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Chabeuf, Dijon, Monuments et Souvenirs, -p

2. Abbé Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne de Di/on. p. 222.

accoudoirs, et la boiserie était surmontée d'un couronnement de pierre tendre à claire-voie qui rappelait les stalles de la cathédrale d'Amiens. On garda toutefois la tribune des orgues, ouvrage médiocre des années 1 740-1 743, où se voient, d'un côté, David jouant de la harpe, et de l'autre, sainte Cécile jouant de l'orgue, alentour des enfants groupés, et, comme signature, les armes de l'abbaye et celles de la congrégation de Saint-Maur. Puis, en 1822-24, lorsque l'église fut rendue au culte catholique, un mobilier nouveau lui fut donné, fait de morceaux disparates empruntés à d'anciennes églises ruinées ou à d'autres existant encore.

On signalera le grand autel, par Attiret, décoré d'un bas-relief en cuivre figurant l'Assomption, les stalles, d'un assez bon travail de la Renaissance, provenant du monastère de la Charité, près de Vesoul, les vitraux d'Edouard Didron représentant l'histoire de saint Bénigne.

L'imagerie, des xvil° et xviii" siècles, comprend dix bustes d'apôtres et des statues de saints, par Attiret, Bouchardon, Dubois et Masson, chargées de draperies fausses et compliquées. Il vaut mieux ne point parler des tableaux. En revanche, les monuments funèbres sont à noter : d'abord, les pierres tombales de Sacquenier, abbé de Beaume (7 i5i7),de l'écrivain Tabourot (j 1590), de Wladislas de Pologne (f 1388); ensuite et surtout une série de beaux marbres, froids, mais extrêmement décoratifs : près de la grande entrée, les tombeaux du premier président Legouz de la Berchère (f 163 1), et de sa femme Marguerite Brûlard, faits chacun d'un sarcophage en marbre rose revêtu d'une dalle grise sur laquelle le défunt en marbre blanc est agenouillé les mains jointes; dans le collatéral de gauche, le long du mur, l'image de Claude Fremiot, deuxième président (f 1670) ; plus loin, le monument de M*-" Rivet, évêque de Dijon de 1838 à 1884, par Paul Gasq ; dans le collatéral de droite, Jean de Berbisey, couché, les mains jointes, avec à ses pieds la Religion tenant la croix et la Justice portant l'épée, œuvre du sculpteur Martin vers 1720, qui ne manque pas de noblesse.

L'église Saint-Bénigne est environnée de bâtiments d'époques différentes, élevés au fur et à mesure que des besoins nouveaux se faisaient sentir: le palais épiscopal, une grande maison régulière bâtie en 1 768 par les moines dans le goût de leur temps; la sacristie, construite en 1858 dans un st}'le assorti à celui de l'église. Il y a aussi des fragments de la vieille abbaye : au nord, englobé dans le séminaire actuel, le dortoir des moines, un beau vaisseau à trois nefs du xiv' siècle, malheureusement surmonté de deux étages modernes qui le font fléchir; au sud. un vaste cellier voûté à trois travées, dont les nervures reposent sur des colonnes robustes.

Plus intéressante est la crypte, placée derrière le chœur de l'église. C'est une construction souterraine, faite d"un oratoire central de forme ronde pourvu de deux bas-côtés et flanqué à l'ouest par la vieille chapelle de Saint-Jean-Baptiste, à l'est par un transept contemporain avec des chapelles en cul-de-four et des voûtes portées par de courtes colonnettes à chapiteaux. L'appareil est d'une puissance extraordinaire. Les voûtes étroites des deux collatéraux reposent sur de gros piliers isolés ou

Le chcvel de Saint-Bénigne, d'après une ancienne estampe.

adossés aux murs, dont la plupart sont d'anciens sarcophages. Manifestement, les points d'appui ont été multipliés et les murs épaissis pour assurer une stabilité parfaite, et, à voir leur lourde masse, on a l'impression que le résultat a été atteint.

Au reste, cette crypte ne constitue pas un édifice isolé ; elle est l'étage inférieur d'une église circulaire ou Rotonde, comme on en construisit tant au xr siècle, sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Dom Plancher, qui la vit encore intacte, l'a définie « un édifice fait en rond, qui néanmoins n'est pas exactement rond.. , avec trois étages et au milieu une espèce de tour octogone tout à jour, finissant en dôme par le haut ». L'architecte avait conçu et réalisé un plan beaucoup plus gran-

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diose. La Rotonde faisait partie d'un vaste ensemble, qui succéda à la basilique du Vi° siècle et qui comprenait, en plus, une église à cinq nefs, dont les voûtes en berceau étaient portées par quarante piliers et la croisée surmontée d'une grande tour carrée, escortée de huit autres tours plus petites, une église souterraine où reposait le corps saint. Les colonnes, achetées au loin par l'évêque de Langres Brunon de Rouci, étaient de pierre et de marbre. Sur l'autel du martyr s'élevait un ciborium argenté et doré, dont les faces, couvertes de peintures, représentaient la Nativité et la Passion du Seigneur ; aux fenêtres, des vitraux, également peints, reproduisaient les scènes du mart)'re de sainte Paschasie, et le sol était pavé de mosaïques, dont un fragment, retrouvé au xvill" siècle, porte un lion à la cuisse timbrée d'une étoile, d'un dessin tout oriental, analogue à celui de l'église de Thiers. Des autels avaient été disposés en l'honneur des apôtres, des évangélistes, des martyrs, des confesseurs, des vierges et des saints, si bien qu'il y avait là, comme « un tableau du ciel », comme « une synthèse de tout le culte chrétien ».

La conception était digne d'un des plus grands maîtres de la Renaissance romane, et c'est parmi eux que doit être en effet rangé l'architecte, l'abbé Guillaume, de Saint-Bénigne, le premier parmi les grands noms de l'histoire religieuse et artistique de Dijon. D'une piété sévère, versé dans toutes les connaissances, dur envers les autres et dur envers luimême, il appartenait à la race énergique des grands moines clunisiens. Nommé abbé de Dijon au moment où la vieille église de saint Grégoire tombait en ruines, il i-ésolut de la « réédifier dans des proportions beaucoup plus vastes qu'auparavant. » Or il était italien, né en 961 sur le territoire de Vulpie, élevé au monastère de Sainte-Marie et Saint-Michel archange près de Verceil, et il avait connu dans son enfance les belles basiliques romaines et byzantines de la haute Italie. Ses souvenirs ne lui suffisant pas, il fit un voyage au delà des Alpes, pendant lequel il visita les sanctuaires les plus célèbres de la péninsule, Rome, le mont Gargano, Bénévent. Mais il ne se contenta pas d'amasser des souvenirs, et sans doute aussi des croquis et des notes ; il ramena avec lui plusieurs compatriotes versés comme lui dans les lettres et les arts, un archidiacre de Milan, un archevêque de Ravenne, un abbé et des moines de Saint-Apollinaire, un évêque grec.

Animés du même esprit, ces hommes se mirent à l'ouvrage, et c'est de leur collaboration étroite que sortit cette basilique, qualifiée « la plus admirable de toute la Gaule » par Raoul Glaber, et qui était — avec

ses piliers alternant sous le rapport de la grosseur et de la forme, son triforium couvrant tout le double collatéral et s'ouvrant sur la nef par des baies de même largeur que celles du rez-de-chaussée — une imitation du style lombard tel qu'il est pratiqué à Saint-Ambroise de Milan, et, dans une certaine mesure, à Saint-Étienne de Caen.

La première pierre fut posée le ii février looi ; la consécration de la basilique eut lieu le 3 octobre 1016, celle de la Rotonde le 13 mai 1018.

Crypte de Saint-Bénigne.

Un siècle après, de graves accidents se produisirent. En 1 100, la tour centrale s'écroula, écrasant huit personnes; en 1137, le grand incendie de Dijon endommagea la totalité de l'édifice ; puis, le 14 février 1271, la grosse tour de pierres, qui avait été relevée et appuyée sur de vigoureux piliers, tomba de nouveau, ébranlant les murs, remplissant de décombres l'église souterraine. Enfin la Rotonde fut rasée en 1792, sur l'ordre delà Commune, sauf l'étage inférieur, comblé simplement, ce qui a permis de le restaurer.

Au point de vue architectural, ce qui reste de l'ouvrage de l'abbé Guillaume ne saurait, dans ces conditions, présenter un très grand intérêt. Il n'en est pas de même de la sculpture.

Dans les chapiteaux contemporains de la fondation qui font le tour de la crypte, et où l'on a voulu quelquefois reconnaître la main d'un jeune moine appelé Hunald, l'art est tombé au niveau de la caricature, et le mot d'ornement constitue une impropriété, appliqué à des reliefs dont on ne peut avoir aucune idée, si on ne les a vus. Imaginons un corps oval, fendu sur toute sa longueur, des jambes qui remontent et encadrent la tête à moins qu'elles ne soient des bras, et, dans cette tête, l'œil, les joues, le nez, la bouche, figurés tout ensemble par deux arcs de cercle entre lesquels se dessine une trompe..., et nous aurons à peu près l'im-

Chapiteaux de la crypte de Saint-Bénigne.

pression exacte que donne cette statuaire. Cependant un de ces chapiteaux révèle un travail plus approfondi. L'artiste a cherché à boucler les cheveux et la barbe de son personnage, en copiant des ivoires byzantins. Il y a donc eu influence byzantine ; il y a eu aussi influence barbare. Qu'on regarde en effet les deux chapiteaux les plus proches du caveau sacré, qui figurent l'un et l'autre les symboles des Évangélistes. On a, d'un côté, des chevaux ailés, de l'autre, les images connues, le cheval, le veau, l'aigle, l'homme : ainsi le dessin varie selon le texte à interpréter; mais l'unité de style est absolue, et elle provient de ces serpents qui déroulent leurs anneaux, dressent leurs têtes, unissent leurs queues, s'enchevêtrent dans de monstrueuses complications. Viollet-le-Duc, que ces enlacements avaient frappé, rapprochait les chapiteaux de Saint-Bénigne de certaines sculptures de Scandinavie et d'Islande. Il avait entrevu la vérité. Cette décoration se retrouve dans les piliers barbares de Saint-Pierre-aux-Liens de Genève et les bijoux découverts à Charnay ; elle est d'origine burgonde.

Ce sont donc les premiers balbutiements de la sculpture bourguignonne que la crypte de Saint-Bénigne fait connaître. Disons de suite que les progrès furent rapides et qu'au xiT siècle l'église de Tabbé Guillaume reçut une décoration bien supérieure. Entre 1137 et 1200, on profita de ce que l'on construisait en avant de l'entrée un grand narthex, pour placer au portail une vaste imagerie, martelée en 1794, mais connue par un dessin de Dom Plancher. Saint Bénigne, tenant le bâton pastoral et la palme du martj're. en occupe le centre, c'est-à-dire le trumeau, et il est escorté, aux pieds -droits, par les apôtres et les saints, aux vous-

Chapiteaux de la crypte de Saint-Bénigne.

sures, par les anges, les martyrs, les vieillards de l'Apocalypse, des animaux, des oiseaux et des ileurs ; au linteau, la Vierge trône avec l'enfant, et, au tympan, le Christ bénissant s'entoure des emblèmes des évangélistes, des chérubins, des images de l'ancienne et de la nouvelle Loi.

I.e dessin de dom Plancher permet seulement d'analyser cette belle page, dont il ne reste que de pauvres débris, comme la tête de saint Bénigne. Une sculpture de la même époque, conservée au Musée archéologique, et située jadis au-dessus de la porte du réfectoire des moines, donne une idée de ce que devait être l'exécution.

L'artiste a voulu figurer la Cène, et il a choisi le moment célèbre que Léonard de Vinci devait immortaliser plus tard sur la fresque du couvent de Sainte-Marie-des-Grcices. Jésus, qui bénit le pain qu'il tient de la main gauche, tandis qu'un apôtre agenouillé lui tend le poisson symbolique, vient de prononcer le mot célèbre : « Un de vous doit me trahir », et ce mot entendu de tous a provoqué un sentiment d'étonnement

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et de curiosité. Saint Pierre, qui est à droite du Christ, tourne légèrement la tète vers lui ; de même, les deux apôtres placés immédiatement à gauche, et dont l'un a la main posée sur l'épaule de saint Jean, qui tient lui-même sa tête appuyée sur la poitrine du Sauveur, dans un geste de douleur très bien observé qu'on retrouve sur un chapiteau de Saint-Lazare d'Autun. Sans doute, si l'on applique à l'œuvre ainsi obtenue les règles de la critique, si on étudie la forme en la séparant de l'idée, on constate bien des défaillances et des imitations maladroites; la régularité des plis des draperies, la symétrie des personnages trop courts.

La Cène (Musée archéologique).

trapus, dont quelques-uns semblent figés, choquent immédiatement ; mais, dans les corps accoudés, agenouillés, assis, à la manière dont est rendue la' flexion des reins et celle des genoux, on perçoit l'imitation du réel et le désir bien arrêté de s'affranchir des conventions. Malgré ses défauts, ce morceau offre un intérêt de premier ordre; on y surprend déjà cette volonté de suivre la nature qui deviendra la règle propre de la sculpture bourguignonne.

La disparition de l'église de l'abbé Guillaume est d'autant plus regrettable que, si l'art roman fut par excellence l'art de la Bourgogne, il y fleurit surtout à partir de l'année 1080 : les spécimens antérieurs à cette date sont rares. Du moins existe-t-il, dans le voisinage de Saint-Bénigne, une église appartenant à la fin de la période romane, Véglisc Saint-Philibert.

Elle occupe le centre d'un vaste emplacement appelé jadis Curia Sancti Benigni, et qui n'était autre que le cimetière général de la ville avant l'institution des paroisses. Devant son portail, la Commune, convo-

quée à cor et à cris, tenait ses assemblées, élisait annuellement le maire et les échevins ; et, si la municipalité déserta un jour ce local incommode pour expédier dans une chambre close les affaires courantes, elle continua

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Église Saint-Philibert.

d'y accomplir jusqu'à la Révolution tous les actes impoj;tants de sa vie publique.

L'église, actuellement transformée en magasin à fourrages, remonte aux dernières années du xii" siècle, sans qu'il soit possible de préciser davantage. C'est un édiiîce de dimensions médiocres, voûté d'arêtes, que des adjonctions et des mutilations ont fâcheusement arrangé. Il a reçu au XIV" siècle un porche ouvert, au xvi" siècle un clocher de pierre, assez remarquable d'ailleurs, au xvii" des chapelles latérales. La toiture des

collatéraux et celle du porche ont été surélevées, de telle sorte qu'elles masquent en partie les fenêtres de la grande nef et presque entièrement l'oculusdela façade, et plongent l'intérieur dans une demi-obscurité. L'abside et les deux absidioles qui l'accompagnent ont été coupées en 1827, pour permettre l'élargissement d'une rue, et le porche a été fermé. Ainsi une gaine disparate enveloppe et empêche de voir la construction ])rimitive. Mais, si l'on a soin de dégager les parties anciennes des verrues qui les défigurent, on peut se représenter leur état primitif, déterminer leurs caractères, qui sont ceux du roman bourguignon parvenu à sa forme définitive.

Le petit porche gothique, couvert d'un toit en appentis appliqué au tiers environ de l'élévation de la façade, rappelle les constructions cisterciennes de Pontigny et de Fontena}'. Le cintre brisé, dont Ouicherat disait justement qu'il « devint de très bonne heure en Bourgogne la forme normale, non seulement des arcades, mais encore des voûtes, ainsi que les églises rurales de la Côte d'Or en fournissent des exemples innombrables, et à Dijon même la petite église trop peu remarquée de Saint-Philibert », se rencontre partout, aux passages menant du grand vaisseau dans les bas côtés, aux arcs-doubleaux qui soutiennent la voûte. D'autres particularités locales sont encore à observer : la coupole sur trompes servant de base au clocher, comme à Tilchâtel et dans les petites églises de campagne du département de .Saône-et-Loire ; la tribune, placée audessus de l'entrée, face au choeur, et d'où l'on a vue sur l'intérieur par une large baie ; enfin les pilastres avec dosserets, appu^-és aux piliers carrés sur lesquels repose la retombée des voûtes. 3Iais, tandis que dans les églises de Beaune, d'Autun, de Paray-le-Monial, de Semur-en-Brionnais, ces pilastres sont cannelés et décorés de luxuriants chapiteaux corinthiens, ici ils sont lisses et la feuille d'acanthe est employée avec plus de discrétion.

D'ailleurs, la décoration peinte ou sculptée de Saint-Philibert est loin d'égaler celle de ces églises à bon droit renommées. On y chercherait en vain cette suite d'images qui font la splendeur des basiliques de Vézelay et d'Autun, et qui, par la variété des sujets, par la vigueur du coup de ciseau, le naturel des attitudes, le caractère dramatique des compositions, classent l'école romane de Bourgogne au premier rang des écoles provinciales de sculpture. A l'intérieur, un peintre du xV siècle, dont l'œuvre est aux trois quarts effacée, a représenté sur le mur du transept sud un cardinal en extase devant la croix rayonnante de lumière ; non loin de là, au sommet d'un pilier, un chevalier est juché avec sa monture

et son bouclier ; les chapiteaux qui n'appartiennent pas à l'ordre corinthien sont nus ou parés d'une simple fleur de lis. A l'extérieur, les bouts carrés des transepts, les modillons cubiques de la toiture, sont tout à fait dépourvus d'ornements. Et cependant à cette pénurie il y a au dehors un magnifique dédommagement.

Porte latérale de Saint-Philibert.

Ce sont d'abord deux petits chapiteaux d'origine incertaine, mais du xil° siècle assurément, qui interprètent avec une na'iveté et une sincérité touchantes la double scène de la Nativité et de la Visitation. D'un côté, saint Joseph repose, la "Vierge dort, la vache et l'âne veillent sur l'enfant emmaillotté ; de l'autre, sainte Elisabeth marche à la rencontre de sa cousine, les bras tendus : tous ces petits personnages ont des corps souples et convenablement drapés; ils se meuvent avec aisance et sont bien vivants. Mais remarquable surtout, malgré ses détériorations, est la porte

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latérale, chef-d'œuvre après le portail de Saint-Lazare d'Avallon, de la sculpture ornementale en Bourgogne à la fin de l'époque romane. Trois piles de maçonnerie, partiellement revêtues de colonnettes, supportent une double archivolte cintrée qu'enveloppe une voussure en saillie sur le mur. « Les piles et les fûts des colonnes sont sans ornements et les bases détruites, mais la corbeille des chapiteaux offre deux rangs d'acanthes très pures, dont l'harmonie continue est interrompue par quelques chimères ; les deux tores de l'archivolte, complètement évidés, sont composés de feuilles et de branchages entrelacés, le tout refouillé à jour, et sur le bandeau circulaire qui encadre les torsades se déroule un rinceau qui semble détaché d'une frise antique. Dans le tympan, on voyait naguère des restes de peinture '. »

La date de la construction de Saint-Philibert est importante : elle prouve que les traditions romanes se maintinrent à Dijon, au delà de leur durée normale. L'Auvergne et la Provence exceptées, nulle province en effet ne témoigna d'abord pour l'architecture gothique autant de défiance que la Bourgogne. iMais il faut reconnaître qu'une fois conquise par le nouveau style, elle racheta son retard par des hardiesses presque inconnues aux autres provinces. « Les matériaux exceptionnellement résistants dont elle dispose lui créent à cet égard une situation privilégiée ; elle en met à profit toutes les ressources. Si l'on excepte la cathédrale de Beauvais, nulle part la science de l'équilibre n'est poussée aussi loin : à Semur, à Auxerre, on voit la masse de construction posée sur de simples quilles monolithes, les fornerets des voûtes remplacés par des tympans évidés qui se réduisent à leurs parements, les contreforts traversés par des galeries qui s'élancent les unes au-dessus des autres... Unemodénature ample, à très grands effets, une sculpture dont la vigueur rappelle celle de la végétation bourguignonne, achèvent de donner à l'art de cette région une richesse qui n'appartient qu'à elle - ».

Y! église Notre-Dame de Dijon, — où le plein cintre ne se rencontre plus qu'à la grande porte et au rez-de-chaussée du transept, accompagné de chapiteaux qui n'ont d'ailleurs rien gardé de l'ornementation romane — est le chef-d'œuvre du genre.

Commencée vers 1 1 78 sur l'emplacement d'une vieille chapelle dite de Notre-Dame-du-Marché, achevée après quatre-vingts ans d'efforts sou-

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