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verrait pas paraître. Ses yeux la découvrirent avant tout le monde ; il vît qu’elle n’était pas seule. Dinah accompagnait une jeune femme qui fut bientôt reconnue pour l’étrangère mystérieuse. Tous les regards se portèrent sur elle. Une longue tunique bleue l’enveloppait; elle avait sur la tête une sorte de voile, qui, tombant sur ses épaules, la couvrait presque en entier. fille portait dans ses bras un enfant, âgé d’un an à peine et d’une beauté merveilleuse. D’une main, elle tenait une amphore pour puiser de l’eau. Dinah paraissait la guider. L'ayant en effet trouvée à l’entrée du village cherchant son chemin , la jeune fille s’était empressée de le lui indiquer, et de venir avec elle. La jeune étrangère fut aussitôt entourée et accablée de questiohs auxquelles elle ne pût répondre. Pendant ce temps-là, Dinah cherchait en vain à percer la foule, qui se pressait autour d’elle. Timide et silencieuse , elle n’osait avancer. Tous ses efforts auraient été vains, si quelqu’un n’avait vu son embarras. Peut-être un furtif regard de Dinah avait-il imploré du secours? Le centurion s’élançe, et. séparant la foule, il fraye un chemin à l’étrangère qu’i!
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veut prendre par la main ; avec un geste plein de dignité, elle s’y refuse, et, s'inclinant avec grâce pour le remercier, elle le suit à la fontaine, où Dinah s’empresse de l’aider à remplir son amphore. Quand elle s’éloigna, chacun se rangea sur son passage, avec une sorte de respectueuse émotion.
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Le lendemain, la jeune esclave arriva une des premières à la fontaine; elle voulait, si c’était nécessaire, protéger sa nouvelle amie. Mais elle l’attendit en vain; elle aurait bien voulu savoir ce qui avait pu l’empêcher de venir, mais elle n’était pas maîtresse de son temps et son maître était rude et sévère. Il lui fallut donc attendre le soir où elle avait quelques moments de liberté. Alors, elle s'élança comme la gazelle du désert dans la direction de la pauvre cabane. On ne l’apercevait que lorsqu’on en était à deux pas. Dinah s’arrêta soudain,
(MISAIi .
ses yeux s’ouvrirent sans mesure, elle prit ses cheveux à deux mains, pour les rejeter en arrière, et mieux voir le spectacle étonnant qui s’offrait à sa vue. Ses jambes fléchirent, elle tomba sur ses genoux. Le site qui, la veille encore, était si aride et livré aux rayons brûlants du soleil, celte terre calcinée par la chaleur et où commençaient les sables du désert que le simoun apportait jusque là, avaient entièrement changé d’aspect. Deux sycomores au feuillage touffu ombrageaient la cabane; à leurs pieds jaillissait une source d’eau limpide coulant sur une mousse verte et fleurie : sur cette mousse dormait le merveilleux enfant, que Dinah avait admiré la veille. Sa mère lavait des linges à la fontaine, et un homme, d'un âge mur, équarissait des pièces de bois à peu de distance. De temps en temps, il jetait un regard sur la mère et sur l’enfant, comme pour les couvrir de sa protection, et la jeune femme interrompait également son travail pour regarder son fils avec des yeux pleins d’amour et de respect.
Dinah, stupéfaite, ne pouvait croire à la réalité de ce qu’elle voyait , elle ne quittait pas son humble posture, se demandant si elle avait de-
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vant elle quelques-uns de ces Esprits célestes, que sa mère lui avait dit apparaître, dans les temps passés, à ceux de sa race, ou quelquesuns des dieux qu’on adorait en Egypte. La jeune femme l’appela par son nom, et l’invita à s’approcher. Dinah n’obéit qu’en tremblant. Elle se mit à genoux, et voulut porter à ses lèvres le bord de la tunique de l’étrangère ; mais celleci, la repoussant doucement, prit son fils endormi dans ses bras, et lui en fit baiser les pieds.
Dinah, en proie à une émotion inconnue, ne trouvait pas de mots pour exprimer ce quelle ressentait ; elle fondit en larmes.
— Qu’avez-vous, mon enfant? lui dit avec une ineffable douceur la jeune étrangère.
— Qui êtes-vous? s’écria Dinah ; que signifient ces prodiges? Hier, les dieux du temple voisin sont tombés de leurs sièges dorés ; aujourd’hui, tout est changé ici ! Dites-moi, venez-vous du pays de ma mère, de ce pays qu’elle appelait la terre des merveilles, et d’où plus tard, disaitelle, devait venir celui qui sauverait le monde et nous rachèterait tous de l'esclavage ? Hélas ! ma mère est morte esclave, et sa fille le sera
DINAH
toujours... Etes-vous des dieux qui viennent remplacer ceux qui sont tombés en poussière ? Faut-il vous adorer ?
L’étrangère fit un signe négatif.
— Dinah, lui dit-elle, il ne Faut adorer qu’un seul Dieu, celui qui a créé le ciel et la terre. Je ne suis que la plus humble de ses servantes... Mais d’où venait donc votre mère? quelle était la maison de son père ?
— J’ignore, dit Dinah, d’où venait ma mère ; je sais seulement quelle a traversé le désert pour suivre mon père qui était Syrien. Ma mère m’a parlé d’un temple merveilleux et du culte d'un seul Dieu, qu'elle appelait Jéhovah. Mon père mourut. Ne pouvant payer les dettes qu’il laissait, ma mère devint esclave, et la pauvre Dinah l’est comme elle. Hélas ! ma mère ne m’enseigna pas sa religion, elle n’en eut pas le temps-; mais elle avait un livre, quelle me faisait baiser souvent et que je garde encore, bien qu’il soit écrit dans une langue que je ne connais pas. Vous savez mon nom que personne ne vous a dit, vous savez de Dinah tout ce quelle en sait elle-même ; mais vous, d’où venez-vous? qui êtes-vous?
La jeune étrangère resta quelques instants en silence, les yeux levés au ciel. Elle dit enfin à Dinah, toujours prosternée devant elle :
— ■ Levez-vous, mon enfant. Je m’appelle Marie ; le peuple de votre mère est mon peuple; sa race est ma race. Pourquoi vous étonner des prodiges que vous voyez ; ils sont l’oeuvre de Dieu. Tout lui est possible, sa puissance n’e'st égalée que par sa bonté.
Pendant quelle parlait, son visage était resplendissant. L’enfant s’était éveillé et regardait Dinah avec un doux sourire.
La jeune fille ne pensait pas à s’éloigner, mais Marie se tourna vers son époux et lui dit : — Joseph, le soleil est couché; si vous le voulez, nous adorerons le Seigneur avant le repas du soir. ' .
Ils se prosternèrent tous les deux, en posant entre eux l’enfant sur la mousse. Dinah intimidée s’éloigna de quelques pas ; comme eux, elle tomba à genoux ; comme eux, elle joignit les mains, et implora ce Dieu inconnu, qui était le Dieu de sa mère.
Les jours suivants, Dinah revint. Dès quelle pouvait disposer d’un moment, elle accourait à la pauvre cabane. Aucun autre prodige n'était venu frapper ses yeux ; elle ne voyait que la pauvreté la plus complète. Joseph, menuisier, avait trouvé de l’ouvrage; Marie, seule à la maison, lavait, cousait, filait et préparait les repas pour son époux. Son enfant était souvent entre ses bras, ou sur ses genoux. Elle ne confiait jamais à personne, Joseph excepté, ce précieux fardeau. Dinah ayant voulu le prendre un jour, n’obtint qu’un doux et silencieux refus.
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Tout ce que Marie lui permettait, c’était de jouer avec lui, lorsqu'il était assis sur la mousse, à l’ombre des sycomores. L’enfant croissait
admirablement en âge et en intelligence; il
reconnaissait Dinah de loin, et lui souriait toujours.
Un jour, la jeune fille obtint d’un Arabe à qui elle avait rendu quelques services, un jeune agneau blanc comme neige. Elle se hâta de le porter à son petit ami, qu'elle trouva jouant avec des morceaux de bois, dont il faisait une croix. Il accueillit très-bien le petit agneau et le caressa. Il le mit sur la croix qu’il avait faite. Dinah prenait plaisir à le voir jouer ainsi, lorsque tournant les yeux vers Marie, elle l’aperçut contemplant son fils avec une expression de douleur infinie, tandis que de grosses larmes coulaient le loDg de ses joues. Elle la vit ensuite se mettre à genoux, ôter l’agneau et déformer la croix, comme si cette vue lui eût été pénible ; mais l’enfant la refit aussitôt. Marie n’y toucha plus, et la baisa respectueusement. Alors son fils jeta ses bras autour du cou de sa mère, qui l’emporta dans la cabane où Dinah n’osa pas la suivre. Tout étonnait la
jeune fille : la simplicité de la vie. que menait cette pauvre famille, à côté du prodige opéré le premier jour, prodige qu’aucun autre n’avait suivi pour rendre leur condition moins dure; la beauté de la mère et de l’enfant ; l’air si humble et si vénérable de Joseph ; l'obéissance de Marie, son humilité, et, malgré cela, la déférence de Joseph pour elle ; leur respect à tous deux pour l’enfant ; leur culte secret et inconnu ; la paix et le calme qu elle ressentait auprès d’eux...
Malheureuse et souvent maltraitée comme l’étaient alors les esclaves, Dinah avait jusqu à ce moment passé par des alternatives de désespoir et de joies enfantines ; elle se savait seule au monde, ne connaissant que Septime, le jeune centurion qui la protégeait à la fontaine Mais près de Marie, de Joseph et de leur enfant, tout s'apaisait en elle, la joie comme la douleur, les larmes amères comme le rire bruyant. Elle aurait voulu passer sa vie à la cabane ; elle se levait avant l’aurore, pour y courir ; le soir, brisée de fatigue, elle y retournait encore.
Quand arrivaient les jours consacrés aux fêtes païennes, la jeune fille, ayant plus de liberté, consacrait ses loisirs à sa chère famille, lui rendant tous les petits services qui étaient en spn pouvoir, et cela presque toujours en silence, car Marie parlait peu. Mais il suffisait au bonheur de la jeune esclave d’être auprès delà famille étrangère.
Un jour, Dinah ayant annoncé que le lendemain elle serait libre une partie de la journée, Marie l’engagea à venir partager son modeste repas et à apporter le livre de sa mère. Dinah arriva avant que le soleil fût à la moitié de sa course, avec une corbeille de dattes et du lait. Elle joignit ces petites provisions à celles de l’humble ménage. Après un repas frugal, précédé d'une courte prière dite par Joseph, celuici alla à son ouvrage. Marie s’assit à l’ombre des sycomores, avec son fils h ses pieds, et fit pla— cer la jeune fille auprès d’elle. Prenant alors le livre apporté par Dinah, elle vit que c’était l'histoire des Hébreux et leurs lois. Elle le baisa avec respect ét demanda à la jeune fille quelles étaient ses croyances, et qui, selon elle, avait créé le monde. La jelme fille, confuse, avoua n’en rien
savoir. Son maître qui était romain adorait Jupiter, les Egyptiens invoquaient Osiris, la vieille arabe, esclave avec la mère de Dinah et qui avait eu soin de son enfance, lui avait toujours dit qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, dont la connaissance avait été apportée en Egypte par ses ancêtres, mais que ce Dieu, irrité, s’était caché, laissant la place aux dieux égyptiens, et qu’il reviendrait plus tard les chasser tous. Dinah ajouta qu’elle savait que la croyance de sa mère différait de celle de la vieille esclave et que, ne la connaissant pas, elle n’avait pu que refuser d’adorer les idoles, et dire souvent : « Dieu de ma mère ! protégez la pauvre orpheline... »
Marie fut profondément touchée de la foi simple et naïve d'une pauvre 611 e, vivant au milieu de la superstition et de l’erreur. Elle ouvrit le livre, et, commençant par la Genèse, elle lui expliqua ce magniûque récit de la puissance de Dieu, déroulant devant elle le tableau de la création du monde, suivie de la chute de nos premiers parents. Elle, continua longtemps, sans que l'attention de la jeune Hile parût se fatiguer. La promesse d’un Rédemp-
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teur faite à Adam la frappa vivement ; elle pleura au récit de la mort d’Abel, et trembla d’efl'roi, à celui du déluge; enfin, il fallut que l’ombre des sycomores sur la mousse vînt l’avertir qu’il était temps de retourner chez son maître, pour qu’elle consentît à s’éloigner.
Pendant plusieurs jours, elle n’eut pas assez de liberté pour revenir entendre les récits qui avaient pour elle tant de charmes. Enfin, elle put consacrer quelques heures à ses amis.
Marie reprit le livre divin, et, dans sa narration, le nom d'Ismaël frappa l’oreille deDinah.
— Les Arabes, dit-elle, le prononcent souvent, comme celui du chef de leur race?
En racontant le sacrifice d’Abraham, quand le grand patriarche se préparait à immoler son fils unique pour obéir à Dieu, Marie parut profondément émue. Quand elle parla de Joseph, Dinah lui dit que le souvenir de ses bienfaits setait conservé en Egypte, quoique dénaturé par la fable et la superstition.
Marie lui apprit ensuite comment Moïse avait reçu de Dieu même, sur le Sinaï, les tables de la loi.
A ces mots, la jeune fille poussa un cri de
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surprise, et dit qu’elle avait oublié de montrer des tablettes que sa mère avait suspendues à son cou, tablettes qu’elle portait toujours. Marie les prit et y vit gravés, en caractères très-fins, les préceptes du Décalogue.
A chaque commandement, Dinah battait des mains, et s’écriait :
— J’ai suivi ce précepte, j’ai toujours fait cela ! Mon Dieu, qui donc me l’avait enseigné?
Marie lui répondit, en la regardant avec une ineffable douceur :
— Dieu même, mon enfant, qui a ainsi exaucé la prière de ta mère mourante; Dieu qui te veut à lui, et que, seul, tu dois aimer !
— Seul ? dit Dinah en rougissant ; vous , Joseph, et cet enfant, ne puis-je vous aimer ?
— Mon enfant, dit Marie avec un air presque sévère, tu ne sais pas mentir, pourquoi l’essayer? Tu ne dois aimer personne plus que Dieu ; et si jamais tu as un époux, celui-là même que tu aimeras plus que tous, tu devras l’aimer moins que Dieu.
Ces entretiens se renouvelèrent souvent. Marie continua de lire à la jeune Bile l’histoire du peuple hébreu, celle de ses succès et de ses revers, toujours juste punition de ses fautes ; elle suivit, à travers les siècles, la trace de cette famille de David, de qui devait naître le Rédempteur promis à Adam. Elle lui en avait montré les différentes figures, lui faisant remarquer que les temps prédits pour soi) événement approchaient.
— Croyez-vous, demanda Dinah, que nous soyions réellement sur le point de voir s’accomplir tant de merveilles ?
DINA II
Marie ne répondit pas, et Lia remarqua qu’elle avait les yeux fixés sur son jeune fils qui, le doigt sur la bouche, semblait commander le silence. La jeune fille n’osa pas insister. Marie lui inspirait, en même temps, une confiance sans bornes et un respect si profond, quelle garda le silence.
Le résultat de ces entretiens et des leçons de Marie, fut que Dinah, qui jusqu’alors avait vécu pour ainsi dire sans religion , pratiqua désormais celle des Hébreux, dont elle suivit scrupuleusement les prescriptions, autant que son état le lui permettait. Tout son bonheur était d’être auprès de Marie et de Joseph. Un jour, hélas! elle arriva tout éplorée et tomba aux pieds de Marie en sanglotant :
— Mon enfant, lui dit Marie, qu’est devenue votre soumission au Seigneur? pourquoi cette révolte contre ce qu’il ordonne?
— Non, non ! répondit la jeune fille avec désespoir, je ne puis me soumettre ; il faut partir. Je dois vous quitter... Mon maître s’éloigne et m’emmène avec lui!... Que deviendra la pauvre Dinah loin de vous?
Emue de sa douleur, Marie garda quelques
ih.vah.
instants le silence. Prenant enfin la jeune fille par la main, elle la fil asseoir auprès d’elle, et l'exhorta doucement à se calmer. Elle lui rappela que Dieu avait toujours exigé de ses fidèles serviteurs le sacrifice de leurs affections les plus chères : à Eve, il prit Abel ; à Abraham, il demanda Isaac ; à Jacob, Joseph ; à David, Absalon. N était-il pas dit, dans Isaïe, que lorsque le Christ viendrait sur la terre, il serait l’homme des douleurs?
— Ma pauvre Dinah, ajouta Marie, nous-mêmes allons quitter Tanis, sans pourtant rentrer dans la terre de notre peuple. Je voulais vous l’apprendre aujourd'hui même. Ainsi, ma chère Dinah, de toute manière, Dieu nous sépare. Soyez courageuse et fidèle, nous nous retrouverons ici- bas ou au Ciel.
Dinah ne put répondre, les larmes l’étouffaient. Marie lui posa sa main sur la tête, et la relevant ensuite, plaça un instant son enfant dans ses bras, faveur qu’elle ne lui avait jamais accordée. Dinah, remplie d’une respectueuse émotion, le rendit à sa mère, sans s’être permis de l’embrasser. Soudain calmée, elle vit, sans oser la suivre, Marie s’éloigner, rentrer dans la
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cabane et en fermer la porte. Dinah se retira, décidée à revenir quelques heures après faire ses derniers adieux. Mais à son retour, elle trouva la cabane solitaire : aucunes traces de ceux qui l’avaient habitée, si ce n’est une coupe en bois, quelle avait vue souvent entre les mains de Marie. Elle l’emporta comme un triste et précieux souvenir.
Dinah partit avec les gens de son maître qui alla s'établir à Alexandrie. Elle retrouva là quelques familles juives, avec qui elle put pratiquer son culte, ce quelle fit avec exactitude, mais sans se lier avec personne. Son cœur était triste; elle aurait voulu s'attacher à ses maîtres. Hélas ! ils étaient durs pour elle ; la jeune fille n’était à leurs yeux qu’une esclave bonne à être exploitée. Elle s’acquittait de sa tâche avec ardeur et courage, mais jamais on ne daignait lui accorder .un mot d’approbation ou d’encouragement. Elle pensait sans cesse à cette douce Marie, si bonne, et à qui elle devait de connaître le vrai Dieu. Etait-elle encore en Egypte, ou avait-elle rejoint sa terre natale? Mille pensées se croisaient dans son esprit. Le temps de la venue du Rédempteur
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était proche, lui avait dit Marie, comment s'annoncerait-il? La Judée seule le verrait-elle?
La pauvre Dinah se consumait en tristes réflexions, en désirs inutiles; elle priait le Dieu'. d’Abraham, ce père du Christ futur, que Marie lui avait appris à vénérer, et lui demanda d’avoir pitié de la pauvre orpheline délaissée, et malheureuse. Ses maîtres qui adoraient les idoles, se plaignaient de ce que les oracles étaient muets. En vain, on interrogeait Jupiter Ammon, en vain on évoquait les Sy billes : tout se taisait. L’Egypte comptait encore des descendants de ces anciens hiérophantes, que le paganisme honorait jadis et de qui la Grèce avait, dit-on, reçu la sagesse. On parlait myslérieusemènt d’un de ces prêtres qui vivait seul près d’une des pyramides et d’un temple autrefois vénéré. Saraccus, le maître de Dinah, qui courait après la fortune et les honneurs, les voyant toujours fuir devant lui, voulut consulter cet homme des anciens temps. Il partit avec tous les siens et une partie de ses esclaves. Dinah s’éloigna sans regret d’Alexandrie oh rien ne l’attachait ; elle avait l’espoir que, dans ce long voyage, elle rencontrerait peut-être ceux que son cœur aimait toujours.
Le vieillard Termisis habitait près de la plus grande des pyramides. La caravane n’y arriva qu'après un voyage pénible à travers le désert Le dernier jour de leur voyage, ils eurent surtout beaucoup à souffrir. Le simoun, fléau de ces contrées, avait retardé leur marche; l’eau manquait ; les chameaux eux-mêmes ne voulaient plus avancer ; les femmes s’étaient couchées sur le sol. En vain Saraccus leur représentait qu’une faible distance les séparait de l’oasis habitée, le courage manquait à tous.
Dinah invoquait, d'une voix défaillante, le Dieu
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de Moïse, lorsque, soulevant avec peine ses paupières à demi brûlées par le soleil , elle crut entrevoir, à l'horizon, ceux dont le souvenir n'avait pas quitté son cœur. A une très-petite distance, elle vit une femme portée par une -humble monture. Dans cette femme, enveloppée d’un long manteau bleu, elle crut reconnaître Marie, et Joseph dans l’homme qui l’accompagnait, tenant un enfant par la main. Dinah rassemble tout son courage, elle se lève pour courir à eux, mais ses forces la trahissent et elle retombe. Le mouvement qu’elle avait, fait fit croire qu’elle avait aperçu ou une source d’eau, ou l’approche de quelque secours. On se ranima et l’on monta sur les chameaux. Peu d’heures après, on était en vue de la grande pyramide, non loin de laquelle était un petit village, où l’on trouva asile et repos. Dinah eut peine à goûter le sommeil ; la pensée de ce qu’elle croyait avoir vu l’occupait entièrement. Etait-ce une hallucination ou une réalité? Elle S'agita longtemps sur sa couche sans pouvoir y trouver le repos. La fatigue l’emporta enfin, et, s’étant endormie, elle ne se réveilla que tard dans la matinée. Son maître et sa famille étaient par-