‹ DieudonatChapitre 13 sur 27 · IL DÉCOUVRE UN ASPECT DE LA BONI?: DIVINE · texte numérisé non relu

IL DÉCOUVRE UN ASPECT DE LA BONI?: DIVINE

qu'ils devisaient, un double étonnement allongeait leurs deux visages. Alentour, les belles servantes observaient, intriguées. Cléanthis, avec des gestes vifs et des yeux brillants de gaieté, semblait affirmer quelque chose dont le prince doutait encore ; enfin, elle éclata de rire et s'écria :

— C'est trop drôle, figurez-vous... Il croit que... Il ne veut pas croire que...

Elle dut essayer de plusieurs formules successives pour expliquer, tant bien que mal, la naïve illusion du néophyte qui pensait ne plus avoir droit à retrouver jamais l'ivresse évanouie.

— Qu'est-ce que nous ferions sur terre, alors? Elles le raillèrent à l'envi, ayant perdu tout respect

d'un homme si naïf, car on admet généralement que la candeur est une vertu féminine et un vice masculin. Pressées autour de lui et parlant toutes ensemble, elles s'offraient à lui prouver son erreur, sans délai. Cléanthis réclamait la priorité ; on la lui reconnut. D'un geste souverain, elle congédia ses amies et la preuve fut administrée.

— 0 maître aimé, doutes-tu encore maintenant?

— Eh! fit Dieudonal, voilà qui change notablement l'aspect du monde ! La vie n'est plus du tout ce que j'imaginais! Je n'en connaissais rien qui vaille, et j'ai perdu mon temps ! En vérité, le Paradis Terrestre existe encore, quoi qu'on en dise, et c'est offenser Dieu que de se détourner volontairement du meilleur don qu'il nous octroie ! J'étais impie, tout simplement, et sans le savoir : Dieu m'a châtié de mes dédains, c'est justice ! Il faut cependant constater que tout n'était pas de ma faute : les livres m'ont trompé. Sais-tu lire, Cléanthis ?

— Non.

— Et pourtant, tu es bien savante, puisque tu m'as instruit, moi qui avais tout lu.

— Je sais le principal.

— En effet, ma cousine, et tu me l'as bien prouvé. Mais, peut-être vas-tu me dire comment les moralistes ont pu se mettre d'accord pour classer parmi les péchés une fête que Dieu organisa lui-même, et qu'il nous conviendrait de célébrer avec des actions de grâces?

— Sais pas.

— J'y réfléchirai plus à loisir, quand le calme se sera refait dans mes esprits. Pour le quart d'heure, il me suffît de réprouver mon égarement et de renoncer au péché (l'abstinence : je ne le commettrai plus; j'entends réformer ma vie autant qu'il dépendra de moi, et quel que doive être encore le nombre de mes jours. Car j'ignore les desseins de votre roi ; mais ma reconnaissance lui est acquise, désormais, même s'il me fait couper la tête.

— Sa Majesté ne songe à vous faire couper quoi que ce soit, monseigneur : à preuve qu'elle nous a recommandé de vous servir avec tendresse, et nous a tout promis si nous savons vous rendre heureux.

— Votre souverain est un philanthrope; je le jugeais fort mal, ne le connaissant que par ses exploits militaires; maiscelui-là est vraiment digne du sceptre, qui s'applique à en user pour le bonheur de ses semblables. Je le lui dirai, en le remerciant comme il convient. Puisque, grâce à lui, cette demeure est mienne, je n'en sors plus ; ma solitude est avec vous. Ici j'installe le couvent dont nous serons les cénobites, et nous célébrerons ensemble les œuvres d'adoration.

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