Choisy, Histoire de r.\rchitccture, t. II, p
tenus, elle appartient tout entière au Xlir siècle, à ce siècle de foi ardente où les populations enthousiastes fournissaient sans compter l'or, l'argent et la main-d'œuvre nécessaires à l'élévation des pieux édifices. Il ne semble cependant pas que les Dijonnais se soient montrés généreux.
Clit:ti« Neunltiin.
Eglise Notre-Dame.
Les sommes réunies furent peu considérables, et dès lors se posa le problème suivant : bâtir avec le moins de pierres et le moins de frais possible, tout en faisant élégant et solide. Ce problème a été résolu. Notre- Dame de Dijon est une petite église gothique, la plus petite des églises gothiques connues de la Bourgogne, et elle ne saurait soutenir la comparaison avec nos grandes cathédrales du Nord ; elle mesure seulement 46 mètres de longueur, 17 de largeur au vaisseau et 24 au transept.
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17'", 50 de hauteur sous voûte. Mais les matériaux et l'espace réservés à sa construction ont été utilisés avec tant d'ingéniosité que pas un pouce de terrain, de pierre ou de bois, n'a été perdu ; et l'œuvre sortie de ce mémorable efFort, hardiment conçue, heureusement exécutée, compte parmi les plus originales de son temps.
L'architecte a commencé par assurer la base de sa construction, en établissant sous chaque rangée de piles une fondation continue ; puis, sur cette base, il a élevé des murailles légères, tout en restant inébranlables. A ce point de vue, la structure de l'abside et de la lanterne est une pure merveille. L'abside est formée par une mince cloison de pierre, percée de fenêtres dehauten bas, adossée extérieurement à des contreforts, revêtue intérieurement de frêles colonnettes, dont les unes s'élancent du soubassement plein qui leur sert d'appui jusqu'à la naissance des arcs de la voûte, et les autres encadrent trois étages d'ouvertures : la grande galerie destinée à tendre les étoffes les jours de fête, le triforium, les fenêtres hautes. Comme à la Sainte-Chapelle de Paris, il n'y a pas d'arcs-boutants, mais les contreforts épais et solides, à travers lesquels a été pratiqué un passage pour la réparation des verrières, contrebutent directement la voûte ; tous les parements sont garantis contre la pluie par des pentes sans ressauts et des corniches à bandeaux. Quant à la lanterne carrée, placée immédiatement à la croisée, quatre piliers gainés de colonnettes et reliés par des arcs-brisés d'un profil vigoureux l'enlèvent d'un seul coup jusqu'à 40 mètres du pavement, c'est-à-dire jusqu'au dôme ogival qui porte le clocher, et elle inonde le transept de la lumière de huit grandes baies.
En présence de ces ouvrages issus d'une imagination novatrice et hardie, on s'explique le mot de Lassus : « Si nous présentions un tel projet à la Commission des monuments historiques, on nous traiterait de fous. » Mais, en dehors de la solidité et de l'audace de sa construction, Notre- Dame oifre bien d'autres qualités de science, de beauté, d'élégance, dont il est facile de se rendre compte, en faisant le tour de l'édifice, puis en jetant un coup d'oeil à l'intérieur.
La façade est unique en son genre, et l'on chercherait vainement la pareille hors de Dijon. Pas de rose, mais un large fenestrage ; pas de tours, mais deux tourelles d'escaliers coiffées en éteignoir ; pas de galerie des rois comme à Paris ou à Reims, mais deux étages d'arcatures ogivales séparées par des colonnettes grêles et encadrées de frises sculptées à l'antique, du milieu desquelles émergent des files de personnages diaboliques attachés à la manière des gargouilles, hommes ou démons, aux-
quels on pardonne d'être modernes', tant l'effet qu'ils produisent est saisissant, vraiment digne du moyen âge. « Les démons, sous l'aspect connu des mauvais anges, aux ailes papelonnées d'écaillés, au chef hérissé de cornes, arborant un masque de gorgone entre les jambes ; ou d'animaux extravagants, de lions mâtinés de génisses ; de bêtes à muffle de léopard et à pelage d'onagre ou de bouc; de bœufs à physionomie presque humaine souriant avec des rictus de vieilles ivrognesses qui guignent un litre ; de monstres innommables, ne dépendant d'aucune
Frise de Notre-Dame.
famille précise, tenant de la panthère et du porc, de la bayadère et du veau. — Les hommes, tordus en des attitudes douloureuses et cocasses, la tète retournée sens devant derrière sur les épaules et les yeux fous; d'autres, aux figures camuses, aux narines évasées, aux bouches creusées en entonnoirs; d'autres encore, aux trognes baroques, aux mines de vieux bourgeois hilares et salaces ou de frères frapparts trop joyeusement
I. Les anciennes statues disparurent dés le xiii" siècle, si l'on en croit l'anecdote suivante rapportée par le dominicain Étiennne de Bourbon, qui prêcha à Dijon vers 1260. Un jour qu'un riche usurier de la ville passait sous le porche de Notre-Dame, allant se marier, un usurier de pierre qui fissurait parmi les statues se détacha, et, tombant sur lui, l'écrasa net. Effrayés de ce châtiment providentiel et craignant de le subir aussi quelque jour, les usuriers dijonnais demandèrent que toutes les autres statues du portail fussent détruites, et cette requête fut aussitôt accueillie (Lecoy de la Marche, Anecdotes d'Etienne de Bourbon, p. 365).
repus; d'autres enfin, à faces grimaçantes de gnomes, couverts de bonnets pareils à des tourtes, ouvrant des gueules qui semblent, en guise de poires d'angoisse, bâillonnées par des tricornes; et, au milieu de tous ces animaux de démence, de tous ces êtres de cauchemar, une vraie femme priant, aftolée, les mains jointes, une figure de terreur et de foi, prisonnière dans cette ménagerie de larves, implorant les prières des passants, suppliant, éperdue, qu'on l'aide à se sauver, à trouver grâce' ».
On a recherché l'origine de ces dispositions qui évoquent — les démons mis à part — le souvenir des églises pisanes, et certains archéologues ont cru la découvrir dans la partie moyenne des tours de la cathédrale de Sens. Mieux avisé, Anthime de Saint-Paul s'est demandé s'il ne serait pas « plus raisonnable d'y voir un souvenir des colonnades grécoromaines, souvenir déjà traduit à l'époque romane, en Bourgogne comme en Provence, par l'emploi fréquent des colonnes cannelées et des chapiteaux corinthiens », et il a rapproché avec quelque raison des frises de Notre-Dame, les frises antiques découvertes en 1847, à Dijon même, parmi les substructions de l'ancien palais ducal et déposées au Musée archéologique.
Le porche, qui fait suite à la façade, se rencontre dans la plupart des églises de Bourgogne. Nous l'avons déjà vu à Saint-Bénigne et à Saint- Philibert. Tantôt il est peu profond et simplement décoratif (Autun) ; tantôt il constitue une véritable antéglise, complètement fermée (Tournus, Vézelay), qui sert de lieu de réunion pour les fidèles, de refuge pour les pénitents et les pèlerins, d'abri pour la procession, le jour des Rameaux. Celui de Notre-Dame a sa place dans la vie économique de la cité. Sous son toit protecteur, les « merciers, mégissiers, boursiers >■> disposent leurs étaux les jours de pluie, malgré les interdictions du maire, tandis qu'entre les contreforts, dans de misérables échoppes qui durèrent jusque vers le milieu du xix" siècle, se tiennent d'autres petits marchands. Aussi bien, par ses dimensions et par son plan, est-il remarquablement approprié à cet usage. Il mesure 1 1 mètres de longueur ; il est largement ouvert par devant et éclairé sur les côtés ; il se divise en trois nefs dont la principale a une travée et les autres deux; mais les supports des arcs n'embarrassent point la circulation, parce qu'on s'est contenté de deux grosses piles isolées et des murs pour étayer les voûtes.
Ce judicieux arrangement donne déjà au porche de Notre-Dame une marque originale : il en a une autre. Dans presque toutes les églises bour-