‹ DieudonatChapitre 24 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

vice, il en fut de la douleur comme des autres sens ; ainsi nous pûmes concevoir ce forfait monstrueux de la cultiver pour elle-même ou de la mettre en branle, dans l'unique désir d'entendre son beau cri d'appel, le cri de ce qui souffre !

— Le goût est inné, dans les créatures, de martyriser la faiblesse.

— A tel point que nous inventâmes des supplices, des instruments, et même des professions, pour obtenir de la Douleur en soi !

— Est-ce tout, mon enfant? Allez-vous oublier que les appétits de torture sont si morbidement invétérés dans l'homme qu'il osa les prêter à Dieu, en imaginant un Enfer où des victimes sans défense sont déchirées sans fin par des bourreaux en joie?

Le défunt s'était retourné vers la terre, et il l'apercevait, déplorablement senle, ronde dans l'espace. Alors, Pierre lui dit :

— S'il est vrai que l'humanité s'égara plus loin que la bête, dans les voies de la dépravation, elle a du moins eu cet honneur de s'imposer des bornes, etc'est celles-là que Satan vous sollicitait à franchi)', mon prince, lors que, par une faveur perfide, il vous donna l'omnipotence.

— Je ne l'ai su que trop.

— Jamais assez, les hommes ne sauront quel intérêt ils ont à craindre le pouvoir ! Jamais assez, on ne leur répétera que pouvoir davantage est le plus sûr moyen de multiplier non seulement les occasions de se tromper, mais celles aussi de déchoir.

— Hélas...

— La Conscience humaine n'est pas assez solide pour qu'elle se risque impunément au danger de

détenir uno force sans contrôle : inévitablement, dans l'homme, le pouvoir amoindrit son ennemie, la conscience, et ce qui vous fait grands, c'est votre conscience.

— Mon père...

— Vous étiez tout petit, ô iJieudonat, à cause de ce pouvoir immense; mais vous avez grandi à force de vous amoindrir.

— Mon père...

— Devenir grand, mon tils, ce n'est pas atteindre aux grandeurs, c'est accroître sa conscience, et vous l'avez compris.

L'apôtre parlait d'un verbe sûr. Dieudonat qui l'écoutait, en baissant le front sous l'éloge, releva la tête et s'aperçut avec stupeur que le saint et lui se trouvaient maintenant face à face, et de taille pareille. Pierre lui souriait et dit.:

— Tu l'as compris et tu t'es délivré ! Comme moi tu étais aux Liens, et, comme moi, tu es sorti des griffes d'Hérode. Viens, mon frère, que je t'embrasse.

Le grand vieillard ouvrait les bras, le mort s'y jeta en pleurant ; l'ancien pécheur de Galilée caressait doucement l'épaule de l'ancien cul-de-jatte :

— Le même Ange nous a tirés, moi et toi, de la même geôle, et il avait deux ailes : l'Effort et la Pitié. En dépit de Satan, comme moi tu as résisté, pour célébrer l'Effort-quand-même et la Pitié-quand-même. Comme moi aussi, tu as failli, et c'était le jour où, comme moi, tu renonças l'Effort et la Pitié.

— Je me souviens : c'était le soir, au bord d'un fleuve ; lâchement j'ai abdicjué mon âme et j'ai renié mon devoir...

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