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dont le fruit devait renouveler la face de la terre a-t-elle paru?
Le vieillard s’était levé, sa haute stature dominait tous ceux qui l'entouraient, le vent soulevait sa longue chevelure blanche, sa figure était contractée. Il resta ainsi un instant comme plongé dans l’extase, mais bientôt revenant • à lui :
— Allons, dit-il à Saraccus, offrir de l’encens à la divinité dont j’ai conservé l’autel; c’est celui de la Déesse de l’ancienne Egypte, la féconde Isis. Puisqu'il a survécu à la destruction générale, c’est que la puissance d’isis subsiste encore.
Saraccus et les siens le suivirent. Dinah, ne voulant pas prendre part à ce sacrifice sacrilège, resta au pied du monticule où s’élevait l’autel. Il était ombragé par deux sycomores qui rappelèrent à la jeune fille ceux qu’un prodige avait fait naître près de l’humble cabane de Marie.
Tous se prosternèrent devant la déesse, œuvre des temps reculés. Celte statué avait les dimensions fabuleuses que l’Egypte donnait à ses idoles ; elle inspirait plutôt l’horreur que
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le respect à ces Romains habitués à voir, dans les statues de leurs dieux, l’idéal de la beauté et de la force; mais Saraceus était dominé par l’idée que Termisis pouvait lire dans l’avenir, • et l'espoir de lui arracher le secret.de sa future destinée le fit consentir à flatter ses supersli- , lieuses croyances. Il s’inclina donc devant l’idole; sa famille en fit autant.
Termisis, debout sur les marches de l’autel, offrait l’encens en faisant les évocations prescrites. lorsque tout h coup ses cheveux se hérissèrent, son corps trembla, sa bouche ne prononça plus que . des accents inarticulés^ ses yeux hagards semblèrent regarder un objet éloigné, l’encensoir tomba de ses mains, et il descendit, en reculant épouvanté, les marches de l’autel. Au même moment, le ciel jusqu’alors parfaitement serein, s’obscurcit ; le tonnerre gronda, et la foudre tomba sur l’autel, qu’une fumée épaisse déroba aux yeux des assistants. Lorsqu’elle se dissipa, l’idole était brisée en mille morceaux, et Termisis étendu par terre et sans vie
Dinah, du lieu où elle était, avait été témoin de cette horrible scène. Ses yeux avaient suivi
ceux de l'hiérophante, lorsque ses regards se portèrent au loin. Au moment ou le nuage qui . enveloppait le sacrifice et le sacrificateur se dissipa, elle avait vu, dans la plaine, se dessiner sur l’azur des cicux la femme au manteau bleu qu’un homme et un enfant accompagnaient. Elle jeta un cri, courut dans cette direction, mais, hélas! sans espoir de pouvoir les rejoindre. Marie, car c’était elle, arrêta un instant sa monture et fit un signe de la main à la jeune fille, en lui montrant le ciel. Dinah, éperdue, tomba en sanglotant la face contre terre.
Le lendemain, il fallut que Dinah quittât ces lieux où il lui restait l’espérance de revoir Marie; et, après avoir traversé le désert au milieu des mêmes dangers et des mêmes privations, Saraccus et les siens revinrent à Alexandrie, où la pauvre fille reprit sa vie de travail et d’isolement. Saraccu6. un moment effrayé par la scène du désert, parut vouloir se contenter de l’existence modeste, mais aisée, qu’il tenait de ses pères. Cependant, la ‘vue de la richesse de quelques Romains, plus heureux que lui, excita sa cupidité ; il voulut tenter les hasards du commerce, alors très-florissant entre l’Egypte
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pt la Svrio. S ’s premiers essais ayant été couronnés de succès, il devint plus hardi, et bientôt presque tous les vaisseaux qui abordèrent au port d’Alexandrie venant de Tyr ou de Joppé, appartinrent au riche Saraccus.
Il augmenta donc le nombre de ses esclaves.
Dinah eut une existence moins pénible et ne fut plus chargée que du soin d’une des filles de son maître à laquelle elle s’attacha tendrement.
Le jeune centurion quelle avait connu à Tanis l'avait retrouvée par hasard à Alexandrie; mais il n’avait fait que l’entrevoir. L’ayant un jour rencontrée seule, il l'aborda et lui dit que depuis longtemps il la cherchait en vain au temple. Dinah lui expliqua comment ses nouvelles fonctions la rendaient plus sédentaire, ajoutant qu’étant israélite, elle n’allait point aux temples idolâtres.
Les Juifs étaient pour les Romains un objet de mépris, leur religion leur paraissant impie ; mais le jeune centurion ne douta pas que Dinah ne consentît à y renoncer. Il n’était pas sans espoir d’avoir louché son cœur par son admiration muette et réservée. Il fit donc à Dinah la proposition de s’unir à lui en embrassant son
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culte : la jeune lille la repoussa avec une sorte d'horreur.
— Pense donc, lui dit le Romain, qu’avec moi tu aurais la liberté ! Tu serais heureuse et libre! Ne me refuse pas. par pitié pour toimême ; j’ai le choix de rester à Alexandrie six mois encore, ou de m’embarquer après demain sur les galères qui transportent une partie des troupes à Ostie. Si tu consens à unir ton sort au mien, je reste, et nous irons dans six mois à Rome, ma belle patrie. Si tu me refuses, je pars.
Voyant Dinah prête à répondre :
— Ne te hâte pas, lui dit-il, rev iens ici ce soir, et tu me donneras ta décision; réfléchis bien, Dinah, songe à mon affection, à ton bonheur !
La jeune fille était vivement émue, mais sa décision fut bientôt prise. Elle avait vu d’un seul coup d’œil le bonheur qui pouvait lui être réservé, mais le souvenir de Marie la soutint; elle prit la main du centurion, et lui dit d’une voix tremblante :
— Septime, le Ciel ne nous a pas destinés l’un à l’autre: non-seulement je ne puis pas adorer vos idoles, mais ma religion me défend d’épouser celui qui les adore. Séparons-nous,
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les vœux de Dinah vous suivront, et une autre, plus lieureuse qu’elle, sera votre épouse.
Sans attendre de réponse, elle s’éloigna et rentra dans la somptueuse demeure de Saraccus, laquelle, plus que jamais, lui parut une prison dorée. Elle se consola dans la pensée d’avoir accompli son devoir, et dans les soins qu’elle donnait à la petite Flavie, soins qu’elle lui continua pendant onze ans, c’est-à-dire, jusqu’à l’époque où Flavie épousa un sénateur Romain quelle suivit à Rome, laissant Dinah en Egypte auprès de ses parents. Elle aurait voulu l’emmener avec elle, mais Dinah que son dévouement rendait clairvoyante, voyait approcher la ruine de Saraccus. Elle ne voulut pas quitter la famille où, depuis si longtemps, elle était traitée avec bonté, au moment où, peut-être, le malheur allait fondre sur ses maîtres. Tout ce que put Flavie, ce fut de lui faire donner sa liberté, et Dinah resta comme affranchie près de Priscille, mère de sa jeune maîtresse.