‹ Dimanches et fetes de l'AventChapitre 5 sur 16 · DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVEXT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVEXT

In illo îempore : Cum aiidissel Joannes in vinculis opéra Chrisîi, millens duos de discipiilis suis ail illi : Tu es qui venîurus es, an alium expecîamus ?... Et reliqua.

(Matthieu, chap. xi).

Mes Frères,

L'Evangile de ce jour se compose de deux parties, ou si vous l'aimez mieux de deux témoignages, du témoignage que Jésus-Christ rend de lui-même et du témoignage qu'il rend à son précurseur. De lui-même, Jésus-Christ affirme qu'il est le Messie ; de son précurseur, il affirme qu'il n'est pas comme le reste des

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hommes le jouet des vaines passions qui nous agitent, mais que par sa vertu et son ministère il s'est élevé jusqu'à la dignité des anges. Ecoutez l'évangéliste : — Jean étant en prison entend parler des œuvres merveilleuses du Christ, aussitôt il envoie vers lui pour lui demander s'il est celui qui doit venir ou s'il faut en attendre un autre. Ce n'est pas qu'il doute de la mission du Sauveur ; le ciel a parlé, l'Esprit Saint est publiquement descendu sur celui qu'il appelait l'Agneau de Dieu. INIais, se sentant près de mourir, il veut que ses disciples, sous prétexte d'être fidèles à sa mémoire, ne commencent pas un schisme dans l'Eglise naissante. Il attend de Jésus- Christ une démonstration de sa divinité ; elle lui sera donnée. Le Sauveur n'a pas besoin pour cela d'une longue et difficile argumentation ; il lui suffit de mettre sous les veux des disciples de Jean l'étonnant spectacle des prodiges qu'il opère. — Allez dire à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts res-

ÉVANGILE : « Ciim aiidisseî Joannes, etc. » 41

suscitent, les pauvres sont évangélisés. — Voilà mes œuvres. Rien de plus fort, car rien de plus divin. Et cependant : Bienheureux, dit le Sauveur, celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet : Beatiis qui non scandalizains faerit in me. Jcsus-Glirist tient à prémunir ceux qui l'interrogent contre le scandale des jours mauvais dont ils seront les témoins, jours des passions et des puissances de ténèbres, dont la mélancolique prévision se mêle à tous les actes considérables de la vie du Sauveur. Jésus est le Messie, les disciples de Jean en sont convaincus par le spectacle des merveilles qui s'opèrent sous leurs yeux. Mais leur maître qu'est-il donc ? Jésus le leur apprend par le témoignage qu'il rend à son précurseur. Ce n'est pas une âme inconstante qui s'incline sous le poids des préjugés el de l'opinion comme le roseau sous le souffle de tous les vents. Ce n'est pas un juif charnel attendant du Messie un règne temporel, une prospérité grossière qui flattent l'ambition et la mollesse ; c'est un prophète, c'est Tange prophétisé dont il a été dit qu'il doit préparer

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la voie de Dieu. L^ordre des temps, des événements et des personnes est si bien établi par ces deux témoignages C|u'il est impossible désormais de se méprendre sur raccomplissement des prophéties.

Voilà, mes frères, la lettre de i'Kvangile ; son interprétation est facile, son application ne l'est pas moins. Nous en pouvons déduire un double témoignage pour nos temps affligés par l'incrédulité et la mollesse des enfants de Dieu : — témoignage que Jésus-Christ rend de lui-même contre les incrédules, — témoignage que nous devons attendre de lui, nous qui faisons profession de lui appartenir. Aue Maria.

La société contemporaine, mes frères, est partagée en deux camps au milieu desquels se tient le Sauveur. Les uns, héritiers d'une foi de dix-huit siècles, se prosternent au pied de la croix, à la porte du tabernacle, devant les images du Christ en chantant : Ta es qui venisli ad nos. Nous t'avons attendu pendant

évangile: « Cinn aiidisset Joannes, etc. » 43

plus de quarante siècles, ô Dieu de nos désirs!

-Quels longs retards de ta miséricorde et combien nos pères ont souffert de ton absence ; mais enfin les nuées du ciel se sont abaissées et le Juste est tombé comme une rosée bienfaisante sur la terre desséchée par Finiquité. \'erbe divin, splendeur du Père éternel : C'est toi qui es venu vers nous : Tu es qui venisii <id nos. Toi, Sauveur, qui délivres Thumanité pécheresse du joug de Satan et Parraches à la mort éternelle ; toi, consolateur qui répands sur les misères humaines le baume de ta parole et l'onction de ta grâce ; toi, législateur, qui répudies les observances d'une loi faite pour un seul peuple, et soumets l'univers entier aux prescriptions d'une loi nouvelle ; toi, modèle de toutes les vertus, qui confirmes par des exemples parfaits l'autorité de ta loi ; toi, roi des âmes et des peuples, véritable Fils de Dieu dont il faut croire la doctrine et suivre les commandements : Tu es qui venisti ad nos, — A côté du peuple des croyants un autre peuple attend dans une agitation fiévreuse

! l'objet de ses désirs. Humilié par les ténèbres

qui pèsent sur rintelligence humaine et par les passions qui troublent le cœur, il demande la lumière et la paix ; il rêve l'ère heureuse d'un progrès chimérique qu'il place sur la terre au lieu de le placer dans les cieux, et qui doit être le fruit de nos efforts et le produit de notre nature. 11 crie en avant! toujours en avant, et il ne se retourne vers le passé que pour dire au Christ avec un mépris insultant : Tu es qui venlurus es. an aliuni expeciamus ? Est-ce toi qui dois venir ? Ne devons-nous pas attendre autre chose que toi ?

A ces questions le Clirist répond par le grand argument de ses œuvres : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ». îMalgré les impertinences de l'incrédulité qui se contente de nier sans preuves Tintervention surnaturelle de Dieu au sein de l'humanité, le miracle demeure une preuve évidente et irrésistible de cette intervention. Ces coups soudains frappés sur les lois de la nature et

ÉVANGILE : « Ciim audissel Joannes, etc. » 45

«n suspendant le cours sans rien changer à Tordre universel ne peuvent partir que d'en haut. Au nom des perfections divines ils s'unissent aux affirmations des thaumaturges et prouvent la vérité de ces affirmations. N'estil pas évident, mes frères, que Dieu ne serait pas la suprême sagesse, la suprême véracité, la suprême bonté, que Dieu ne serait pas luimême si sa puissance éclatant dans la main d'un homme pouvait épouser le mensonge qui tombe de sa bouche ? Tout le monde comprend cet argument, c'est la plus simple et la plus populaire des preuves de la vérité. Jésus-Christ l'emploie à l'origine de sa prédication pour convaincre les disciples de Jean. Saisissez-en bien la force démonstrative, mes frères, afin que vous puissiez comprendre l'aveuglement de l'incrédulité et Tinjustice de ses résistances.

On demande à Jésus-Christ s'il est celui qui doit venir. Or Celui qui doit venir, c'est un fils de la race humaine, un descendant de Juda, une fleur de la tige royale de David, le chaste enfant d'une vierge, un docteur, un

prophète, un saint, un rédempteur, un roi, et par-dessus tout le Fils de Dieu, Emmanuel, Dieu avec nous. x\insi parlent les oracles qui depuis quatre mille ans tiennent le genre humain en suspens. Si Jésus-Christ n'était pas l'objet suprême des oracles, il devait non seulement se taire, mais nier énergiquement comme le fit Jean lui-même quand on lui demanda s'il était le Messie. Eh bien, il ne se tait pas, il ne nie pas, mais il unit la question qui lui est faite à la souveraine puissance de ses œuvres. Pesez bien la force du témoignage qu'il se rend à lui-même. « Vous me demandez si je suis celui qui doit venir? — Mais Isaïe n'a-t-il pas dit de celui qui doit venir qu'il ouvrirait les yeux des aveugles, qu'il ferait bondir les boiteux comme les cerfs de la montagne, qu'il purifierait toute chair corrompue, qu'il rendrait l'ouïe aux sourds, qu'il rappellerait les morts de leurs tombeaux, qu'il annoncerait aux passants l'Evangile de la paix sur le penchant des montagnes. Eh bien ! voyez : cœci vident... Donc je suis celui qui doit venir; le fils de la race humaine, le des-

ÉvAXGiLE : « Cum aadissei Joannes, etc. » 47

cendant de Jucla, etc. Il n'en faut pas attendre un autre.

Mes frères, cette réponse de Jésus-Christ a conservé toute sa vigueur, bien que dix-huit siècles nous séparent de son apparition terrestre. Le miracle ne cesse pas d'être une œuvre divine parce qu'on ne le voit plus, ou plutôt le miracle ne cesse pas d'être vu. Il nous apparaît radieux dans les lumières de la tradition. Un phénomène analogue à ceux qui se produisent dans l'atmosphère se produit dans le milieu des âges. Le soleil envoie ses rayons d'une couche à l'autre couche de l'air qui nous environne jusqu'à ce que nous soyons enveloppés de sa lumière ; les sons d'une harmonie lointaine transportés par les ondes frémissantes de l'atmosphère arrivent jusqu'à notre oreille. Ainsi les faits de l'histoire, ainsi, entre tous les faits, ceux qui se sont accomplis aux origines du christianisme. Cœci vident... Ces paroles ont passé du premier siècle chrétien au second, du second au troisième et ainsi jusqu'à nos jours. Nous les vovons, nous les entendons encore. Les

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grandes œuvres du Christ sont vivantes dans un récit fidèle que nous possédons en sa naïveté et intégrité primitives. Vous qui rêvez un transformateur de l'humanité, vous osez encore demander à Jésus-Christ s'il est Celui qui doit venir ; mais prenez donc l'Evangile et lisez : Cœci vident etc. Dieu se montre avec Téclat de sa toute-puissance.

Mais il y a plus encore. Le Christ en mourant n'a pas emporté aux cieux son merveilleux pouvoir sur la nature. Il a craint pour nous l'éloignement des siècles et afin de rapprocher de chaque génération la démonstration triomphante du miracle, il a communique aux siens la vertu qui sortait de sa personne adorable. « En vérité, en vérité, disait-il, celui qui croira en moi fera les mêmes œuvres que moi et de plus grandes encore ». En ofTct les apôtres ont étonné le monde par les prodiges qu'ils opéraient au nom de Jésus de Nazareth. L'ombre de Pierre guérit les malades qui s'attroupent sur son passage. A son commandement le paralytique du temple bondit, alerte et joyeux, chantant les louanges

évangile: « Ciim audisset Joannes, etc. » 49

du Christ dont le nom béni vient de le délivrer de sa longue et incurable infirmité. Pierre dit à la sainte femme dont les pauvres pleurent la mort : Lève-toi, et elle se relève vivante du lit où elle gisait inanimée. Paul ne craint pas de faire appel à ses miracles pour confirmer l'autorité de son apostolat : Signa aiitem aposlolatiis mei fada sunt super vos., in signis et prodigiis. Enfin Dieu se plaît à rendre témoignage à la vérité des paroles de grâce qui sortent de la bouche de ses apôtres par des signes divins et des prodiges : Testitnoniiim perhibenle verbo gralise suse^ danle signa et prodigia fieri per nianiis eorum. Les successeurs des Apôtres ont recueilli dans un cœur pur et une chair sanctifiée leur divin héritage. Depuis dix-huit siècles les morts et les vivants répandent à profusion la vertu qui guérit toutes les infirmités humaines. Il n'est aucun âge de l'humanité chrétienne qui, à cette question : Tu es qui venturus est ? ne réponde pour Jésus-Christ: Cœci vident etc. Mais n'eussions-nous pas cette armée de merveilles rangées autour de la divinité du

Sauveur, un seul et grand miracle pourrait les remplacer et servir à notre raison de point d'appui. Je rappellerai, mes frères, le miracle du genre humain. Tel qu'il est, avec ses infirmités, ses disgrâces et ses déshonneurs, le genre humain est un vaste miracle représenté prophétiquement par tous ceux que le Christ a opérés. C'est la doctrine des Pères que tous les prodiges du Sauveur étaient en même temps des faits et des symboles. Des faits qui préparaient à la foi la première génération chrétienne ; des symboles de l'universelle et totale régénération du monde. L'aveugle, le boiteux, le lépreux, le sourd, le mort, le pauvre de l'Evangile, c'est le genre humain, dit saint Augustin. — Aveugle, car il marche dans les ombres de mort amassées par l'erreur sur les chemins qu'il parcourt. Boiteux, car il n'a plus pour se soutenir qu'une volonté affaiblie par les passions. Lépreux, car il est couvert de crimes qu'on n'ose pas nommer, l'impureté la plus honteuse est devenue comme le vêtement de sa chair corrompue. Sourd, car il n'entend plus les rares accents de la

évangile: « Ciim aadissei Joannes, etc. » 51

vérité. Mort et enseveli dans ses vices, sans espoir qu'aucune énergie humaine puisse le rappeler à la vie de la vertu qu'il a tant de fois trahie. Pauvre et opprimé par les besoins grossiers qui l'empêchent de chercher, même dans l'ordre naturel, les grands mystères du vrai et du bien. Mais Jésus-Christ arrive. Sa parole bénie tombe sur l'humanité désolée; admirez le prodige : — Cœci vident. Les meilleures traditions se raniment. L'esprit incertain et confus est éclairé sur les grandes questions d'origine, de devoirs et de destinées. Ceux qui vivaient sans Dieu le voient tout à coup au commencement et à la fin de toutes choses, ceux qui tourmentaient la nature pour y trouver les divinités propices, tournent leurs regards vers le ciel où leur apparaît le Seigneur des Seigneurs. — Claiidi ambulant... La volonté redressée va tout droit dans le chemin du devoir. Devenue robuste et audacieuse sous l'influence de la grâce qui la pénètre, elle ose affronter les sacrifices les plus douloureux à la nature et bondit vers les sacrés sommets •de la perfection dans le bien. — Leprosl mun-

danliiv... Au sein de la corruption universelle et malgré les sollicitations toujours pressantes des passions, on voit germer les plus aimables vertus : la pudeur, la chasteté et la sainte virginité. Des foules d'âmes innocentes fleurissent comme le lis, et ne profitent de leur vertu que pour répandre sur toutes les misères humaines le troj) plein de leur amour. — Surdi aiidienl... La parole qui n'avait pas le pouvoir de réveiller les endormis de Terreur et du crime, descend vive et pénétrante jusqu'aux plus secrètes divisions de la nature, jusqu'aux plus intimes profondeurs de l'âme humaine et y rencontre mille échos. — Moriiii resiirgiini... Le péché est atteint dans le sanctuaire qu'il a profané, et l'âme, mystérieusement inondée })ar une vertu dont elle ignorait les secrets, se sent revivre dans la conscience de sa dignité et de sa grandeur. — Paiiperes evangelizantur... Les pauvres, ces abandonnés de la science antique, ces misérables qui n'avaient pas même droit aux reliefs des festins intellectuels que partageaient entre eux les philosophes des académies et

ÉVANGILE : « Ciim audlsset Joannes, etc. » 53

des lycées ; les pauvres que le labeur de chaque jour condamne à l'ignorance ; les pauvres reçoivent dans de courtes formules une doctrine complète qui les élève jusqu'à Dieu. La vérité devient vulgaire afin que les grandes vertus soient le patrimoine des vies les plus humiliées, et on voit avec admiration d'un bout du monde à l'autre des mains pieuses recueillir les ossements des pauvres, des lèvres pieuses baiser les ossements des pauvres, les pauvres vénérés sur des autels parés comme des trônes, parce que les pauvres évangélisés sont devenus des saints.

Quel miracle ! chrétiens, quel miracle! Et voilà bientôt dix-neuf cents ans que cela dure, et c'est Jésus-Christ qui a fait cela. N'est-il donc pas le transformateur divin? Est-il besoin d'en attendre un autre?

Et pourtant, l'incrédulité n'est pas vaincue par la splendeur d'un pareil prodige. Pourquoi donc, ô mon Sauveur? Oue manque-t-il à la démonstration de votre divinité? Ah chrétiens! c'est ici le lieu d'appliquer cette parole mystérieuse de Jésus-Christ que nous lisons

dans notre saint Evangile : Becdiis qui non scandalizalus faeril in me. S'il n'y avait que de la lumière autour de notre divin Maître, j'ose croire qu'aucun esprit ne serait tenté de se retrancher dans une insolente rébellion. Mais il y a une ombre, une ombre terrible à la lâcheté humaine, scandaleuse pour les i)assions. Jésus-Christ en se produisant en public ne marche jamais sans sa croix, sa croix c'est son bâton de voyage à travers les temps et les espaces, sa croix c'est le sceptre de sa royauté douloureuse et sanglante. Il nous la montre, la voici ! Eh bien, me direz-vous, elle n'est pas si terrible cette croix sacrée. Ses bras étendus et son bois couvert de la pourpre du martyre touchent plus qu'ils ne scandalisent. 0 lit du sacrifice ! 0 autel de l'expiation I 0 source du fleuve qui purifie l'humanité pécheresse et abreuve les âmes saintes : 0 croix notre unique espérance, gloire et salut du monde, reçois nos hommages: Ocriix, ave, spes unica, mundi salas et gloria. C'est bien, chrétien, sois attendri, tombe tout en pleurs au pied de la croix, couvre-la de tes baisers.

évangile: « Cum aiidissel Joannes, cic. » 55

Mais l'incrédule est là debout derrière toi, il te regarde avec une méprisante compassion. Il sait bien, lui, jusqu'où va le mystère, et il taxe de fureur aveugle ton amour passionné pour ce bois adorable. Jésus-Christ nous montre sa croix, mais il ne se contente pas de dire à chacun de nous: crois et adore; il ajoute : embrasse et couche-toi dessus. Oui, chrétien, fils de mes opprobres et de mes douleurs, de mon sang et de ma mort, couchetoi à côté de moi sur la croix. J'ai été humilié, sois humilié avec moi ; anéanti, sois anéanti avec moi; souffrant, sois souffrant avec moi, mourant, sois mourant avec moi. Meurs, chrétien, meurs chaque jour et à chaque instant, meurs à ton orgueil, meurs à ton égoïsme, meurs à ta cupidité, meurs à tes folles amours, meurs à tes plaisirs, meurs à tes passions, meurs à la terre, meurs à tout ce qui te séduit et t'enchaîne ici-bas, meurs, meurs, meurs ! Ainsi, mes frères, pendant que le bruit des œuvres merveilleuses se répand dans le monde, pendant que l'humanité revivifiée par le Sauveur pousse un cri de

triomphe, cette sinistre parole : meurs, meurs, meurs î retentit comme un glas funèbre sur notre nature tremblante et amoureuse de ses aises. Voilà le scandale. L'homme ne croit pas parce qu'il ne veut pas mourir à l'iniquité dans le crucifiement des passions. Il résiste à l'évidence des preuves pour se soustraire aux exigences d'une loi austère; il demeure libre-penseur, pour demeurer libre-viveur.

Chrétiens, vous êtes pressés de toutes parts par le flot des libres-penseurs et des libresviveurs que scandalise le mystère de la croix. Ou'étes-vous et que devez-vous être au milieu de ce scandale ? Quel témoignage devez-vous attendre de Jésus-Christ? Je vais vous le dire.

Rappelez-vous les interrogations du Sauveur aux disciples de Jean. Ou'êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent? Arundinem venlo agilalam ? — Non. — Vous connaissez l'héroïque fermeté de Jean. Vous savez qu'il n'a pas craint de sacrifier

évangile: « Ciim aiidissei Joannes, etc. » 57

sa liberté pour dire au tyran qui violait les saintes lois du mariage : non licel. — Est-ce un homme vêtu mollement ? — Non. — Ces gens-là se rencontrent à la cour des rois. Jean est l'homme du désert, de la pénitence et de la mortification. — Est-ce un prophète ? — Un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, car il est celui dont il a été dit : Voici que j'envoie mon ange devant ta face et il préparera devant toi le chemin que tu dois parcourir : Ecce ego milto angelam

me uni

Jésus-Christ peut-il rendre de vous le même témoignage, mes frères ? — Je crains bien que non ; — car n'êtes-vous pas, vous, des roseaux agités par le vent? Avundinem vento agitatam ? Voyez sur le bord des fleuves et des lacs ces roseaux aux tiges flexibles couronnées de panaches mobiles :

Un roitelet pour eux est un pesant fardeau Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau Les oblige à courber la tête.

Ils vont à droite, à gauche, ils s'inclinent,

se balancent^ s'agitent, se tourmentent, jouets faciles de toutes les variations de l'atmosphère. Hélas ! mes frères, comme cela vous ressemble ! Combien de chrétiens plantés sur le sol de l'Église, près des courants et des réservoirs de la vérité, obéissent à tous les souffles de l'erreur. Timides, pusillanimes, lâches dans leur foi, ils n'osent pas protester contre les négations et les blasphèmes qu'ils entendent. Ils croient, et ils se tiennent au milieu de rincrédulité comme s'ils ne croyaient pas. Leur esprit s'abandonne à tous les souffles de l'opinion et lassé par de perpétuelles oscillations finit par se remplir de préjugés grossiers. Le témoignage des œuvres divines n^a pas le pouvoir de les affermir. Ils ont le sentiment du devoir, mais leurs mœurs se laissent aller aux courants de l'atmosphère corrompue, empestée des mœurs mondaines.

— Roseaux agités par le vent : Aviindinem venlo agitatam ! — Ou bien encore, combien de chrétiens qui ont horreur du mystère de la croix ! — c'est-à-dire de tout ce qui s'appelle humiliation, mépris, mortification, pé-

évangile: (( Ciim aiidisset Joannes, etc. » 59

nitence. L'austérité évangélique leur semble une barbarie. 'Partout où ils la voient exprimée par des actes généreux, ils la repoussent avec une sorte d'indignation. Les saints ne leur apparaissent que comme des extravagants. 11 faut à leurs péchés des homélies doucereuses qui ne compromettent pas l'existence et ne gênent pas le jeu de leurs passions. Ils accommodent tant bien que mal leur vie à la loi chrétienne qu'ils ne veulent pas abandonner, et à la loi du monde qu'ils veulent suivre de point en point. Ils se confessent et communient au moins à Pâques humblement; quelquefois plus souvent comme pour mieux payer d'audace devant Dieu. Ils envahissent tous les dimanches une messe tardive. Ils remplissent, çàetlà, par quelques prières et quelques bonnes œuvres les vides de leurs journées, et pour compenser tant de dévoûment à la sainte cause de Dieu, ils se permettent tout : modes extravagantes et sans pudeur, conversations sans retenue, luxe scandaleux et immoral, bals, théâtres, festins, l^laisirs de l'imagination, plaisirs du cœur^

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plaisirs des sens, tout. Leur vie baignée clans le sang du Christ martyrisé, ensevelie avec le Christ dans sa mort par le saint baptême, leur vie consacrée par des promesses solennelles au renoncement des vanités et aux œuvres de pénitence, leur vie est revêtue de mollesse. Hominem moUibiis vesliiam.

S'il y a parmi vous de ces chrétiens, qu'ils se réveillent et qu'ils écoutent la parole du Sauveur : Ouid exislis videre ? « Oh ! pas de roseaux agités {)ar le vent, pas de ces âmes incertaines qui ploient dans la tempête des blasphèmes et des })réjugés. Pas d'hommes revêtus des habits de la mollesse, i)as de ces chrétiens que le prince de ce monde appelle autour de lui et com})le au nombre de ses courtisans, je n'en veux pas ; non, mes enfants, je n'en veux pas. Ceux qui m'appartiennent doivent être plus que des prophètes honorés des visions de Dieu ; mais des anges ». Entendez- vous, chrétiens, et comprenez-vous toute la force et la grandeur de ce témoignage ? Aujourd'hui, à cause des envahissements de Terreur, à cause des tempêtes d'in-

évangile: « Ciim cnidisset Joannes, etc. » Gî

crédulité qui soufflent de tous côtés, à cause de l'universelle mollesse qui tend à nous pénétrer, nous devons être des anges. Tel est le témoignage qu'il faut attendre de Jésus-Christ. Tel doit être le caractère du christianisme contemporain : pour faire contrepoids à tant de gens qui se rapprochent de la bête par l'obscurcissement de leur esprit, et la corruption de leurs mœurs, le chrétien doit se rapprocher de l'ange. L'ange est fixé dans la vision de Dieu ; ainsi devons-nous être fixés dans les visions de la foi. L^ange est ferme dans sa contemplation ; ainsi devons-nous être fermes dans nos croyances. L'ange est un miroir immaculé de la perfection de Dieu; ainsi devons-nous être dans notre vie des miroirs immaculés de Jésus-Christ, le maître et le modèle de toutes les vertus. L'ange, fidèle ministre de Dieu, i)répare sa voie dans les âmes ; ainsi, fidèles ministres du Sauveur, devons-nous préparer sdn avènement dans les âmes qui nous sont chères. Un apostolat angéliquc : telle doit être notre vie, chrétiens, en ses pensées, ses désirs, ses paroles, ses

actions. Edifions donc le foyer domestique et la société qui nous entoure, par le rayonnement et la splendeur de nos vertus. Agissons, parlons au nom et pour la gloire du Sauveur que nous aimons. Faisons de notre vie parfaite un miracle oi^i se révèle irrésistiblement la toute-puissante action de Dieu, et qui supplée à la force démonstrative des signes divins que méprise l'incrédulité, ^lontrons qu'on ne peut pas espérer pour la nature humaine plus que la perfection chrétienne, et que celui qui la produit dans les unies est bien celui de qui le monde attendait son salut et sa régénération, et qu'il n'en faut pas attendre un autre. Enfin, ne nous croyons chrétiens que lorsque nous entendrons au fond de notre conscience ce témoignage du Christ à son précurseur : Hic est enim de quo scripliim esl : Ecce ego millo angeliim meiim anle faciem iiiam qui prseparabil uiam tiiam aille te. Ainsi soit-il.

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