là.

Un jour dans l'étendue une voix m'appela.

— Hibou!... me dit Hermès. — J'étouffais dans le vide;

Mais Hermès ^Egyptus, le grand songeur livide.

M'a pris, tout en rêvant son sacré pœmander.

Et c'est lui qui m'a fait respirer un peu d'air.

Je suis esprit par l'aile et démon par la griffe.

83 tJiED.

Dans un long papyrus, informe hiéroglyphe,

Lourd manuscrit de brume humaine submergé,

Hermès avait écrit ce qu'il avait songé...

— Un soir Hermès, à Theure où l'an sent Têtre vivre,

Vit passer l'Inconnu qui lisait dans un livre ;

Et rOmbre s'approcha du blanc magicien.

Prit le livre d'Hermès et lui laissa ie sien.

C'est ce livre que l'Inde épelle, et qu'en sa crypte .

La bête Sphinx traduit tout bas au monstre Egypte,

Car il est défendu de parler haut; on sent,

Au silence du monde effrayé, Dieu présent.

Dieu! J'ai dit Dieu. Pourquoi? Qui le voit? Qui le prouve? C'est le vivant qu'on cherche et le cercueil qu'on trouve. Qui donc peut adorer? qui donc peut affirmer? Dès qu'on croit ouvrir l'être, on le sent se fermer.

Dieu! cri sans but peut-être, et nom vide et terrible I Souhait que fait l'esprit devant l'inaccessible ! Invocation vaine, aventurée au fond Du précipice aveugle où nos songes s'en vont! Mot qui te porte, ô monde, et sur lequel tu vogues! Nom mis en question dans les sourds dialogues Du spectre avec le rêve, ô nuit, et des douleurs Avec l'homme et de l'astre avec les sombres fleurs Qu'éveillent sur l'étang les froids rayons lunaires!

LE IliBQU 89

Sujet de la querelle énorme des tonnerres I Solution que va nuit et jour poursuivant La polémique obscure et confuse du vent! Dieul conception folle ou sublime mystère I Notion que nul crâne, au ciel ou sur la terre, Fût-il surnaturel, ne saurait contenir I Quel que soit le passé, quel que soit Tavenir, Nul ne la saisira, nul ne Ta possédée; Et, dans Turne où l'on veut mettre une telle idée, On sent de toutes parts des luites d'infini.

Le ciel à force d'ombre était comme aplani.

Et l'oiseau dont l'œil rond jette un reflet de soufre

Me dit :

— Viens, je vais tout t'apprendre : Il est un gouflfre. —

Comme s'il eût tout dit dans ce mot, le hibou S'arrêta; puis reprit ;

~ Quand? pourquoi? comment? où?

Tout se tait, tout est clos, tout est sourd, tout recule, Tout vit dans l'insondable et fatal crépuscule. L'être mortel médite et songe avec effroi En attendant qu'un jour quelqu'un dise : C'est moi. La taciturnité de l'ombre est formidable. 11 semble qu'au delà du nimbe inabordable

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