‹ Dimanches et fetes de l'AventChapitre 13 sur 16 · FÊTE DE L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

FÊTE DE L'EPIPHANIE

Évangile: « Cam nains esset, etc. »

Cum nalus esset Jésus in Bethléem Judœ in diebiis Herodis régis, ecce Magi ab Oriente venerunl Hierosolymam dicentes :

ubi est qui natus est rex Judœoruni ? Et reliqua. (Saint Matthieu, ch. III)).

Mes frères,

Je vous expliquais dernièrement ces paroles de l'Evangile de saint Jean : Et v'erbum caro faclum est et vidimus gtoriam ejus, gloriam quasi unigeniti a Pâtre plénum gratiœ et veritatis. La majesté divine n'a point été étouffée sous les ombres de la nature humaine. C'était

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un nuage, dit le prophète ; mais un nuage transparent qui permettait de voir dans un éclat tempéré les rayons du soleil éternel. Les premiers qui virent la gloire du fils unique du Père furent les anges, car ils furent conviés dès l'éternité à cette touchante contemplation. Dieu qui préparait avant tous les temps le plan de notre rédemption, montra avant tous les temps l'image sacrée du Rédempteur aux esi)iits bienheureux qui entouraient son Irône et s'écria : Adorale eam omnes angeli. Ouand l'heure fut venue, au milieu d'une nuit froide et sombre, le Verbe tout-puissant de Dieu apparut et les anges se précipitèrent autour de son berceau ; après l'avoir adoré ils se répandirent dans l'espace, l'inondèrent de lumière et chantèrent ces paroles devenues célèbres : Gloria in e.ccelsis Deo et in terra pax hominibus bonR' roliiniatis. Les hommes de bonne volonté furent d'abord des pasteurs. Héritiers de la vie patriarcale, simples d'esprit et de cœur, ])auvres et humiliés, ils méritaient entre tous les hommes la première manifestation du Dieu qui naissait dans une ombre faite ])our la

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foi et dans une condition qui le rapprocluiit des pauvres et des humiliés. Avertis par les anges, ils se rendirent à la crèche et s'en revinrent le cœur plein d'une naïve admiration. Aujourd'hui le Verbe fait chair franchit la distance qui sépare les dernières couches de Ja société de ses sommets. Il appelle auprès de lui les mages, sages et rois de l'Orient. Trois voyageurs illustres, trois puissants de la terre, disent nos vieilles traditions catholiques, après avoir traversé des terres inconnues sur la foi d'une étoile, viennent frapper à la porte de F humble demeure. où repose Tenfant Jésus. Dans l'obscurité de ses premiers jours, le divin enfant possède assez de charmes pour séduire le cœur des rois, et dans le temple grossier qui les reçoit les mages ont assez de foi pour adorer un enfant qui souffre. Il y a là, mes frères, un fait important et un type admirable. Il faut expliquer le fait et appliquer le type : c'est l'objet de ce discours.

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Les interprètes se sont occupés de cette question: d'où venaient les mages? Etaient-ils les descendants de ces illustres sages qui entouraient jadis le trône des rois de Perse et balançaient par leur prestige l'influence des prophètes ? Etaient-ils de ces Chaldéens rêveurs dont toute la vie était occupée à contempler le ciel, à considérer le cours des astres et à mesurer leurs mouvements? Etaientils les princes et les oracles de ces peuples enthousiastes (jui confinent les grandes régions de rinde où s'arrêtèrent les armes d'Alexandre? Etaient-ils enfants de cette Arabie heureuse où s'établirent les fils d'Abraham et de la fugitive Agar ? L'Evangile ne nous dit rien, sinon qu'ils venaient d'Orient. Eccc mcifji vcneriinl ah oricnle.

Ils venaient d'Orient appelés par les deux signes admirables dont Dieu se sert pour manifester son intervention : la prophétie et le miracle. Le maître des temps et le roi suprême de la nature se plaît, comme je vous

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l'ai déjà fait remarquer, à montrer son pouvoir par des oracles et des prodiges, afin d'éveiller l'attention des hommes et de les préparer à la foi. Un fidèle, un pécheur, avait, jadis et contre son gré, laissé tomber de ses lèvres impies des torrents de bénédictions sur les tentes d'Israël, et surpris tout à coup par les visions de l'avenir il s'était ^crié : « Une étoile se lèvera sur Jacob : Orietiir stella ex Jacob ». Le peuple, sans doute, avait oublié cette parole mystérieuse de Balaam, mais les sages, dépositaires des antiques traditions, en avaient conservé le souvenir. Aux jours du Sauveur ils s'aperçoivent que leur science appliquée aux merveilles de la nature est dépassée, que leurs calculs sont déjoués, qu'un astre inconnu s'est jeté soudainement au milieu des lignes savantes qu'ils ont tracées pour emprisonner le mouvement des planètes et marquer la place des constellations. Est-ce un météore formé par une puissance souveraine dans les sommets de Tatmosphère ? Est-ce une conjonction inattendue des radieux voyageurs qui parcourent l'espace ? Ils n'en savent rien.

Leur science confondae reconnaît un prodige, et dans ce prodige raccomplissement d'une prophétie.

Dieu les appelle. Ils ne cherchent point comme t'ont les orgueilleux à se dissimuler son intervention. Ils n'invoquent point contre elle les lois cachées de la nature, mais ils répondent* au Seigneur par la promptitude et la plénitude de leur ohéissance. L'étoile de Jacoh est apparue : Ils se lèvent, ils s'apprêtent, ils partent, les voici : Ecce ! Les voici conduits à l'aventure sur des routes q rils n'ont point choisies : Ecce! Les voici (entraînés |)ar une lumière dont ils ignorent la dernière station : Ecce ! Les voici qui s'avancent vers le pays des montagnes: Ecce ! Les voici qui entrent à Jérusalem sans y être attendus : Ecce ! Ils ne visitent pas le temple de Dieu ni les merveilles de la ville sainte ; mais tout de suite ils demandent Celui qu'ils viennent chercher. Où est le roi des Juifs qui vient de naître, car nous avons vu son étoile en Orient ? Uhi est qui natiis est rex Judseoriim ? 1 "idimiis enim stellam ejiis in Oriente^

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C'est pour le voir et l'adorer, qu'ils ont quitté leur patrie sans savoir s'ils la reverront, leurs biens sans savoir s'ils en jouiront encore, leur famille sans savoir s'ils lui donneront le baiser du retour. Par un mystérieux dessein de la Providence, l'astre qui les guide s'éclipse tout-à-coup. Ils ne sont pas découragés par ce contre-temps, ils ne retournent pas en arrière ; le ciel leur fait défaut, ils interrogent la terre : Ubi est qui natus est rex Judœorum ? Hérode se trouble et toute la ville de Jérusalem avec lui. Ils n'en sont point effrayés, ils ne se croient pas le jouet d'une mystification ; ils demandent toujours : Ubi est qui natus est rex Judœorum ? Et quand ils ont entendu la réponse de la synagogue et le nom de la bourgade bénie où doit s'arrêter leur pèlerinage, ils partent de nouveau, et c'est alors que Dieu, satisfait d'une épreuve qui couronne leur première correspondance à la grâce, les inonde d'une grande joie en leur rendant la lumière voyageuse qu'ils regrettent. Et videntes slellam gavisi sunt gaudio magno valde.

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Mais la distance qui les séparait de Bethléem est moins grande encore que celle qui les sépare de la vérité. Ils sont nés dans la patrie des ombres et de Terreur ennemie de Dieu, source éternelle et infinie du vrai. Tout homme est capable d'erreur, hélas î qui ne le sait? Qui ne sait que Tintelligence blessée ne se meut plus qu'entre des rivages bornés qui souvent lui dérobent la vue du cher et unique objet de ses recherches. Il faut avoir pitié de cette misère. Finalement on la guérirait si rhomme épris de lui-même ne s'attachait à l'erreur a\oc une funeste passion, s'il n'en faisait la patrie de son intelligence, s'il ne bâtissait autour de son âme comme un mur opaque qui renvoie au dehors les chaudes et vivifiantes clartés du soleil divin et répand au dedans les ombres de la mort. Peut-être les mages ne s'abaissaient-ils pas jusqu'à la fange immonde où la foule aveuglée cherchait la pâture de son intelligence ; mais ils étaient sages selon l'esprit du monde. Or un sage selon l'esprit du monde, c'est un homme superbe qui croit avoir fait la vérité parce

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qu'il s'est donné la peine de la chercher et de créer des systèmes ; c'est un homme vain qui se nourrit du bruit de sa réputation et des honneurs que l'ignorance rend à son savoir. Eh bien ! encore une fois, les sages seront confondus, car il va falloir qu'ils apprennent une nouvelle science à l'école d'un enfant. Un enfant, dont la tête fragile ne peut contenir encore le ferment sacré d'une pensée ; un enfant, qui vient de naître sans bruit et qui demeure inconnu au milieu des siens ; un enfant, qui vagit entre les bras de sa mère. Voilà le docteur. C'est révoltant !

Et à ce spectacle qui révolte l'orgueil de l'esprit s'en joint un autre qui révolte l'orgueil du rang. Le docteur infirme qui les appelle aux lumières d'une nouvelle science vat-il leur apparaître au moins dans tout l'éclat des grandeurs humaines, éclat qui fascine nos âmes puériles et les dispose au respect par l'admiration? Non, Jésus se montrera entouré de toutes parts d'humiliation et de pauvreté. Pour les recevoir il n'aura qu'une chétive demeure, sa mère, un vieillard et des larmes.

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^ oilà son palais, voilà sa cour, voilà ses fêtes. Ail I ce n'est pas ainsi qu'on reçoit les grands seigneurs, surtout quand on veut en faire les Apôtres de sa }missance et de sa gloire. Les rois mages auront pitié, peut-être, de la famille indigente qui les reçoit ; mais devant un si triste spectacle, ils seront en droit de considérer leurs espérances comme des chimères et des illusions.

Je le croirais, mes frères, si Jésus n'était pas un Dieu aussi puissant qu'il est humilié. 11 se présente dans un état d'abaissement ; mais soyez tranquilles, sa gloire va paraître. Il a des charmes cachés plus forts et plus infaillibles que ceux dont les hommes se servent pour séduire. A peine les mages sont-ils entrés dans son misérable palais qu'il les pénètre d'un rayon lumineux à la clarté duquel ils découvrent les étonnants mystères de l'Incarnation. Jésus leur révèle à la fois et la virginité de sa mère, et la divinité de sa personne, et le but de ses abaissements et de ses souffrances. Ses larmes les touchent, son sourire les ravit, ses bras les attirent. Bethléem, la maison des

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humiliations et des premières douleurs de l'Enfant Dieu, devient tout-à-coup un séjour de gloire et de délices que le ciel envie à la terre.

Ils ne résistent pas à tant de prodiges ; mais à peine ont-ils trouvé l'enfant et sa mère, nous dit rÉvangile, qu'ils se prosternent et adorent. Invenernnt paernm cnni Maria maire ejns el procidentes adoraverunl eum. Leur correspondance est aussi prompte que la lumière qui les pénètre. Séduits par les révélations de la crèche, ils se dépouillent d'euxmêmes. Ils méprisent les vains artifices de la sagesse humaine, ils foulent aux pieds cette science prétentieuse qui semble n'élever l'esprit que pour le rendre intraitable, ils reconnaissent dans la lumière d'un instant le néant de leur savoir, ils croient ce qui les surpasse et ils consomment dans la plénitude d'un sacrifice si délicat la plénitude de leur correspondance à la lumière divine.

Cependant leur vocation n'est pas achevée. Ils sont nés dans une terre heureuse et magnifique où le luxe et la volupté sont en honneur.

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Les ingénieux raffinements de la vie orientale, les exigences d'un rang distingué parmi les hommes, leur ont fait du bien-être et du faste une sorte de nécessité. La richesse et les plaisirs sont des maîtres artificieux et exigeants qui commandent sans repos, et notre soumission à leur égard va jusqu'à Tesclavage. Grands, riches et voluptueux comme tous les princes qui ne connaissent guère d'autre loi que de satisfaire la nature, tels étaient, sans doute, les rois qui venaient visiter l'enfant de Bethléem. Le plus répugnant des contrastes vient offenser leurs habitudes mondaines ; et pour leur cœur comme pour leur esprit c'est encore une amère dérision. Ils n'ont sous les yeux que l'abaissement, la pauvreté, la souffrance d'un enfant misérable. Et remarquez, je vous prie, que tout cela n'est pas un spectacle muet et sans portée pour leur conscience. C'est un spectacle impérieux qui pèse sur leur volonté et s'impose à leur vie, c'est un ensemble étrange d'habitudes contradictoires qu'ils doivent accepter comme conséquences pratiques des révélations qui

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leur ont montré un Dieu dans Thumiliation, et cela malgré les protestations de la nature. Grand Dieu ! quel coup ils ont dû recevoir pour comprendre et goûter ce qu'ils ont sous les yeux ; pour comprendre que Thumiliation est l'acte excellent d'une âme qui ne connaît rien de grand que la majesté de son Dieu, rien de misérable que celui qui l'offense ; pour comprendre que la pauvreté est le désir sensible, substantiel, en quelque sorte, des richesses d'une patrie meilleure que la terre ; pour comprendre que la souffrance est la justice d'une vie qui satisfait à la grandeur d'un Dieu infiniment offensé par les liommes ; pour goûter toutes les choses qu'ils ont comprises, se les appliquer à eux-mêmes, et les mettre à la place de leur faste, de leurs richesses, de leurs plaisirs !

Eh bien ! chrétiens, les mages ont compris et goûté les austères enseignements de Bethléem, tant est vigoureuse l'étreinte qui saisit leur cœur. Un dernier prodige achève leur vocation. Ils se laissent aller aux entraînements de la grâce, se répandent tout entiers dans

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leurs présents. En adorant, ils ouvrent leurs trésors et déposent aux pieds de l'enfant Jésus de l'or, de Tencens, de la myrrhe. El aperiis ihesauris suis oblulevunt ei aiiriim^ thiis et myrrham ». Vous vous demandez, peut-être, pourquoi l'Ecriture énumère avec une sorte de complaisance les offrandes apportées par les mages. Sans doute qu'elles n'avaient eu primitivement, en leur pensée, aucune autre signification que celle qui est commune à tous les dons ; mais dès qu'ils ont senti les coups victorieux de la grâce, ils représentent par leur générosité la plénitude de leur correspondance. Ils offrent de l'or, et ainsi ils reconnaissent la royauté du Christ. Ils offrent de l'encens, et ainsi ils reconnaissent la divinité du Christ. Ils olïrent de la uiyrihe, et ainsi ils honorent les souffrances du Christ. \'oilà l'intelligence des mystères ([ui les étonnaient d'ahord. En voici maintenant le goût et l'application. Par l'offrande de l'or ils renoncent aux biens passagers de la terre : par l'offrande de l'encens ils renoncent aux vains prestiges de la grandeur ; par

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l'offrande de la myrrhe ils renoncent aux voluptés des sens. Ces symboles sont les témoignages de leur foi et les promesses de leur future sainteté.

Leur vocation est achevée, le christianisme est commencé' pour eux. Une dernière fois ils se prosternent, une dernière fois ils baisent les pieds du cher petit docteur qui les a instruits et du bien-aimé tyran qui s'est emparé de leur cœur. Ils s'en vont comme les pasteurs pleins d'admiration et de joie. Avertis par une inspiration céleste ils déjouent les projets barbares d'Hérode et rentrent dans leur pays, où ils racontent les merveilles de Bethléem. Là. où ils n'étaient que des sages, dit S. Jean Chrysostome, ils deviennent des évangélistes : Ipse adventa tiio magos ab oriente vocasti^ et evangelistas eos ad sua remisisti. Il faut que dans les contrées qu'ils habitent les chemins du Christ soient préparés. Les mages, précurseurs du christianisme, annoncent sa prochaine arrivée. Ils reçoivent sous leur toit hospitalier les hardis Galiléens qui bientôt vont se partager la conquête du

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monde. Il les conduiront jusqu'aux extrémités de l'Orient. Ils verront de leurs yeux le triomphe du roi des Juifs qu'ils ont adoré dans son berceau.

Voilà, mes frères, le fait évangélique. Je vous l'ai expliqué naïvement et sans art, afin de mettre ma parole en harmonie avec l'adorable récit de nos saintes lettres. Je pourrais m'arrêter ici et vous laisser admirer dans la paix de vos réflexions la miséricorde de Dieu : les ressources de sa puissance, l'obéissance des saints rois, leur parfaite correspondance à toutes les grâces qu'ils reçoivent, et le grand dessein de Dieu qui prépare en leur personne la diffusion complète du christianisme ; mais j'ai dit qu'il y avait dans le fait évangélique un exemple à suivre. Je vais m'expliquer sur ce point.

Pendant que dans sa crèche Jésus offrait à Dieu ses premières larmes et ses premières souffrances, on disait dans le monde : L'univers est à César. Mais à quel César ? Aux dé-

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bauchés couverts de pourpre qui trônaient à Rome ? — On le croyait alors ; et ils ne faisaient que trop sentir leur effroyable pouvoir. Mais Dieu, dans sa sagesse et sa souveraine puissance, avait disposé du monde pour un autre. Le vrai maître de l'univers, c'était l'enfant couvert de pauvres langes qui reposait à Bethléem. Voilà le vrai César à qui le monde devait appartenir. Depuis longtemps. Dieu lui avait fait dire par un homme inspiré : Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage : Postula a me et daho tibi génies hœreditatem liiam... et la première chose que Jésus demande en entrant dans le monde c'est l'héritage des nations... Les nations étaient à lui, il fallait donc qu'il les appelât, qu'il leur manifestât sa présence^ qu'il en prît possession, c'est ce qu'il fait au jour de son Epiphanie.

Les mages sont les prémices des peuples appelés aux lumières de la foi et à la sainteté de l'Évangile. Ce qui se passe entre eux et le Sauveur est la représentation abrégée de ce qui doit se passer bientôt dans le monde en-

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lier. Dieu veut bien venir au-devant de nous, mais il ne s'impose pas ; il attend de l'homme un mouvement qui l'amène à ses pieds : « Nous avons vu et nous sommes venus », disent les mages : « vidimus et venimiis ». Qu'estce à dire, mes frères, sinon que, aux prévenances divines, qui nous donnent Jésus-Christ dans l'adorable mystère de l'incarnation, doit correspondre la recherche de Jésus-Christ. Les mages nous apprennent que cette recherche est un devoir de conscience.

Il y a par le monde, mes frères, quelques esprits forts qui croient pouvoir s'en tenir à ce qu'ils appellent les grandes lignes de la raison. Le matérialisme leur paraît abject ; l'athéisme est insensé ; la négation de la Providence ne supporte pas la discussion. Il ii'y a, disent-ils, qu'un noble et pur déisme qui puisse satisfaire un esprit sage et un cœur droit. Il faut donc croire en Dieu, adorer ses perfections, bénir sa Providence, se soumettre à ses volontés, reconnaître, sous notre enveloppe charnelle, une Ame impérissable destinée à une félicité éternelle, mettre en pratique les

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préceptes de justice et d'amour qu'une main divine a inscrits sur les tables mystérieuses de notre conscience, être honnête homme, en un mot ; cela suffit. Si certaines âmes, plus tourmentées qu'il ne faut par l'instinct religieux, veulent contenter leur imagination ardente et leur pieuse activité par des mystères, des symboles, des personnifications, des pratiques surérogatoires, on ne doit pas les contrister par une opposition qui peut devenir impie, mais les laisser faire avec une douce pitié et une cahne indifférence. Toutes les formes religieuses ont du bon, en tant qu'elles correspondent à certains besoins de la nature humaine ; mais le mieux est assurément de se dégager de toute forme positive, pour ne suivre que les tranquilles et sages inspirations de la raison.

Mes frères, ceux qui pensent ainsi sont-ils sincères ? — Je veux le croire. — N'ont-ils point quelque arrière-dessein de s'affranchir, en réglant eux-mêmes leurs rapports avec Dieu, des devoirs qui gêneraient les mouvements des appétits auxquels ils veulent lais-

ser une pleine liberté ? — C'est fort possible» — Mais, qu'ils soient sincères ou non, je me permets de leur faire remarquer que leur théorie religieuse est insuffisante, et qu'elle porte en elle-même sa propre condamnation. Ils conviennent qu'il faut croire en Dieu, adorer ses perfections, bénir sa Providence, se soumettre à ses volontés ; assurément cela veut dire qu'il faut croire en Dieu, tel qu'il se manifeste à nous ; adorer ses perfections, là où il nous les montre ; bénir sa providence, dans toute l'étendue de son action ; se soumettre à ses volontés, telles qu'il nous les intime. Or, mes frères. Dieu n'a pas cru devoir s'en tenir, pour nous, à ce qu'on appelle les grandes lignes de la raison. — Il s'est manifesté au monde par son Fils ; 11 nous a montré ses perfections dans son Fils ; il a subordonné le plan de la Providence à l'incarnation de son Fils ; il a fait de son Fils le promulgateur de ses volontés, dans une loi supérieure à la loi de la nature. — Je ne vous dirai pas les raisons de sagesse, de bonté et d'amour qui ont présidé à ce grand dessein ; constatons seu-

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lement que, si l'intervention d'une personne divine dans l'ordre du monde, la vie et les destinées de l'humanité est un fait, il ne nous est plus permis de ne prendre conseil que de notre nature, pour déterminer nos relations avec Dieu ; de n'être que des hommes, si Dieu veut que nous soyons davantage ; de professer l'indifférence à l'égard de toute forme religieuse, car, il en est une que nous devons subir, ou plutôt à laquelle nous devons spontanément et joyeusement adapter notre vie. Sans aucun droit, sans aucun mérite de notre part, le Fils de Dieu est venu à nous ; notre devoir est de dire comme les Mages : <( Nous avons vu et nous sommes venus : Vidimus et venimus ».

Mais, qu'avons-nous vu ? me demandez- Tous. Les jours, les années et les siècles ont succédé à la froide nuit de la Nativité, qui ne nous apparaît, dans le lointain, que comme un souvenir légendaire. Les signes célestes, Tétoile voyageuse : pieuses chimères qui ne peuvent plus nous émouvoir. Si Dieu veut nous faire sortir du monde naturel, où notre

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raison se contente, pour nous entraîner à la recherche de son Fils, qu'il nous donne un signe.

Avez-vous donc des yeux pour ne pas voir, mes frères ? Les signes divins vous appellent et vous pressent. Plus heureux que les Mages, vous êtes en j)résence, non de manifestations passagères, mais de phénomènes constants dont le temps ne fait qu'accroître la puissance provocatrice. Ce n'est plus une étoile qu'il faut saisir au passage et qui brille dans les cieux pour annoncer aux peuples la naissance du Roi des Juifs ; c'est tout un lirmament d'astres nouveaux qui publie sa grandeur. Des cieux vivants racontent la gloire de Dieu. Cœli enarrant glorlam Dei. Des cieux î car c'est ainsi que l'Eglise dans son office appelle les apôtres. Parla simplicité de leur foi, l'ardeur de leur amour, la perfection de leur vie, la sublimité de leur parole, l'éclat de leurs miracles, ils ont été les astres de l'humanité assise dans les ombres de Terreur et plongée dans les abîmes du vice. Ces astres se sont rapprochés et fondus ensemlile ; leur lumière

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mêlée est devenue un soleil resplendissant où Dieu a fixé sa demeure : In sole posait iabernaculiim siium. C'est TEglise, astre radieux toujours levé sur l'horizon du monde. Voilà votre signe : Et hoc vobis sigmim.

L'Eglise est un fait, l'Eglise est un monde. — Ce monde se présente à nous comme Tun des plus grands phénomènes qui se puissent voir. Ses mouvements d'intelligence et d'amour, ses perfections exceptionnelles, son inimitable harmonie, nous parlent, avec une irrésistible éloquence, d'une cause vivante, personnelle, surhumaine. Il y a plus, mes frères, l'Eglise est une société de témoins, dont Taffirmation a envahi les espaces, et résiste depuis vingt siècles bientôt, aux vicissitudes des temps, aux contradictions de la raison, aux conspirations déloyales des passions humaines, aux caprices de l'arbitraire, aux violences de la force. L'intelligence, l'honnêteté, la générosité s'unissent ensemble, pour donner à cette affirmation un relief tellement prodigieux qu'il n'est aucun esprit sérieux et honnête qui n'en doive être frappé. On cher-

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cherait en vain, dans la somme des vérités qui reposent sur Tautorité du témoignage, une vérité plus robustement étayée et plus splendidement éclairée que celles que confessent nos docteurs, nos saints, nos apôtres, nos martyrs. Or, mes frères, nos docteurs, nos saints, nos apôtres, nos martyrs, confessent unanimement, depuis Toriginc du christianisme, rinterv^ention de Dieu dans le monde par son Fils. « C'est la vie éternelle, disentils, avec leur Maître divin, de connaître le vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ » (1). Celui-là sera sauvé, qui dira d'une voix ferme et d'un cœur convaincu : « Je crois en Jésus- Christ, Fils unique de Dieu : Credo in Jesum Christ uni Filium Dei uniciim ».

Non seulement vous entendez cette confession, mes frères, mais, si vous voulez bien rentrer en vous-mêmes, vous la verrez écrite en caractères ineffaçables. La foi que vous dédaignez peut-être aujourd'hui, vous l'avez

(1) Hsec est vita cEtcrna, ut cognoscant te, solum Deum verum, et quem misisti Jesum Chrislum. (Joan., cap. XVII, 3).

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eue à Tétat d'habitude infuse. Vos âmes d'enfants ont reçu, par le baptême, l'héritage sacré que se transmettent les générations chrétiennes. Plus impérissables que le marbre et l'airain, elles gardent l'empreinte du sacrement qui les a incorporées à la famille de Jésus- Christ. Il fut un temps où vous confessiez de fait celui que l'Eglise confesse, et peut-être que ma parole éveille, à l'heure qu'il est, des souvenirs qui protestent contre votre actuelle indifférence et vous accusent d'infidélité. — Mais, à supposer que vous n'ayez pas de souvenirs, à supposer que les milieux dans lesquels vous avez vécu n'aient pas permis à l'habitude de la foi de passer à l'acte, toujours est-il que vous avez été marqués du signe du Christ. Franchement, mes frères, en présence de tels faits, pouvons-nous légitimement nous abstenir d'une enquête qui nous éclaire sur leur origine et leur raison d'être ? Pouvonsnous, obstinément, parqués dans l'étroite sphère de la nature, nous refuser d'en sortir pour voir ce que Dieu a fait ? Pouvons-nous ne pas demander à ce monde chrétien où

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brillent tant de lumières, où se dépense tant d'amour, où s'épanouissent tant de vertus, où se manifeste un si bel ordre, ce que la raison demande au monde physique : « Qais fecit ista ? Oui a fait cela ? » Pouvons-nous ne pas demander à TEglise, si universelle, si constante, si intelligente, si honnête, si généreuse, si héroïque dans son affirmation, de qui elle tient cette affirmation ? Pouvons-nous ne pas nous demander à nous-mêmes, pourquoi, en entrant dans la vie, nous avons été consacrés à ce Christ dont nous portons le nom, nom que nous voudrions peut-être oublier, mais qui demeure opiniiUrement inscrit dans la substance même de notre âme ? Bref, pouvonsnous ne pas chercher Jésus-Christ, raison suprême et divine de tous les faits qui sollicitent impérieusement notre attention? — Ah je comprends, sans les excuser, ces entraînements des passions, et ces préoccupations tumultueuses qui font dériver notre âme, loin de toute vie religieuse, vers des plaisirs grossiers et des intérêts subalternes. Je comprends, encore, ces résistances orgueilleuses

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d'une raison qui cherche et qui refuse d'abaisser, devant la vérité démontrée, le pavillon de ses préjugés. Mais cette hautaine indifférence, cette méprisante pitié qu'affectent, à Tendroit de toute forme religieuse, tant de gens qui se disent honnêtes, je ne les comprends pas. — Prétendre que l'on croit en Dieu, que Ton adore ses perfections, que l'on bénit sa providence, que Ton se soumet à ses volontés, et refuser, soit par paresse, soit par mauvais vouloir, d'examiner consciencieusement les faits qui pourraient nous montrer Dieu sous un nouveau jour, nous mieux faire connaître ses perfections, nous révéler un pian plus vaste et plus profond de sa Providence, nous manifester des vouloirs divins sur lesquels se tait notre conscience ; prétendre que l'on pratique la justice et s'exposer volontairement à commettre, à l'égard de Dieu, la plus grande des injustices ; enfin, mes frères, voir et entendre tant de choses extraordinaires qui nous disent : Jésus-Christ est venu, et ne pas chercher Jésus-Christ ; ce n'est pas d'un honnête homme. — L'honnête homme est celui qui,

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mis en présence des signes divins, s'écrie résolument comme les Mages : Vidimiis et venimiis.

Ils nous précèdent, mes frères, suivons-les à la recherche du Sauveur. Suivons-les avec la même simplicité d'esprit qui écarte tous les partis pris, tous les préjugés et s'ouvre franchement à tous les faits révélateurs de la présence et de l'action de Dieu. Suivons-les avec cette même droiture d'un cœur où les passions n'ont pas étouffé la voix mystérieuse qui crie : En haut ! Snrsum corda ! et dont les affections tranquilles et pures ne cherchent que le vrai bien. Suivons-les avec cette même bonne volonté, c'est-à-dire avec cette volonté sincère qui sait se prononcer et marcher droit à son but ; avec cette volonté généreuse qui va, quoi qu'il en coûte, jusqu'au bout de la vérité ; avec cette volonté persévérante que ne rebute aucune difficulté. Suivons-les et comme eux nous serons récompensés par une grâce triomphante qui nous fera connaître à fond le mystère du \ crbe incarné, et dans ce mystère les perfections de Dieu, la grandeur

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et la misère de notre nature, les secrets de la Providence dans le gouvernement du monde et la splendeur de nos destinées.

Me direz-vous que vous n'avez pas besoin de chercher Jésus-Christ parce que vous le connaissez? Je vous répondrai avec l'Apôtre saint Pierre : « Mes frères, cherchez encore, cherchez toujours afin de croître dans la connaissance et la grâce de Notre Seigneur : l'os igitur fratres crescite in gratia et in cognitione Domini Jesii Chrisli. Croissez, car vous ne connaissez pas encore tout le mystère de sa personne, toute l'immensité de ses perfections, toute l'étendue de ses droits sur vous, tous les excès de son amour, tous les bienfaits dont il est la source. (( Que cherchez-vous, dit saint Bernard, que vous ne puissiez trouver en Jésus-Christ ? Ëtes-vous malade ? Il est votre médecin. Êtes-vous égaré ? Il est votre guide. Ëtes-vous attaqué ? Il est votre défenseur. Avez-vous soif? il est votre breuvage. Avez-vous froid ? il est votre vêtement. Etesvous triste? il est votre joie. Ëtes-vous dans

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les ténèbres ? il est votre lumière. Êtes-vous orphelin ? il est votre père (1). — Jésus- Christ est tout ce que vous pouvez et devez vouloir ; désirez-le, cherchez-le » (2).

Cherchez, afin de mieux comprendre ce que vous croyez ; car, selon la belle parole de saint Augustin : « celui qui comprend ce qu'il croyait est préférable à celui qui désire encore comprendre ce qu'il croit ; celui qui, ayant la foi, ne cherche pas à comprendre ce qu'il a commencé par croire, montre par là qu'il ignore à quoi la foi est bonne. Soyons passionnés pour comprendre » (3). — Nous connaissons Jésus-Christ ; cherchons-le toujours.

(l)niii(l (juœris quod in illo non invciiies ? Si segrotus es, medicus est. Si cxul es, dux est ; si impugneris, pugil est : si silis, potus est ; si alges, vestimentuni est ; si tristaris, gaudium est ; si obtenebraris, lux est ; si orphanus es. Pater est {De pat^sione Domini, cap. xxiv).

1^2) Omnia quse velle potes et debes, est Dominus Jésus Christus. Desidera hune, require hune ^IbidI.

(3) Qui vera ratione (jucd jani tantum modo credebat intelHgit profecto prœponendus est ei qui cupit adhuc inlelligere quod crédit ; si aulem nec cupit, et ea (juse intelligenda sunt credenda tantum modo existimat, cui rei fides prosit ignorât... Inlellectum vero valde ama. (Epist., cxx. ad Consent.)

ÉVANGILE : <( Cum nalus esset, etc. » 271

Oui, cherchons- le toujours ! Cherchons-le dans la prière, dans la lecture, dans Tétude, dans les enseignements de l'Eglise, et dans la parole de ceux à qui elle a confié la mission d'instruire le peuple chrétien. Parole de vérité qui, comme une étoile radieuse, non seulement nous conduit au berceau du Sauveur, mais jusqu'aux intimes profondeurs du cœur divin qui nous a tant aimés

Cherchons Jésus-Christ et, quand nous l'aurons trouvé, adorons-le comme le& Mages, et offrons-lui nos présents. Le divin Sauveur ne se contente pas d'une connaissance platonique de sa grandeur et de ses perfections, d'une foi sans œuvres par laquelle nous confessons sa divinité sans tirer les conséquences pratiques de ce dogme fondamental. Celui qui se croit chrétien, dans de pareilles conditions, se ment à lui-même, et n'a trouvé Jésus- Christ que pour aggraver contre sa vie inconséquente le jugement de Dieu.

Par leurs présents symboliques, les Mages, en reconnaissant la perfection infinie, la royale grandeur, l'immense amour du Verbe in-

carné, se donnaient à lui. L'encens, signe d'une humble adoration, exprimait la parfaite soumission de leur esprit, de leur volonté, de toute l'activité de leur vie au Maître divin dont la souveraine autorité leur était révélée ; l'or, l'offrande d'un cœur qui cherche un ami ; la myrrhe, en honorant les souffrances du Sauveur, signifiait qu'ils voulaient configurer leur vie à la sienne.

Voilà, Chrétiens, la conclusion pratique de la recherche de Jésus-Christ. Nous devons aller à lui pour nous donner à lui, pour qu'il devienne notre maître, notre ami, notre vie, d'autant plus maître, ami et vivant dans nos âmes que nous le connaîtrons mieux. Et alors, selon la parole de S. Jean Chrysostomc, nous serons, comme les mages, des évangélistes. Par la vivacité de notre foi, par l'ardeur de notre amour, par la splendeur de notre vie chrétienne nous témoignerons que le Fils de Dieu est venu en ce monde et que nous l'avons vu plein de grâce et de vérité : plénum gratiœ et veritalis.

Aujourd'hui, les mages d'occident, pontifes

ÉVANGILE : (^ Ciim natus essel^ etc. » 273

de la raison et de la science, voudraient éteindre la lumière vivante qui appelle les peuples à la foi et réformer les enseignements de la Crèche et du Calvaire. Aujourd'hui, dans tous les gouvernements, il y a des Hérodes que Tuniverselle domination du Christ inquiète et tourmente, et qui voudraient se débarrasser de lui. Ne cherchez pas des chemins détournés pour les fuir, mais demeurez résolument en face de ces ennemis de votre Dieu, roi et sauveur. Répondez à tous leurs blasphèmes par l'hommage de vos humbles adorations, à leurs entreprises sacrilèges par les largesses de votre amour. Faites monter vos prières vers Dieu, pour apaiser sa colère et détourner les coups de sa justice. Et, quand viendront les jours de la grande tribulation, sachez lui offrir la myrrhe de vos souffrances, et que vos os broyés par la persécution lui rendent un dernier et suprême hommage.

Voilà, mes frères, mon dernier mot d'encouragement aux sentiments chrétiens dont vous m'avez donné la preuve pendant cette

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station. Je ne veux pas me séparer de vous sans vous remercier du sympathique accueil que vous avez t'ait à ma parole ni sans remplir avec vous un devoir de reconnaissance envers l'auguste et vénéré Pontife qui a daigné m'ouvrir la bouche pour prêcher le peuple de son illustre et sainte ville. Prions pour lui le Roi Sauveur dont il est ici-bas le représentant. Domimis conservet eiim : que Dieu le conserve toujours fort et vaillant pour défendre par ses énergiques protestations la justice outragée, toujours doux et bon pour prêcher aux peuplos la paix, toujours patient dans l'épreuve en attendant Theure de la délivrance. Domimis vivificel eiim : que Dieu lui donne la vie : la vie du corps pour prolonger son règne ; la sainte vie de l'âme, toute de lumière et d'amour, pour éclairer le monde des intelligences, affermir les esprits chancelants, et porter vaillamment la sollicitude de toutes l^s églises. Domimis beatiim facial eum in terra : que Dieu le fasse bienheureux sur la terre. Non de ce bonheur grossier que donnent la richesse et les biens de ce monde, mais de ce

ÉVANGILE : « Ciim nains esset, etc. » 275

bonheur pur qu'éprouve un père qui voit se multiplier sa famille, et grandir, chaque jour, la vertu et les mérites de ses enfants. Dominas non tradat eani in aniniam inimicorum ejas : que Dieu ne le l'ivre pas aux funestes desseins de ses ennemis. Ah ! s'ils pouvaient supprimer son autorité sainte et décapiter l'Eglise, ils se croiraient au comble de leurs vœux et au bout de leur carrière ! Mais le Christ Ta dit : Les puissances d'enfer ne prévaudront pas contre l'Eglise, ni contre la pierre vivante sur laquelle elle est bâtie : Poriœ inferi non prœvalebani.

A cette prière, mes frères, ajoutons un acte d'amour filial et de charité fraternelle. Le Saint Père tendrement inquiet du salut de ses enfants désirerait que des églises fussent bâties dans les nouveaux quartiers de Rome absolument dépourvus de culte religieux.

Il en est une qu'on voudrait, sous le vocable de saint Joachim, son patron, lui offrir en présent pour son jubilé épiscopal. Cette église, monument commémoratif d'un grand pontificat, serait, en même temps, le centre universel

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d'une vaste association réparatrice établie déjà dans plus de quatre cents diocèses et destinée à unir, dans une même et permanente expiation, tous les peuples de la chrétienté.

Les fidèles du dehors conviés à cette sainte entreprise ont déjà répondu par leurs offrandes. Il ne faut pas que les Romains se laissent vaincre en générosité, lorsque les donateurs de l'œuvre des nouvelles églises viendront leur tendre la main. J'attends d'eux des largesses et des sacrifices qui hâteront la réalisation des désirs du souverain Pontife, et nous permettront de voir bientôt dans un monument, digne de leur piété et de leur nature arlistique, la manifestation, l'épiphanie de leur respect, de leur admiration, de leur amour pour le père de la famille chrétienne.

A L'ACADEMIE DES ARCADES

A L'ACADEMIE DES ARCADES

(Le Moniteur de Rome^ 9-10 Février 1891)

Les fêtes récentes par lesquelles LAcadémie des Arcades a célébré son deuxième centenaire viennent d'être on ne peut mieux complétées. Aux gloires littéraires dont s'honore cette Académie, elle a eu l'heureuse inspiration d'en ajouter une de premier ordre, en s'adjoignant l'un des maîtres contemporains les plus consommés dans l'art du bien dire, l'illustre orateur sacré dont toute l'élite de Rome a goûté naguère la prédication, le R. P. Monsabré, digne émule et vivant écho de l'éloquence du grand siècle. C'est un choix dont lAcadémie des Arcades peut bien dire, grâce à ses glorieuses traditions, qu'il honore celui qui en

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est l'objet, autant qu'elle en est honorée ellemême, grâce au génie dont Téclat vient couronner ces mêmes traditions. En effet, dès ses origines, la célèbre Académie a su revêtir un caractère international^ en appelant à lui appartenir des illustrations littéraires de tous les pays. Son nouveau choix renouvelle et rajeunit opportunément, au deuxième centenaire de sa fondation, ce caractère d'universalité.

C'est dans l'après-midi d'hier qu'a eu lieu à TArcadie la réception du R. P. Monsabré, sous le nom académique d'EliseoElisindo. La grand'salle de l'Académie, au palais Aitemps, avait pris pour la circonstance un air de fête, car elle apparaissait toute parée de fleurs et de draperies, au milieu desquelles se détachait le portrait de S. S. Léon XIII, du grand Mécène des lettres, associé de longue date aux gloires des Arcades et, tout récemment, aux fêtes centenaires qu'il a tenu à chanter lui-même dans deux poésies du plus beau style classique. Par une délicate pensée, Mgr Bartolini, Custode général des Arcades, a fait de nouveau distribuer hier ces poésies à tous les invités, comme pour rattacher le souvenir de la récente célébration du centenaire à la réception qui allait en être le couronnement.

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Étaient présents les EEmmes cardinaux Aloisi, Mermillod et Mazzella, plusieurs évêques, parmi lesquels Mgr Ardin, de La Rochelle, de nombreux prélats, Télite de la colonie française et une vraie foule de notabilités littéraires. Le récipiendaire a été fêté par d'excellente musique qu'ont exécutée au piano M"'^ la Comtesse Gaddi et M. Dado, d'après une composition spéciale du maestro Ciocci. Mais le plus beau régal de la fête a été sans doute le discours de remerciement qu'a prononcé le R. P. Monsabré et que nous reproduisons textuellement comme il suit^ de peur d'en altérer le charme par une simple analyse :

Eminentissimes Seigneurs, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,

Je ne puis pas résister au vif désir, au pressant besoin que j'éprouve d'exprimer ici ma reconnaissance. Ce sentiment a déjà fait explosion, lorsque j'ai terminé ma station de Saint- André- délia -Valle ; je ne le retiendrai pas puisqu'il veut une seconde sortie. Je suis de l'avis du vieux philosophe qui disait: Demande

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le moins possible ; ne te lasse pas de remercier. On m'a inscrit pour un discours sur le billet qui vous a convoqués ; on s'est trompé sur mes intentions. Ce n'est pas un discours que je veux vous adresser. En fait de discours, je ne fais guère que des sermons, et un sermon ne serait pas à sa place dans cette assemblée. Je veux tout simplement dire un mot du cœur à cette Rome que je vais quitter bientôt, et où j'ai rencontré de si nombreuses, si nobles et précieuses sympathies.

Je remercie d'abord le Père et le maître de tous, rillustre et saint Pontife dont le paternel accueil et les douces paroles m'ont récompensé, plus que je n'aurais osé le désirer, de tous les travaux de ma longue carrière apostolique. Je m'en retourne heureux d'avoir reçu de près les rayons de sa belle intelligence et les encouragements de son grand cœur ; d'avoi)' pu admirer la vaste sollicitude de son génie, et la vaillance de son âme qui ne se lasse pas d'espérer au milieu des tribulations de rheurc présente.

Il est emprisonné; mais son esprit, toujours-

A L ACADEMIE DES ARCADES

libre, plane fièrement dans les haules régions d'où Ton contemple, à la lumière des vérités divines, les sciences qu'il faut diriger, les peuples qu^il faut gouverner selon les saintes lois de la justice et conduire à leurs destinées éternelles. Il souffre ; mais il ne désespère pas du retour de notre société moderne à de meilleures voies, et il attend avec confiance riieure de Dieu, qui sait convertir les cœurs et confondre les desseins de l'iniquité. Aujourd'hui, je suis plus particulièrement touché de l'aimable condescendance avec laquelle il se rappelle qu'il est membre de votre Académie. C'est un enrôlement de jeunesse, me disait-il ces jours derniers avec un gai sourire ; il faut que je paie mon tribut. Et lui, qui fait entendre au monde les accents sublimes de ses immortelles Encycliques, il ne dédaigne pas de chanter en vers gracieux les charmes et les gloires de l'Arcadie. — Oh I oui, j'emporte dans mon cœur l'image vénérée de ce génie uni à la bonté, et sur les chemins démon retour, partout je sèmerai cette prière: — Que Dieu le conserve, que Dieu le délivre.

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que Dieu l'exalte, que Dieu lui accorde le suprême triomphe qu'il mérite !

Après le Père, je remercie la famille c'està-dire vous. Messieurs, qui avez accueilli avec tant de sympathie ma parole apostolique pendant l'Avent. Je ne venais pas ici sans une certaine appréhension. On m'avait promis, d'un côté, une grande église, d'un autre, une société d'élite ; or les sociétés d'élite ne sont pas, généralement, le grand nombre.

Vous m'avez prouvé le contraire, et j'ai pu me croire en pays français au milieu de vous. Je vous en félicite et vous promets bien que je n'oublierai pas l'intelligente et pieuse attention avec laquelle vous avez écouté des discours évangéliques qui n'avaient rien pour flatter la curiosité, et qui ne pouvaient vous intéresser que parce que vous aimez, dans la parole du prêcheur, ce qui élève l'ûme audessus des choses vulgaires, la rapproche de Dieu, lui rappelle sa dignité, ses devoirs et la grandeur de ses destinées.

Enfin je remercie les membres de l'Académie des Arcades qui ont eu l'aimable alten-

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tion de m'ouvrir leurs rangs sans que je l'aie demandé. Me voilà donc enrôlé dans l'élégant bataillon des amis du beau langage. Des esprits graves, un peu lourds peut-être, et trop amoureux de ce qu'on appelle les hautes sciences, pourront être tentés d'une douce pitié à l'endroit de cet enrôlement. Je ne m'en émeus pas et je me sens fier de me trouver sous le doux nom d'Eliseo Elisindo^ en compagnie du Néander Héraclée, le plus grand personnage du monde en ce moment.

Du reste, la culture du beau langage n'est point une si petite chose. Le beau langage est la note d'une civilisation qui se tient encore debout. Il ne faut pas désespérer des peuples qui savent encore exprimer élégamment et noblement leur pensée. Mais l'heure de la chute est à craindre lorsque de misérables écrivains s'appliquent à dépraver le langage et se font une gloire d'être appelés décadents.

Vous vous êtes donné, Messieurs, la mission de veiller à la pureté de votre belle langue et d'entretenir, parmi vos compatriotes, l'amour du bien dire ; je vous en félicite, et

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c'est malheureusement tout ce que je puis faire, car ma collaboration dans l'Académie des Arcades ne vous sera pas d'un grand secours.

Je suis un peu, vis-à-vis de vous, dans la position du brave malade qu'un de nos auteurs comiques a mis en scène. Il n'avait jamais étudié la médecine qu'en prenant des remèdes, et pourtant la faculté lui délivre son diplôme en chantant : Oiymis, dignus est in- Irare in noslro dodo corpore.

Il est vrai que c'était une faculté pour rire. Vous, vous êtes une Académie sérieuse, et cependant vous me diplômez, bien que je ne sache parler votre langue que pour demander les choses de première nécessité. Et, encore, je réussis mieux en usant du langage spontané et universel du geste. A'ous avez peut-être pensé. Messieurs, que je sais assez îe français et qu'il est temps de me mettre à apprendre Fitalien. Eh bien, j'accepte cet encouragement. J'apprendrai afin de pouvoir (omp.-cndre et goûter vos œuvres ; et peutêtre qu'un jour je pourrai vous envoyer quel-

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que production de ma plume de vieil écolier. En attendant, permettez-moi de vous offrir comme bouquet de mon action de grâce une toute petite poésie, puisque la poésie est en en honneur parmi les Arcadiens.

C'est un sonnet qui certainement n'est pas assez accompli pour valoir un long poème ; vous le prendrez pour ce qu'il vaut :

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