‹ Dinah scènes des premiers joursd de lère chrétienneChapitre 9 sur 17 · DI MA H · texte numérisé non relu

DI MA H

Le soir, elle interrogea Semira sur celui qu’elle appelait le prophète, et apprit qu’il étai| de Nazareth , que son père était menuisier, que sa mère s’appelait Marie, et que tous trois y vivaient pauvrement. Joseph étant mort, Jésus, son 61s, avait quitté Nazareth, et parcourait la Judée en prêchant, suivi de plusieurs disciples choisis parmi le peuple. Il avait opéré plusieurs prodiges, et les uns disaient qu’il étçit le Messie qui devait venir sauver le peuple d’Israël ; les autres l’appelaient Ghé ou un nouveau prophète.

Dinah écoutait ce récit avec avidité. Quittant brusquement la jeune 6lle, elle courut s’enfermer dans sa chambre, et là, repassant dans sa mémoire tout ce qu'on venait de lui diro, elle ne douta plus d’avoir retrouvé la trace de sa chère famille tant aimée, tant regrettée ! Dans cet enfant qu’elle retrouvait homme, elle reconnut le Christ prédit par les saintes Ecritures.

Agitée et ne pouvant trouver le repos, elle sortit pour tâcher d’apaiser son trouble. Elle retourna à l’endroit où elle avait vu Jésus.

Le paysage était parfaitement éclairé par

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la lune, tant la nuit était calme et tranquille. Pas un souffle n’agitait les arbres, pas un zéphyr ne troublait l’air auprès de celte même pierre où Dinah avait vu le prophète. Tout à coup, elle aperçut un homme à genoux, dans l'ombre. Sa (été seule se détachait lumineuse sous les rayons de la lune. Elle reconnut celui qui, dans ce moment, avait toutes ses pensées ; il était à genoux, les mains jointes, le corps légèrement incliné, la tête levée vers le Ciel.

Dinah se prosterna et s'unit de tout son cœur à celte contemplation, à cette prière. Cette muette extase dura longtemps. Enfin l’étranger se leva, Dinah en fit autant, sans oser s’approcher ; Jésus passa près d’elle , et , fixant un instant les yeux sur elle, il lui dit avec une ineffable douceur, ces seuls mots :

— Dinah ! Jérusalem !

Dinah alla se prosterner au même lieu où elle avait vu prier Jésus. Elle baisa et arrosa de ses larmes cette place sanctifiée par lui. Son cœur était inondé de joie et de lumière; plus de doute, elle avait vu le Messie.

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Ce mol de Jérusalem la préoccupait depuis plusieurs jours. Aller dans la ville sainte était son plus ardent désir ; mais comment s’éloigner de Septime et de Julia, si bons pour elle et pour Priscille? Comment quitter le toit où elles avaient trouvé le repos ? Priscille y aurait consenti peut-être, mais elle aurait souffert du voyage. Y aller sans elle, était plus impossible encore ; elle ne pouvait donc que prier Dieu de lui venir en aide et combattre un désir dont elle ne pouvait prévoir l’accomplissement.

Un jour, Septime la fit prier de venir le rejoindre sur la terrasse de sa maison. Il lui apprit que sa cohorte venait de recevoir l'ordre de s’embarquer au plus tôt pour Rome. Julia se désolait de quitter, pour les agitations de la grande ville, la douce tranquillité dont ils jouissaient à Caphanaüm. Elle ne pouvait se décider à quitter Dinah et à la laisser, pour ainsi dire, abandonnée, car Priscille était plutôt un fardeau qu’une protection. Septime et son épouse pressèrent leur amie de les suivre. Avec beaucoup de soins, Priscille pourrait supporter le voyage. Si cela était impossible, ils proposèrent à Dinah de placer sa maîtresse, dont la vie ne pouvait

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être bien longue, dans une honnête famille où, moyennant une modique pension, ses derniers jours seraient à l’abri du besoin.

Dinah repoussa cette proposition

— Jamais, dit-elle, je ne quitterai Priscille. A sa dernière heure, elle me verra près d’elle. J’ai promis de lui fermer les yeux. Quant à la conduire à Rome, il n’y faut pas penser ; son état de faiblesse est si grand, quelle n’y arriverait pas en vie.

Tout en résistant aux prières de ses amis, Dinah versait d’abondantes larmes. Elle avait trouvé une famille, elle qui n’en avait jamais eu, elle s’était attachée à ces gens si bons pour elle, et ils allaient la quitter 1 L’isçleraent est si pénible!.. Cependant, elle n'hésita pas ; toutes les instances de Septime et de Julia furent vaines.

Septime invoqua de plus l’état précaire de la Judée.

— Savez- vous, dit-il, si longtemps encore vous jouirez de la tranquillité. Je ne sais quels symptômes me font croire que cette nation dégénérée approche d une catastrophe. Des mouvements populaires peuvent avoir lieu. Il est des Juifs qui voudraient voir disparaître

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celte ombre de nationalité qui leur reste, et passer entièrement sous le joug de la puissance romaine; d’autres songent, au contraire, à reconquérir leur ancienne indépendance, et attendent celui qui doit, comme un nouveau Macbabée, les conduire à la victoire. Je crains ce qui peut résulter du choc de ces passions populaires. Je voudrais, Dinah, vous voir en sûreté.

La pauvre femme sembla plongée dans de profondes réflexions pendant le discours de Septime.

— Merci, lui dit-elle enfin, des sentiments qui dictent vos paroles, mais je ne crains rien en accomplissant mon devoir. Celui sur qui Dieu veille, n’a rien à redouter, et je suis sûre qu’il ne m’abandonnera pas. D’ailleurs, que peut-il arriver à deux pauvres femmes obscures et ignorées? Septime, c’est à Jérusalem que mon sort doit s’accomplir ; c'est là que le Ciel m’appelle. Si vos fatales prévisions doivent se réaliser, si le jour de la colère du Seigneur est arrivé, si ses fléaux doivent frapper son peuple, si personne n’a mérité le pardon, sa main puissante me retrouverait à Rome, comme ici. Mais, encore une fois, Septime, vous ne connaissez

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