WN SH
pas !a magnifique histoire de cette nation dont vous calomniez le Dieu. Vous ne savez pas que, seule, elle a conservé le dépôt des traditions. Toutes les nations se sont tour à tour élevées et ont disparu ; seule, elle leur a survécu. Son passé remonte à l’origine du monde, et, lorsque partout cette origine est enveloppée de fables différentes, plus ou moins absurdes, pour cette nation seule la vérité est sans nuages. Des individus ont pu soutenir l’erreur, mais le dépôt de la foi est demeuré intact. Les livres de notre législateur Moïse sont à la fois des codes religieux et civils- Jamais les autels des Hébreux ne furent souillés du sang humain, et leurs sacrifices d’aujourd’hui sont les mêmes qui leur furent imposés conjointement avec leurs lois. Ils n’offrent leur encens qu a un Dieu seul et unique. Et vous voulez que ce peuple périsse? Non, non ; Dieu le tient dans sa puissante main. Il peut changer sa destinée, il peut l’abattre, mais pour le relever, en réalisant celte espérance, celte figure qui domine son histoire entière. Il n’y a plus de prophète, parce que les temps sont accomplis, parce que l’avenir si longtemps attendu va réaliser tout ce que nos
DIKAIl. 7
OINAH."
pères ont cru et espéré. Adam tomba, et avec lui tous les hommes. Le Rédempteur triomphera, et avec lui tout le genre humain.
— Ma pauvre Dinah, dit Septime, vous aussi vous croyez à ce conquérant qui doit rendre tout son éclat à la nation juive, et, peut-être asservir les autres peuples?
— Oh ! non, repartit Dinah, telle n’est pas ma pensée ; qui de nous peut connaître les décrets de Dieu, et n’est-ce pas par les plus humbles moyens qu’il accomplit ses desseins? David qui vainquit Goliath n’était qu’un enfant. Ma seule persuasion, celle qui est gravée dans mon cœur, c’est que les promesses de Dieu sont infaillibles. Celle qui savait tout m'a toujours dit que ce règne n’était pas un règne matériel et visible; je ne crois donc pas à la conquête du monde, mais à celle des intelligences et des cœurs.
Septime et Julia étaient saisis d’étonnement, en entendant le langage de Dinah et l’élévation de ses pensées aussi bien que de ses paroles. Ils ne savaient pas à quelle sublime école avait été la pauvre esclave. Les derniers mots de Dinah avaient frappé Septime, il en demanda l’explication . Dinah évita de répondre, regret-
DUAU.
tant ri’a\oir parle de celle sur laquelle elle avait gardé jusque là un si rigoureux silence. Revenant au départ prochain de ses amis, elle leur en témoigna encore tous ses regrets.
Septime voulut au moins quelle prît l’engagement de les rejoindre à Rome, si sa maitresse venait à mourir. Dinah se refusa à faire une telle promesse ; elle dit seulement quelle les rejoindrait, si cela lui était possible. Après cet entretien, elle aida Julia à faire les préparatifs du voyage. Le moment de la séparation fut douloureux pour tous. Le petit Flaminius s’attachait au cou de Dinah, en lui répétant :
— Viens avec nous.
Dinah sentait son cœur se briser en voyant s’éloigner ces amis si dévoués, cet enfant si caressant et si bon! Elle se répétait en vain, intérieurement, ces paroles que Marie lui disait souvent : « Ce que Dieu veut est toujours
bon ; » rien ne pouvait calmer sa douleur et l’effroi qu’elle éprouvait en se retrouvant ainsi seule et abandonnée.
Ce ne fut que quelques jours après le départ de Septime et de Julia, lorsqu’elle fut plus calme, qu’elle engagea Priscille à quitter Capharnaüm pour aller s’établir à Jérusalem. .
Elles partirent en effet, Priscille dans une litière, Dinah à pied. Leur voyage dura longtemps. Enfin elles arrivèrent.
Aussitôt que Dinah aperçut Jérusalem, son émotion la força de s’arrêter. Ce n’était plus seulement le temple saint qui l’attirait en ces lieux; c'étaient surtout les mots mystérieux, prononcés par Jésus. Elle allait donc le voir,
DUUH.
car s’il n était pas aclue’lement à Jérusalem, l’époque de la Pâque qui approchait devait l’y ramener.
Cette pensée l'occupait tout entière. Force lui fut cependant de faire trêve à ses préoccupations et de chercher un logement pour Priscille et pour elle. Dinah ne connaissait à Jérusalem qu’une bonne veuve, appelée Mara qu’elle avait vue à Capharnaiim, et chez qui elle espérait pouvoir loger avec Priseille, moyennant une légère rétribution. Elle se fit donc
conduire chez Mor«. ai P ^ '■ l vuutivrr Tses'Ueux femmes s’installèrent dans
leur logement, et, dès que Dinah fut libre, elle prit le chemin du temple. A mesure qu’elle en approchait, son pas se ralentissait ; on eût dit qu’arrivée au but de ses désirs, elle craignît de l’atteindre. Elle entra enfin dans l’enceinte et s’arrêta presque à l’entrée, comme si elle eût craint d’avancer... Une foule nombreuse entourait un homme qui prêchait et qu’elle ne pouvait voir, parce qu’il était assis. Elle entendit qu’autour d’elle on disait : « C’est Jésus. » Elle aurait bien voulu l’entendre, mais il n’y avait que des hommes près de lui et
DINAH
elle n’osa se mêler à eux. Elle ne put saisir que quelques mots qui arrivèrent à elle interrompus par le bruit des passants. Il disait : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
Dinah quitta le temple avec la résolution de chercher une occasion plus favorable de s'approcher de Jésus et savoir de lui où était Marie Hélas! une nouvelle épreuve l’attendait. Le soir même, Priscille tomba malade. Son état devint bientôt alarmant, et Dinah se vit dans l’impossibilité de la quitter un seul instant. Priscille ne voulait qu'elle, ne reconnaissait qu’elle ; d’ailleurs, qui aurait pu la remplacer, dans cette ville où elles ne connaissaient personne que leur hôtesse, femme simple et bornée, qui ne pouvait inspirer aucune confiance à Dinah et bien moins encore à Priscille? Dinah ne put donc retourner au temple ; elle accomplit les rites de la Pâque à la maison, en compagnie de quelques amis de Mara qui fournirent ce qui était indispensable. Dinah y contribua également.
En voyant l’Agneau tout entier étendu dans un plat, la pensée lui rappela le jour où elle avait vu Jésus enfant placer un agneau sur une croix,
lliNAH.
ce qui avait fait couler les pleurs île Marie. Dans la nuit qui suivit, comme elle veillait auprès de Priscille, elle entendit beaucoup de bruit dans la ville. Dès qu’il fut jour, elle alla prier Mara de s’informer de ce qui se passait, car le nom de Jésus prononcé par les passants, avait éveillé ses inquiétudes. Mara fut longtemps absente; et, lorsqu'elle revint, elle dit à Dinah que Jésus ou le prophète, comme elle l’appelait, avait été arrêté dans la nuit, qu’on l’avait conduit à Caïphe, à Hérode et qu’enfin Pilate, excité par la multitude, venait de le condamner à mort.
Dinah perdit presque l’usage de ses sens, en entendant cette terrible nouvelle ; elle s’écria :
— Mais c’est le Messie, c’est le Christ qu’on , veut immoler !.
Elle voulait courir, aller dire à cette popu lace égarée que Jésus était le Rédempteur promis. Elle croyait, pauvre insensée! que sa voix serait entendue et écoutée.
Mara la retenait, lorsque tout à coup on entendit un tumulte toujours croissant, et un grand bruit de voix.
— Voilà le cortège qui s'approche, dit Mara.
DINAH
Dinah n'en entendit pas davantage, elle se précipita hors de la maison. Au même moment, Jésus passait courbé sous le lourd fardeau d’une croix, la face meurtrie et pleine de sang. Dinah s’élança, se jeta à genoux devant lui, et, arrachant le voile qui couvrait sa tête, elle essuya son visage ensanglanté. Jésus lui jeta un regard plein de tendresse et de reconnaissance. Mais ses bourreaux le contraignirent d’avancer, et Dinah tomba évanouie entre les bras de Mara qui l’avait suivie. En revenant à elle, elle se vit près de sa maîtresse qui la contemplait avec attendrissement.
Ainsi que cela arrive quelquefois aux mourants, Priscille avait repris quelque apparence de force et plus d'intelligence qu’elle ne paraissait en avoir depuis longtemps. Elle voulut connaître ce qui attristait Dinah Cette dernière, conservant les habitudes de timidité et de respect que lui avait données l’esclavage, n’avait jamais parlé à Priscille de ce qui avait rempli sa vie entière. Sa maîtresse en exigea le récit, que Dinah termina en redisant le cruel spectacle qui venait de frapper ses yeux.
Elle chercha alors le voile dont elle s'était